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Lancement de l'A.T.V.5 par Ariane

A.T.V.-5© ESA D.Ducros

Geneviève Fioraso s'est exprimée suite au lancement réussi de l'A.T.V. 5 par Ariane à Kourou en Guyane, le 30 juillet. La secrétaire d'Etat est revenue à cette occasion sur l'avenir des lanceurs européens.

Discours - 30.07.2014
Geneviève Fioraso

Grâce à vous tous, grâce aux formidables équipes du Centre Spatial guyanais, nous venons de vivre un moment extraordinaire, à plus d'un titre.

Nous avions déjà vécu un moment d'émotion lors de la visite du Président de la République il y a quelques mois ici même. Ce soir, l'émotion était aussi palpable. Tout comme vous, je suis à la fois émerveillée et soulagée. Car ce tir n'était pas un tir tout à fait comme les autres,  même si aucun lancement ne ressemble à un autre, tellement d'éléments doivent être rassemblés pour atteindre l'objectif.

Le lancement que nous venons de vivre revêt une valeur particulière. C'est en effet à la fois le 60e tir d'Ariane 5 réussi d'affilée, le 74e en tout  et le cinquième et dernier lancement d'A.T.V. est le véhicule le plus complexe jamais réalisé par l'Europe, il est indispensable au fonctionnement de la Station Spatiale Internationale (I.S.S.) qu'il ravitaille et où 6 astronautes travaillent depuis plusieurs mois, en attendant d'être rejoints dans quelques mois par Thomas Pesquet, jeune astronaute français de grand talent, choisi par l'ESA parmi plus de 6000 candidats. C'est dire au passage l'attractivité de cette filière.

A.T.V., c'est une prouesse scientifique et technologique, dont le caractère hors norme a été rappelé, tant par ses dimensions, son poids, que sa capacité de navigation d'amarrage, ou encore ses caractéristiques de sécurité.

C'est pourquoi je veux d'abord, au nom du gouvernement français, rendre hommage aux femmes et aux hommes, à tous les niveaux de responsabilité, scientifiques, ingénieurs, techniciens, administratifs qui ont contribué à cette réussite.

Je veux rendre hommage à la culture de coopération qui a permis la réalisation de l'A.T.V., impliquant trois agences spatiales, l'industrie, des équipes de cultures différentes, du secteur public comme privé, réunies autour d'un objectif commun exceptionnel.

Ces cinq lancements illustrent l'excellence de l'expertise des équipes de l'ESA, du CNES, d'Arianespace, de l'industrie européenne, en premier lieu Airbus Defence and Space, du centre spatial guyanais, qui ont œuvré ensemble à la conception, à la réalisation, au lancement et aux opérations en orbite de ce véhicule spatial qui constitue la contribution européenne au grand projet international de l'I.S.S., coordonné par la NASA.

Cette réussite ne doit rien au hasard. Elle est le résultat d'un choix politique initié par l'un de mes prédécesseurs : Hubert Curien. C'est le choix d'une politique nationale publique spatiale volontariste, immédiatement européenne et internationale, assumée dans la durée.

Et ce volontarisme, cette constance sont déterminants pour rendre possible le succès d'un tel projet, qui représente un investissement de 3,7 milliards d'euros pour l'Europe, maintenu pendant la crise économique comme dans la période de croissance faible que nous traversons.

Cet investissement important a permis, dans le cadre de l'aventure de la Station Spatiale Internationale et du laboratoire de recherche Colombus, de nombreuses avancées scientifiques et technologiques, aux applications variées, dans le domaine de la santé mais plus largement dans de nombreux secteurs industriels.

Car les enjeux du spatial sont essentiels et même, j'ose le mot, vitaux pour l'Europe.

Chaque lancement d'Ariane nous rappelle l'enjeu stratégique de l'accès autonome à l'espace. C'est d'abord un enjeu de souveraineté. C'est aussi un enjeu majeur sur le plan scientifique, technologique, industriel et commercial.

A l'occasion de ce lancement d'Ariane 5, sur ce site toujours aussi impressionnant de Kourou, je veux évoquer devant vous l'avenir des lanceurs européens. Comme vous le savez tous, des travaux importants sont en cours pour préparer et assurer l'avenir de la filière des lanceurs.

Ariane, il faut le rappeler, est aujourd'hui la clef de notre souveraineté pour l'accès à l'espace, un des piliers du développement de l'ensemble du secteur spatial en Europe. C'est un acquis formidable, résultat d'investissements lourds et constants depuis 50 ans et d'une expertise accumulée tout à fait unique.

Ariane a mis en orbite plus de la moitié des satellites commerciaux actuellement en service dans le monde. Nous pouvons légitimement en être fiers. Pour autant, dans ce domaine comme dans d'autres, il ne faut surtout pas s'endormir sur ses lauriers et la concurrence internationale nous pousse à faire des choix énergiques pour garder l'initiative.

C'est la raison pour laquelle, après avoir obtenu un accord pour la réalisation d'Ariane 6 à la ministérielle de l'ESA à Naples fin 2012, à la suite d'une négociation difficile car elle n'avait pas été suffisamment anticipée de 2008 à 2012, j'ai souhaité réunir tous les acteurs de la filière au niveau national, agence, opérateur, industriels, clients principaux pour faire converger les démarches communes, permettant d'anticiper aussi les difficultés liées à une concurrence internationale de plus en plus vive.

