Parité et lutte contre les discriminations

Remise des Bourses Pour les Femmes et la Science

Remise des bourses L'Oréal - Unesco

Le lundi 14 octobre 2013 s'est déroulée la remise des bourses L'Oréal France – UNESCO "Pour les Femmes et la Science". 25 jeunes femmes scientifiques, en dernière année de thèse, ont été récompensées pour leur permettre de se faire connaître et de préparer leurs carrières scientifiques en post-doctorat. Geneviève Fioraso a insisté sur la nécessité de faire évoluer les mentalités afin d'inciter les jeunes filles à opter pour des carrières scientifiques.

 

Discours - 15.10.2013
Geneviève Fioraso

Seul le prononcé fait foi

C'est un véritable plaisir pour moi, d'être ici, ce soir, parmi vous, afin de féliciter chaleureusement ces jeunes lauréates à qui vient d'être attribuée une bourse pour l'excellence de leurs travaux scientifiques.

En tant que ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, je suis particulièrement sensible à l'initiative de L'Oréal France – UNESCO "Pour les Femmes et la Science" qui récompense, chaque année, par l'attribution de 25 bourses de 15000 euros chacune, 25 jeunes talents scientifiques féminins. Remises par la Fondation d'Entreprise L'Oréal, ces bourses s'inscrivent dans le cadre d'un partenariat historique entre L'Oréal France, la Commission française pour l'UNESCO et l'Académie des Sciences.

Il s'agit de la 7e édition de cette initiative, et les jeunes femmes que nous honorons, ce soir, ont déjà fait des débuts prometteurs en biologie, en écologie, en neurosciences, en neurologie, en génétique, en chimie, en mathématiques et en physique.

Les lauréates des années précédentes poursuivent des carrières prometteuses et j'espère que la réception de ce prix sera une marque d'encouragement suffisamment forte pour vous engager à continuer dans cette voie difficile, exigeante mais exaltante. La recherche est basée sur le doute, la remise en cause des apparences.

Mais elle a évolué : c'est aujourd'hui un travail d'équipe et c'est en équipe que l'on vit les remises en cause, les échecs parfois mais aussi les formidables avancées qui génèrent des progrès dans tous les domaines.

Et les femmes savent travailler en équipe et sont à l'aise dans le partage et la collégialité.

Il n'y a donc aucune raison pour qu'elles ne soient pas davantage présentes dans la recherche scientifique. Et pourtant c'est ce que nous constatons.

C'est la raison pour laquelle je suis particulièrement attachée à ce partenariat entre la Fondation l'Oréal et l'UNESCO qui œuvre depuis 1998 "pour changer les mentalités, pour combattre les préjugés pour ouvrir de nouvelles libertés pour les femmes". Il  apporte une reconnaissance et une visibilité aux femmes scientifiques, reconnaissance et visibilité nécessaires et essentielles pour déconstruire des stéréotypes encore vivaces.

Seule la force de l'exemple permettra, en effet, de lutter contre l'autocensure qui conduit trop souvent des jeunes femmes talentueuses à renoncer à une carrière scientifique prometteuse au prétexte qu'elles seraient réservées à des hommes. Imaginons a contrario le caractère, la détermination, en sus du talent et du génie, qu'il a fallu à une Marie Curie pour lutter contre les préjugés sexistes inhérents à son milieu et à son époque avant d'en devenir l'un des savants majeurs.

Ces qualités, vous les avez déjà manifestées !

En effet, au XXIe siècle, faire preuve de détermination, de ténacité voire d'obstination, et de courage, qualités indispensables à la carrière d'un chercheur, est encore plus indispensable aux femmes qui choisissent d'entreprendre des cursus scientifiques, parce que, malheureusement, les préjugés toujours tenaces, les représentations mentales erronées sèment leurs chemins de nouvelles embûches.

