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Vœux de Geneviève Fioraso au Groupe parlementaire Espace

Voeux groupe parlementaire espace© M.E.S.R.

Geneviève Fioraso s'est expriméeà l’occasion des vœux au Groupe parlementaire Espace mercredi 29 janvier 2014 au Sénat.

Discours - 30.01.2014
Geneviève Fioraso

Seul le prononcé fait foi

 


C'est, pour moi, un plaisir renouvelé que d'être parmi vous en ce début d'année 2014 à l'occasion de cette cérémonie des vœux de l'Espace.

Pour mes vœux j'ai repris l'aphorisme de René Char : "comment vivre sans inconnu devant soi" ? L'espace n'est-il pas, justement, cet inconnu qui nous invite à repousser sans cesse les frontières de la connaissance ?

L'espace n'est-il pas, plus que tout autre démarche, ce qui anime notre besoin d'aller toujours plus loin dans le progrès et la science, dans l'exploration infinie de l'inconnu ?

C'est, en effet, parce que l'espace est ce lieu particulier, à la frontière de la science et de la fiction, de la rationalité et du conte, qu'il suscite en nous cette fascination qui engage à la science, à la métaphysique, à l'imaginaire ?

J'ai, ainsi, été particulièrement émue, la semaine dernière, par le réveil  de la sonde Rosetta, lancée il y a désormais 10 ans, qui se prépare à son rendez-vous avec la comète Churyumov-Gerasimenko pour tenter de percer les mystères de la naissance du système solaire. Vous le savez, le défi pour Rosetta est de s'approcher de cette comète et d'y déposer le robot Philae, puis d'escorter la comète vers le Soleil pendant plus d'un an. Nous sommes à la frontière de la science et de l'aventure ! Je remercie, l'ESA, le CNES et l'ensemble des équipes scientifiques et industrielles qui nous font vivre ces moments magiques !

Mais si l'espace stimule ainsi notre imagination, il est aussi le lieu de notre excellence scientifique, de notre indépendance stratégique ainsi qu'un secteur économique privilégié et indispensable au redressement économique et industriel de notre pays.

Je souhaite donc, en ce début d'année, vous présenter, à la fois, un rapide panorama des succès dont nous pouvons nous réjouir, et, vous faire part des défis, stimulants, et encore plus grands qui nous attendent.

L'année 2013 a, tout d'abord, été marquée par la reconnaissance des succès de notre excellence scientifique.

En astronomie, la richesse des résultats scientifiques ramenées par les sondes ESA Planck et Herschel a permis de confirmer l'excellence de notre communauté scientifique et de notre industrie, dans ce domaine.

Le lancement par Soyouz, depuis le Centre Spatial Guyanais, et la mise à poste réussie du satellite d'astronomie Gaïa du programme scientifique de l'ESA est également à saluer. Construit sous la maîtrise d'œuvre d'ASTRIUM, Gaïa vient d'atteindre sa position finale au point de Lagrange L2 (1,5 millions de km de la Terre) depuis laquelle il verra défiler notre galaxie. Ce sixième succès de Soyouz, au Centre Spatial Guyanais, est aussi une belle performance d'Arianespace qui consolide ainsi sa position de leader mondial.

Toujours dans le domaine des sciences spatiales, la réussite technologique française des instruments ChemCam (Chemistry Camera) et SAM (Sample Analysis at Mars) pour l'étude de la planète Mars a été couronnée le 10 octobre 2013 par la NASA à l'occasion de la prestigieuse cérémonie "Jet Propulsion Laboratory's 2013 NASA Awards Ceremony". Au cours de cette cérémonie, les équipes françaises et américaines ayant travaillé sur ChemCam et SAM se sont vu remettre un prix pour leur contribution exceptionnelle à la mission Mars Science Laboratory.

J'ai rendu visite, à Toulouse, à  cette équipe et j'ai pu, personnellement, apprécier leur enthousiasme et leur professionnalisme.

