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La culture scientifique et technique

3e Forum des cultures scientifique, technique et industrielle

Enseignement

A l'occasion du 3e Forum de la culture scientifique et technique qui s'est tenu à la Cité des sciences et de l'industrie le 29 janvier, Geneviève Fioraso est revenue sur la nécessité de renforcer la diffusion et la valorisation des cultures scientifique, technique et industrielle.

Discours - 4.02.2014
Geneviève Fioraso

Seul le prononcé fait foi


Tout d'abord, permettez-moi de vous faire part du plaisir que j'ai à être parmi vous, ce soir, pour l'ouverture de ce 3e forum de la Culture scientifique et technique, organisé, au nom de l'Etat, par Universcience. 

Je profite de ce moment privilégié pour remercier la présidente d'Universcience, Claudie Haigneré, ainsi que ses équipes, pour leur implication dans cet événement, et plus généralement, pour leur soutien sans faille à la diffusion de la culture scientifique, technique et industrielle.

Le 14 novembre dernier, lors du lancement du second appel à projets pour les investissements d'avenir, je vous avais donné rendez-vous pour préciser notre politique en matière de culture scientifique, technique et industrielle.

La création artistique et la recherche scientifique ont en commun de repousser en permanence les frontières de la connaissance et de l'imagination. Dans un monde de plus en plus complexe, où la technologie bouleverse les paradigmes et renvoie à la question du sens, il est important de réaffirmer que le champ culturel dépasse largement celui des beaux-arts. Les sciences, les technologies, les processus de l'industrie créative y participent pleinement et y contribuent de plus en plus.

Donner à chacun les moyens de s'approprier notre société de la connaissance

Quatre Français sur cinq accordent leur confiance aux scientifiques et jugent que la science contribue largement à apporter des solutions aux questions sociétales. Le rapport aux innovations technologiques est plus ambivalent. Si bon nombre de nos concitoyens les adoptent rapidement, tout en s'inquiétant de risques éventuels sur la santé, l'environnement ou le lien social, certains sujets sont l'objet de polémiques : le climat, les nanosciences, les organismes génétiquement modifiés, le nucléaire ou l'utilisation des cellules souches.

J'ai moi-même été victime de ces désinformations pendant les dix années où j'ai présidé le pôle d'innovation en micro-nanotechnologies, Minatec, ou au cours de la loi portant sur l'autorisation encadrée de la recherche sur les cellules souches embryonnaires.

C'est parfois l'idée-même de progrès qui est contestée. Face aux doutes et aux inquiétudes, le débat démocratique est indispensable car s'entremêlent désormais la recherche la plus pointue et la vie quotidienne. Comprendre le monde complexe dans lequel nous vivons et se forger sa propre opinion nécessitent des démarches actives d'information, de rencontre, d'expérimentation et de mise en perspective. Ce processus constitue le cœur des pratiques et programmes divers des cultures scientifiques, techniques, et industrielles.

C'est la médiation qui est au cœur des missions des C.C.S.T.I., sur les territoires, en partenariat avec les ministères concernés, les collectivités locales, les associations ("la Main à la pâte" fondée par le prix Nobel Georges Charpak, "les Petits Débrouillards", "Animath") et surtout les acteurs eux-mêmes : chercheurs, enseignants, entrepreneurs, industriels...

Priorité à la jeunesse

Les jeunes, on le sait, sont les premiers concernés par ces enjeux. C'est vers eux, d'abord, qu'il convient de redoubler d'efforts, en mobilisant des approches pédagogiques renouvelées.

La loi sur la refondation de l'école offre le cadre général pour l'engagement de cette démarche, qui peut s'appliquer au temps scolaire et périscolaire, aux apprentissages inductifs et déductifs, en présence des élèves ou à distance grâce au numérique.

Donner la priorité aux jeunes, c'est d'abord mieux former leurs enseignants. Cette mission a été confiée aux nouvelles écoles supérieures du professorat et de l'éducation, dans les universités. Le concours que leur apporteront les maisons régionales, fondées sous l'égide de l'Académie des sciences, sera à cet égard précieux.