Les facteurs culturels, sociologiques et institutionnels demeurent une réalité qu'il appartient au politique de corriger : je souhaite, en effet, mettre en œuvre une politique volontariste, d'autant plus que la science aujourd'hui est présente dans tous les aspects de la société.

En exclure les femmes reviendrait à mettre à l'écart la moitié de la société. Les inclure à la place qu'elles méritent aura des implications scientifiques, culturelles, techniques et  économiques positives pour tous.

Quelques chiffres éloquents permettent de le démontrer. Si selon une étude du Ministère de l'Education nationale, parue en 2013, les filles connaissent moins de difficultés scolaires et poursuivent des études plus longues que les garçons (plus de 45% contre 37%), c'est dans le choix des filières que le déséquilibre est le plus frappant.

Permettez-moi de m'adresser, maintenant, aux jeunes lycéennes qui sont dans la salle : engagez-vous dès à présent dans le choix de la science ! Vous y avez toute votre place !

En effet, peu de femmes choisissent les filières scientifiques et technologiques.

Moins d'un tiers d'entre elles opte pour un cursus en écoles d'ingénieurs (27%).

Empiriquement, on observe le même déséquilibre dans les filières d'excellence, déséquilibre qui ne s'est pas résorbé depuis quarante ans : les classes supérieures littéraires sont majoritairement féminines, là où les classes supérieures scientifiques sont majoritairement masculines. 

Cette disparité ne s'explique pas par les résultats des étudiantes, mais par des déterminismes culturels, sociologiques, qu'il appartient au politique de combattre. Aussi appelle-t-elle une solide politique volontariste !  Si l'on ne faisait rien il faudrait attendre l'année 2075 pour atteindre la parité dans les écoles d'ingénieur !!!

Finalement a-t-on beaucoup évolué depuis ce triste constat fait par Alexis de Tocqueville dans De la Démocratie en Amérique : "Il y a un préjugé naturel qui porte l'homme à mépriser celui qui a été son inférieur, longtemps encore après qu'il est devenu son égal.
A l'inégalité réelle que produit la fortune ou la loi, succède toujours une inégalité imaginaire qui a sa racine dans les mœurs." ?

Sans révolution et sans évolution des mœurs, la parité ne sera jamais atteinte.
Sans travail sur les mentalités et sans politique volontariste, atteindre la parité restera un vœu pieux.

Dès lors, comment faire évoluer les mentalités ? Comment déraciner des stéréotypes que la démocratisation de l'enseignement et l'accès des femmes aux études supérieures auraient dû faire disparaître depuis une cinquantaine d'années ? 

Comment convaincre les femmes d'opter pour la science, de ne pas s'autocensurer là où leur talent est une chance pour l'accès et la diffusion des connaissances ainsi qu'une force économique ?

Par la force de l'exemple ! Vous vous y employez, ce soir. Par la force de la loi qui fera émerger de nouveaux modèles, je m'y emploie. C'est la raison pour laquelle j'ai inscrit la parité au cœur de mon action.

C'est ainsi pour initier cette politique volontariste que j'ai signé, le 28  janvier dernier, au nom du Ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, une charte en faveur de l'égalité entre les hommes et les femmes avec la Ministre des Droits des femmes Najat Vallaud-Belkacem et les présidents des trois conférences d'établissements que sont la C.P.U., la C.D.E.F.I. et la C.G.E.

Pour la date anniversaire de sa signature, j'ai demandé à ce qu'un événement soit organisé par le Ministère afin de donner davantage de visibilité à la politique que nous menons par la mise en œuvre d'actions concrètes sur le terrain. La parité, pour moi, ce n'est pas un mot, ce sont des actions concrètes, sur le terrain !

Faire évoluer la place des femmes dans l'enseignement supérieur et la recherche participe pleinement à la volonté du Gouvernement de faire  du "8 mars toute l'année" une réalité effective.

