Entrepreneuriat étudiant : un plan d'action ambitieux

Visite de l'université Paris-Est Marne-la-Vallée© M.E.S.R./X.R.Pictures

Généralisation des formations à l'entrepreneuriat et à l'innovation,le lancement d'un appel à projet pour la constitution d'une trentaine de Pôles pour l'innovation le transfert et l'entrepreneuriat (PEPITE), la création d'un statut d'étudiant entrepreneur, la mise en œuvre d'un prix intitulé Tremplin Entrepreneuriat Etudiant : telles sont les quatre mesures du plan d'action en faveur de l'entrepreneuriat étudiant présenté par la ministre à l'occasion de sa visite de l'incubateur de l'université de Marne-la-Vallée, le 22/10/2013.

 

Discours - 22.10.2013
Geneviève Fioraso

Le dynamisme de notre économie dépend de la vitalité des entreprises qui s'y créent et s'y développent. C'est sans doute une évidence, mais parfois il vaut mieux rappeler ce qui va de soi : les entreprises sont sources de richesse et donc d'emploi. Notre pays ne peut pas avancer s'il n'y a pas, au départ, des hommes et des femmes qui prennent des risques et qui s'engagent.

Dans son discours de conclusion des Assises de l'entrepreneuriat, qui se sont tenues, à l'initiative du Gouvernement, en avril 2013, le Président de la République a insisté sur la nécessité de diffuser l'esprit d'entreprendre auprès des jeunes.

Nous faisons le constat d'un déficit de culture entrepreneuriale en France, notamment dû à un manque de formation et de sensibilisation à cette question. Ce déficit est aussi dû aux méthodes pédagogiques françaises qui privilégient les performances individuelles au détriment du collectif et de la recherche.

Nombreux sont les commentateurs à considérer la création d'une entreprise comme le parcours du combattant. On évoque moins la formidable aventure que cela représente, et je vous le dis d'expérience puisque j'ai eu la chance de travailler six ans dans l'équipe de direction d'une start-up.

L'enseignement supérieur a un rôle majeur à jouer pour favoriser l'esprit d'entreprendre. Avec 2,4 millions d'étudiants en formation, il peut diffuser l'esprit d'entrepreneuriat auprès des générations futures.

Ces étudiants, qui sont au contact de la recherche, sont par ailleurs également plus à même de créer des entreprises innovantes, qui ouvriront de nouveaux marchés, et apporteront à notre société les produits et services de demain générateurs de progrès pour tous.
Enfin, les statistiques montrent que les nouvelles entreprises grandissent d'autant plus vite que leur fondateur est diplômé.

L'enjeu pour la France doit être non seulement le développement de P.M.E., mais également d'E.T.I. sur lesquelles l'Allemagne a fondé une partie de sa réussite économique.

C'est donc à une attente forte de la jeunesse de notre pays que je veux répondre aujourd'hui en vous annonçant les grands axes de notre politique en faveur de l'entrepreneuriat étudiant.

Ce que nous voulons en engageant cette démarche, c'est ouvrir le champ des possibles aux jeunes issus de l'enseignement supérieur, les faire contribuer à l'innovation et à l'émergence des activités de demain nécessaires au redressement du pays. Ce que nous voulons, c'est susciter l'enthousiasme d'une nouvelle génération de créateurs.

C'est un plan global et ambitieux qui s'articule autour de la formation, la reconnaissance, et l'accompagnement de la démarche entrepreneuriale des étudiants et jeunes diplômés. Il s'adresse à l'ensemble des étudiants qui souhaiteraient créer une entreprise quels que soient leur cursus ou leurs domaines de prédilection. Les étudiants en sciences humaines y ont toute leur place.

Notre objectif, celui des Assises de l'entrepreneuriat, c'est de parvenir à 20 000 créations ou reprises d'entreprises par des jeunes issus de l'enseignement supérieur.

Soyons justes avec nous-mêmes : l'enseignement supérieur est déjà engagé en matière d'entrepreneuriat. Nous connaissons évidemment le dynamisme des écoles d'ingénieurs ou de gestion en la matière, sur le plan de la formation ou même du développement de pépinières ou d'incubateurs. Les universités ont également pris des initiatives en ce sens : nous en avons la preuve ici, à Marne-la-Vallée, avec l'incubateur "Descartes". J'aurais pu également visiter l'incubateur "Incube" de l'université de Rennes 1, celui de l'université Bordeaux Segalen ou bien celui de l'Institut Polytechnique de Bordeaux à Pessac.

