Enseignement supérieur

Remise de la Légion d'Honneur à Ali Saïb, Recteur de l'académie d'Aix Marseille

Légion d'honneur à Ali Saib© M.E.N.E.S.R./XR Pictures

Geneviève Fioraso a remis les insignes de chevalier de la légion d'honneur à Ali Saïb, recteur de l'académie d'Aix-Marseille le 14 avril 2014 en présence de Benoît Hamon, ministre de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche.

Discours - 18.04.2014
Geneviève Fioraso

J’ai le très grand plaisir, et l’honneur, d’accueillir Ali Saïb ce soir au ministère pour lui remettre les insignes de chevalier dans l’ordre national de la Légion d’honneur. Cette promotion au sein de notre premier ordre national est une juste récompense pour tous les services qu’Ali Saïb a rendus à l’enseignement supérieur français, à la recherche française, mais aussi à notre éducation nationale. Et je voudrais, ce soir, rendre hommage à la fois à un brillant chercheur et à un haut fonctionnaire de l’État.

Ali Saïb, vous incarnez ce que le système éducatif français a de meilleur : la méritocratie. Vous incarnez aussi ce que la recherche française a de meilleur : l’excellence, alliée au souci de la démocratisation du savoir.

Rien ne vous prédestinait à la carrière que vous avez accomplie. Vous avez grandi à Marseille, au sein d’une famille modeste, dans un quartier difficile, et après le baccalauréat vous avez entrepris des études de biologie sans savoir, probablement, qu’elles vous mèneraient si loin. Elles vous ont mené au doctorat, tout d’abord, que vous avez soutenu en 1996 à l’université Paris-Diderot, puis à l’habilitation à diriger des recherches que vous avez présentée en 2001, à l’université Paris-Diderot également, où vous avez ensuite été élu professeur des universités. Vos recherches, à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), puis à l’Université Paris-Diderot, ont porté sur des micro-organismes fondamentaux, les virus, et en particulier sur la relation hôtes-pathogènes. De 1996 à la fin des années 2000, vous avez dirigé une équipe de recherche sur ce sujet, dans le cadre d’une Unité mixte de recherche (U.M.R.) associant le Centre national de la recherche scientifique (C.N.R.S.), l’université Paris-Diderot, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) et l’Institut universitaire d’hématologie.

Je ne mentionnerai pas les très nombreuses publications scientifiques (une centaine) dont vous êtes l’auteur ; car davantage que leur nombre, je voudrais en souligner l’excellence, excellence qui a été récompensée par de très nombreux prix de recherche.

Je n’en citerai que quelques-uns : le prix Dina-Surdin de la Société française de biochimie et de biologie moléculaire en 1997, le prix Nathalie Demassieux de la Chancellerie des universités de Paris en 1997 également, le prix recherche de l’Académie nationale de médecine en 1998, ou plus récemment le prix Dandrimont-Bénicourt de l’Académie des sciences en 2002.

Ce brillant parcours explique pourquoi votre expertise scientifique a été aussi souvent sollicitée. Vous avez en effet été membre de nombreuses instances d’évaluation, comme l’INSERM ou l’Agence nationale de recherche sur le SIDA (A.N.R.S.). Vous êtes également membre du conseil scientifique de plusieurs institutions comme l’École pratique des hautes études (EPHE). En 2009, vous êtes devenu directeur de la recherche au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), et depuis 2011 vous êtes le coordonnateur de l’Observatoire national de la biologie de synthèse. Vous faites également directement bénéficier le Ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, de votre expertise en participant au groupe de réflexion "Science, innovation, société" mis en place dans le cadre de la Stratégie nationale de la recherche et de l’innovation (S.N.R.I.). Ces tâches d’administration et d’expertise impliquent des enjeux majeurs pour l’avenir de notre pays, et je voudrais vous remercier officiellement ce soir pour votre engagement en faveur du rayonnement scientifique de la France.

En tant qu’enseignant-chercheur, vous avez partagé votre immense savoir auprès de vos jeunes étudiants de l’université Paris-Diderot, puis auprès d’un public d’adultes salariés lorsque vous êtes devenu professeur au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM). Ce premier tournant dans votre carrière, ce choix d’aller vers de nouveaux publics, répond sans doute à votre curiosité pour la nouveauté ; il fait aussi écho à la manière dont vous définissez les missions d’un enseignant-chercheur. Non pas deux missions, comme on le dit le plus souvent : l’enseignement et la recherche, indissociablement liées ; mais bien trois missions, elles aussi intimement liées. Et cette troisième mission, à laquelle vous avez consacrée, à juste titre, une partie importante de votre activité, c’est la culture scientifique. Tout au long de votre carrière, vous avez participé au rayonnement de la science en cherchant à rendre accessible le discours scientifique auprès des jeunes et du grand public.

