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Biologie et santé

Inauguration de l'exposition'C3RV34U, l'expo neuroludique' à la Cité des sciences et de l'industrie

Inauguration de l'exposition "le cerveau" © M.E.N.E.S.R./X.R.Pictures

Geneviève Fioraso s'est exprimée mardi 16 septembre 2014, à l'occasion de l’inauguration de l’exposition "C3RV34U, l’expo neuroludique", à la Cité des Sciences et de l’Industrie.

Discours - 17.09.2014
Geneviève Fioraso

 

Je suis très heureuse d'être présente, ce soir, à la Cité des sciences et de l'industrie pour l'inauguration d'une nouvelle exposition permanente consacrée au cerveau.

Les enjeux liés aux recherches sur le cerveau

Le cerveau est un organe fascinant qui illustre à la fois la complexité et le mystère du vivant : composé de plus de 100 milliards de neurones connectés entre eux, c'est lui qui est le siège de nos perceptions, de nos pensées, de nos émotions, de nos actions. Le cerveau est un organe qu'on peut décomposer en molécules et cellules, il touche aussi à ce qui fait le propre de l'homme : sa conscience.

Comprendre son fonctionnement est ainsi un défi majeur de la science d'aujourd'hui, auquel plusieurs centaines de milliers de chercheurs à travers le monde cherchent à répondre à partir de travaux menés en neurosciences, à l'interface de la neurobiologie et de la psychologie cognitive, mais aussi des sciences mathématiques et computationnelles, de la philosophie, de l'imagerie. Seule une approche globale peut permettre d'appréhender le cerveau dans toute sa complexité, du fonctionnement moléculaire à celui de la pensée.

Les recherches en neurosciences sont à l'origine de grandes avancées scientifiques, qui nous permettent d'étendre les limites de notre savoir et de développer notre connaissance de l'être humain, mais les enjeux sont bien plus larges. Ils sont philosophiques (touchant à la définition même de l'homme), cognitifs (permettant d'appréhender la prise de décision ou les apprentissages), psychiques (car le cerveau est aussi le siège des émotions), ou encore médicaux.

Analyser le fonctionnement du système nerveux permet en effet de mieux en comprendre les états pathologiques et donc de développer de nouveaux traitements médicaux. La recherche en neurosciences a ainsi entraîné le développement de nouveaux pans de la recherche pharmacologique dans le but de mettre au point de nouvelles molécules qui puissent traiter les maladies psychiatriques ou les addictions.

Les recherches sur le cerveau sont porteuses de grands enjeux sociaux et elles seront au cœur du plan sur les maladies neurodégénératives que je lancerai d'ici quelques semaines avec Marisol Touraine et Laurence Rossignol.

Si l'on se souvient qu'en Europe, environ 1 personne sur 4 est atteinte d'une maladie neurodégénérative au cours de sa vie, on perçoit aisément quels enjeux ces recherches représentent en termes de santé publique, et on comprendra pourquoi nous les avons fait inscrire dans les priorités du programme de recherche Horizon 2020.

Un grand chercheur français et neurochirurgien d'exception a d'ailleurs été primé récemment dans ce domaine : le Professeur Alim-Louis Benabid a en effet reçu le 8 septembre dernier le prix Lasker-DeBakey (qui est une haute distinction internationale en recherche clinique) pour ses travaux sur la stimulation électrique du cerveau qui ont révolutionné le traitement des formes sévères de la maladie de Parkinson.

Je veux le féliciter devant vous et l'assurer de ma reconnaissance et de mon amitié, car son travail de recherche et de médecine, mais aussi sa grande humanité et son engagement dans la diffusion de ses recherches auprès d'un grand public, sont exemplaires. Si j'insiste de cette façon, c'est qu'il a été injustement remis en cause et diffamé par des groupes de pensée et d'action obscurantistes, particulièrement mobilisés contre ce qui nous intéresse aujourd'hui : la connaissance du cerveau qui permet ensuite d'améliorer la vie des personnes, que ce soit sur le plan cognitif, sociétal ou de la qualité de vie.

Au-delà de l'acquisition de nouveaux savoirs, la recherche fondamentale sur le cerveau doit ainsi être pensée en étroite connexion avec ses applications thérapeutiques et son développement industriel. Je n'oublie pas non plus la recherche technologique qui est à l'origine de grandes avancées dans le domaine de l'interface cerveau-machine.

Si l'on prend pour exemple les enjeux liés au handicap, on peut en effet espérer que, grâce aux avancées dans le décodage de l'activité cérébrale, nous pourrons d'ici quelques années commander des machines par la pensée. Cela pourrait permettre à de nombreuses personnes en situation de handicap physique de retrouver une certaine autonomie.

Pour répondre à ces défis majeurs pour notre société, la France et les Etats membres de la Commission européenne ont engagé un milliard d'euros pour financer un projet de recherche fondamentale de très grande ampleur, le "Human Brain Project" qui fédère 80 institutions de recherche pour réunir toutes les connaissances actuelles sur le cerveau humain et modéliser l'intégralité du cerveau humain.

 En France, depuis les travaux pionniers de Jean-Pierre Changeux dans le domaine des sciences cognitives, de formidables équipes de recherche sont impliquées dans les recherches sur le cerveau, en particulier à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) et au Centre national de la recherche scientifique (C.N.R.S.), mais aussi dans d'autres organismes et instituts de recherche et dans les universités.