Les 23 Pôles de l'Entrepreneuriat Etudiant (P.E.E.) mis en place à partir de 2010 rassemblent aujourd'hui 227 établissements, regroupant 1,1 million d'étudiants et ils associent près de 350 partenaires du monde économique. Près de 150 000 étudiants ont pu bénéficier directement de leur action, 75 000 d'entre eux ont profité de leurs actions d'information, 48 000 d'une sensibilisation, 15 000 d'une spécialisation et près de 8 000 ont obtenu un diplôme dans le domaine de l'entrepreneuriat ou de l'innovation.

Je tiens d'ailleurs à saluer la mobilisation des enseignants sur l'ensemble des territoires et le travail des 300 référents "Entrepreneuriat", étudiants et chargés de mission, sans lesquels rien n'aurait été possible.

C'est une véritable communauté qui s'est créée, et sur laquelle je souhaite continuer à m'appuyer pour mettre en œuvre notre politique  en faveur de l'entrepreneuriat étudiant.

Aujourd'hui, nous devons aller plus loin : toucher davantage d'étudiants, notamment à l'université, et dans l'ensemble des filières, y compris en sciences humaines et sociales, couvrir l'ensemble du territoire, développer l'offre de service des pôles en développant les projets d'incubateurs et faire émerger de nouvelles priorités.

Ce plan repose sur quatre axes principaux :

  • la généralisation des formations à l'entrepreneuriat et à l'innovation pour les étudiants avec pour corollaire une meilleure reconnaissance dans les cursus ; 
  • le lancement d'un appel à projet pour la constitution d'une trentaine de Pôles pour l'innovation le transfert et l'entrepreneuriat (PEPITE) ;
  • la création d'un statut "d'étudiant entrepreneur" ; 
  • la mise en œuvre d'un prix intitulé "Tremplin Entrepreneuriat Etudiant" dans le cadre du concours national d'aide à la création d'entreprise financé par le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche.

La généralisation des formations à l'entrepreneuriat et à l'innovation

Le premier axe de ce plan consiste donc à généraliser les formations à l'entrepreneuriat et à l'innovation pour les étudiants, et à mieux reconnaître les démarches entrepreneuriales dans les cursus.

Tout étudiant qui le souhaite doit désormais avoir la possibilité de construire le parcours de formation qui le conduira à la réalisation de son projet quel que soit le type de démarche entrepreneuriale.

Pour cela, nous mettrons à disposition des établissements un cadre de référence adapté pour chaque cycle. Il y aura une initiation et une sensibilisation au cours du cycle Licence, pour un "premier contact" avec les enjeux de l'entrepreneuriat.

Mais l'entrepreneuriat ne doit pas être seulement un objet de "sensibilisation" même si je crois à la valeur pédagogique d'exemples de réussite à même de stimuler les envies. Les cycles Master et Doctorat iront donc plus loin, avec de véritables formations, sur la connaissance du monde de l'entreprise, les compétences en termes de management, d'études de marché, de gestion, de propriété intellectuelle, c'est à dire, les conditions qui rendent possibles une démarche entrepreneuriale.

Et comme l'entrepreneuriat ne s'apprend pas seulement par des cours magistraux nous devons reconnaître la valeur d'un enseignement professionnalisant, avec des stages en formation en alternance, dans le milieu entrepreneurial. Je souhaite aussi que les projets de création d'entreprise soient mieux reconnus dans les cursus, grâce à l'attribution de crédits E.C.T.S. permettant de les valider pour l'obtention du diplôme.

Pour donner de la visibilité à ces formations, les intitulés de diplômes  "Entrepreneuriat et management de projets" et "Management de l'innovation" seront retenus dans la liste des mentions de master actuellement en cours de concertation.
Ces formations seront dispensées par des enseignants et des chefs d'entreprises mais également par des réseaux associatifs spécialisés d'entrepreneurs : je suis convaincue de la nécessité d'assurer une mixité des intervenants pour une formation complète et de qualité.

Le lancement d'un appel à projet ambitieux

Le deuxième axe, c'est le lancement d'un nouvel appel à projet pour la constitution d'une trentaine de Pôles Pour l'Innovation le Transfert et l'Entrepreneuriat (PEPITE).

Les PEPITE auront un rôle de coordination pour la mise en place des formations à l'entrepreneuriat et à l'innovation.

Ils noueront des partenariats avec les associations d'entrepreneurs, avec les acteurs socio-économiques du territoire, et avec les collectivités, au premier rang desquelles les régions qui participent pleinement à la démarche. Ils auront également un rôle d'accompagnement des porteurs de projets.

Cet appel à projet est ouvert à compter d'aujourd'hui, auprès des établissements d'enseignement supérieur sur la période 2013-2016, en partenariat avec le ministère des P.M.E., de l'innovation et de l'économie numérique et la Caisse des dépôts (C.D.C.). Cela fait partie des quatre axes d'action développés par le M.E.S.R. et la C.D.C. dans le cadre de la Convention signée à Strasbourg sur les campus d'avenir. Les projets devront être déposés avant le 15 décembre pour être sélectionnés en janvier 2014.

