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Maths, physique, nanosciences, STIC

Inauguration de la Fédération de recherche en mathématiques Rhônes-Alpes Auvergne

Inauguration de la Fédération de recherche en mathématiques Rhône-Alpes Auvergne© Eric Le Roux / Service Communication / U.C.B.L.

A l'occasion de l'inauguration de la Fédération de recherche en mathématiques Rhône-Alpes Auvergne, Geneviève Fioraso a salué l'excellence de la recherche française en mathématiques.

Discours - 3.03.2014
Geneviève Fioraso

Je tiens à remercier, en propos liminaire, les organisateurs de cette manifestation pour l'inauguration de la Fédération de recherche en mathématiques Rhône-Alpes/Auvergne (F.R.M.R.A.A.), inauguration qui souligne, à la fois, le dynamisme des mathématiques françaises ainsi que l'excellence de la recherche !

Je veux ensuite féliciter et aussi remercier les trois conférenciers Cédric Villani, médaille Fields, que chacun d'entre vous, ici, connaît, Eric Blayo et Laurent Chupin, pour leurs exposés brillants et limpides.

Vous avez, en effet, œuvré, chacun dans votre domaine, à démontrer, avec talent, que les applications des mathématiques sont au cœur de tous les secteurs de la société.

Sans mathématiques, pas de cœur artificiel, pas de modélisation des changements climatiques, pas de développement des technologies numériques ! Les fondements du progrès scientifique, de l'innovation, et d'une croissance créatrice d'emplois sont bien mathématiques.

Les mathématiques, vous en êtes la preuve vivante et nous venons de l'entendre, sont, aussi la marque de l'excellence internationale de la recherche française !

Je veux aussi féliciter le nouveau directeur de la Fédération de recherche en mathématiques Rhône-Alpes/Auvergne, Dorin Bucur, pour l'initiative qu'il a portée : regrouper les six laboratoires d'excellence en Rhône-Alpes/Auvergne au sein d'une seule et même  fédération.

Je tiens, bien entendu, à féliciter également la directrice et les directeurs des six laboratoires à l'origine de ce regroupement, puisqu'il est évidemment le fruit d'une collaboration et d'un travail collectif.

Parmi ces laboratoires, cinq d'entre eux sont rattachés à des universités : 

  • l'institut Camille Jordan, dans lequel, Cédric, vous avez choisi d'enseigner - preuve s'il en est de l'excellence de l'université et des enseignements qui y sont dispensés - dépend de l'université Claude Bernard, à Lyon ;
  • l'institut Fourier et le laboratoire Jean Kuntzmann, "père" des mathématiques appliquées, c'est à dire de l'informatique en France, plus précisément, à Grenoble, à l'université Joseph Fourier ;
  • le LAMA, laboratoire de Mathématiques, de l'université de Savoie-Chambéry ;
  • le LM, laboratoire de Mathématiques de l'université Blaise Pascal, à Clermont-Ferrand.

85 % des mathématiciens, en France, sont enseignants chercheurs dans des universités ! Si l'U.M.P.A., l'unité de mathématiques pures et appliquées, elle, dépend de l'E.N.S. Lyon, elle a choisi de rejoindre la fédération parce que le choix a été fait d'opter pour la coopération et le décloisonnement. Preuve s'il en est que l'opposition que certains dressent entre écoles et universités est bien artificielle.

Je suis donc particulièrement heureuse d'être, ici, parmi vous, à Lyon, à l'université Claude Bernard, pour inaugurer cette jeune fédération de Mathématiques.

Cette initiative répond à plusieurs objectifs : renforcer l'attractivité du territoire Rhône Alpes/Auvergne pour attirer les jeunes talents du monde entier, décloisonner, rapprocher les différentes disciplines mathématiques et améliorer la visibilité internationale de la recherche française.

Votre fédération est la seconde, au niveau national, après la région parisienne,  avec six laboratoires, 460 chercheurs et enseignants-chercheurs, 270 doctorants et post-doctorants, trois journaux internationaux. Elle est impliquée dans 5 Labex. Son dynamisme n'est donc pas à démontrer ! En revanche, et c'est tout l'intérêt de ce regroupement, il fallait lui donner une visibilité à la hauteur de ce dynamisme.

Premier enjeu : susciter les vocations scientifiques et attirer les talents

Attirer et conserver les talents, étudiants et chercheurs, en région, est donc l'un des fondements de cette volonté de regroupement. Pourquoi ? En apportant de la visibilité à vos travaux, vous confortez les vocations régionales et vous montrez l'excellence de votre domaine de recherche à l'échelle de l'écosystème comme à l'échelle internationale !

Pour les étudiants comme pour les chercheurs, il importe de pouvoir identifier clairement les travaux, les débouchés professionnels offerts par les carrières en mathématiques.