Distinguer les femmes pour les encourager à devenir des exemples pour les autres femmes est bien au cœur de l'action que j'ai souhaité inscrire dans la loi du 22 juillet relative à l'enseignement supérieur et à la recherche.

Actuellement, à l'exception de la section Astronomie qui est majoritairement féminine, peut-être d'ailleurs grâce à l'exemple remarquable de Claudie Haigneré, on ne dénombre dans les matières scientifiques que 32,9% de femmes maîtres de conférences et 16,2 % de femmes professeures des universités.

Avec la loi, l'égalité s'inscrira désormais dans le dialogue contractuel avec les établissements. Une "mission égalité" sera créée dans chaque université ; la parité des listes électorales et des nominations aux instances de gouvernance des établissements sera effective, y compris pour les jurys qui devront appliquer la parité dans leurs choix, chaque fois que possible, mais c'est presque toujours possible. Les statistiques relatives aux stratégies nationales de l'enseignement supérieur et de la recherche seront sexuées. Chaque établissement s'engagera à mener des actions contre les stéréotypes de genre, à tous les niveaux de la communauté scientifique.

Par ailleurs, les recherches sur la question du genre, entendues au sens de lutte contre les stéréotypes sexistes et non comme approche idéologique, seront davantage soutenues.

La présence de femmes de qualité, reconnues scientifiquement par leurs pairs, à tous les niveaux de responsabilité permettra de susciter des vocations, de faire émerger de nouveaux talents.

Il faut aussi faire évoluer les représentations mentales.
L'un des moyens est de faire plus largement connaître au public les recherches menées par les femmes scientifiques.

C'est ce qu'a entrepris le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, en inaugurant récemment une exposition de 140 portraits de femmes scientifiques appelée "Infinités plurielles", lors de la Nuit des chercheurs, et présentée sur la Montagne Sainte-Geneviève lors de la Fête de la science.

C'est également ce que réalise le Prix L'Oréal-UNESCO "Pour les Femmes et la Science" qui offre chaque année depuis 15 ans des modèles à suivre aux jeunes étudiantes.

Ce sont déjà 1700 doctorantes que vous avez récompensées dans le monde, et nous célébrons cette année la centième jeune Française à bénéficier de votre bourse.

Permettez-moi, maintenant, de m'adresser, directement, aux jeunes lauréates, pour leur dire à quel point je suis fière qu'elles aient été distinguées pour leurs travaux,
pour leur dire qu'elles représentent non seulement l'avenir de la recherche et de l'innovation scientifiques mais également des exemples vivants pour leurs consœurs,
pour leur dire enfin que je les invite à venir témoigner de leur expérience pour passer le relais afin de faire éclore de nouveaux talents et de créer des émules.

J'étais ce matin à l'Université Pierre et Marie Curie pour faire le point sur les formations au numérique et les masters d'informatique comptaient 30 garçons pour 3 filles, 3 jeunes filles, 2 algériennes et une syrienne.

Alors que le numérique veut favoriser les réponses aux enjeux sociétaux, faire évoluer les usages et diffuser l'innovation dans la société toute entière, comment imaginer  que les services qu'il offre ne soient conçus, imaginés, mis en place que par la moitié masculine de l'humanité. C'est absolument aberrant !

C'est la raison pour laquelle nous avons encore besoin d'initiatives comme la vôtre pendant un certain temps, pour accompagner la politique volontariste du gouvernement en faveur de la parité.

Merci encore de votre belle contribution à ce qui devrait être l'équilibre de la planète, la parité entre les hommes et les femmes dans tous les domaines de la science.

Merci de faire en sorte de renverser les frontières culturelles et merci à vous toutes les lauréates de poursuivre ce combat dans les laboratoires, les entreprises où vous mènerez, j'en suis convaincue, une carrière de premier plan !

Merci de votre engagement. 

 

1ère publication : 15.10.2013 - Mise à jour : 16.10.2013

Les Bourses L'Oréal France – UNESCO "Pour les Femmes et la Science"

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