Enseignement supérieur

Réception des nouveaux membres de l'Institut Universitaire de France

24e promotion de l'Institut universitaire de France© Rectorat de l'académie de Paris

Geneviève Fioraso, secrétaire d'Etat en charge de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, est intervenue lors de la cérémonie de nominations des nouveaux membres de l’Institut Universitaire de France dans le grand Amphithéâtre de la Sorbonne vendredi 17 octobre 2014.

Discours - 17.10.2014
Geneviève Fioraso

Seul le prononcé fait foi

 

Je me réjouis d’être présente ce matin pour accueillir et féliciter en personne les nouveaux membres de cette promotion 2014 de l’Institut Universitaire de France. Dans mes fonctions de secrétaire d’Etat à l’Enseignement supérieur et à la Recherche, je suis très heureuse de célébrer - le mot n’est pas trop fort - l’excellence de la recherche française.

Et vous illustrez parfaitement ce qu’est cette excellence dans sa diversité. Je le fais d’autant plus volontiers qu’à quelques jours d’intervalle, deux Prix Nobel (en littérature Patrick Modiano et Jean Tirole en économie) sont venus souligner de la plus belle des façons, cette excellence française.

Mais, depuis le début de ce quinquennat, ce sont aussi Serge Haroche en 2012, Prix Nobel de Physique, Martin Karplus en 2013, Prix Nobel associé pour la  Chimie,  la  médaille  Fields pour Artur Avila cet été, mais aussi le prix Kavli pour le physicien Thomas Ebbesen en 2014 et le prix  Lasker pour le professeur Alim Louis Benabid il y a quelques semaines.

Une telle reconnaissance internationale du rayonnement intellectuel de notre pays ne s’était pas produite depuis de nombreuses années, et elles ont été rendues possibles par la qualité exceptionnelle des équipes de recherche, qualité à laquelle vous contribuez tous. C’est donc la reconnaissance du travail de tous les chercheurs. L’I.U.F. est au cœur de cette excellence.
 
La nomination à l’I.U.F. est pour les lauréats une reconnaissance de la qualité des travaux déjà réalisés, reconnaissance d’une œuvre en partie accomplie par les seniors, promesse d’une œuvre en devenir pour les jeunes. C’est une récompense d’autant plus appréciable que la procédure stricte de sélection, par deux commissions indépendantes, comprenant une forte proportion d’experts étrangers, place les exigences à un niveau très élevé.

Mais en vous proposant pour être nommés à l'I.U.F., les membres du jury ne vous ont pas seulement décerné un satisfecit prestigieux ou un "ad gloriam universitatis" aussi prestigieux soit-il.

La nomination à l’I.U.F. est aussi et surtout une chance de poursuivre vos travaux dans de meilleures conditions. C’est une chance individuelle, bien sûr, pour chacun d’entre vous.

Ainsi, en accordant à ses membres une décharge importante de service d’enseignement et des crédits de recherche spécifiques pour leurs projets, l’I.U.F. assure encore davantage la liberté et l’indépendance nécessaires à tout travail de recherche approfondie.

Mais l’I.U.F. est aussi une chance à saisir collectivement pour améliorer encore le dynamisme de notre recherche universitaire, dont la qualité est déjà reconnue dans le monde entier, comme en témoigne le nombre de lauréats ou d’anciens lauréats de l’I.U.F. ayant reçu des récompenses nationales ou internationales prestigieuses.

Grâce à l’I.U.F., vous pourrez en effet rester dans le cadre universitaire dont vous êtes issus et dans lequel vous exercez, ce qui constitue une manière d’affirmer fortement que la recherche d’excellence doit et peut se faire au sein de l’université. J’observe d’ailleurs avec satisfaction que  votre  attachement  (au double  sens de ce terme)  à  l’université  s’accompagne  pour beaucoup d’entre vous d’une appartenance conjointe à une unité de recherche également portée par un grand organisme, ce qui prouve une fois de plus l’absurdité de certaines oppositions faites entre établissements et organismes, surtout en cette période de mondialisation de la recherche qui appelle plus que jamais la coopération entre équipes diverses et pluridisciplinaires.

Cette appartenance à une entité de recherche collective, mixte ou purement universitaire, est d’ailleurs une façon pour l’I.U.F. de reconnaître non seulement l’excellence d’un individu, mais aussi le contexte dans lequel il œuvre et donc une reconnaissance directe de l’équipe et de l’université dont vous faites partie.

J’ajoute que le fait de conserver  une obligation d’enseignement, même largement réduite, réaffirme que la recherche et l’enseignement sont deux activités complémentaires, et que l’excellence de l’une et de l’autre se nourrissent réciproquement, dans un cercle vertueux dont bénéficient à la fois vos étudiants, vos travaux et la société toute entière.

Je disais au début de mon propos : l’excellence dans sa diversité. Je veux préciser cette expression. Elle renvoie à plusieurs types de diversités : diversité de lieux d’exercice, diversité d’âges et de parcours, diversité de disciplines, diversité de contributions à la qualité de l’enseignement.