De la même manière que les opérateurs culturels doivent intégrer au cœur de leur stratégie l'éducation scientifique et culturelle, les opérateurs de recherche s'assureront de l'intervention de chaque laboratoire auprès d'au moins un établissement scolaire ou de jeunesse de son territoire. Je le leur ai demandé.

Donner la priorité aux jeunes, c'est aussi leur faire confiance et les accompagner dans l'élaboration de leurs initiatives, notamment artistiques, scientifiques ou technologiques.

La conduite de projets, le travail coopératif, favorisé par le numérique (MOOCs, jeux sérieux, plateformes de créativité et de recherche coopératives, fablabs...) : tout cela s'apprend et sera dorénavant enseigné à l'école comme à l'université.
Les établissements d'enseignement supérieur sont encouragés à ouvrir des incubateurs étudiants et à développer le statut d'étudiant entrepreneur pour contribuer à cette dynamique nouvelle.

C'est inscrit dans la loi. J'ai aussi souhaité que la loi du 22 juillet 2013 relative à l'enseignement supérieur et la recherche inscrive dans les missions du service public de l'enseignement supérieur la diffusion et la valorisation de la culture humaniste, au même titre que les cultures scientifique, technique et industrielle, afin que les relations entre science et société et que la confiance dans le progrès scientifique, durable et inclusif  soient renforcées.

Nous sommes maintenant, face à ces nouveaux enjeux, parvenus à une nouvelle étape de notre action, qui consiste à adopter et mettre en œuvre une stratégie nationale pour accompagner et donner davantage de cohérence et de lisibilité aux initiatives de terrain. Cette stratégie appelle elle-même une gouvernance renouvelée.

Le récent succès des MOOCs, notamment de ceux relatifs à la science et à la culture scientifique, est particulièrement encourageant : plus de 170 000 inscrits aux 25 premiers MOOCs.

Dans le Top 6, se trouve celui d'Unisciel, "QuidQuam ? Eureka ! – Comprendre le monde au quotidien" avec en 2e position le MOOC sur la philosophie proposé par l'université de Nanterre, et en 3e position celui de Sciences Po Paris, sur "l'espace mondial". Les inscrits sont des étudiants, mais aussi des lycéens, des salariés, des retraités, unis par la même curiosité et la même ouverture.

Cet engouement montre à quel point les MOOCs peuvent être un outil intéressant du renouveau de la médiation culturelle, scientifique et industrielle que je veux développer avec vous.

Il faut aussi intéresser les principaux acteurs du débat public.

La France est marquée par la familiarité limitée de ses élites à la recherche : seuls 2% des cadres de la haute fonction publique sont titulaires d'un doctorat, contre 35% en Allemagne ou aux Etats-Unis. Les entrepreneurs ont rarement l'expérience de la recherche. Les journalistes ont majoritairement suivi des cursus en sciences humaines et sociales et sont souvent moins au fait des sciences dites exactes.

La promotion des cultures scientifiques, technologiques et industrielles réclame pourtant le concours actif de ces groupes professionnels influents. Des programmes de sensibilisation adaptés seront déployés à leur intention.

C'est aussi valable pour les décideurs, institutionnels et politiques.
L'I.H.E.S.T. est le mieux placé, avec l'aide des académies et de l'OPECST, pour développer encore davantage qu'aujourd'hui ce type d'initiatives, à l'image de ce que fait la Royal Society au Royaume-Uni.

Il s'agit aussi d'instituer une nouvelle alliance science – numérique – société – économie.

La France et l'Europe voient l'émergence de nouvelles pratiques du partage des savoirs, de la construction d'une expertise collective, du développement des territoires, de la création et des échanges de valeur. Economie de la contribution, ressources participatives, industries créatives, circuits courts, fablabs... : ces innovations sont aux frontières entre recherche scientifique et technologique, création contemporaine, design, engagements citoyens et désirs d'expérimenter de nouvelles formes de développement. Cette nouvelle alliance qui se profile entre sciences et société passe par la culture numérique et participent à l'invention de nouveaux modèles économiques.

