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2e édition des Étoiles de l'Europe

Etoiles de l'Europe 2014© M.E.N.E.S.R./XR Pictures

Lors de la cérémonie de remise de la 2e édition des Étoiles de l'Europe le 16 décembre 2014, Geneviève Fioraso a insisté sur le rôle déterminant de la France dans la construction de l'Europe de la recherche.

Discours - 17.12.2014
Geneviève Fioraso

 

J’ai très grand plaisir à être présente ce soir parmi vous et à conclure cette cérémonie. J’ai voulu créer les Étoiles de l’Europe en 2013 pour valoriser les meilleurs projets scientifiques menés dans le cadre européen.

Ces prix illustrent l’Europe que nous voulons : une Europe de la recherche, créative, rassemblée, porteuse d’avenir pour tous les pays qui la composent. Paul Valéry a écrit : "Partout où l’Esprit européen domine, on voit apparaître [...], le maximum de travail, [...], le maximum d’ambition, le maximum de puissance, le maximum de modification de la nature extérieure, le maximum de relations et d’échanges. Cet ensemble de maxima est Europe [...]." Vous êtes, chers lauréats, le visage de cette Europe-là.

A l’heure où la croissance européenne est en berne, où s’expriment parfois des doutes profonds sur l’idée même du progrès sur notre vieux continent et où certains voudraient se replier sur eux-mêmes dans la phobie des autres, je veux réaffirmer que, comme Paul Valéry, je crois résolument dans l’Europe.

L’actualité récente, concernant la décision conjointe des acteurs européens de l’Espace de développer un nouveau lanceur, Ariane 6, montre l’importance de la cohésion européenne et la force de l’Europe quand elle parle d’une seule voix. La détermination de l’Europe à assurer un avenir compétitif à sa filière de lanceurs a apporté une réponse forte à la concurrence internationale dans un secteur stratégique et assure une souveraineté européenne pour son industrie et les emplois liés.

Lorsqu'elle est unie, l'Europe est forte et sait relever les défis collectifs.

Face aux défis multiples, complexes mais mobilisateurs auxquels nous devons faire face (santé, dérèglement climatique, gestion des ressources...), il ne fait aucun doute que c’est dans la dimension européenne que nous devons investir.

La France a depuis plusieurs mois oeuvré pour une relance de la croissance, de l’emploi et de l’investissement en Europe. Le plan Juncker qui consacre 300 milliards d'euros à un grand plan d’investissement, doit être saisi comme une opportunité pour la France et pour l’Europe. Ce plan d’investissement doit être ambitieux car la réponse de l’Union européenne doit être à la hauteur de l’enjeu : offrir un horizon à tous les européens qui souffrent depuis des années de la crise économique et du chômage, en particulier chez les jeunes.

Investir pour une relance économique ce n’est pas uniquement financer des infrastructures, c’est aussi soutenir des investissements immatériels : la formation des jeunes, des futurs chercheurs et entrepreneurs, la recherche et l’innovation. La France se distingue d’ailleurs en proposant un grand nombre de projets dans les domaines du numérique et de l’innovation (2 fois plus que la moyenne des propositions de nos partenaires).

Une attention particulière devra donc être portée à l’équilibre de la nature des projets soutenus dans le cadre de ce plan de relance.

La recherche et l’innovation sont des leviers indispensables pour une croissance économique durable. C’est ma conviction profonde.

L’Europe fixe des objectifs ambitieux dans le domaine de l’investissement pour la recherche et l’innovation, notamment dans le cadre de la stratégie Europe 2020, qui se propose de porter, à l’horizon 2020, la part de l’investissement en R&D à 3 % du P.I.B. de l’Union européenne.

Mettre en place une politique européenne de la recherche, cohérente, concertée, fondée sur l'excellence scientifique, la compétitivité, l'innovation et la coopération, c’est se donner les moyens de construire un avenir collectif, de porter ensemble une politique de progrès.

