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Licence

Journée régionale consacrée à la réussite en licence

Geneviève Fioraso s'est exprimée en ouverture de la journée régionale consacrée à la réussite en licence, organisée par le réseau des S.C.U.I.O.I.P. des 17 universités d’Ile-de-France.

Discours - 3.06.2014
Geneviève Fioraso

Je suis très heureuse d'ouvrir cette journée régionale consacrée à la réussite en licence. Vous le savez, la réussite en licence a été énoncée comme une priorité de la loi du 22 juillet 2013 et comme une priorité du gouvernement.

Ma conviction, c'est qu'il faut mettre l'étudiant, ses besoins et son projet, au cœur du fonctionnement de l'université, de l'entrée jusqu'à la sortie des études.

Je voudrais, pour commencer, rappeler quelques chiffres.

D'abord, le chiffre qui a été si souvent cité : environ 50% des étudiants échouent en 1ère année de licence. Au terme des trois années de licence, seulement 27% des inscrits en L1 obtiennent leur licence. En ajoutant les étudiants qui ont besoin d'une année supplémentaire pour valider leur diplôme, on arrive à un total d'environ 40% des étudiants qui obtiennent leur licence, en trois ou quatre ans.

Même si cela montre que les parcours permettent finalement aux étudiants d'obtenir un diplôme, le résultat reste insuffisant et réparti de façon injuste. Car les parcours, plus longs en premier cycle, désavantagent les étudiants issus des familles les plus modestes dont les contraintes budgétaires sont fortes (coût du redoublement, perte des bourses).

En tout, 21% des étudiants sortent de l'enseignement supérieur sans diplôme. Cette moyenne est de 31% pour l'ensemble des pays de l'O.C.D.E.. On voit donc que la France ne se situe pas si mal par rapport aux autres pays de l'O.C.D.E.. Mais nous ne pouvons pas nous satisfaire de cette situation, d'autant qu'elle accentue les inégalités sociales au lieu de les réduire. On est dans un système qui non seulement reproduit mais accentue les inégalités sociales (23% de la population active issue des classes moyennes inférieures, 13,5% en licence, 9% en master, moins de 6 % en doctorat).

Une injustice sociale qui doit nous préoccuper d'autant que les chiffres que je viens de rappeler datent de 2013 et sont révélateurs d'un problème qui est d'autant plus grave que les résultats de 2013 sont moins bons que ceux de 2004. C'est là le signe de l'échec des plans licence précédents. Nous devons donc inverser la tendance.

C'est une exigence pour le parcours individuel de chaque étudiant. C'est aussi une exigence pour notre pays, car dans une société mondialisée de la connaissance, plus les jeunes sont qualifiés, plus on a de chance de développer une économie compétitive et plus ces jeunes ont une chance de trouver une insertion professionnelle.

C'est enfin une exigence de justice sociale. C'est pourquoi notre priorité au ministère a été de prendre en compte l'orientation des bacheliers technologiques et professionnels, qui sont confrontés au plus fort taux d'échec à l'université, lorsqu'ils sont orientés par défaut à l'université (9,5% pour les bacheliers technologiques et 4 à 5% pour les bacheliers professionnels).

Je sais que les données touchant l'échec en licence sont interrogées voire remises en cause par François Sarfati, qui fera une conférence en fin de journée. Sans trahir sa pensée, j'ai compris que l'idée qu'il défend est que les étudiants soi-disant "décrocheurs" n'ont en réalité jamais "accroché" à l'université, qu'ils aient eu à côté, ou non, un autre projet.

Même si l'intégration de ces "faux décrocheurs" dans les statistiques en modifie les chiffres, elle ne modifie pas fondamentalement le problème : nous devons donner envie aux jeunes de s'"accrocher" à l'université.

Il faut cesser de considérer le système universitaire comme étant étranger aux difficultés que rencontrent les étudiants. Les difficultés que rencontrent les étudiants en premier cycle universitaire ne doivent pas être considérées comme une fatalité.

Affirmer l'inverse était jusqu'alors le meilleur argument pour renoncer à agir contre l'échec, et surtout pour ne rien changer.

Nous devons au contraire faire en sorte que les jeunes aient tous le désir et la volonté et les conditions de réussir, parce que l'université offre les formations les plus diversifiées, les plus utiles pour leur propre formation d'individu et de citoyen, et pour leur insertion professionnelle.

