Stratégie nationale de recherche - S.N.R.

Stratégie nationale de recherche : ouverture du colloque de restitution des ateliers

Ouverture du colloque S.N.R.© M.E.N.E.S.R./XR pictures

Benoît Hamon, ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, a ouvert le colloque “Des priorités scientifiques et technologiques pour une stratégie nationale de recherche”, qui se tient les 9 et 10 avril 2014. Ce colloque réunit plus de 300 participants, notamment des membres de la communauté scientifique et universitaire. Il marque une étape essentielle de la construction de la stratégie nationale de recherche (S.N.R.) qui sera finalisée à l’été 2014.

Discours - 9.04.2014
Benoît Hamon

 

C’est avec un plaisir non dissimulé que je viens ce matin parmi vous pour ouvrir ce colloque qui se tient dans le cadre de l’élaboration de la future Stratégie nationale de recherche. Il constitue pour moi, si vite après ma nomination, l’occasion de vous rencontrer, chercheurs et partenaires de la recherche française. Pouvoir travailler à vos côtés, pour vous, être votre ministre, c’est pour moi un honneur et une responsabilité.  

Et puis... j’apprécie de retrouver un amphithéâtre, même si l’auditoire d’aujourd’hui est un peu particulier, d’un haut niveau d’expertise. Il y a quelque temps déjà que mes fonctions m’ont entraîné loin de mes enseignements comme professeur associé à l’université Paris8. L’amphithéâtre où nous sommes réunis aujourd’hui est dédié à Henri Poincaré, qui prend place parmi les plus célèbres mathématiciens français. On me dit qu’il fut le fondateur de la topologie algébrique et l’un des précurseurs de la relativité restreinte et de la théorie du chaos.

Ses recherches étaient tout à fait théoriques, fondamentales. Pourtant, en proposant de remettre en cause le temps absolu et l’éther puis d’avancer vers la théorie de la relativité restreinte, Henri Poincaré a apporté une contribution de recherche fondamentale qui a rendu possible la création des satellites de télécommunication et le GPS. Avouons que malgré son caractère imprévisible, malgré l’impossibilité de la limiter à un projet de deux ou trois ans, l’impossibilité même de la programmer, cette recherche fondamentale a eu un impact majeur sur nos vies.

L’importance de la recherche fondamentale


Voilà une leçon que tout décideur politique ou administratif doit avoir en tête, me semble-t-il : il est primordial de favoriser une recherche fondamentale libre et foisonnante, non programmée car non programmable. On n’a pas inventé l’électricité en cherchant à améliorer la bougie, dit-on souvent. J’en suis convaincu. Soutenir et défendre la recherche fondamentale est un préalable,  qui doit échapper à toute tentative de planification. Le premier objectif de la recherche doit demeurer l’avancée des connaissances au meilleur niveau international, grâce à l’évolution des modes de pensée pouvant aboutir à des ruptures conceptuelles.

La recherche fondamentale ne s’oppose pas à l’orientation d’une partie de la recherche par la société

Toutefois, ces connaissances ont permis de développer les concepts et les technologies qui ont forgé notre société contemporaine. Ce n’était clairement pas le but des chercheurs, mais c’est pourtant bien le résultat. Il est donc tout naturel que notre société se retourne désormais vers la recherche pour l’aider à résoudre ses problèmes et pour l’aider à imaginer et produire les nouveaux visages du monde de demain. C’est une preuve de confiance et d’espoir de progrès, au-delà des peurs qu’on entend parfois s’exprimer. Quoi de plus légitime ? 

Dès lors, il est non moins légitime que la recherche publique, en plus de son soutien à la recherche non programmable, contribue à répondre aux besoins, aux attentes, aux inquiétudes des citoyens. Ce sont eux qui la financent !