C'est l'objet de la réflexion engagé au sein du Cospace, mis en place à cet effet. Et, avant même les orientations techniques à réaliser sur les lanceurs, la réponse de la France et de l'Europe a porté en priorité sur la nécessaire évolution de la gouvernance de la filière. L'ESA, en particulier, a beaucoup insisté, et je l'en remercie, sur les efforts à faire sur le plan industriel, pour améliorer la compétitivité de la filière, ce qui passait par une intégration plus forte pour être plus efficace.

Les industriels ont accepté d'augmenter leur prise de risque et leur participation à un programme dont les deux tiers concernent une activité commerciale. Je les en remercie.

Grâce à l'effort de tous, nous avons récemment franchi une étape importante, comme l'a souligné il y a un mois, à l'Elysée, le président de la République, en saluant l'accord trouvé mi-juin entre Airbus et Safran pour la création d'une entreprise commune pour les lanceurs, opérationnelle d'ici la fin de l'année 2014.

Je veux saluer l'initiative franco-allemande au sein d'un projet qui rassemble plusieurs pays européens, à commencer par l'Italie engagé dans Vega, mais aussi l'Espagne, la Suisse, le Luxembourg.

Je veux aussi saluer la responsabilité prise rapidement par les industriels. C'est ensemble que nous construirons l'avenir de la filière européenne des lanceurs.

Je veux saluer aussi : le pilotage par l'ESA et le CNES de l'ensemble des activités préparatoires à la ministérielle de décembre 2014, dans lesquelles s'inscrivent les réflexions qui ont mené les industriels à faire ce pas décisif. 

Je le sais, pour m'en tenir informée très régulièrement et y contribuer au nom de l'Etat : les travaux entre les agences et l'industrie sont intenses et très constructifs! C'est nécessaire afin d'arriver à une solution convergente pour Ariane 6, qui respecte les contraintes budgétaires et optimise les synergies entre les lanceurs pour les différents segments de marché. Nous sommes aujourd'hui confiants dans l'aboutissement d'ici fin septembre de ces travaux, date à laquelle une ministérielle informelle de l'Etat nous permettra d'aboutir à un accord en décembre prochain, à la ministérielle de l'ESA au Luxembourg.

La détermination de l'ensemble des acteurs européens, publics et privés, est totalement mobilisée aujourd'hui pour que l'Europe reste l'acteur de premier plan mondial dans l'accès à l'espace. Il y a en Europe de formidables compétences, l'histoire d'Ariane le démontre : nous devons les mobiliser dans un cadre qui apporte le maximum d'efficacité, de réactivité, de capacité d'investissement. Nous devons être capables d'audace, capables de nous réinventer en nous appuyant sur la force de notre histoire spatiale.

Je sais qu'il y a des interrogations sur la place de chacun dans les évolutions en cours. Ces interrogations sont naturelles dans tout changement d'importance. Plusieurs processus sont engagés, avec une étape clé en fin d'année, et j'ai demandé que tout se passe dans la concertation la plus large et avec l'association de l'ensemble des acteurs. En tant que coordinatrice du Cospace et au titre de ma délégation, j'y veillerai personnellement. Il y aura des évolutions, l'immobilisme, chacun en est bien conscient, n'était pas une option, mais chacun aura sa place et son rôle. Je veux d'ailleurs redire, au nom du Président de la République, la volonté du gouvernement de conforter le Centre Spatial guyanais.

Et je veux le dire aujourd'hui : Ariane 6 est un projet ambitieux pour préparer un avenir solide à la filière européenne des lanceurs. Cet objectif, que je sais partagé par tous, est ma priorité absolue et c'est celle du gouvernement français qui veut maintenir une équipe de France du spatial forte et performante, en la confortant comme champion européen et leader mondial.

Dans une période contrainte sur le plan budgétaire, l'effort financier du Gouvernement ne fléchira pas. Plus de 2 milliards (2,127 milliards exactement) par an sont consacrés par l'Etat au spatial et la France, dans ce cadre, maintiendra son effort pour les lanceurs.

Nous venons d'ailleurs de confirmer cette volonté politique avec le soutien apporté par le programme des Investissements d'avenir à la conception et au lancement de satellites électriques.

Un soutien des Investissements d'avenir avait déjà été apporté pour soutenir la filière afin de relever le défi de la propulsion électrique.

Une nouvelle décision du programme des Investissements d'avenir attribue 23 millions d'euros pour financer une première démonstration en vol d'un satellite électrique associant des acteurs français et européens. Les négociations sont en phase finale et j'espère que nous pourrons annoncer la confirmation finale de cette première dans les tous prochains jours.

C'est une démonstration de notre capacité à construire ensemble, acteurs publics comme privés, chacun dans son rôle et dans ses missions, une filière d'excellence pérenne pour la France et pour l'Europe.

C'est un signe formidable de notre force collective qui prouve son efficacité quand elle est mise au service d'un intérêt commun qui sert la souveraineté de l'Europe dans son accès à l'espace. J'ai confiance dans cet avenir et je suis venue partager cette confiance avec vous, à l'issue de cette soirée dense. Nous avons pris les mesures nécessaires pour assurer l'avenir des lanceurs et, d'une façon plus générale, pour poursuivre cette formidable aventure de l'espace, de l'exploration dont l'attraction qu'elle suscite est si bien résumée par le poète René Char : "Comment vivre sans  inconnu devant soi ?"

Vive Ariane, vive la France et l'Europe des lanceurs.

1ère publication : 30.07.2014 - Mise à jour : 21.08.2014

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