J'ai à l'esprit le fablab de l'Université de Cergy, à Gennevilliers, qui développe des MOOCs, accueille des projets coopératifs ouverts à tous, retraités, lycéens mais aussi créateurs d'entreprises, avec une mise à disposition d'imprimante 3 D, à proximité immédiate de l'incubateur et de son ingénierie.

Un positionnement fort de la France en Europe

La stratégie de la culture scientifique, technique et industrielle sera également thématique.

Elle fera écho aux défis sociétaux identifiés pour l'agenda France Europe 2020 en intégrant certains des sujets les plus ambitieux et porteurs d'avenir, comme la biologie de synthèse, la transition énergétique, l'accompagnement de l'allongement du temps de la vie avec la "e-medecine", la médecine personnalisée, l'accès aux ressources pour une population qui sera de 9 milliards d'habitants en 2050.

Aussi, en affirmant la transversalité des cultures scientifique, technique et industrielle, en s'appuyant tant sur la recherche scientifique que sur la création contemporaine et la culture numérique, la France rejoint le groupe des pays (Suède, Finlande, Pays-Bas, Irlande, Royaume-Uni, Allemagne) qui, en Europe, ont fait de l'appropriation de la culture de l'innovation dès le plus jeune âge un objectif national.

Une responsabilité stratégique pour l'Etat

La coordination globale des acteurs et de la stratégie sera assurée par l'Etat, qui s'impliquera à nouveau, après une décennie de mise en retrait. L'ensemble des ministères concernés, soit en raison de leur thématique, soit en raison du public visé, coordonneront leurs efforts, dans un souci de cohérence et d'efficience.

Tous les acteurs sont à impliquer, à l'échelon national et dans les territoires : C.C.S.T.I. d'abord, centres de science, musées techniques, muséums d'histoire naturelle, associations d'éducation populaire et opérateurs culturels et de recherche seront encouragés à partager leurs expériences et leurs outils, ainsi qu'à exprimer leurs recommandations en termes d'orientation et d'évolution des dispositifs.

La loi du 22 juillet 2013 a confié aux Conseils régionaux le rôle de chef de file dans le domaine de la médiation scientifique. Les crédits d'Etat pour soutenir les projets issus des territoires leur seront délégués, comme convenu, dès le budget 2014. Les pôles territoriaux de référence déjà créés évolueront dans ce nouveau contexte, plus propice à l'association et la responsabilisation de tous les acteurs.

Je suis également convaincue que, pour combattre une nouvelle forme d'obscurantisme et de dogmatisme, l'histoire des sciences, tout comme l'histoire des religions, devraient être enseignées dès le secondaire.

C'est aussi parce que j'attache, avec Aurélie Filippetti et Vincent Peillon, une importance toute particulière au développement de la médiation scientifique, technique et industrielle que je souhaite impulser aujourd'hui une nouvelle forme de gouvernance, qui associera plus fortement les initiatives locales et la stratégie nationale.

Le Parlement s'y intéresse aussi, et je m'en réjouis. J'en profite pour saluer la qualité du rapport de l'O.P.E.C.S.T., remis par Maud Olivier et Jean-Pierre Leleux, "Faire connaître et partager les cultures scientifiques, techniques et industrielles : un impératif", qui pose également en termes ambitieux et novateurs cette question de la gouvernance. Nos propositions convergent et nous nous inspirerons des mesures très concrètes que vous proposez pour favoriser une culture de la connaissance partagée et du débat constructif, dans une société de progrès.

Comme les deux parlementaires co-auteurs de ce rapport, la ministre de la Culture et moi considérons que "la promotion d'une culture apaisée du dialogue entre les acteurs de la science, la technique, l'industrie et le public" est une responsabilité collective. Il appelle également à simplifier et améliorer la gouvernance. Nous l'avons fait.

Renouveler la gouvernance de la culture scientifique et technique, c'est, en effet, la simplifier et l'améliorer. L'Etat est désormais chargé de définir une stratégie et de coordonner les actions régionales, les conseils régionaux devenant, pour leur part, les chefs de file à l'échelon territorial.