Vous avez créé dans cette perspective l’Association pour la Promotion des Sciences et de la Recherche (APSR-L’Arbre des connaissances), dont l’objectif est de faire connaître aux collégiens et lycéens les beaux métiers de la recherche pour stimuler les vocations chez les garçons et surtout chez les filles, encore trop absentes de cette carrière. Plus largement, cette association veut diminuer la fracture qui peut exister entre ceux qui font et détiennent le savoir d’un côté, et le reste de la population de l’autre, les sachants vs les non-sachants.
C’est une fracture dangereuse, qui s’accroît en raison de la complexité croissante de la science et des avancées technologiques, et vous avez contribué, par vos activités, à la diminuer.

Vous avez ainsi participé à la diffusion du savoir scientifique auprès du grand public en organisant des conférences à la Cité des sciences et de l’industrie (Universcience) en 2010. Vous avez aussi eu recours à des supports médiatiques variés : la revue, et je pense au numéro spécial "Les virus : ennemis utiles" du magazine Pour la Science paru en 2007 ; mais aussi le documentaire. Je veux mentionner le passionnant documentaire télévisuel, conçu en collaboration avec le documentariste Jean Crépu et diffusé sur France 5 en 2006 : "Dr Virus et Mr Hyde", pour lequel vous avez reçu plusieurs prix. Ce documentaire sur l’histoire de la virologie renverse le regard traditionnel que nous portons sur les virus, en montrant leur utilité dans l’évolution des espèces et dans le traitement de certaines maladies.

À travers ce documentaire comme à travers vos autres actions, vous offrez un magnifique exemple du rôle que peuvent jouer les chercheurs pour le développement d’une culture scientifique mieux partagée. C’est par la diffusion de la science que nous pourrons remettre en cause les idées reçues, si souvent fausses, enrayer les peurs et le repli sur soi liés à l’ignorance et promouvoir une action plus juste et plus efficace.

Cette action de diffusion de la science vous a d’ailleurs valu en 2007 le prix EMBO (European Molecular Biology Organization) pour la communication en sciences du vivant.

Vous vous êtes également engagé en faveur d’une plus grande parité dans le domaine de la science, en devenant membre de la Commission d’évaluation des bourses l’Oréal-Unesco, "Femmes et Sciences". Avec vous, la tour d’ivoire dans laquelle on enferme parfois les chercheurs s’effondre : votre action de chercheur est un combat intellectuel pour la science et le progrès scientifique, c’est aussi un combat pour la démocratisation du savoir et pour la parité, pour une société plus juste, meilleure.

Ces combats, vous les poursuivez aujourd’hui dans un tout autre cadre, celui du rectorat. En 2012, vous avez en effet été nommé à une fonction de très haute importance pour l’ensemble du système éducatif français, celle de recteur. C’est l’académie de Caen qui, la première, a pu bénéficier de votre savoir, de vos compétences, et de la générosité que vous mettez dans votre engagement au service de l’intérêt général. Vous avez accompli à Caen un travail remarquable pour l’orientation et l’information des élèves, la lutte contre le décrochage scolaire et une meilleure adéquation de l’offre de formation aux besoins de la société.
Et tous ceux qui ont eu à travailler avec vous ont pu apprécier la qualité du travail que vous avez mené en concertation avec l’ensemble des personnels et des élus de l’académie de Caen, mais aussi votre enthousiasme et votre implication dans les dossiers.

Vous continuez aujourd’hui ce travail dans une des plus importantes académies de France, l’académie d’Aix-Marseille, où vous avez été nommé recteur en juillet dernier.

Les enjeux y sont majeurs, car l’académie d’Aix-Marseille présente de fortes disparités territoriales et un réseau d’éducation prioritaire très dense. Vous y poursuivez le combat contre le décrochage scolaire et les difficultés scolaires, et vos efforts en faveur d’une meilleure orientation et insertion professionnelles des élèves. Mais vous vous engagez aussi pour une éducation plus complète, en favorisant par exemple la pratique d’activités périscolaires.

Dans le cadre de vos missions de recteur, vous préparez ainsi l’avenir de milliers de jeunes qui entreront bientôt sur le marché du travail ; vous préparez aussi l’avenir économique et social de la France, car ces jeunes sont les citoyens et les travailleurs de demain.


Ali Saïb, la France a besoin de vous pour cette mission de très haute importance, et je sais que nous pouvons compter sur vos compétences, mais aussi sur votre foi dans un savoir humaniste ainsi que sur votre bienveillance, "pour que l’ensemble des jeunes scolarisés en France puisse enfin croire à l’école et y trouver les ressources qui feront d’eux les acteurs de demain".

 Cher Ali Saïb, vous êtes reconnu par l’ensemble de votre communauté, la communauté des chercheurs et celle des nombreux personnels qui ont travaillé avec vous au sein des académies que vous avez dirigées. Votre engagement au sein de l’État méritait également une reconnaissance et des remerciements plus solennels, et je suis très heureuse de vous faire entrer ce soir dans notre premier ordre national en vous remettant personnellement l’insigne de chevalier de l’ordre national de la Légion d’honneur. Au nom du président de la République et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons Chevalier de la Légion d’Honneur.

 

 

1ère publication : 18.04.2014 - Mise à jour : 22.04.2014

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