20e anniversaire de l'Association des villes universitaires de France

Geneviève Fioraso© Benjamin Chelly

A l'occasion du 20e anniversaire de l'Association des villes universitaires de France (AVUF), Geneviève Fioraso a rappelé que la réussite des étudiants est étroitement liée à leurs conditions de vie, à la qualité des campus et à leur environnement. Le prochain contrat de plan Etat-région sera l'occasion de fixer de nouvelles priorités centrées sur la qualité et l'attractivité des campus.

 

Discours - 10.12.2013
Geneviève Fioraso

Je suis très heureuse de m'associer aujourd'hui à la célébration des 20 ans de l'Association des Villes Universitaires de France (AVUF).

Je connais bien l'AVUF pour avoir souvent représenté la Ville de Grenoble, je mesure donc pleinement à quel point elle a contribué à transformer l'image et le concept du lien entre les campus universitaires et leur environnement.

L'idée que les campus doivent être pleinement intégrés aux villes et à leur tissu économique, culturel, social, cette idée semble aller de soi. L'idée que les étudiants et les chercheurs doivent vivre et travailler dans la ville, participer à sa dynamique sociale, culturelle, citoyenne... elle aussi semble relever du bon sens.

Et pourtant, pendant des années, le modèle qui a prévalu a plutôt été celui de campus périphériques, parfois "hors sol". Parce que les étudiants font un peu peur ? Parce que la science effraie ?

Nous n'en sommes plus là heureusement, et l'AVUF a joué un rôle dans cette prise de conscience. Lors de notre rencontre dans le cadre de la préparation de la loi d'orientation sur l'enseignement supérieur et la recherche, publiée le 22 juillet dernier, nous avons partagé cette conviction : les universités, les lieux de recherche, jouent un rôle capital en termes d'attractivité, de compétitivité, mais aussi de lien social, de dynamique économique urbaine, d'animation culturelle.

Comme vous, je sais que la réussite des étudiants, la qualité du travail des chercheurs, ne dépendent pas seulement des conditions "académiques et scientifiques" mais aussi de leur insertion dans des écosystèmes, en harmonie avec la ville, avec ses entreprises, avec ses associations.

J'en ai tiré une méthode : depuis mai 2012 je me suis attachée à remettre les collectivités autour de la table des décisions.

Je l'ai fait pour l'Opération Campus, qui était bloquée par le dogmatisme du tout P.P.P., et que nous avons relancée au terme d'une mission qui a placé les attentes des universités et des collectivités au cœur des projets.

Je l'ai fait pour l'opération du plateau de Saclay, avec la création d'un comité de concertation  qui associe enfin les collectivités concernées.

Je l'ai fait pour Paris, en concertation avec la Ville de Paris et le recteur François Weill nous avons mutualisé les fonds de l'opération Campus pour en faire bénéficier les projets au moment où ils sont prêts : la phase 1 du campus Condorcet, la rénovation de la faculté de pharmacie, l'institut des civilisations du Collège de France, sont désormais lancées et toutes les autres opérations seront programmées.

Je le fais pour préparer le prochain C.P.E.R. – j'y reviendrai – dont les grandes lignes stratégiques ont été présentées très en amont par mon ministère aux grandes associations de collectivités, et notamment à l'AVUF.

La politique territoriale après la loi du 22 juillet : la politique de site

Avec la réussite des étudiants, qui en est la priorité, l'une des grandes ambitions de la loi du 22 juillet 2013 est de donner une plus grande visibilité et une plus grande attractivité à l'Enseignement supérieur français. C'est une ambition partagée par toutes les villes universitaires, qui y contribuent depuis de nombreuses années.

Cela passe par une organisation plus lisible, pour ouvrir plus largement le dialogue entre les principaux acteurs à l'échelle des territoires : établissements d'enseignement supérieur et de recherche, collectivités et monde socio- économique. C'est la politique de site. Sur tous les sites, les établissements sont invités à coordonner leurs politiques de formation, de recherche et d'innovation. A moyen terme une trentaine de Communautés d'universités d'établissements (les COMUE) élaboreront cette stratégie commune.

Ces regroupements peuvent prendre différentes formes. La loi, à cet égard, permet toutes les adaptations aux spécificités des territoires : fusion, fédérations, confédérations, associations... et même la combinaison des quatre. Tout est possible. Les formes institutionnelles sont souples, mais l'objectif est clairement tracé : sur un territoire donné, la stratégie de l'enseignement supérieur et de la recherche doit être portée collectivement.

Nous veillerons à cet égard à ce que les statuts des futurs regroupements qui doivent être adoptés au plus tard en juillet 2014 respectent la spécificité de chacun de ses membres dans les modalités de gouvernance retenues. C'est vrai en particulier des sites universitaires dans les villes moyennes.