L’I.U.F. doit contribuer à rendre visible la répartition équilibrée de l’excellence sur tout le territoire. Il n’est pas seulement de bonne recherche qu’à Paris ou dans les seuls grands pôles régionaux. C’est un principe fondateur de l’I.U.F. dont j’ai été heureuse de constater qu’il avait été parfaitement respecté cette année et que parmi les établissements les plus primés ne figurent pas forcément les plus importants ou les mieux identifiés à l’international.
 
Les  regroupements  d’universités, que nous avons institués par la loi du 22 juillet  2013, permettront, je l’espère, de renforcer cette dynamique territoriale et amélioreront l’égalité des chances des candidats, grâce au renforcement et à la plus grande visibilité scientifique de nos différents pôles régionaux.

Le choix de nommer chaque année 70 membres "junior", de moins de 40 ans, est un signal fort en direction des jeunes enseignants-chercheurs, dont il importe que l’excellence, l’enthousiasme et le dynamisme, soient valorisés, dans le contexte dont nous connaissons les contraintes, démographiques en particulier.

En les repérant tôt, et en les aidant à élaborer puis à poursuivre leurs projets de recherche pendant 5 années grâce à l’attribution de crédits spécifiques, l’I.U.F. établit des conditions propices à ce que leur créativité et leur capacité d’innovation portent tous leurs fruits.

Je me réjouis aussi que la proportion de candidatures féminines soit en augmentation depuis plusieurs années,  même  si  les  femmes  sont  encore  trop  peu  nombreuses. C’est  avec satisfaction que j’ai noté que leur taux de réussite, du moins pour les membres junior, est dans l’ensemble  plus élevé que celui des hommes  (et  en  particulier  dans  les  disciplines scientifiques !). J’apprécie que le jury ait ainsi pris en compte ce principe d’égalité et de parité. Nous avons encore tant à rattraper en ce domaine !

Le choix d’une répartition équilibrée entre les disciplines des sciences dites "exactes" ou "dures" et celles des sciences humaines et sociales est aussi un signe fort d’engagement en faveur de la recherche fondamentale dans tous les domaines.

L’Institut Universitaire de France, où les différentes disciplines prennent harmonieusement place, s’édifie donc bien à l’image d’une "université sans mur", à l’échelle de l’ensemble du territoire. Mais cet équilibre recherché n’est pas seulement le fruit d’une volonté de recherche la paix entre des disciplines. Il  est aussi une condition de l’interdisciplinarité dont l’I.U.F. a fait l’un de ses critères de choix, et à laquelle je suis très attachée, car c’est une condition indispensable à la créativité de la recherche face aux enjeux de plus en plus inédits qui se posent à nous.

Je veux le rappeler : l’I.U.F. doit être la démonstration vivante, la preuve en actes de la fécondité scientifique de l’interdisciplinarité. Nous le savons depuis longtemps : les plus grandes avancées scientifiques se font et se sont faites le plus souvent à l’intersection de plusieurs champs.

Je voudrais enfin appeler de mes vœux lors des prochaines promotions un autre type de diversité éminemment lié à votre spécificité d’enseignants-chercheurs. La qualité de notre enseignement supérieur ne serait rien sans la qualité de notre recherche ....

Les missions de l’université d’aujourd’hui appellent un renouvellement de la façon d’exercer la mission d’enseignement, notamment pour répondre à l’arrivée dans l’enseignement supérieur de publics nouveaux, plus nombreux, souvent moins acculturés aux exigences d’un enseignement  de  haut  niveau,  mais  qu’il  importe  de  conduire  avec  succès  le  plus  loin possible.

De même, tout appelle, dans la société contemporaine, à ce que l’université prenne toute sa place face à l’immense demande de formation continue supérieure en train non seulement d’émerger mais de se confirmer.

Tous ces éléments appellent la nécessité de véritables innovations pédagogiques qui feront de nos universités les lieux propices et adaptés à ce rôle. Ce ne sont pas nos modes traditionnels d’enseignement qui pourront y pourvoir, ni même la seule utilisation du numérique, qui n’est pas une fin en soi mais un accélérateur d’innovation.

Car c’est le modèle pédagogique lui-même qu’il faut repenser, et construire autrement. Cette excellence-là, dont on voit bien quels peuvent en être les liens avec la recherche, nécessite aussi d’être reconnue.

Je demanderai donc à ce que dans les prochaines promotions de l’I.U.F. soit intégré, en juniors, comme en seniors, un contingent retenu pour l’excellence d’un projet d’innovation pédagogique, nourri de recherches d’origines diverses et mis en actes dans une université ou un regroupement d’établissements. L’horizon de temps apporté par l’IUF permettra ainsi de suivre le travail dans la durée et dans ses résultats pédagogiques. Mieux que de nombreux discours, ce sera une belle façon de démontrer comment la recherche peut contribuer, par l’innovation, à l’amélioration qualitative de l’enseignement.

