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Biologie et santé

Intervention de Geneviève Fioraso à l'occasion de la présentation de la Stratégie nationale de santé

Geneviève Fioraso© Benjamin Chelly

Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, et Geneviève Fioraso, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, ont présenté lundi 23 septembre la stratégie nationale de santé en présence de Dominique Bertinotti, ministre déléguée à la Famille, et de Michèle Delaunay, ministre déléguée aux Personnes âgées et à l'Autonomie.

 

Discours - 23.09.2013

Permettez-moi de vous dire que je suis très heureuse d'être ici aujourd'hui, avec ma collègue Marisol Touraine, pour recevoir le rapport du comité des sages.

La santé est une préoccupation première des Français, comme celle de la plupart des populations. C'est pourquoi, la recherche et l'innovation en santé s'inscrivent dans la politique du gouvernement. C'est l'une des priorités de la stratégie nationale de recherche, "France-Europe 2020" prévue dans la loi sur l'Enseignement supérieur et la Recherche votée le 22 juillet dernier. La recherche et l'innovation sont donc partie intégrante de la feuille de route de la stratégie nationale de santé.

Le Premier ministre vous a demandé en février dernier, à Grenoble, d'initier l'élaboration de cette stratégie nationale de santé, en insistant sur la coordination entre les praticiens et les établissements, sur le prolongement entre la prévention, les soins et l'accompagnement. C'est donc une approche centrée autour de la personne et de ses besoins qui a été privilégiée, ce qui suppose aussi une continuité entre la recherche, la formation et les soins. Le travail que vous avez réalisé ces derniers mois nous permet de fixer un cadre et un cap pour les années à venir.

Plus que jamais, pour répondre aux défis de la santé du 21e siècle - la réémergence des maladies infectieuses, la chronicité des maladies, les crises sanitaires, l'allongement de la durée de la vie - nous devons améliorer et adapter nos outils de formation, de recherche et de soins.

La formation des professionnels de santé doit évoluer. Elle doit répondre aux nouveaux besoins et attentes de la population, s'adapter aux évolutions des pratiques et des modes d'exercice, tout en apportant des solutions aux problèmes de la démographie médicale.
Vous le soulignez dans votre rapport, les formations doivent être renforcées en qualité et surtout décloisonnées afin d'apporter ces aspects pluri-professionnels dont les métiers du soin ont désormais besoin.

La loi sur l'Enseignement supérieur et la Recherche de juillet 2013 encourage ce décloisonnement : elle ouvre en effet la possibilité d'expérimenter des modalités d'accès différentes dans les études médicales et paramédicales.

Avec l'aide des universités, des doyens et des organisations étudiantes, nos deux ministères ont pu identifier différentes options. Le modèle de la licence santé permettrait d'assurer une offre de formation en santé décloisonnée, rééquilibrant la part des sciences dures et des sciences sociales, tout en donnant une place importante à l'éthique.

Le développement de passerelles (entrantes et sortantes) permettra aussi les réorientations précoces (pour éviter les erreurs de parcours et les déceptions) comme tardives. L'objectif est aussi de diversifier le profil des futurs médecins. Enfin, la validation des acquis de l'expérience (V.A.E.) sera développée pour les professionnels de santé médecins et non médecins. Des doubles cursus santé-recherche et santé-management, à la fois dans les filières médicales et non médicales intermédiaires vont être mis en place pour un petit nombre d'étudiants.

Nous devons aussi, comme vous nous y invitez, moderniser et repenser les objectifs de l'examen classant national (E.C.N.) afin d'assurer une meilleure adéquation de la formation aux besoins des territoires. Une réflexion, conduite par nos deux ministères sur les évolutions nécessaires de l'E.C.N. débutera avant la fin de l'année.

Je souhaite réaffirmer ici notre souhait de poursuivre le développement effectif de la filière universitaire de médecine générale avec une réflexion pluriannuelle des emplois en concertation étroite avec les représentants de la discipline. En dépit d'un contexte budgétaire contraint, nous veillerons à ce que tous les moyens nécessaires soient mobilisés. Cet effort se retrouve dans les trois voies de recrutement : intégration, concours et maintien d'enseignants associés. Nous porterons également notre effort sur la création des postes de Chefs de clinique et développerons les moyens déjà mis en place cette année pour compléter leur formation.

Plus généralement, afin de préserver le plus haut niveau d'excellence des formations, les outils pédagogiques devront s'appuyer sur le numérique, en utilisant plus largement les MOOCs, en bon français les  "massive on line open courses" comme cela se pratique déjà dans certaines universités. Cela permet ensuite un encadrement plus personnalisé et des relations plus interactives entre enseignants et étudiants.

Les centres de simulation en santé, comme celui proposé par l'université Paris Descartes et l'implication de "patients-formateurs" seront également encouragés et progressivement généralisés. Si la pratique du stage doit être évidemment favorisée, l'utilisation d'un laboratoire de simulation en amont, doit permettre à l'étudiant de gagner en assurance dans le geste pratique. Il est nécessaire de favoriser, de coordonner mais aussi d'évaluer l'impact sur la qualité de ces formations innovantes.