Cette reconnaissance de l'excellence scientifique et technologique française n'est d'ailleurs pas étrangère à la volonté, récemment exprimée par la NASA, de poursuivre cette coopération : elle vient de sélectionner un sismomètre sous pilotage français pour sa mission martienne "Insight". J'assisterai, d'ailleurs, avec le Président de la République à Washington, le 11 février, à la signature de l'accord "Insight" entre le CNES et la NASA.

Cette excellence s'illustre aussi par l'arrimage à l'ISS et la désorbitation réussis de l'ATV 4, le véhicule automatique de transfert européen, le 4 novembre dernier. L'ensemble de la séquence, très complexe, a été réalisé depuis le centre de contrôle ATV au CNES, à Toulouse.

Tous ces succès ont un point commun : la coopération et l'interaction  entre la recherche et l'industrie, entre les scientifiques et les ingénieurs, avec un soutien sans faille de l'Etat depuis plus de 50 ans.

L'année 2013 a, également, été marquée par les succès industriels de nos champions nationaux.

Ainsi, en octobre, j'ai participé à la cérémonie de signature du contrat IASI-NG entre le CNES et ASTRIUM pour la fourniture du sondeur infrarouge qui sera embarqué par les satellites Metop nouvelle génération, développés par l'ESA pour le compte d'Eumetsat. C'est l'instrument d'observation qui a le plus fort impact sur la qualité des prévisions météorologiques !

Autre succès d'envergure : le contrat export signé avec les Emirats Arabes Unis,  Falcon Eye, système satellitaire à très haute résolution, qui a été remporté par notre industrie et qui illustre parfaitement le succès de l'"Equipe France" quand elle est soudée.

Dans le domaine des Télécommunications, il faut aussi saluer le succès de Thales Alenia Space  sur le marché brésilien de satellite dual de télécommunications.

Enfin, Arianespace a conclu l'année 2013 par une très bonne prise de commandes, 18 contrats de lancement pour un chiffre d'affaires de 1,4 milliard d'euros, et un carnet de commandes record de 4,3 milliards d'euros. Arianespace a démontré une fois de plus sa capacité à maitriser un éventail complet de missions tout en maintenant fiabilité et disponibilité à des niveaux inégalés : Ariane 5, en particulier, vient de fêter 11 ans de succès ininterrompus avec 57 lancements réussis d'affilée. Ce succès est aussi le fruit d'une "équipe" : l'ESA, le CNES, Arianespace et l'ensemble des industriels y contribuent d'une manière décisive !

Les succès rencontrés et le bilan clairement positif de notre politique spatiale ne doivent pas pour autant nous faire baisser la garde. Les défis qui nous attendent sont à la hauteur de nos succès.

Renforcer notre compétitivité sera, tout d'abord, un défi dans un environnement mondialisé dans lequel la concurrence est plus vive, plus dure que jamais.

La France reste un acteur majeur du secteur spatial, néanmoins d'autres acteurs mondiaux arrivent sur ce marché ou ont renforcé leur pression concurrentielle, en particulier les Etats-Unis, aussi bien pour les lanceurs (Space-X) que pour les satellites de télécommunications (Boeing).

Pour y faire face, l'Europe a anticipé et a lancé plusieurs initiatives dont les programmes Ariane 6 et Neosat. La France s'organise et renforce la concertation au sein de sa filière spatiale avec l'instauration du Cospace, le 4 septembre 2013. Ce conseil regroupe, sous la coordination du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, en lien avec le ministère de la Défense, l'ensemble des acteurs, publics et privés, de cette filière. Je ne veux plus connaître la situation de désordre que j'ai trouvée en 2012 à la veille du Conseil ministériel de Naples. Les enjeux concurrentiels, financiers, technologiques sont tels qu'ils réclament une convergence de tous, qui prendra en compte, d'abord, et je veux dire, seulement, l'intérêt général de la filière.