C'est ici tout l'enjeu des équilibres territoriaux.

La politique de site, c'est le contraire d'une politique de concentration sur les métropoles. La politique de site vise au contraire à s'assurer que la géographie de l'offre de formation et de la politique de recherche est cohérente, équitable, qu'elle "pense" ses implantations en tenant compte des bassins de vie et des bassins d'emplois.

Les contrats quinquennaux de site, passés par le M.E.S.R. et ses opérateurs, comporteront un volet stratégique commun et des volets spécifiques à chacun des établissements regroupés. Il est prévu que les collectivités s'associent à ce contrat de site, à la dynamique qu'il crée, non pas comme signataires directs (car le contrat matérialise les engagements réciproques entre l'Etat et des opérateurs nationaux dont il assure jusqu'à 90% du financement) mais comme membres associés ou par des conventions complémentaires. La loi à cet égard est très explicite : les contrats pluriannuels doivent "associer les régions et les autres collectivités territoriales accueillant des sites universitaires ou des établissements de recherche...et prennent en compte les orientations fixées dans les schémas régionaux (S.R.E.S.R.) et/ou les schémas d'enseignement supérieur et de recherche définis par les communes, pôles métropolitains et départements."

Il s'agit bien de susciter ou de dynamiser de véritables écosystèmes territoriaux.

Nous sommes donc placés, vous et nous, devant une nouvelle page du partenariat à construire entre l'Etat et les collectivités, entre ce ministère et les villes universitaires, en matière d'enseignement supérieur et de recherche, dans le respect des compétences de chacun.

Ce que nous attendons des villes : la réussite étudiante c'est aussi l'environnement de la vie étudiante

Le président de la République a fait de la réussite étudiante une priorité du quinquennat. C'est la feuille de route de mon  ministère et la priorité de la Loi. On le sait, les conditions de vie des étudiants ont un impact direct sur la réussite de leur parcours.

J'en veux pour exemple les antennes dites de proximité ou les I.U.T. qui sont souvent implantés dans des villes moyennes et qui accueillent en forte proportion des étudiants issus de familles modestes dans des parcours de réussite, avec d'excellents résultats en termes d'insertion professionnelle. Il y a là un enjeu majeur de justice sociale tout autant que de compétitivité de l'économie. C'est la raison pour laquelle je m'étais engagée à maintenir l'antenne de Béziers, ce que la Présidente de l'université Montpellier 3 a finalement accepté après un dialogue approfondi.

La loi du 22 juillet dernier contient aussi plusieurs mesures pour que l'ensemble des territoires se mobilisent avec nous pour la réussite étudiante : mieux orienter, décloisonner les formations, multiplier les passerelles pour fluidifier les parcours, réformer la pédagogie par le numérique, simplifier le maquis des intitulés des filières et des formations. Un exemple, nous sommes passés de 1800 intitulés de licences générales à 45 intitulés. Et cette simplification sera opérationnelle dès la rentrée 2014. Pour les licences professionnelles et les masters (11000 parcours de masters aujourd'hui, c'est illisible), le travail est bien avancé et sera opérationnel à la rentrée 2015. La méthode est toujours la même : dialogue, travail avec tous les acteurs et mise en œuvre.

Mais la réussite étudiante est aussi étroitement liée à leurs conditions de vie, à la qualité des campus et à tout l'environnement de l'étudiant.

Pour ce qui concerne les conditions de vie des étudiants, j'ai obtenu, dans un contexte budgétaire contraint, 458 millions d'euros sur 3 ans pour abonder les bourses des étudiants qui en ont le plus besoin et élargir le socle des étudiants aidés. Dès cette rentrée 640 000 étudiants perçoivent une aide fortement majorée ou nouvelle pour les 58 000 étudiants (qui ne bénéficiaient jusqu'à présent que de la seule exonération de droits de scolarité et perçoivent désormais une bourse de 1 000 €).

En ce qui concerne l'environnement de la vie étudiante, les villes jouent un rôle essentiel, que ce soit pour le logement, pour l'accès aux transports en commun, l'offre sportive et culturelle accessible à tous, la vie associative, etc...

Le futur C.P.E.R. sera centré sur cet objectif qui nous est commun : comment aménager la ville universitaire de demain, pour que les campus d'@venir soient des lieux où il fait bon travailler, étudier et vivre.

Les villes universitaires ont été des acteurs majeurs de la mutation de nos campus ces 30 dernières années, aux côtés de l'Etat, avec les plans "Université 2000", "U3M", les Opérations campus et les C.P.E.R. successifs. Les collectivités territoriales, et notamment les villes universitaires, ont beaucoup investi dans le développement des infrastructures de l'enseignement supérieur.