Enfin, la formation initiale et sa qualité de mise en œuvre, gages d'excellence du système de santé français, doivent être complétées par une meilleure structuration de la formation continue. Le développement professionnel continu (D.P.C.) devra être dynamisé et s'articuler avec les universités comme la loi sur l'enseignement supérieur et la recherche le prévoit, en confiant en priorité à l'université la mission d'assurer la formation tout au long de la vie.

Les critères de qualité de la formation continue des professionnels de santé seront définis de manière étroite entre nos deux ministères et en adéquation avec les objectifs de la stratégie nationale de santé.

La stratégie nationale de santé doit nous permettre de faire face dans les années à venir aux profondes transformations du champ de la biologie et de la médecine. Cela nous amène dès à présent à repenser  l'évolution de notre système de formation, on l'a vu, mais aussi nos structures, les systèmes de soins, les priorités de la recherche, ce qui aura un impact sur le modèle économique qu'il nous faut aussi réinventer.

Nous sommes convaincues, Marisol Touraine et moi, que la recherche, l'innovation, la médecine et les soins doivent être pensés ensemble.

Ces objectifs sont portés par nos deux ministères, comme en témoigne notre réflexion commune et les actions engagées dans le domaine de la formation, mais aussi l'élaboration conjointe des futurs plans "Cancer" ou "Maladies neuro-dégénératives", que nous menons avec Michèle Delaunay ou encore le contrat de filière pour les industries et technologies de santé, que nous avons signé le 5 juillet Marisol Touraine, Arnaud Montebourg et moi.

Il suffit de citer les évolutions récentes dans les domaines du traitement du cancer ou bien des maladies infectieuses pour mesurer la nécessité d'une plus forte intégration des acteurs. Entre 2004 et avril 2012, 16 nouvelles thérapies ciblées du cancer ont été mises sur le marché en Europe. En 2013, on relève près de 900 molécules de ce type en cours d'évaluation. L'hypothèse basse, selon laquelle 10 % de ces molécules seraient mises sur le marché dans les cinq ans, laisse préfigurer des révolutions thérapeutiques et des impacts économiques à anticiper, et une profonde évolution de la recherche clinique.

Le comité des sages a mis en avant la qualité exceptionnelle de la recherche dans le domaine de la santé dans notre pays. L'INSERM est le premier opérateur à l'échelle européenne et l'alliance Aviesan occupe la 5e place mondiale. Cette recherche se fait à l'interface de multiples acteurs : hôpitaux, réseaux de soins, universités. Elle intègre les relations entre le monde industriel et le monde académique et le transfert, inscrit dans la loi, et qui permet le passage de l'invention du laboratoire à l'innovation créatrice d'emplois.

Vous l'avez souligné, l'enjeu est de garder ce niveau d'excellence et d'assurer le continuum allant de la recherche la plus fondamentale à la recherche translationnelle, un mot qui témoigne bien du passage de la recherche amont jusqu'au soin.
 
Il nous faut plus que jamais décloisonner pour réussir ensemble, comme l'a demandé le Président de la République : décloisonner la recherche académique et la recherche privée, mais aussi décloisonner la recherche fondamentale et la recherche finalisée, la recherche et le soin.

Nous devons faire en sorte, ensemble, que cette richesse, cette diversité des compétences, des milieux et des cultures restent une force et non une faiblesse pour la recherche biomédicale et le système de santé français.

Aujourd'hui, la multiplicité des structures de recherche complexifie le paysage de la recherche biomédicale et nuit à sa lisibilité à l'extérieur. Pour ne citer que quelques exemples, certains opérateurs sont nationaux comme l'Inserm, d'autres sont régionaux telles les délégations régionales de recherche clinique et de l'innovation, voire interrégionaux. La création des structures additionnelles de recherche clinique comme les centres de recherche clinique, et plus récemment les Instituts hospitalo-universitaires (I.H.U.) et les Départements hospitalo-universitaires (D.H.U.) n'a fait qu'amplifier le phénomène.

Ce mouvement va à l'encontre du souhait des investigateurs et des industriels qui espèrent la création d'un "guichet unique" où le continuum de la recherche clinique pourrait être traité avec des structures, des compétences et des moyens méthodologiques d'investigation, statistiques et administratifs compétitifs au plan européen et international.

Certaines de vos recommandations sont en phase avec la politique que nous avons initiée. Vous nous encouragez à aller plus loin. Il faut simplifier le nombre de structures et les modes de financements. 

Cette simplification doit passer par un co-pilotage de nos deux ministères, de la recherche biomédicale. Elle doit se traduire par une réduction des segmentations excessives des dispositifs de financement existants, comme le P.H.R.C. et l'A.N.R..

