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La culture scientifique et technique

Donner à chacun les moyens de s'approprier notre société de la connaissance

  • Culture

En ouverture de la journée organisée au CNAM par l'A.N.R.U. sur le thème " Les Cultures Scientifique Technique et Industrielle, un investissement d’avenir", Geneviève Fioraso est revenue sur l'importance de la diffusion de la culture scientifique au plus grand nombre dans le cadre de l'appel à projets des Investissements d'Avenir.

Discours - 14.11.2013
Geneviève Fioraso

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Je suis très heureuse d'être ici, parmi vous, dans cette enceinte du Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) - le lieu est symbolique - pour introduire les travaux de cette journée consacrée à l'appel à projets des Investissements d'Avenir pour le développement de la culture scientifique, technique et industrielle.

Vous avez donné le ton juste, en choisissant de l'intituler : "Les Cultures scientifique, technique et industrielle, un investissement d'avenir". En effet, mieux diffuser auprès du grand public les cultures scientifique, technique et industrielle est bien un investissement d'avenir ce que confirme sa réalisation dans le cadre du deuxième volet du Programme d'investissement d'avenir.

Un appel à projets doté de 100 millions d'euros, dont plus de la moitié ont déjà été affectés aux lauréats ici présents, est en effet en cours, pour soutenir la maturation, la professionnalisation de dispositifs et d'actions dans ce domaine, ce dont je me réjouis vivement.

Ce sont les moyens au service d'une ambition : donner à chacun les moyens de s'approprier notre société de connaissance.

La création artistique et la recherche scientifique ont, en effet, en commun de repousser en permanence les frontières de la connaissance et de l'imagination : elles sont donc liées et se répondent l'une à l'autre.

Je suis fermement engagée, avec ma collègue Aurélie Filippetti, Ministre de la Culture et de la Communication, je parlerai aujourd'hui, à deux voix.

Le Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), créé en 1794 pour "perfectionner l'industrie nationale", dont le premier cours, en 1819, portait sur "Mécanique, Chimie appliquée et Economie industrielle", est emblématique à cet égard. Il répond clairement, en tant que musée, organisme de recherche et d'enseignement, ouvert à tous, aux objectifs de notre politique, qui vise à redonner toute sa place à la culture scientifique, technique et industrielle.

Donner à chacun les moyens de s'approprier notre société de la connaissance

Quatre Français sur cinq accordent leur confiance aux scientifiques et jugent que la science contribue largement à apporter des solutions aux questions sociétales. Le rapport aux innovations technologiques est plus ambivalent. Si bon nombre de nos concitoyens les adoptent rapidement, tout en s'inquiétant de risques éventuels sur la santé, l'environnement ou le lien social, certains sujets sont l'objet de polémiques : le climat, les organismes génétiquement modifiés, le nucléaire, l'utilisation des cellules souches, les antennes-relais, les nanotechnologies, la biologie de synthèse...

C'est parfois l'idée-même de progrès qui est contestée. Face aux doutes et aux inquiétudes, le débat démocratique est indispensable car s'entremêlent désormais la recherche la plus pointue et la vie quotidienne.

Comprendre le monde complexe dans lequel nous vivons et se forger sa propre opinion nécessitent des démarches actives d'information, de rencontre, d'expérimentation et de mise en perspective. Ce processus constitue le cœur des pratiques et programmes divers des cultures scientifiques, techniques, et industrielles.

Priorité à la jeunesse

Les jeunes sont les premiers concernés par ces enjeux. C'est vers eux, d'abord, qu'il convient de redoubler d'efforts, en mobilisant des approches pédagogiques renouvelées.

La loi sur la refondation de l'école offre le cadre général pour l'engagement de cette démarche, qui peut s'appliquer au temps scolaire et périscolaire, aux apprentissages inductifs et déductifs, en présence des élèves ou à distance grâce au numérique. Les projets de médiation scientifique et technologique peuvent pleinement intégrer la démarche du plan d'actions pour l'éducation artistique et culturelle : les instances de coopération dans les territoires en auront le souci. Les élèves résidant dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville seront particulièrement concernés par ces projets.

Donner la priorité aux jeunes, c'est d'abord mieux former leurs enseignants.

Cette mission a été confiée aux nouvelles écoles supérieures du professorat et de l'éducation, dans les universités. Le concours que leur apporteront les maisons régionales, fondées sous l'égide de l'Académie des sciences, sera à cet égard précieux sur le modèle de la main à la pâte.

Les opérateurs de recherche s'assureront de l'intervention de chaque laboratoire auprès d'au moins un établissement scolaire ou de jeunesse de son territoire.

Donner la priorité aux jeunes, c'est aussi leur faire confiance et les accompagner dans l'élaboration de leurs initiatives, notamment artistiques, scientifiques ou technologiques. L'appropriation des savoirs et savoir-faire par la conduite de projets est le meilleur moyen de promouvoir une culture vivante de l'innovation. Les établissements d'enseignement supérieur sont encouragés à ouvrir des incubateurs étudiants et à développer le statut d'étudiant entrepreneur pour contribuer à cette dynamique nouvelle.