C'est pourquoi je souhaite que le prochain contrat de plan, dont le volet enseignement supérieur, recherche et innovation est coordonné par mon ministère, soit l'occasion de fixer de nouvelles priorités centrées sur la qualité et l'attractivité des campus, tant sur le plan local, régional, national, qu'européen et international.

Le prochain C.P.E.R.

Vous le savez, les deux derniers C.P.E.R. 2000-2006 et 2007-2013 ont mis l'accent sur les constructions (plus de 80 % sur les deux contrats) au détriment souvent des réhabilitations urgentes. A titre d'exemple, entre 2005 et 2010, les surfaces universitaires sont passées de 13,6 millions à 18,6 millions de mètres carrés.

Mais le parc immobilier universitaire est encore en partie vétuste ou en voie de dégradation. C'est une situation connue car ni les collectivités, ni l'Etat n'ont suffisamment anticipé sur la maintenance et la réhabilitation de ces bâtiments.

L'urgence pour les établissements c'est désormais d'établir avec les collectivités territoriales un partenariat pour la modernisation et la rénovation des campus.

Je souhaite également et je sais qu'il s'agit d'une préoccupation des élus des villes universitaires, que les nouveaux contrats de plan soient l'occasion d'impulser une politique active en matière de performance énergétique.

C'est une priorité nationale, qui participe aussi à l'amélioration du confort des usagers tout en réduisant les coûts de fonctionnement. Il s'agit de faire du secteur de l'enseignement supérieur et de la recherche un démonstrateur pour l'efficacité énergétique des bâtiments publics, en mobilisant les acteurs.

Dans le cadre d'un travail partenarial mené avec la Caisse des dépôts et qui a donné lieu à la conclusion d'une convention d'@venir 2013-2018 signée le 11 avril 2013 à Strasbourg, le M.E.S.R. propose un programme d'actions en faveur de campus à faible émission de carbone.

Le développement du numérique va également transformer profondément les conditions de vie et de formation et donc les conditions d'usage des bâtiments. La politique de site constitue un niveau pertinent pour la mise en œuvre de la stratégie numérique. Il s'agit désormais de concevoir ou mettre en réseau les lieux d'enseignement, d'apprentissage et de recherche. Cela suppose des espaces ouverts, modulables et très équipés, avec une capacité à partager des documents ou à travailler à distance adaptés à la formation initiale et tout au long de la vie. Certains sont déjà ouverts sur la ville ou le monde professionnel. Lors de ma visite au Campus numérique de Bretagne à Brest en novembre dernier, j'ai pu constater la qualité du travail en réseau permis par le numérique grâce à un partenariat avec l'écosystème local, notamment l'I.R.T. B-com. Là encore, le campus peut être un lieu d'expérimentation et de démonstration des recherches menées dans les laboratoires.

Enfin, le C.P.E.R. permettra de développer l'offre de logements pour les étudiants. La création de 40 000 logements étudiants dans le quinquennat, voulue par le président de la République est une de mes priorités. J'ai nommé une personnalité qualifiée pour bâtir ce plan et en assurer la mise en œuvre effective. Les préfets sont mobilisés mais au-delà, toutes les collectivités ainsi que les bailleurs sociaux et organismes sont sollicités. Votre soutien votre coopération sont indispensables pour avancer sur ce sujet,  pas seulement parce que, le plus souvent, ce sont les villes qui maîtrisent  le foncier et l'urbanisme, mais parce que les projets de constructions ou de réhabilitations de logements étudiants doivent être intégrés à votre politique urbaine.

Toutes ces thématiques rejoignent les préoccupations que vous exprimez, et que vous m'avez présentées peu avant le vote de la loi.

Avec la politique de site et le prochain C.P.E.R., nous disposons de deux leviers pour nous engager mutuellement, Etat et collectivités, Etat et villes, auprès des communautés universitaires. Les années 2014 et 2015 seront à cet égard décisives, avec la conclusion de tous les nouveaux contrats de site puis la préparation et le lancement des nouveaux C.P.E.R..

Vous me trouverez toujours à votre écoute pour que ce dialogue vive et se matérialise concrètement dans tous les territoires.

Je vous remercie de votre collaboration pour préparer l'avenir car les villes universitaires sont les villes d'avenir, les villes de progrès durable et partagés, des villes où la connaissance, la recherche et le transfert vers le milieu socio- économique bénéficient à tous.
Merci de contribuer à construire cet avenir de progrès.


 

Publication : 10.12.2013

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