L'alliance nationale des sciences de la vie et de la santé, Aviesan, et ses instituts thématiques multi-organismes, les ITMOS, qui travaillent en étroite concertation avec l'ensemble des acteurs des universités, les hôpitaux et les organismes, constituent aujourd'hui le lieu stratégique le mieux placé pour assurer cette cohérence. Appuyons-nous davantage sur Aviesan.

Vous aviez la lourde tâche de réfléchir aux grandes orientations de la recherche biomédicale pour les années à venir. Que devons-nous privilégier ? Que devons-nous anticiper, pour que la recherche contribue à l'amélioration de la santé de tous nos concitoyens ?

Cet exercice difficile, qui va définir des priorités, est lancé par le comité des sages. Les organismes de recherche se sont aussi emparés de cet enjeu, dans le cadre de l'agenda stratégique France-Europe 2020. La santé a été identifiée comme l'un des 10 défis sociétaux de la future stratégie nationale de recherche. Le conseil stratégique de la recherche, qui sera mis en place dans les semaines à venir, définira nos priorités dans ce domaine. Je veillerai à ce qu'elles s'articulent avec celles de la stratégie nationale de santé.

Vous avez mis en avant des priorités en cohérence avec celles qui seront discutées dans le contrat stratégique de la filière industries et technologies de santé, ou bien identifiées comme filières d'avenir et industrielles par la Commission Lauvergeon "Innovation 2030". Il s'agit par exemple de la "médecine individualisée" ou de la "silver economy" ou bien encore de l'hôpital numérique, des biotechnologies médicales et dispositifs médicaux, des nouveaux équipements de santé. 

Les avancées technologiques vont bouleverser la prise en charge des patients. Elles ouvrent la voie à une médecine personnalisée, ciblée et plus efficiente. La robotique pour répondre aux problèmes liés à la perte d'autonomie et amplifier les performances de la chirurgie, l'apport des nanotechnologies pour améliorer la disponibilité des médicaments, ou les technologies numériques pour développer des nouveaux outils de surveillance de paramètres biologiques en continu vont révolutionner notre rapport médecin-patient tout comme la e-médecine.

Les nouveaux outils technologiques, comme les nouveaux capteurs, les marqueurs génétiques ou sanguins, à notre portée, vont bouleverser le domaine de la prévention, un des axes majeurs de la stratégie nationale de santé, mis en avant dans votre rapport. Cette prévention médicalisée  sera un outil majeur de la réussite de la prise en charge et justifie le développement d'études en S.H.S. sur leur acceptabilité et la dimension éthique de leur usage.

C'est dans ce sens que nous devons mobiliser toutes nos forces, politiques, médicales, scientifiques, pour porter la recherche clinique française à l'échelle européenne et internationale et optimiser notre système de santé.

Enfin, je vous remercie, Monsieur Cordier, d'avoir souligné que la recherche doit contribuer aux décisions politiques en matière de santé. Aujourd'hui, moins d'un quart de la pratique médicale courante est véritablement "fondée sur un haut niveau de preuve scientifique", c'est à dire fondée sur des essais cliniques contrôlés ou/et sur une compréhension des mécanismes physiopathologiques impliqués. Les spécialistes internationaux de santé publique estiment que cette proportion est encore moindre pour ce qui concerne les politiques publiques de santé et de prévention.

Cette faible prise en compte de tout ou partie des données scientifiques disponibles dans les décisions explique sans doute pour partie la succession rapide de "scandales médiatiques" et de "crises" suscités par des problèmes de santé dans notre pays et la défiance systématique qu'une partie importante de la population exprime à l'égard des recommandations des autorités sanitaires.

Il est temps que nous renversions la tendance. Les patients et la société ont besoin de reprendre confiance. Nous nous devons de progresser sur ce terrain et c'est ensemble que nous y arriverons.

La santé est au cœur des préoccupations des Français. Je l'ai déjà dit. Elle est également au cœur des priorités de ce gouvernement. La recherche et l'innovation dans ce domaine sont de plus en plus perçues comme des acteurs indispensables et je m'en réjouis. 

Je tiens à réaffirmer ici, que dans les mois qui viennent, comme nous l'avons déjà démontré au cours de ces derniers mois, mon ministère apportera toute sa contribution pour la mise en place et la réussite de la stratégie nationale de santé, aux côtés de ma collègue Marisol Touraine, de la ministre déléguée à l'autonomie et aux personnes âgés, Michèle Delaunay de la ministre déléguée à la famille, Dominique Bertinotti.

Nous partageons le même objectif : adapter notre système de soins, de formation et notre recherche aux profondes mutations auxquelles la société devra faire face et faire en sorte que chacun, quels que soient son lieu d'habitation, son âge, son origine sociale, puisse bénéficier de la même qualité de soins et des progrès thérapeutiques issus de la recherche et de son transfert. Ce rapport nous donne les pistes pour y parvenir.

J'ai confiance dans les partenariats en cours et dans votre contribution qui nous permettront d'aller plus vite et de répondre aux attentes très fortes des Françaises et des Français.

1ère publication : 23.09.2013 - Mise à jour : 15.06.2016

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