L’innovation et la recherche privée doivent également y contribuer. Hubert Curien se demandait déjà, à l’époque, je le cite : "comment conserver l’excellence de la recherche publique en France, qui nous permet tous les deux ans d’obtenir un Prix Nobel, tout en restant localement au service du développement économique ?". Comme lui, je ne crois pas qu’il soit pertinent d’opposer les différentes formes de recherche et leur degré d’application.  Toutes les formes de recherche constituent  nos meilleurs investissements pour la dynamique de notre société, pour la vitalité de notre économie et pour la création de nos futurs emplois.

Ainsi, la préparation d’une Stratégie nationale de recherche est une invitation  à la mobilisation de la société autour de sa recherche, pour que les décideurs politiques, les responsables et les cadres dirigeants des entreprises prennent pleinement conscience de ce qu’est l’activité de recherche, de son importance dans le quotidien de chacun d’entre nous, de son rôle clef dans la prospérité de notre société.

Pour cela il faut s’assurer de la collaboration entre recherche publique et recherche privée, il faut améliorer le transfert entre la recherche d’un côté et les acteurs sociaux et économiques de l’autre. C’est pourquoi je me réjouis que plus de trente entreprises participent aujourd’hui à ce colloque. Nous travaillons ensemble à la construction de la France de demain.

Je sais que certains chercheurs craignent les rapprochements contraints. Pourtant, que les chercheurs travaillent en lien avec la société, sur ses interrogations n’induit pas une perte de leur indépendance. Il n’est pas question de brider les chercheurs. Et si cette crainte au demeurant perdurait, je vous dirais simplement que, en tant que votre ministre, je me porte garant de la liberté de la recherche.

Sanctuarisation budgétaire de la recherche

Et je le fais au nom de la France par la bouche du Président de la République.  Il s’y est engagé à plusieurs reprises. La semaine dernière encore, lors du magnifique colloque organisé à l’occasion des 50 ans de l’Inserm,  il vous a dit, je le cite : "La recherche doit être une priorité pour la France."

L’engagement se déclare, c’est le plus facile. Mais  l’engagement doit se retrouver  dans les faits. Vous savez la situation plus que problématique dans laquelle nous avons trouvé le budget de la France il y a deux ans, incluant nombre de promesses non financées, notamment dans l’enseignement supérieur et la recherche. Le Gouvernement précédent et Geneviève Fioraso n’ont eu de cesse d’assainir cette situation. Vous connaissez aussi l’effort budgétaire de cinquante milliards d’euros que nous devons encore consentir. Et bien dans ce contexte pour le moins défavorable, le Président de la République a rappelé son engagement à sanctuariser le budget de la recherche publique. Avant l’ouverture du marathon budgétaire pour 2015, voilà une preuve de confiance et un acte fort ! 

Mais qui dit efforts et confiance, dit responsabilité. Et la responsabilité dans un contexte budgétaire difficile, c’est naturellement de pouvoir justifier devant le contribuable du bienfondé des choix des priorités de recherche. En France, il est difficile d’établir des priorités : tout finit par être prioritaire.  Pourtant, une priorité c’est faire un choix, c’est dire ce que l’on fera et ce que l’on ne fera pas, ou ce que l’on ne fera plus. C’est faire des économies là où c’est possible pour mieux investir là où c’est indispensable.

La recherche – une activité collaborative

Mais définir des priorités, c’est aussi être capable d’expliquer simplement à tous nos concitoyens l’importance de vos travaux, c’est obtenir leur soutien. Bref, établir une stratégie nationale de la recherche c’est avant tout faire partager à tous les Français la grande aventure intellectuelle que vous menez au quotidien. Dans la recherche, après des années de mise en compétition systématique, je suis attaché à ce que l’on renoue avec l’ouverture au partage, avec la culture de la collaboration.