Financer des projets répondant aux grands enjeux économiques, environnementaux, sanitaires et sociaux qui nous attendent, des défis inédits auxquels sont confrontés tous les pays européens et, au-delà le monde entier, et auxquels nous ne pourrons répondre qu’ensemble, c’est l’objectif du programme Horizon 2020.

Les projets récompensés ce soir illustrent parfaitement ces enjeux : la santé (projet Leukotrat), l’agriculture durable et la sécurité alimentaire (projets Dream et Multisward), le changement climatique et la protection de l’environnement (projet Perform 60, Sitechar), l’utilisation efficace des ressources et matières premières, avec les projets Bisnano, Eurobioref. Mais aussi la gestion des mégadonnées (projet Magwire), avec son volet de sécurité (projet Contrail), sans oublier la création de sociétés ouvertes à tous, innovantes, qui encouragent la créativité de tous : c’est le sens du projet Chess, mais aussi du projet Openlab, qui vise à améliorer les services d’Internet.

Les projets choisis dans le cadre des Etoiles de l’Europe ont non seulement une haute qualité scientifique, mais doivent aussi être susceptibles de fortes retombées économiques, que ce soit de manière directe, sous forme de nouveaux produits ou services, ou de manière indirecte.

C’est de cet équilibre entre recherche fondamentale et recherche appliquée et partenariale avec l’industrie que naîtra l’Europe de demain. Je ne peux que me réjouir que parmi les lauréats se trouve un créateur d’entreprise, le Dr. Olivier Balet, qui illustre la capacité à passer du monde de la recherche à celui de l’entreprise.

Cela démontre le non-sens qu’il y a d’opposer si souvent une recherche fondamentale, qui serait plus noble, qui est en réalité à la source d’innovations de rupture, et une recherche appliquée, qui serait moins noble car plus proche de l’entreprise et des usages, donc du marché. Soyons pragmatiques, comme le reste du monde : ce qui compte c’est la qualité de la recherche et la fluidité des échanges entre les chercheurs publics, privés, les technologues. Ce qui compte aussi, c’est l’interdisciplinarité, car c’est toujours à l’intersection des cultures que se créée l’invention puis l’innovation de rupture. C’est la raison pour laquelle j’ai pris un certain nombre de mesures pour favoriser le décloisonnement, rapprocher infrastructures de recherche publique et entreprises, avec les labcoms, les projets partenariaux des P.M.E. avec les laboratoires publics, le développement de la culture de l’entreprenariat dès l’université, avec le statut d’étudiant entrepreneur et l’accompagnement par l’écosystème des PEPITEs, les instituts Carnot version 3.0, ou le décret sur le mandataire unique, publié il y a quelques semaines pour simplifier les transferts de technologie. Cette dynamique doit être poursuivie.

Vous le savez, la France est un des moteurs de l’Europe de la recherche. Notre pays se place au 3e rang européen en termes de publications scientifiques. Nous participons activement aux instances européennes de recherche, comme le Comité européen pour la recherche et l’innovation (ERAC) ; et nous sommes présents dans tous les Conseils européens où les sujets recherche sont évoqués.

Par ailleurs, Mesdames et Messieurs les lauréates et lauréats vous nous montrez, ce soir, que l’Europe des chercheurs est active, innovante, enthousiaste et créative. Cependant les équipes françaises sont encore insuffisamment présentes dans les projets européens.

La France a contribué à hauteur de 16,6 % au budget du 7ème PCRDT (programme-cadre pour la recherche et le développement technologique), ce qui représente en moyenne 6,4 milliards d’euros par an. En retour, elle n’en a capté que 11,3 % des financements. De plus, ses résultats se dégradent de manière continue depuis 15 ans. Pour chaque euro versé par la France au budget du PCRDT, moins de 0,7 euro retourne aux équipes françaises. Sur la période, la France a ainsi "perdu" 344 millions d’euros par an. Même si il faut rester prudent, s’agissant de résultats partiels, les premiers chiffres relatifs aux premiers appels d’H2020 semblent aller dans le même sens : la France a obtenu 9,4 % seulement des financements accordés à l’issue des 38 premiers appels à proposition d’H2020. Cependant, en terme de taux de succès, la France s’est placée, pour le 7e PCRDT comme pour H2020, au 2e rang des pays européens. C’est le taux de participation aux appels d’offre qui était trop faible : 8 % de la demande, contre 13 % pour l’Allemagne ou le Royaume-Uni. Pour les premiers chiffres H2020, la France se place seulement en 5e position pour la demande des pays participants !