Au-delà de cet enrichissement de la diversité de l’excellence encouragé par l’I.U.F., je voudrais enfin évoquer quelques questions très concrètes liées au déroulement de votre carrière.

La première question concerne la reconnaissance de votre situation par votre université. Je l’ai rappelé tout à l’heure, votre nomination à l’I.U.F. est aussi un message à votre établissement. J’observe pourtant trop souvent une certaine indifférence institutionnelle à votre égard, conduisant dans certaines disciplines à un risque d’isolement, d’autant plus paradoxal que votre nomination à  l’I.U.F. a  vocation  à  faire  de  vous des leaders reconnus d’un  projet personnel certes, mais contribuant à une dynamique collective.

Pour marquer davantage cette signification institutionnelle de votre nomination, j’ai décidé que, parmi les critères caractérisant la recherche des universités dans les nouveaux outils d’aide à la décision pour l’allocation des ressources, serait désormais retenue le nombre de membres de l’I.U.F..

Il me paraît, en effet, normal que votre présence au sein de votre établissement soit désormais considérée comme un indice de sa qualité scientifique.

Au-delà, je veux dire clairement à vos universités qu’elles doivent valoriser au mieux votre présence en leur sein et vous mettre en mesure d’assurer un rôle dynamique dans l’activité scientifique de l’établissement.

Votre nomination à l’I.U.F. ne vous sort pas de votre université, ne fait pas de vous par les quelques moyens qui vous sont attribués, un scientifique "hors sol". Vous devez être au contraire un moteur de dynamique scientifique collective, une locomotive en quelque sorte et je souhaite que les universités œuvrent en ce sens.

J’attends donc de vous que la réalisation du projet pour lequel vous avez été distingué(e), crée un contexte dynamisant pour votre environnement local. Vous devez vous sentir responsable d’un véritable rayonnement de votre chaire. Inversement, je sais la difficulté d’abandonner une telle responsabilité quand votre délégation prend fin et que vous êtes toujours en activité. Cela vaut particulièrement pour ceux d’entre vous, je pense en particulier aux séniors, proches de leur fin d’exercice et n’ayant pu obtenir un renouvellement de leur délégation.

Ces dernières années notamment, cela a été le cas de la plupart d’entre vous, en raison de notre préoccupation d’ouvrir la possibilité d’entrer à l’I.U.F. au plus grand nombre de vos collègues. J’ai demandé à l’administrateur de l’I.U.F. d’étudier avec mes services la possibilité d’élargir un peu plus – au moins pour les seniors – le nombre de renouvellements.

Mais, pour autant, cela ne pourra concerner qu’une partie d’entre vous en fin de délégation.

En conséquence, je demande à vos établissements de veiller à ce que votre retour s’opère dans des conditions tenant compte de la qualité de votre apport scientifique, et faisant en sorte que ce dernier soit pleinement valorisé et reconnu.

Dans le même esprit, je considère comme anormal le fait que pour certains d’entre vous, l’excellence de vos travaux à l’origine de votre nomination ne soit pas également reconnue dans votre parcours de carrière.

Les moyens mis à votre disposition pendant votre séjour à l’I.U.F. ne sauraient servir de prétexte à ignorer cette reconnaissance-là. C’est pourquoi j’ai fait intégrer dans le nouveau décret statutaire des enseignants-chercheurs votre nomination automatique à l’éméritat au moment de votre retraite.

Mais je voudrais aller plus loin, et j’ai demandé à mes services d’étudier les conditions dans lesquelles  votre  nomination  à  l’I.U.F. pourrait impliquer pour les seniors le passage systématique à la classe exceptionnelle, au moins pour ceux d’entre vous qui n’en auraient pas  encore  bénéficié. 

J’ai demandé aussi d’étudier pour les juniors les accélérations de carrière possibles. Je souhaite que ces études aboutissent rapidement et permettent d’établir ainsi un lien explicite entre votre reconnaissance scientifique manifeste et la progression de votre carrière.

 

Voilà, Mesdames et Messieurs, nouveaux membres, membres actuels ou membres anciens de l’I.U.F. ce que je tenais à vous exprimer ce soir, en accompagnement des félicitations que je souhaite adresser en direct aux lauréats de la promotion 2014.

Des félicitations, mais aussi et surtout des vœux d’un travail fécond fans les cinq prochaines années, fécond pour vous, pour la science, pour votre université et pour notre collectivité nationale toute entière.

Je sais que vous serez dignes de la confiance et des espoirs que nous mettons en vous. C’est dire avec quelle impatience j’en attends les beaux résultats.

 

1ère publication : 17.10.2014 - Mise à jour : 21.10.2014

Contact presse

Delphine CHENEVIER

01 55 55 84 24

Les recherches les plus fréquentes :

© 2013 Ministère de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche - Tous droits réservés