Au sein des universités, vous avez la possibilité de susciter cette envie, chez les étudiants, de se former et plus encore de les aider à réussir par des dispositifs adaptés. Et j'ai pu mesurer sur le terrain à quel point vous avez déjà mis en place des dispositifs innovants, différents, adaptés aux différents écosystèmes.

La réussite étudiante repose aussi sur les outils pédagogiques que vous mettez en place. Je ne vous apprendrai pas que le secondaire et le supérieur fonctionnent de façon très différente, et il faut accompagner les étudiants dans leur entrée à l'université.

Lors d'une enquête menée par le M.E.N.E.S.R., l'inquiétude la plus grande était liée à un manque de connaissance de l'enseignement supérieur et l'université. L'action -3/+3 me paraît essentielle pour briser les barrières, décloisonner. Cette ouverture réciproque, ce continuum entre lycée et enseignement supérieur est indispensable pour la réussite étudiante.

C'est aussi pour favoriser un continuum entre le lycée et le supérieur, et renforcer la réussite en licence, que j'ai mis en place, depuis deux ans, une série de mesures visant à améliorer l'orientation et la réorientation des jeunes, en particulier dans la loi sur l'enseignement supérieur et la recherche.

Cette réussite étudiante, elle passe en effet par une meilleure orientation. Cette année, 47% des jeunes de terminale ont placé l'université en 1ère position sur A.P.B.. Mais on sait qu'environ 63% d'entre eux environ intégreront l'université à la rentrée.

Il ne faut pas que l'orientation, et notamment l'orientation à l'université, soit un choix par défaut, mais au contraire une orientation choisie vers un parcours de réussite. Cette année dans le système A.P.B., nous avons ainsi prévu une réorientation des étudiants en première année, qui permettra là-encore de faciliter l'orientation des jeunes.

"Trouver sa voie", comme on le dit parfois, n'est pas quelque chose de facile quand on a 18 ans, parce que les jeunes ne savent pas toujours ce qu'ils veulent, ni ce qu'ils peuvent faire. Il nous faut mieux les informer des formations qui existent et qui leur sont ouvertes, notamment dans les filières scientifiques, technologiques, et tout particulièrement chez les jeunes filles.

Il faut aussi redonner confiance, en misant sur les innovations pédagogiques. C'est par exemple l'enjeu du numérique, des espaces coopératifs de travail, des cours en ligne, MOOCs, qui ne doivent pas remplacer le présentiel mais encourager une pédagogie plus interactive, le tutorat, la création de communautés d'apprenants et qui donne un signe de modernité, à l'image de la qualité de la formation dispensée à l'université.

Ce qu'il fallait clarifier, également, c'étaient les débouchés des filières post-bac. Ce sera désormais le cas dans l'édition 2015 d'A.P.B. qui intégrera, pour chaque formation, une information sur les débouchés, incluant la poursuite d'études.

Je reviens au public particulièrement touché par ces difficultés d'orientation. Il s'agit des bacheliers professionnels et technologiques qui sont de plus en plus nombreux à faire des études universitaires. Il faut les accompagner dans leur parcours d'orientation, de réussite, ce que font déjà certaines universités sur le terrain.

C'est pourquoi nous avons voulu que soient fixés des quotas de bacheliers professionnels en S.T.S. et de bacheliers technologiques en I.U.T.. Ces pourcentages sont établis par les recteurs, maillons essentiels de cette réforme, en concertation avec les établissements, en dialogue, en prenant en compte les spécificités des territoires et des filières.

Ces mesures ont déjà porté leurs premiers fruits : en 2013, 8% de bacheliers professionnels supplémentaires ont pu s'inscrire en B.T.S. et 3% de bacheliers technologiques supplémentaires en I.U.T..

J'ai également souhaité encourager la mobilité européenne de ces bacheliers professionnels et technologiques dans le cadre d'Erasmus Plus. En effet, les études montrent qu'un jeune qui a une expérience internationale a 60 % de chances supplémentaires d'obtenir un emploi.

Un autre public ciblé par le ministère, ce sont les étudiants en études de santé et études paramédicales, qui représentent 7% des entrées dans l'enseignement supérieur. Le système actuel ne permettait en effet pas les réorientations.