Vous le savez, j’ai, jusqu’à très récemment, été en charge de l’économie sociale et solidaire. Dans un monde en forte concurrence locale et internationale, j’ai aidé à la structuration et au développement de coopératives, de mutuelles et d’entreprises solidaires. Compte-tenu de sa façon de fonctionner,  j’aurais pu  pour cela m’inspirer de la recherche. Dans un monde hautement compétitif, tant localement qu’à l’international, aussi bien pour les personnes que pour les établissements, organismes et entreprises qui les emploient, la recherche consiste souvent à développer un parcours de pensée singulier, nourri et enrichi des savoirs, des savoir-faire, des projets et des questions des autres, le tout confronté systématiquement au regard critique des pairs. En bref, la recherche, c’est par excellence une activité collective d’individus de grande qualité. Je m’efforcerai, à vos côtés, de promouvoir les organisations et les processus favorisant les rencontres, les partenariats et les collaborations entre chercheurs.

La S.N.R. : inter ministérialité, convergences entre stratégies, processus

La préparation d’une Stratégie nationale de la recherche doit s’inscrire dans cette construction collective, commune, collaborative. Or l’exercice est exigeant : il va falloir définir un nombre limité de priorités scientifiques et technologiques destinées à relever les défis socio-économiques ou environnementaux auxquels notre société devra faire face dans les prochaines décennies.

Cette stratégie doit être portée par chacun, et donc nécessairement élaborée de manière "bottom-up" et partagée. Son élaboration doit donc se faire au-delà de la défense des intérêts personnels ou institutionnels et des prés carrés scientifiques.

Mesdames et Messieurs, la responsabilité qui nous réunit aujourd’hui est l’intérêt général.

Le cadre général de la stratégie nationale de recherche est donné par l’agenda stratégique France-Europe2020, présenté par Geneviève Fioraso en mai 2013. Cet agenda a été établi en relation étroite avec la stratégie européenne,  pour aider les chercheurs à soumettre davantage de projets aux appels d’offres européens, mais  aussi et surtout pour mettre concrètement en œuvre l’espace européen de la Recherche en développant l’émulation mutuelle autour des projets collaboratifs avec nos partenaires européens.

L’agenda stratégique identifie les défis sociétaux autour desquels la préparation de la Stratégie nationale de la recherche s’articule. Je ne vous les rappellerai pas ici : vous en avez la liste sur le programme de la journée. Mais je tiens à souligner la portée de ces défis. Lorsqu’on protège la santé des personnes et des populations, lorsqu’on améliore la capacité à nourrir une population grandissante avec des aliments de qualité, lorsqu’on renforce et démocratise la révolution sociale impliquée par les technologies de l’information et de la communication, lorsqu’on s’adapte au changement climatique, lorsqu’on cherche à mieux vivre ensemble et à stimuler le renouveau industriel, on est au cœur des préoccupations de nos concitoyens, on ouvre le champ des possibles pour les années à venir. Travailler sur ces sujets, comme vous le faites au quotidien, c’est une responsabilité. Ces défis sociétaux concernent tous les Français, et bien au-delà, une large part de la collectivité mondiale.

Ils concernent également tous les chercheurs, ceux qui s’interrogent sur le pourquoi et le quoi, et ceux qui travaillent sur le comment. Les spécialistes des sciences exactes comme ceux des sciences humaines et sociales. L’interdisciplinarité est au cœur du système.

Inscrite dans la loi du 22 juillet 2013, la future Stratégie nationale de recherche est une démarche partagée par l’ensemble des acteurs : les ministères, la communauté scientifique, le monde économique et la société civile.  La loi confie au ministère en charge de la recherche le soin de coordonner l’élaboration de cette stratégie. Que l’on se comprenne bien : il ne s’agit pas de construire  la stratégie du ministère de la recherche. Il s’agit d’une stratégie nationale. Son caractère interministériel, souligné dans la loi,  est primordial.

Cette stratégie doit permettre la coordination des efforts des différents ministères contribuant, chacun sur son périmètre, à l’effort national de recherche. J’en salue ici les représentants. La proximité de notre collaboration est une clef de l’efficacité de cet exercice.
Il nous faudra donc veiller aussi à  la cohérence de cette stratégie nationale de recherche avec les stratégies nationales en matière de  santé, d’énergie, de développement durable,  ainsi qu’avec les 34 propositions pour le redressement productif de la France ou les travaux en cours de la commission Innovation 2030 animée par Anne Lauvergeon.