Intéresser les principaux acteurs du débat public

La France est marquée par la familiarité limitée de ses élites à la recherche : seuls 2% des cadres de la fonction publique sont titulaires d'un doctorat, contre 35% en Allemagne ou aux Etats-Unis d'Amérique. Les entrepreneurs ont rarement l'expérience de la recherche. Les journalistes ont majoritairement suivi des cursus en sciences humaines et sociales et sont souvent moins au fait des sciences expérimentales.

La promotion des cultures scientifiques, technologiques et industrielles réclame pourtant le concours actif de ces groupes professionnels influents. Des programmes de sensibilisation adaptés seront déployés à leur intention. C'est le rôle de l'Institut des Hautes Etudes en Sciences et Technologies présidé par le Vice-Président du Comité Richelieu, Christophe Lecante, dont les actions (séminaires, débats, formations...) sont largement soutenues par le Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche.

Une nouvelle alliance science – numérique – société – économie

La France et l'Europe voient l'émergence de nouvelles pratiques du partage des savoirs, de la construction d'une expertise collective, du développement des territoires, de la création et des échanges de valeur.

Economie de la contribution, ressources participatives, industries créatives, circuits courts, Fablabs, imprimantes 3D... : ces innovations sont aux frontières entre recherche scientifique et technologique, création contemporaine, design, engagements citoyens et désirs d'expérimenter de nouvelles formes de développement.

Cette nouvelle alliance qui se profile entre sciences et société passe par la culture numérique et participent à l'invention de nouveaux modèles économiques.

Un positionnement fort de la France en Europe

La stratégie de la culture scientifique, technique et industrielle sera également thématique.

Elle fera écho aux défis sociétaux identifiés pour l'agenda France Europe 2020 en intégrant certains des sujets les plus ambitieux et porteurs d'avenir, comme la biologie de synthèse ou la transition énergétique. 

Aussi, en affirmant la transversalité des cultures scientifique, technique et industrielle s'appuyant tant sur la recherche scientifique que sur la création contemporaine et la culture numérique, la France rejoint le groupe des pays (Suède, Finlande, Pays-Bas, Irlande, Royaume-Uni, Allemagne) qui, en Europe, ont fait de l'appropriation de la culture de l'innovation dès le plus jeune âge un objectif national.

Une responsabilité stratégique pour l'Etat

La coordination globale des acteurs et de la stratégie sera assurée par l'Etat, qui s'impliquera à nouveau, après une décennie de mise en retrait. C'est le retour de l'Etat stratège qui donne un sens aux initiatives des écosystèmes.

Toutes les acteurs sont à impliquer, à l'échelon national et dans les territoires : centres de science, musées techniques, muséums d'histoire naturelle, associations d'éducation populaire et opérateurs culturels et de recherche seront encouragés à partager leurs expériences et leurs outils, ainsi qu'à exprimer leurs recommandations en termes d'orientation et d'évolution des dispositifs.

La loi du 22 juillet 2013 a confié aux Conseils régionaux le rôle de chef de file dans le domaine de la médiation scientifique. Les crédits d'Etat pour soutenir les projets issus des territoires leur seront délégués, comme convenu, dès le budget 2014, à la hauteur de 3,3 millions d'euros. Les pôles territoriaux de référence déjà créés évolueront dans ce nouveau contexte, plus propice à l'association et la responsabilisation de tous les acteurs.

Une rencontre annuelle favorisera l'échange entre acteurs de terrain et avec les représentants de l'Etat, de façon à renforcer la cohérence entre initiatives territoriales et stratégie nationale.

Ces nouvelles modalités de pilotage, d'association et de déploiement des actions seront précisées et mises en œuvre à l'occasion du 3e Forum national de la culture scientifique et technique, programmé en janvier 2014 et dont la coordination interministérielle sera assurée par le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Cela permettra de coordonner les stratégies locales avec une stratégie nationale.

Les moyens d'une ambition

La réalisation de cette stratégie sera favorisée par la relance du Programme d'investissement d'avenir pour la culture scientifique et technique.

Un appel à projets, doté de 47 millions d'euros, est engagé pour soutenir la maturation et la professionnalisation de dispositifs et d'actions dont le développement est souvent obéré par leur fragilité.

Je remercie Louis Gallois de cette contribution essentielle.

J'invite les scientifiques des sciences humaines et sociales à s'intéresser davantage aux enjeux sociétaux générés par les développements scientifiques et technologiques. J'invite aussi les porteurs de projets à travailler davantage dans des équipes pluridisciplinaires, porteuses d'échanges, d'innovation et de découverte.

Enfin, j'invite notre société à s'ouvrir à l'audace, à la créativité, à l'innovation, à l'entrepreneuriat, en clair à tout ce qui génère des emplois et un progrès partagé et durable.

Pour citer Alan Key, "La meilleure façon de créer l'avenir, c'est de l'inventer". Le partage d'une culture scientifique, d'innovation ouverte est sûrement le meilleur moyen d'inventer l'avenir ensemble.

Je vous remercie de votre attention et vous souhaite un excellent séminaire.

1ère publication : 14.11.2013 - Mise à jour : 15.11.2013

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Delphine CHENEVIER

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