Parmi eux, certaines figures très prestigieuses de la recherche française sont à l'origine du développement scientifique de cette exposition et je voudrais saluer leur engagement, à travers cette exposition, dans la diffusion des savoirs. Je pense en particulier à Stanislas Dehaene, professeur au Collège de France et directeur d'une unité de recherche de neuro imagerie cognitive rassemblant des chercheurs de l'INSERM et du C.E.A., qui a été un des "cerveaux" de cette exposition. Je souhaite d'ailleurs que les travaux qu'il a menés soient davantage intégrés dans notre société, qui devient une société "apprenante" selon les termes de Joseph Stiglitz. Nous avons une chance formidable en France de bénéficier de grands équipements, je pense en particulier à Neurospin.

Mais je voudrais aussi plus largement remercier l'INSERM, l'Alliance Aviesan, les membres du comité scientifique et l'ensemble des chercheurs qui ont fait bénéficier les organisateurs de l'exposition de leur expertise.

Je veillerai à ce que ces recherches soient davantage connues des futurs enseignants au sein des écoles que nous avons mises en place dans les universités, les ESPE. On sait que la qualité de la formation des enseignants est la première condition pour améliorer la formation des jeunes. Ce qu'a fait la Finlande avec réussite, nous l'avons engagé avec la refondation de l'école. Encore faut-il profiter de cette nouvelle formation, à nouveau professionnalisante, mais aussi proche de la recherche, dans les universités, pour intégrer dans nos méthodes d'enseignement, d'apprentissage et de formation tout au long de la vie, les connaissances acquises par la recherche.

L'innovation pédagogique que Najat Vallaud-Belkacem et moi-même avons voulu encore davantage impulser de l'école à l'université doit s'enrichir de toutes les connaissances nouvelles sur le cerveau.

La mission de diffusion des savoirs des chercheurs

La valorisation et la diffusion des savoirs issus de la recherche font pleinement partie des missions confiées aux chercheurs et enseignants-chercheurs. C'est ce que j'ai rappelé dans la loi sur l'enseignement supérieur et la recherche de juillet 2013, et je voudrais insister sur le fait que cette mission ne vise pas uniquement les étudiants. La culture scientifique doit être l'apanage de tous, pour réduire la fracture qui tend à séparer les sachants d'une large partie de la société, et pour permettre à l'ensemble des citoyens de notre pays d'être pleinement en prise avec les enjeux et progrès de notre temps.

La science progresse aujourd'hui extrêmement vite, et pour que le débat citoyen soit réellement fructueux, pour que nous puissions faire les meilleurs choix en matière de politiques publiques, pour que la société puisse bénéficier le plus rapidement possible des acquis de la recherche, nous avons besoin de cet échange incessant entre les scientifiques et la société civile.

Les manifestations scientifiques comme cette exposition sur le cerveau sont ainsi l'occasion d'ouvrir le monde de la recherche sur la société civile, mais aussi de faire connaître les métiers et enjeux de la recherche, et d'attirer les jeunes (en particulier les jeunes filles) vers les carrières scientifiques.

Ce sont là des enjeux fondamentaux pour l'avenir même de notre société : nous avons besoin de continuer à former et à recruter des chercheurs et chercheuses de talent qui contribueront au progrès de la science dans les décennies à venir. Et les recherches sur le cerveau, de ce point de vue, ont démontré qu'il n'y avait aucun obstacle de genre pour la capacité à mener des carrières scientifiques et universitaires de qualité. Et pourtant, dans bien des domaines, la parité n'est pas au rendez-vous.

L'exposition

Cette exposition sur le cerveau est le résultat d'une rencontre, entre le savoir des chercheurs d'un côté, et de l'autre le savoir-faire d'Universcience. Universcience a en effet développé une véritable expertise dans l'organisation d'expositions reposant sur l'expérimentation scientifique. Cette démarche participative est fondamentale pour donner à tous, et en particulier aux plus jeunes, le goût des sciences. Les visiteurs ne sont en effet pas tant des spectateurs que des acteurs invités à réaliser des expériences et à reproduire la démarche scientifique.

Cette exposition "neuroludique" (comme l'annonce l'intitulé même de l'exposition) en est un nouvel exemple. Elle invite les visiteurs à aller activement à la rencontre du savoir, à prendre conscience par eux-mêmes, grâce au travail conjoint des scientifiques et des médiateurs, des incroyables capacités du cerveau humain.

Elle invite aussi à découvrir les outils et méthodes utilisés par les chercheurs en neurosciences pour étudier le cerveau. En cela, elle est une véritable initiation à la démarche scientifique et pas seulement une opération de diffusion des résultats de la recherche. Le temps de l'exposition, nous sommes tous un peu chercheurs en neurosciences, invités à reproduire des expériences de chercheurs et à découvrir leurs outils.

Dans sa conception même, l'exposition reprend aussi des problématiques fortes des chercheurs : la séquence "Décider pour agir" par exemple fait ainsi écho à un enjeu majeur de recherche transversale, d'ailleurs identifié dans la stratégie nationale de l'enseignement supérieur et de la recherche qui est en cours d'élaboration.

Mais pour conclure, je dirai que c'est une exposition qui nous invite surtout à partir à la découverte de nous-mêmes. Vous avez repéré cette phrase sur l'affiche : "Qu'avez-vous dans la tête ?" Nous sommes tous interpelés, appelés à enquêter sur ce que nous avons en propre et ce qui est peut-être le plus important : notre cerveau, sans lequel nous ne pourrions ni penser, ni ressentir, ni agir, ni parler.
Je vous remercie.

Diaporama de l'exposition"C3RV34U, l'expo neuroludique"

1ère publication : 17.09.2014 - Mise à jour : 29.09.2014

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