Face à la concurrence qui se renforce, les décisions du Conseil ministériel de l'ESA de Naples ont été mises en œuvre très rapidement. La configuration technique d'Ariane 6, en particulier, a été précisée, en juillet 2013, par l'ESA. Les actions devant mener à la configuration industrielle ont débuté avec une large consultation du tissu industriel européen et nous attendons de la part de l'ESA, à la fin du mois de mars, les différents scénarios nous permettant de développer Ariane 6 en optimisant la transition. Car, cette transition, qui nous fera passer d'Ariane 5ECA à Ariane 6 grâce à une version intermédiaire, Ariane 5ME, doit permettre de garantir notre compétitivité et minimiser les risques financiers, sociaux,  commerciaux et technologiques, pour la filière : c'est un impératif  et ces risques sont très liés entre eux !


Mais, en attendant, nous devons aussi agir sur la compétitivité à court terme d'Ariane 5ECA. La décision a été très rapidement prise de développer, dans le cadre du PIA 2, une nouvelle coiffe augmentant la capacité volumique d'Ariane, compatible avec les satellites tout électriques, plus volumineux pour une masse donnée.

Toujours dans le cadre du PIA2, nous lançons un programme de développement pour les "satellites électriques" qui va permettre à la France d'accélérer dans ce domaine et renforcer sa compétitivité par l'innovation au moment où nos concurrents américains se sont déjà engagés dans cette voie.

Renforcer notre indépendance stratégique, notamment grâce à la montée en puissance de la politique spatiale européenne, demeure un enjeu crucial.

La montée en puissance de l'Union européenne se confirme avec notamment des budgets considérablement augmentés pour la période 2014-2020.

La gouvernance européenne doit s'adapter, ce qui constitue l'un des trois points à l'ordre du jour de la prochaine réunion ministérielle de l'ESA, qui se tiendra à Luxembourg, le 2 décembre prochain.

L'ESA et l'Union européenne devront préciser les modalités de leur collaboration. En tant que ministre de l'Enseignement supérieur en charge de l'espace, je m'assurerai, avec tous mes collègues membres de l'ESA, que la complémentarité et la cohérence des engagements et des projets sont bien au rendez-vous.

L'attribution d'un financement européen de 3,8 milliards d'euros pour Copernicus, pour la période 2014-2020, illustre bien cette montée en puissance de l'Union européenne dans le spatial, montée en puissance qu'il faut encourager car elle est le gage de notre indépendance : l'espace, avec ses enjeux scientifiques, économiques, environnementaux, est plus que jamais un secteur stratégique pour l'Europe.

De même, l'attribution d'un financement européen de 6,3 milliards d'euros pour la navigation par satellites (Galileo et Egnos) sur la même période est, indiscutablement, une décision très positive, illustrant, ici comme dans le domaine de l'observation avec Copernicus, le renforcement de l'Union européenne dans nos activités spatiales.

L'année 2014 sera décisive pour l'avenir de l'Europe Spatiale.

Le conseil ministériel de l'ESA en décembre, revêt, de ce point de vue, une importance tout à fait particulière et il nous faudra le préparer au mieux, dès maintenant, et avec tous les acteurs.

Les décisions qui seront prises à Luxembourg seront historiques en engageant sur le long terme l'Europe dans une véritable politique spatiale qui lui donnera un accès à l'espace indépendant et pérenne.

Le succès de ce Conseil reposera, notamment, sur une préparation sans faille du programme Ariane 5ME / Ariane 6 et des synergies à favoriser  au maximum entre ces deux lanceurs.

Vous le savez aussi, l'ensemble des acteurs publics et privés doit profondément repenser l'organisation industrielle ainsi que la nouvelle gouvernance de ce secteur : c'est vital pour atteindre les objectifs de compétitivité requis.


Pour préparer ce rendez-vous dans les meilleures conditions, j'ai pris l'initiative de réunir les principaux acteurs de la filière des Lanceurs pour élaborer en commun une position française connue et unique, inscrite dans le cadre de la feuille de route de l'ESA. Je défendrai cette position au prochain Conseil ministériel de l'ESA en décembre.