La visibilité nouvelle offerte par la fédération répond dès lors aussi à un objectif de communication avec le grand public, nécessaire pour susciter des vocations nouvelles.

Car le nombre d'étudiants en sciences, et encore plus en mathématiques, n'est pas à la hauteur des besoins et pire encore, le nombre décline.

Le problème est encore plus crucial pour les filles bien trop absentes de ces filières. 14,5 % de filles dans la dernière promotion de l'Ecole Polytechnique, 1 fille sur 21 reçue à l'Ecole normale supérieure dans la spécialité physique chimie, et 1 sur 28 en maths-physique-informatique. Ces chiffres sont dramatiquement bas.

A ce rythme, il faudrait attendre 2080 pour atteindre la parité entre chercheurs et chercheuses au C.N.R.S., en sciences dures, et 2075, pour l'atteindre dans les écoles d'ingénieurs. La sélection, je devrais dire l'auto-censure, se fait, au moment de l'orientation, après le baccalauréat. Par exemple, il n'y a plus que 30 % de filles dans les classes préparatoires scientifiques alors qu'elles sont plus nombreuses à obtenir un bac S que les garçons et que leurs résultats sont meilleurs.

Il faut donc mettre en place une politique volontariste qui vise à déconstruire les stéréotypes pour que les jeunes filles ne renoncent pas à ces carrières, elles y ont toute leur place. Il faut peut être aussi repenser les classes prépas atténuer la pression. On n'est pas obligé de souffrir pour apprendre.

Ce n'est pas seulement un enjeu en termes de justice, de parité, mais aussi un enjeu économique. Les vocations scientifiques doivent être suscitées car les mathématiques sont au cœur des métiers du futur.

Je sais que cet objectif, susciter des vocations, cher Cédric Villani, vous tient particulièrement à cœur. Ce plaisir de transmettre vous le tenez de vos deux parents, enseignants, mais aussi de votre rencontre avec Etienne Ghis à l'E.N.S. Lyon, inlassable passeur et médiateur, dont je salue le travail !

L'international

Le deuxième enjeu, c'est l'ouverture à l'international : développer l'attractivité du territoire Rhône-Alpes/Auvergne pour attirer les étudiants et les chercheurs étrangers. Notre pays a toujours progressé de son ouverture à l'international et il faut conforter cette ouverture.

Je voudrais, à ce propos, me féliciter du fait que j'ai obtenu un délai sur la mise en place de nouvelles Zones à Régime Restrictif (Z.R.R.).

Un équilibre devra être trouvé pour concilier la protection des données stratégiques sensibles et la libre circulation des chercheurs et de leurs recherches.

En aucun cas, le caractère universel de la science, son excellence permise par la qualité des partenariats internationaux et le trait d'union que cela représente entre les pays, quelle que soit la conjoncture politique, ne devront être remis en cause par des mesures d'intelligence économique dont nous pouvons comprendre et respecter la logique, pour peu que leurs modalités d'application soient réalistes et pertinentes.

Il faut donc attirer les talents de France et d'ailleurs. Les premières mesures que j'ai prises allaient déjà dans ce sens : abrogation de la circulaire Guéant, article 2 de la loi du 22 juillet 2013.

Elles seront complétées par les nouvelles mesures présentées, lundi dernier lors du Conseil supérieur de l'attractivité.

Campus France va lancer une campagne de communication en Asie, pour attirer les étudiants des pays émergents dans les filières scientifiques françaises (la Corée, l'Inde, le Japon, la Chine...).

Déjà, aujourd'hui, le Maghreb, l'Afrique subsaharienne représente 41 % de nos doctorants. Dès la rentrée 2014, les formalités seront allégées pour les étudiants de Master ayant un profil d'excellence particulier. En 2015, un titre de séjour unique, un "passeport talent", valable 4 ans, sera disponible.

Un guichet unique à destination des étudiants étrangers sera aussi mis en place dans chaque université, avec des permanences de la préfecture : c'est déjà le cas dans 15 des 24 points d'accueil universitaires.

L'installation durable des chercheurs étrangers sera aussi encouragée. Ils participent à la création de la richesse nationale : 9 % des lauréats des concours dans les universités françaises sont de nationalité étrangère et 30% des lauréats des concours de chercheurs du C.N.R.S. sur les 5 dernières années.

Cet afflux d'étudiants et de chercheurs étrangers nous permettra de palier dans un premier temps le manque d'étudiants et, singulièrement d'étudiantes dans les filières scientifiques et les écoles d'ingénieurs, en physique, en mathématiques, en électronique...

La refondation de l'école à moyen et long terme devrait augmenter les flux d'étudiants grâce à l'innovation pédagogique que j'ai déjà évoquée.

Une autre ouverture indispensable, elle aussi, je veux parler du décloisonnement entre les disciplines et à l'intérieur même d ‘une discipline.

