Parité et lutte contre les discriminations

'Notre pays ne doit plus se priver de la moitié de ses talents !'

Tribune de Geneviève Fioraso parue dans Le Monde le 7 mars 2014
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Partant du constat que la parité femmes-hommes est encore loin d'être atteinte dans l'enseignement supérieur et la recherche, Geneviève Fioraso encourage les jeunes filles à s'engager davantage dans les carrières scientifiques.

Dans les médias - 7.03.2014
Geneviève Fioraso

Les chiffres en matière d’orientation et de parcours professionnels sont accablants et ils ne progressent pas : 28% des titulaires d’un diplôme d’ingénieur sont des femmes, 30% de filles sont inscrites en classes préparatoires scientifiques contre 74% en prépas littéraires et 54% en économie et commerce, 1 fille sur 21 étudiants est reçue à l’Ecole Normale Supérieure en physique chimie et 1 sur 28 en maths-physique-informatique.

A ce rythme, il faudrait attendre 2080 pour atteindre la parité entre chercheurs et chercheuses au C.N.R.S. en sciences dures et 2075 pour les écoles d’ingénieur.

A cette discrimination dans l’orientation initiale s’ajoute celle du plafond de verre dans la vie professionnelle. Et l’enseignement supérieur et la recherche n’échappent pas à ce phénomène. Plus on monte dans la hiérarchie académique, plus la parité souffre : à peine plus de 15% de femmes professeurs d’universités,  seulement 13% de femmes à la présidence des universités. En 111 ans, le Prix Nobel n’a été attribué qu’à trois scientifiques françaises : Marie Curie en 1903 et 1911, Irène Joliot-Curie en 1935 et Françoise Barré-Sinoussi en 2008. Aucune jeune mathématicienne n’a bénéficié à ce jour d’une des 13 médailles Fields françaises. Et il n’y a eu que trois femmes médailles d’or du C.N.R.S. sur les 59 attribuées !

Quels sont donc ces verrous si puissants que notre politique publique, de qualité, pour la petite enfance et l’éducation, nos valeurs républicaines d’égalité n’arrivent pas à les lever ? C’est que le phénomène a des racines profondes, qui se construisent dès l’enfance, à l’école, dans le cercle familial et, plus largement, dans l’environnement social et culturel. Le plafond de verre dans le déroulement des carrières féminines, parfois amplifié par l’auto-censure des femmes elles-mêmes, trouve aussi son origine dans des préjugés tenaces et anciens.

Ces préjugés sont d’abord liés aux premières représentations culturelles et sociales. Combien trouvons-nous par exemple de femmes directrices de laboratoires, chefs d’entreprises, exploratrices, dans la littérature ou les bandes dessinées pour la jeunesse ? C’est d’ailleurs tout l’intérêt des modules ABCD de l’égalité mis en place par Vincent Peillon, ministre de l’Education nationale et Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes, qui sensibilisent les enseignants de 600 établissements aux stéréotypes, transmis de façon souvent inconsciente.

Einstein affirmait qu’"il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé !" C’est pourtant le pari engagé par le gouvernement, dans chacune de ses décisions. Dans la loi sur l’enseignement supérieur et la recherche, j’ai pris treize mesures pour stimuler et rétablir la parité : dans les jurys, dans les conseils d’administration des universités et établissements, dans les conseils stratégiques nationaux... le vivier existe bel et bien, il suffit de le solliciter ! Inciter les jeunes filles à s’engager dans des vocations scientifiques est d’abord une nécessité pour faire progresser l’égalité et la justice. Mais c’est aussi un enjeu économique. En période de forte mutation il faut, plus que jamais, stimuler la créativité, l’agilité, l’innovation qui naît de la rencontre des cultures, à commencer par la mixité. Toutes les études démontrent d’ailleurs que la parité est un facteur positif pour la productivité.

Enfin, il nous faut agir en amont, sur l’orientation, en privilégiant la représentation des métiers. Les mathématiques, la physique ne doivent plus être considérées seulement comme un vecteur de sélection. Elles doivent être choisies pour les métiers auxquelles elles conduisent, mais aussi pour l’accès à la compréhension du monde.

La réforme de l’orientation, en cours, encourage l’intervention de professionnels dans les lycées, la présentation des métiers dès les années lycées, pour permettre aux jeunes filles de se projeter dans les métiers scientifiques et les filières professionnelles et technologiques, dont elles sont trop absentes. L’industrie a changé. Alors que le numérique, par exemple, s’appuie sur de nouveaux usages, comment imaginer  que les solutions et services proposés ne soient conçus, imaginés, mis en place que par la moitié masculine de l'humanité ?
 
Convaincre les filles qu’elles sont à la hauteur pour s’engager dans des carrières encore majoritairement occupées par des hommes, susciter des vocations par l’exemplarité, intégrer dans toutes nos décisions la légitimité et l’exigence de la parité : ce sont les conditions pour ne pas priver notre pays de la moitié de ses talents !

 

 

Publication : 7.03.2014

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