La stratégie de  recherche, c’est aussi favoriser l’émergence des métiers de demain et l’évolution des compétences nécessaires aux métiers d’aujourd’hui. Le lien entre la recherche et l’enseignement supérieur n’est plus à démontrer. Un bon nombre de personnels mènent ces deux activités de front. L’adossement des formations à la recherche, voire la formation par la recherche, c’est votre quotidien. C’est désormais aussi  le mien en tant que ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche.

J’aurai donc à cœur de veiller à la convergence logique et nécessaire entre les différentes stratégies, de recherche d’un côté et d’enseignement supérieur de l’autre. L’articulation de la stratégie nationale de recherche avec l’effort de démocratisation de l’enseignement supérieur est une question de justice sociale, et c’est là une valeur à laquelle je suis très attaché. Sophie Béjean et Bertrand Monthubert mènent les travaux préparatoires de la ctratégie nationale d’enseignement supérieur, la StraNES. Leur participation à ce colloque souligne l’intelligence et la convergence entre ces dynamiques, et je les en remercie.

La loi du 22 juillet indique que ce sera, in fine, le rôle du Conseil stratégique de la recherche que de proposer la Stratégie nationale de la recherche au Gouvernement. Je  salue les vingt-neuf membres éminents de ce conseil, présents parmi nous aujourd’hui, qui ont pour rôle de valider les travaux d’élaboration de la stratégie dont les premiers résultats, les priorités liées aux orientations scientifiques, vont être  présentés et débattus avec la communauté aujourd’hui.  La méthodologie d’élaboration est aussi déterminante pour parvenir à tirer des 38 priorités- orientations que qui vont vous être présentées, les 4 à 5 grandes priorités- actions qui constitueront la stratégie nationale. Pour cela, il faut de la méthodologie.  J’en profite pour remercier Messieurs Denis Randet et Alain bravo, respectivement délégués généraux de l’A.N.R.T. et de l’Académie des technologies qui ont apporté l’appui méthodologique indispensable à cette démarche.

 

Mesdames, Messieurs, je suis venu ce matin parmi vous ouvrir ce colloque pour vous témoigner mon vif intérêt et mon soutien dans vos travaux, et vous remercier du travail énorme que vous avez déjà accompli.  Je sais que vous avez été soumis à des conditions d’agenda particulièrement serrées. C’était hélas nécessaire. Le temps est ce qui nous manque le plus. J’apprécie d’autant plus la haute qualité des résultats de vos groupes d’experts.

Je vous invite maintenant à faire des recommandations suffisamment claires et compréhensibles pour permettre aux citoyens de s’approprier pleinement ces grands enjeux.

J’attends de vos propositions  qu’elles puissent être déclinées concrètement en activité de recherche ou de développement.  Sur la base de vos travaux le Conseil Stratégique de la Recherche proposera la Stratégie nationale de  recherche au Gouvernement avant l’été.

Nous mobiliserons ensuite les moyens nécessaires pour la mettre en œuvre :  ceux de l’Etat : l’Agence nationale de la recherche, qui a d’ores et déjà réorganisé son activité autour des défis sociétaux, les autres départements ministériels, les établissements et organismes  mais aussi je le souhaite, les acteurs économiques grâce auxquels nous réaliserons les objectifs de Lisbonne, que l’Allemagne, elle, vient d’atteindre : 3% du P.I.B. national consacré à la recherche.

Je vous souhaite des débats enrichissants et constructifs.

Je vous remercie de votre attention.

Diaporama de l'ouverture du colloque

1ère publication : 9.04.2014 - Mise à jour : 30.04.2014
Benoît Hamon au colloque S.N.R.© M.E.N.E.S.R./XR Pictures

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La définition d’une stratégie nationale de l’enseignement supérieur (StraNES) est une nouveauté en France issue de la loi du 22 juillet 2013.

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