Une rencontre annuelle favorisera l'échange entre acteurs de terrain et avec les représentants de l'Etat, de façon à renforcer la cohérence entre initiatives territoriales et stratégie nationale.

Ces nouvelles modalités de pilotage, d'association et de déploiement des actions seront précisées et mises en œuvre à l'occasion du 3e forum national de la culture scientifique et technique, programmé en janvier 2014.

Les moyens d'une ambition

La réalisation de cette stratégie sera favorisée par la relance du Programme d'investissement d'avenir pour la culture scientifique et technique. Un appel à projets, doté de 47 millions d'euros, est engagé par le Commissariat général à l'Investissement dans le cadre du Programme Investissements d'Avenir (sur les 100 millions d'euros) pour soutenir la maturation et la professionnalisation de dispositifs et d'actions dont le développement est souvent obéré par leur fragilité.

Pour mieux jouer son rôle de coordinateur, l'Etat va s'appuyer davantage sur le Conseil national de la Culture scientifique, technique et industrielle dont les missions vont être étendues.

Son rôle sera triple :

  • définir et fixer les priorités de la stratégie nationale de la C.S.T.I. ;
  • assurer son articulation avec les stratégies régionales ;
  • évaluer l'ensemble des actions.

Ses décisions seront soumises au Conseil stratégique de la recherche, en charge de l'élaboration et de l'évaluation de la stratégie nationale de recherche, en cohérence avec les politiques européennes du domaine, dans le cadre du grand programme Horizon 2020.

Nous venons d'engager, avec ma collègue Aurélie Filippetti, la révision du décret constitutif du Conseil national de la C.S.T.I. : présidé par un(e) élu(e), son secrétariat sera assuré par le Département "Cultures scientifique, technique et industrielle et relations avec la société" qui sera créé dès le mois de février au sein de la Direction générale pour la recherche et l'innovation, avec une représentation renforcée des acteurs de terrain (C.C.S.T.I., associations, musées) et des Régions. Ce décret sera publié d'ici trois semaines.

Une conférence, avec l'ensemble des acteurs de la C.S.T.I., sera organisée, une fois par an, au niveau national, pour favoriser le partage des expériences et coordonner les stratégies nationale et régionale.

Il nous faut aussi développer un travail en réseau au niveau de l'Europe. Le projet INMEDIAT, porté par 6 centres régionaux, est un exemple significatif.

C'est l'une des raisons pour lesquelles j'ai décidé de confier à Laurent Chicoineau, directeur de la Casemate, la C.C.S.T.I. de Grenoble, à l'initiative du projet INMEDIAT, une mission : celle de proposer des initiatives nouvelles, pour que les C.C.S.T.I. soient des lieux vivants, porteurs d'innovation, de créativité et, par conséquent, de développement économique.

Mais les cultures scientifique, technique, et industrielle, car, il faut bien parler de "cultures" au pluriel, comme le préconise votre rapport parlementaire, sont les ferments du changement sociétal et social. De nombreuses expérimentations sur les territoires le démontrent.

Grâce au décloisonnement entre les acteurs, grâce à la transversalité mise en œuvre, les actions culturelles scientifiques servent souvent de déclencheur pour les publics, à commencer par les publics en difficulté. En leur permettant de partager des savoirs, jusqu'alors inaccessibles, en les rendant partie prenante d'innovations, de créations technologiques ou scientifiques, elles redonnent confiance aux publics les plus éloignés de la science et de l'innovation et les intègrent dans un récit national de progrès et de projets partagés.

Un effort particulier doit d'ailleurs être fait en direction des jeunes filles, trop peu présentes dans les disciplines scientifiques : mathématiques, physique,  informatique.

Il ne me reste plus qu'à vous inviter, en ce début d'année 2014, vous, acteurs de la médiation scientifique, technique et industrielle, à être créatifs, innovants et audacieux. C'est le sens de l'aphorisme de René Char que j'ai choisi pour mes vœux : "Comment vivre sans inconnu devant soi ?".

Très bonne année à toutes et à tous.

1ère publication : 4.02.2014 - Mise à jour : 5.02.2014

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