Réponse de Geneviève Fioraso à la question de Nathalie Goulet, sénatrice de l'Orne

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Geneviève Fioraso s'est exprimée à l'occasion des questions d’actualité au gouvernement du 30 octobre 2014 au Sénat.

Parlement et Institutions - 30.10.2014
Geneviève Fioraso

Seul le prononcé fait foi

Le Conseil d'Etat a en effet, sur la forme, émis un avis défavorable concernant notre décision de supprimer progressivement les bourses au mérite.

En attendant la décision sur le fond, nous allons donc rétablir pour cette année - la première année, puisque les autres étaient maintenues - ce qui représente un effort de près de 15 millions d'euros pour cette année, l'effort global étant de 39 millions d'euros.

Notre décision sur les aides au mérite n'a pas du tout été fondée sur une idéologie, c'est un faux débat et un faux procès que l'on nous fait ; nous sommes favorables au mérite, mais nous sommes favorables aussi à l'examen, à l'évaluation des mesures lorsqu'elles ont été prises, douze ans en l'occurrence après leur création, par Claude Allègre, et nous avons, avec les organisations étudiantes, revu l'ensemble des dispositifs d'aide aux étudiants. Parce que le constat est implacable : le système d'éducation français est le plus injuste de tous les pays de l'O.C.D.E..

On n'est plus dans la reproduction sociale, on est dans la dégradation sociale pour un facteur de 1 à 4, de 4 à 1 plutôt, de représentation, 1 étudiant issu des classes les plus modestes représenté pour 4 personnes actives venant de ces milieux. Donc on voit que le problème est grave parce qu'il engendre une désespérance sociale. C'est aussi mauvais pour notre économie de ne pas arriver à qualifier des jeunes issus des milieux les plus modestes.

Ce déterminisme social s'installe, tous les pédagogues le savent, tous les rapports le disent, dès le plus jeune âge, dès l'acquisition des savoirs fondamentaux, dès le C.P., et c'est bien là qu'il fallait agir en priorité.

C'est pour cela que les 60 000 postes ont été ciblés sur les premières années de l'Enseignement public, et c'est pour cela aussi que nous avons rétabli tout l'aspect professionnalisant de la formation des enseignants qui avait été supprimé, comme vous le savez, dans le précédent quinquennat.

Par ailleurs, les aides au mérite, qui étaient justifiées lorsque Claude Allègre les a mises en place - parce qu'il y avait à l'époque moins de 3 % de mention "Très bien" au baccalauréat - se justifient beaucoup moins aujourd'hui alors que nous avons dépassé les 12 % de mention "Très bien" au baccalauréat sans que la proportion de jeunes issus des milieux les plus modestes, des jeunes boursiers issus des milieux les plus modestes - puisque c'était eux qui bénéficiaient des aides au mérite - n'ait augmenté.

Donc on voit, avec plus de dix ans de recul, que la mesure - et on ne pouvait pas le voir avant - que la mesure n'a pas eu d'impact. D'ailleurs, Valérie Pécresse elle-même l'avait bien vu puisqu'elle avait réduit de 20 % à 2 % le nombre d'étudiants en master bénéficiant de ces bourses parce que l'évaluation était tellement difficile qu'elle donnait lieu à des recours.

Donc nous avons préféré investir 458 millions d'euros dans une réforme des bourses sur critères sociaux, c'est une réforme historique, elle n'avait jamais eu lieu et elle vise à la réussite de tous les étudiants en particulier des étudiants issus des milieux les plus modestes.

 

1ère publication : 30.10.2014 - Mise à jour : 31.10.2014

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