La mise en réseau des laboratoires, des universités, des écoles, en facilitant les échanges et l ‘interdisciplinarité.
Bien souvent, c'est la rencontre de différentes disciplines ou de plusieurs volets d'une même discipline qui est à l'origine de découvertes majeures, et plus tard, d'innovations de rupture.

Ce décloisonnement a été facilité à Lyon grâce à la fluidité des échanges entre les mathématiques fondamentales et les mathématiques appliquées. Les scientifiques eux-même, dans leur travail de recherche, ont contribué à ce décloisonnement et je veux saluer Jacques-Louis Lions qui a donné ses lettres de noblesse aux mathématiques appliquées, quelques années après Jean Kuntzmann.

Je profite donc de cette inauguration pour saluer l'excellence de la recherche française en mathématiques.

La France occupe la seconde place juste derrière les Etats-Unis : 12 médailles Fields contre 13 pour les Etats-Unis, en valeur relative, cela signifie que la France est au premier rang, 3 français sont lauréats du Prix Abel pour 4 aux Etats-Unis.

Cette excellence repose en premier lieu sur le talent des chercheurs français, sur les laboratoires qui les accueillent, mais aussi sur une organisation propre à la France, le C.N.R.S., dont le rôle fédérateur a été la clé de voûte de l'émergence d'une école française de renom en mathématiques.

Ce pilotage national, construit par les chercheurs eux-mêmes, doit être maintenu et encouragé.

Conforter cette excellence, ce n'est pas renoncer à donner une formation d'excellence au plus grand nombre.

C'est un enjeu, j'allais dire une nécessité, en tout cas une volonté politique du gouvernement auquel j'appartiens : une volonté à la fois démocratique et économique.

Accroître la visibilité et l'accès aux mathématiques, c'est penser d'abord formation des élèves, ceux qui seront les mathématiciens et, plus généralement, les scientifiques ou tout simplement dans la vie active de demain. Car les maths, on l'a dit, concernent des domaines de la vie professionnelle et quotidienne.

Or, seulement la performance moyenne des élèves français s'est dégradée en 10 ans, singulièrement en mathématiques, comme les résultats de l'enquête PISA 2012 le montrent. Pour trop d'élèves, les mathématiques sont réputées difficiles, deviennent même une source d'anxiété.

Il faut donc redonner le goût des mathématiques.

Trop souvent elles sont utilisées comme vecteur de sélection plutot que comme une discipline, j'allais dire un art suscitant la curiosité, la démarche ludique, stimulant l'intelligence, le questionnement, exigeant la rigueur de la démonstration.

Dans votre livre, Théorème vivant, on perçoit bien cette démarche qui donne d'ailleurs un sens à votre vie, cher Cédric, mais qui ne s'exerce pas en solitaire, mais en interaction avec d'autres.

Il faut donc retrouver le goût du plaisir et de l'interactivité. Pour cela, j'en suis convaincue, c'est toute notre pédagogie qu'il faut refonder.
Les Ecoles supérieures du professorat et de l'éducation devront le permettre : un tiers du corps professoral va être renouvelé dans les dix prochaines années pour la première fois. Il s'agit d'une génération de "digital natives", tant pour les futures enseignants que pour les élèves qu'ils vont accompagner.

Le numérique, qui n'est pas une fin en soi mais bien une opportunité, un moyen sera l'outil d'une évolution radicale voire d'une révolution des méthodes pédagogiques. C'est le sens des cours en ligne mis en place par le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche dans le cadre du plan France Université Numérique. Il y a 200 000 inscrits à ce jour pour les 25 cours mis en ligne, depuis un mois. Il y en aura 50 d'ici la fin de l'année. Je sais, Cédric, que vous êtes en train de préparer un MOOC et je vous en remercie ! Il est très attendu par toute la communauté des inscrits. Les jeunes, à l'école, seront aussi invités à apprendre le langage informatique et seront initiés au codage.

Ces innovations, vous en êtes partie prenante afin d'amener la culture mathématique au plus grand nombre, en donnant du sens à leur apprentissage au lieu de se focaliser sur la seule sélectivité.

Le numérique, c'est aussi une révolution pédagogique qui favorise le travail coopératif, les échanges, à l'image des dialogues si constructifs entre votre collaborateur Clément et vous, dans Théorème vivant, qui suscitent une belle émulation des découvertes.

Permettez-moi donc de vous féliciter à nouveau pour avoir entrepris cette initiative fédérative ambitieuse qui souligne tant le dynamisme de l'école de mathématiques française que la responsabilité de ses chercheurs !

Je souhaite que cette nouvelle fédération de mathématiques rencontre le succès mérité. Sachez que le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche vous soutient et vous accompagne.

Publication : 3.03.2014

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Delphine CHENEVIER

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