L'accélération de la concurrence sur ce marché oblige à une réaction européenne cohérente et rapide. Tout d'abord, Ariane 6 devra être un lanceur "robuste" et "compétitif" : robuste en répondant à la fois au marché gouvernemental européen et au marché commercial mondial et, surtout,  compétitif par son prix de lancement. Tout l'enjeu de ce nouveau lanceur et de la nouvelle organisation industrielle en découle. Notre objectif consiste aussi à gérer la transition industrielle en minimisant les coûts et les risques tout en accompagnant la mutation des compétences et de l'expertise : c'est l'évolution Ariane 5ME.

Par ailleurs, nous devons prendre des mesures pour renforcer de façon immédiate la compétitivité-coût du lanceur Ariane 5 afin de maintenir à un niveau suffisant le carnet de commandes et l'activité. Je sais qu'Arianespace y travaille étroitement avec le CNES, l'ESA et les industriels.  Ce n'est pas facile, chacun doit faire un effort et je les remercie d'avoir engagé un dialogue constructif. Le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche et le ministère de la Défense les accompagnent dans cette réflexion indispensable.

Vous le voyez, l'agenda spatial 2014 est dense. Le 28 mars, nous nous réunissons avec mes collègues européens ministre de l'Espace à Genève pour analyser les différents scénarios proposés par l'ESA à l'issue de la consultation des industriels.

Entre temps, je vais m'entretenir avec Mme Zypries, la secrétaire d'État au ministère fédéral allemand de l'économie et de l'énergie, qui est le coordinateur du gouvernement fédéral pour les questions spatiales. Il s'agit d'élaborer des objectifs et une position commune sur le spatial dans la perspective du Conseil ministériel franco-allemand du 19 février prochain.  C'est d'ailleurs surtout une volonté commune que nous  affirmons puisque ce sommet intervient à un moment où l'ensemble des éléments d'aide à la décision ne sont pas encore connus.  Mais la volonté, la détermination, les objectifs doivent être les mêmes et formulés clairement.

Le CNES et son homologue allemand, le DLR, ont donc travaillé très étroitement, depuis notre dernier rendez-vous de Naples, pour élaborer une stratégie commune, indispensable à la construction d'une politique spatiale européenne.

L'exigence d'une excellence scientifique, technologique et industrielle est nécessaire à l'accomplissement d'une activité spatiale de premier plan comme celle que la France entretient depuis plus de 50 ans pour le bénéfice de l'Europe. La France fait partie du cercle très restreint des pays qui maîtrisent l'ensemble de ces compétences grâce à l'action déterminante de son agence, le CNES, et du leadership de son industrie et de ses opérateurs

C'est pourquoi dans cette période de compétition exacerbée, il est fondamental que l'ensemble de la filière se mobilise pour relever le défi de la compétitivité et de l'emploi et réponde, ainsi, au message du  Président de la République lancé depuis Kourou : "Dans ce moment où les Français peuvent s'interroger sur leur avenir, se poser la question de savoir si nous sommes encore capables d'être les meilleurs, vous en faites la démonstration : nous sommes les meilleurs dans le spatial comme dans l'aéronautique et dans tant d'autres secteurs".

Je tiens à saluer et encourager notre communauté scientifique, l'ESA, le CNES, Arianespace et nos industriels qui sont les acteurs de cette aventure scientifique, technologique et industrielle exceptionnelle.

 

Monsieur le Sénateur Auban, Madame la Députée Berthelot, Mesdames et Messieurs les membres du Groupe parlementaire Espace, je tiens à vous remercier pour votre soutien constant à la politique de l'espace, pour la richesse de vos analyses et de vos propositions qui éclairent le gouvernement dans ses choix. 

En retour, vous pouvez être assurés, ainsi que tous les acteurs présents, agences, organismes de recherche comme industriels, de mon soutien indéfectible et de ma détermination pour renforcer la position de la France dans sa politique spatiale. Je suis à votre disposition avec mon directeur de cabinet adjoint, Riadh Cammoun, tout aussi passionné que moi, par l'espace car les choix qui seront faits cette année sont déterminants pour l'avenir et ils doivent être partagés.

Je vous souhaite à tous une excellente année 2014 !

Diaporama : Vœux de Geneviève Fioraso au Groupe parlementaire Espace

 

1ère publication : 30.01.2014 - Mise à jour : 7.02.2014

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