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Acteurs de la recherche

I.H.E.S. : passage de témoin entre Emmanuel Ullmo et Jean-Pierre Bourguignon

Déplacement de Geneviève Fioraso à l'IHES

Lors de la cérémonie de passation de pouvoir à la tête de l'Institut des Hautes Etudes Scientifiques  entre Jean-Pierre Bourguignon et Emmanuel Ullmo le 12 septembre 2013, un hommage unanime a été rendu à l'ancien directeur Jean-Pierre Bourguignon.

Discours - 12.09.2013
Geneviève Fioraso

C'est avec beaucoup de plaisir que je clos cette cérémonie, qui est à la fois le passage de témoin à la direction de l'Institut des hautes études scientifiques et aussi un hommage ô combien mérité à Jean-Pierre Bourguignon. La qualité des participants à cette cérémonie et des intervenants qui m'ont précédée témoignent d'une reconnaissance unanime du rôle que vous avez joué, à travers la direction de l'I.H.E.S., en faveur du développement des mathématiques en France.

Vous avez, pendant près de vingt ans, incarné aux yeux de tous cette très belle institution qu'est l'I.H.E.S.. J'ai encore le souvenir de la visite que j'ai pu faire, en février 2013, à l'occasion d'une remise de prix et des entretiens passionnants avec ses chercheurs. La France a, avec l'I.H.E.S., à côté de l'institut Henri Poincaré, une de ses infrastructures collectives, qui font la force de la recherche en mathématiques et en physique théorique française. L'I.H.E.S. contribue ainsi au maintien d'une école mathématique au deuxième rang mondial et à son attractivité internationale, ce qui se concrétise par les nombreux prix obtenus, des Médailles Fields aux prix Abel ou Henri Poincaré.

Beaucoup des lauréats de ce prix, et je salue ceux qui sont présents aujourd'hui, ont pu bénéficier des facilités de recherche qu'offre l'I.H.E.S.. L'œuvre de l'I.H.E.S. a été de maintenir et d'amplifier l'insertion de la communauté mathématique et physique française, dans la communauté internationale de ces disciplines, par une politique d'accueil et d'échanges internationaux de grande qualité.

Jean-Pierre Bourguignon a été aussi, avec le concours du président Lagayette et des autres administrateurs à l'origine du développement du mécénat, avec de réels résultats que je tiens à saluer.

Je remercie également ceux qui ont contribué à ce mécénat, qu'il s'agisse d'entreprises comme AXA qui nous accueille ce soir ou de particuliers comme Jim Simons que nous avons entendu il y a quelques instants.

Nous devons nous féliciter d'un tel mécénat en faveur de la recherche fondamentale, qui est dans la logique du statut de fondation, et qui n'est pas assez développé en France. Ce mécénat, bien évidemment, ne se substitue pas à l'effort public mais l'accompagne et le complète. Les obstacles sont parfois de nature culturelle mais vous avez montré qu'il est possible de les lever. Je crois savoir qu'il y a 25 ans, devant la baisse des moyens et des recrutements pour les mathématiques, vous avez organisé un colloque "mathématiques d'avenir" avec le soutien d'industriels, en osant parler "d'impact social des mathématiques", colloque qui a eu un impact heureux sur les financements. La présence dans cette assemblée de nombreux chefs d'entreprises au côté des chercheurs les plus théoriques est un symbole fort et exemplaire des liens que vous avez su nouer entre deux mondes apparemment différents, mais qui, en réalité ont besoin l'un de l'autre.

Je l'ai constaté à maintes reprises au cours de voyages officiels dans les pays émergeants, souvent avec vous d'ailleurs, cher Jean-Pierre : ces pays reconnaissent et connaissent le rôle des mathématiques. Le président de Samsung, me l'a rappelé lors d'un voyage récent en Corée.
Votre parcours illustre aussi une des particularités heureuses de la communauté mathématique, c'est qu'elle sait transcender les frontières artificielles qui, en France séparent parfois universités, grandes écoles et organismes de recherche.