Certes, les résultats de la France à l’E.R.C. sont très bons, ainsi, en 2014 la France se place 3e pour l’appel à projets Starting Grants dédiés aux jeunes chercheurs talentueux et innovants avec 43 lauréats alors qu’elle occupait la 4e place l’an dernier.

Mais ils ne sauraient effacer la timidité avec laquelle nos communautés de recherche s’emparent des différents outils européens qui non seulement représentent des financements importants dans un contexte par ailleurs contraint mais surtout qui permettent de nouer des collaborations riches et novatrices et qui sont gages de visibilité à l’international comme l’a montré le partenariat noué avec le Mexique par les équipes de l’Université de Picardie Jules Vernes dans le cadre du projet BisNano.

Ces dernières années, nous avons assisté au franchissement d’un cap : le 7e PCRDT a pour la première fois représenté 10 % de l’investissement public total européen en R&D, s’établissant à environ 10 milliards d’euros. Il est devenu un élément majeur, et même fondamental, du dispositif de soutien à la R&D. Nous pouvons et nous devons nous saisir de cette capacité d’investissement dans des domaines porteurs d’avenir.

Je sais que vous avez consacré cet après-midi à la question de savoir comment améliorer nos résultats à l’Europe.

Plusieurs propositions sont envisagées pour faciliter le travail des chercheurs français, et la recherche de fonds européens. Je retiens d’ores et déjà:

  • une optimisation de l’articulation des programmations nationales et européennes, visant à empêcher une ‘compétition’ entre financement français et européen.
  • l’organisation d’un nouveau dispositif national d’accompagnement des équipes françaises aux projets européens. Je voudrais à ce propos remercier les établissements et les organismes, alliances ainsi que les équipes du ministère de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, qui contribuent très activement à ce réseau national ;
  • le déploiement d’une campagne de communication pour mieux faire connaître les opportunités liées à H2020 ;
  • enfin, la promotion de initiatives incitant à la participation aux programmes européens, dont fait partie le forum de cet après-midi. Un bilan de l’ensemble des initiatives sera dressé tous les ans pour adapter au mieux les initiatives.

Pour ma part, je souhaiterais que l’implication dans les projets européens soit davantage prise en compte dans les critères d’évaluation individuelle des chercheurs.

Je voudrais aussi souligner que la mise en place des COMUE, qui fait suite aux dispositions de la loi de juillet 2013, est une formidable opportunité d’encourager le développement de services supports mutualisés, offrant la taille critique nécessaire au montage de projets scientifiques de taille européenne.

C’est une véritable stratégie d’influence que nous devons mettre en place. Nous devons à titre individuel et collectif établir plus de liens avec les institutions européennes, créer des relations personnelles et privilégiées avec nos interlocuteurs. Nous constituer en quelque sorte en "équipe de France de la recherche".

Je sais combien votre métier est difficile, compétitif. Je sais qu’il est fait de petites joies, et parfois, de grandes découvertes, mais également de perpétuelles remises en question et d’échecs. N’oubliez pas que vous êtes les porteurs de progrès pour demain, et je veux, pour cette raison, vous féliciter. Je tiens également à remercier le jury pour son travail de qualité et l’ensemble des candidats qui ont participé, qui, s’ils n’ont pas été récompensés, n’en représentent pas moins l’engagement de la recherche française pour l’Europe.

Chers ‘étoilés’, vous incarnez l’Europe qui fonctionne, l’Europe qui avance. Rappelons-nous la déclaration Schuman de 1950 : "L’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord des solidarités de fait."

Merci à toutes et à tous de contribuer davantage à ces solidarités vitales pour notre avenir commun.

Le discours en vidéo

1ère publication : 17.12.2014 - Mise à jour : 5.02.2015

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