Il s'agit d'une démarche ambitieuse :

  • dans son périmètre, puisque l'enjeu est de passer de 23 P.E.E. à 30 PEPITE, soit un pôle par "Communauté d'universités et d'établissements" (COMUE), afin de toucher l'ensemble des 2,4 millions d'étudiants ;
  • dans son envergure, afin d'encourager le développement, au sein des campus des universités, de véritables incubateurs et des espaces de co-working semblables à ceux existant dans les universités américaines, qui permettent notamment d'encourager le travail collaboratif, l'expérimentation et le travail de groupe autour d'un projet de création d'activités ; 
  • dans son financement, puisque cet appel à projet reposera sur une augmentation de la subvention de l'Etat et de la C.D.C. qui s'élèvera à 4,6 millions d'euros sur trois ans. Le M.E.S.R., avec une participation de 3 millions d'euros, augmente de 150 % sa contribution à cette politique par rapport au précédent appel à projets, et la C.D.C. de près de 70 %. L'objectif est de mobiliser autant de ressources de la part des collectivités territoriales et des partenaires privés afin de réunir sur cette politique environ 9 millions d'euros. La gouvernance de chaque pôle devra associer toutes les parties prenantes au projet : établissements, collectivités, entreprises.

Un statut d'étudiant-entrepreneur

La troisième mesure de ce plan a été annoncée par le Président de la République dans son discours de clôture des Assises de l'entrepreneuriat. Il s'agit de créer à la rentrée 2014, à l'initiative du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, un statut "d'étudiant-entrepreneur" qui offrira un cadre protecteur et incitatif aux étudiants qui désirent s'investir dans la création d'entreprises.
Il ne s'agit pas d'un statut au sens juridique du terme mais d'une reconnaissance et d'un accompagnement offert à ceux qui créent et innovent.

Ce statut sera ouvert :

  • aux étudiants en cours de formation, dont le projet entrepreneurial pourra être pris en compte pour la validation du diplôme, via la délivrance de crédits E.C.T.S. ;
  • aux jeunes diplômés souhaitant créer leur entreprise après l'obtention de leur diplôme, en prolongeant leur statut étudiant durant la période de création d'entreprise par l'intermédiaire de l'inscription au sein d'un diplôme d'université (D.U.) "Création d'entreprises innovantes et entrepreneuriat" qui leur permettra également de bénéficier d'une formation à l'entrepreneuriat et à la gestion, orientée vers la préparation et le lancement d'un projet entrepreneurial.

Soutien financier aux meilleurs projets étudiants et jeunes diplômés

Enfin, le quatrième axe de ce plan est destiné à accompagner financièrement des projets étudiants de création d'entreprise les plus prometteurs.

Je souhaite en effet que les meilleurs projets issus des PEPITE puissent se présenter au concours national d'aide à la création d'entreprises innovantes organisé depuis plus de 20 ans par le M.E.S.R., qui réservera pour la première fois une enveloppe spécifique pour des prix "Tremplin Entrepreneuriat Etudiant".

Ainsi jusqu'à 50 lauréats pour la création et le développement d'entreprises pourront être sélectionnés, avec un prix de 10 000 € pour la catégorie "création-développement", et un autre de 5 000 € pour la catégorie "émergence".

L'objectif de ce plan, vous l'aurez compris, c'est que l'entrepreneuriat devienne une partie intégrante de la politique de site. Le dialogue contractuel entre le ministère et les établissements aura donc désormais des objectifs en matière de développement de l'entrepreneuriat étudiant. La procédure d'accréditation des formations, introduite par la loi relative à l'enseignement supérieur et à la recherche, évaluera les formations à l'entrepreneuriat et à l'innovation mises en œuvre.

L'entrepreneuriat, c'est également un levier de transformation pédagogique dans l'enseignement supérieur. Notre système érige la compétition et la réussite individuelle en norme, alors qu'entreprendre suppose, outre des qualités personnelles, savoir développer un travail collaboratif, collectif, et des logiques de projets entre étudiants de formation et d'horizons divers et variés. Ces qualités, la prise de risque, l'originalité, la capacité à fédérer des équipes et des projets ainsi que l'interdisciplinarité propice à la créativité, devront désormais être valorisées au sein des formations supérieures.

Cette ambition, favoriser une nouvelle politique entrepreneuriale, est une entreprise jeune. Je ne doute pas que l'investissement de chacun sera garant de son développement et de son succès.

1ère publication : 22.10.2013 - Mise à jour : 19.06.2014

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