Les pratiques de cette communauté de fluidité entre les carrières de chercheur et d'enseignant-chercheurs sont ainsi un modèle que tout ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche rêverait de transposer à l'ensemble des disciplines.
Diplômé à la fois de l'Ecole Polytechnique mais aussi docteur de l'université Paris VII, vous vous êtes spécialisé dans la géométrie différentielle, dans une branche des mathématiques, dont les liens avec la physique théorique sont réels. Vous avez été recruté comme chercheur au C.N.R.S. pour devenir au bout du compte directeur de recherche de classe exceptionnelle.

Vous avez en même temps rejoint l'Ecole polytechnique comme enseignant et, vous partagerez certainement mon avis sur la nécessité pour cet établissement de rester un établissement d'enseignement supérieur et de recherche de haut niveau.

Vous vous êtes également impliqué dans des responsabilités collectives qui contribuent à garantir l'unité de cette communauté mathématique, en tant que président de la section de mathématiques du comité national et en tant que président de la société mathématique de France.


Cette volonté de dépasser les frontières organisationnelles héritées de l'histoire, vous l'avez manifestée en engageant résolument l'I.H.E.S. dans le projet collectif de Saclay au côté des universités, organismes et grandes écoles et en étant parfois le "médiateur", le "sage", facilitant la résolution des conflits et des différends avec le but de faire aboutir ce projet vital pour le développement de notre enseignement supérieur et de notre recherche.

Ces rapprochements, qui sont un des points clés de la loi du 22  juillet 2013, votre parcours, votre exemple et le caractère unifié de la communauté mathématiques montrent qu'ils sont possibles. Je n'oublie pas, à ce propos, que votre sens du collectif vous a conduit à vous impliquer fortement dans le processus des Assises, première étape de la fabrication de la loi, en animant les débats des Assises pour la première région scientifique française, l'Ile de France.

Ce dépassement des frontières, vous le revendiquez, vous le pratiquez dans tous les domaines. L'idée d'une communauté mathématique fermée sur elle-même vous est totalement étrangère.

Pour vous, l'avenir des mathématiques n'est pas uniquement dans l'approfondissement des domaines propres aux mathématiques mais dans les interfaces entre les mathématiques et les autres disciplines, et notamment la biologie, interfaces que vous avez pu mettre en œuvre dans les séminaires de l'I.H.E.S.. Vous franchissez aussi allégrement les frontières géographiques.

Votre parcours est impressionnant quand on regarde la liste des fonctions internationales que vous avez exercées dans les universités étrangères, comme "Visiting professor", puis membre de conseils d'orientation et d'administration de nombreuses institutions, en Europe, aux Etats Unis, au Japon, en Chine et en Corée du Sud. Je connais également votre attachement pour le développement d'une science européenne que vous avez manifesté à de nombreuses reprises. Vous avez prolongé au niveau européen votre expérience française en présidant la société mathématique européenne. Vous avez participé à la création d'une association scientifique européenne Euroscience et à l'administration de l'E.S.F. (European Science Foundation). Je suis persuadée que cet intérêt renouvelé pour ces questions européennes trouvera à s'exercer dans les prochaines semaines.

Mais il a bien fallu vous choisir un successeur. Je voudrais féliciter votre successeur, Emmanuel Ullmo, qui a accepté la lourde tâche de reprendre l'I.H.E.S.. Je suis convaincue, que le Conseil d'administration a fait un très bon choix.

La lecture du parcours d'Emmanuel Ullmo, l'ampleur de ses publications, de ses échanges internationaux et de ses responsabilités scientifiques me confirme dans cette opinion. Je lui souhaite donc une grande réussite dans ces nouvelles fonctions, et je vous souhaite, Cher Jean-Pierre, de continuer à pouvoir servir au plus haut niveau la science française et européenne. Je suis sûre que nous serons amenés à nous revoir.

1ère publication : 12.09.2013 - Mise à jour : 17.09.2013

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Delphine CHENEVIER

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