Désormais, avec la loi sur l'enseignement supérieur et la recherche, nous avons lancé des expérimentations sur l'admission dans les études de santé. L'objectif est de faciliter la réorientation des étudiants de 1ère année d'études de santé, pour éviter les redoublements et un échec souvent très éprouvant et de permettre à des étudiants ayant suivi un premier cycle adapté d'accéder directement à la 2e ou 3e année d'études de santé.

Sept universités en France vont expérimenter, pendant six ans, quatre nouveaux dispositifs d'admission parallèle dans les filières de la santé. Nous ferons un bilan à l'issue de cette expérimentation.

J'espère beaucoup de cette fluidité dans les parcours car je crois qu'elle permettra de faciliter les trajectoires des étudiants sans remettre en cause la qualité des formations.

Un autre axe fort de l'action engagée en faveur de la réussite et de la démocratisation est la simplification des intitulés de diplômes. Il ne s'agit pas de nier ou de diminuer les spécificités de chacune des formations, mais de rendre le système plus lisible pour les étudiants, pour les familles,  pour les futurs recruteurs. Le service public doit être lisible par tous. Nous sommes ainsi passés de 1 800 licences générales à moins de 300 et 45 intitulés.

Améliorer l'orientation et la réorientation a un fort impact sur la réussite étudiante, mais cela ne permet pas de résoudre tous les problèmes.

En parallèle, le ministère a installé le 9 décembre dernier le comité Sup'Emploi, présidé par Françoise Gri et Henri Lachmann, et je lui ai confié trois missions principales : anticiper les métiers et les formations d'avenir, agir pour l'insertion professionnelle, et placer l'enseignement supérieur au cœur de la formation tout au long de la vie. Après une très large consultation, ils devraient nous rendre leurs conclusions d'ici la fin juin, avec un objectif : renforcer les synergies entre l'enseignement supérieur et le monde socio-économique.

C'est dans ce sens que le gouvernement a soutenu une proposition de loi tendant au développement, à l'encadrement des stages et à l'amélioration du statut des stagiaires.. Il s'agit d'une loi de simplification. L'idée est de replacer le stage comme un élément de la formation et de rappeler que le stage n'est pas de l'alternance, un C.D.D., ni un test de pré-embauche.

840 000 étudiants par an font un stage, mais essentiellement en fin de cycle. L'enjeu est de mieux équilibrer les stages entre début et fin de cycle, d'en faire un outil au service de l'orientation, de l'insertion. Avec cette loi, nous voulons que le stage joue au contraire pleinement son rôle pédagogique et professionnalisant.

Enfin, c'est une évidence, mais la réussite de cette réforme du cycle licence repose aussi sur la qualité de la vie étudiante. Les étudiants ne peuvent réussir leurs études que s'ils ont de bonnes conditions de travail.

C'est la raison pour laquelle j'ai voulu que le montant des bourses versées aux étudiants soit revalorisé et que plus d'étudiants puissent être aidés. Sur 3 ans, 458 millions d'euros supplémentaires seront consacrés aux bourses étudiantes : un effort sans précédent. Nous avons revalorisé les bourses les plus faibles, créé un nouvel échelon dit 0+ qui permet d'ores et déjà à 55 000 étudiants supplémentaires de percevoir une aide et augmenté le nombre d'allocations pour les jeunes en rupture familiale.

C'est aussi pour améliorer la qualité de la vie étudiante que le gouvernement a lancé le "plan 40 000", c'est-à-dire 40 000 logements étudiants supplémentaires en 5 ans. En 2013, 8 500 nouveaux logements ont déjà été livrés, dont 50% en Ile-de-France, et 30 000 logements ont été identifiés dans les régions prioritaires. Les plans Campus vont nous y aider et les collectivités sont désormais concertées et impliquées.

Troisième point, c'est l'accès à la santé. Près de 40% des étudiants renoncent à se soigner faute de moyen, avec une dégradation des soins constatée notamment pour les soins dentaires, gynécologiques et les soins mentaux. Nous y travaillons avec Marisol Touraine avec comme objectif de créer des points Campus Santé, identifiés, pour améliorer l'égal accès de tous aux soins.

C'est cette vision globale de l'étudiant tout au long de la vie, du lycée, à l'entrée dans l'enseignement supérieur, jusqu'à la sortie et à la formation continue, qui est au cœur de nos priorités et que nous allons amplifier.

Je vous invite à continuer à faire partager vos bonnes pratiques et à vous mobiliser au service des étudiants.

1ère publication : 3.06.2014 - Mise à jour : 5.06.2014

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