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Ouverture des rencontres du GIFAS : Perspectives spatiales 2015

Ouverture des rencontres du GIFAS© M.E.N.E.S.R./X.R.Pictures

Geneviève Fioraso s'est exprimée en ouverture des rencontres du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (GIFAS), mercredi 14 janvier 2015.

Actualité - 14.01.2015
Geneviève Fioraso

Tout d'abord, je souhaiterais vous souhaiter à tous, à l'ensemble de la filière spatiale, une excellente nouvelle année.

L'année 2014 a été une année exceptionnelle, historique, pour l'espace ! Le lancement réussi du dernier A.T.V., la rencontre de Rosetta avec Tchouri après un voyage de 10 ans et l'atterrissage de Philae, la décision des Etats membres de l'ESA de développer Ariane 6...

Je souhaite à la filière spatiale française une année 2015 aussi bonne que l'année 2014. Les activités ont déjà repris bien sûr, j'étais la semaine dernière au siège du CNES pour la signature du contrat SWOT avec Thales Alenia Space. Après une forte actualité lanceurs en 2014, je suis sûre que 2015 sera l'année des satellites et des applications spatiales.

Aujourd'hui, nous parlons de perspectives. Je veux donc commencer par dire que l'ambition de la France pour l'avenir de notre filière spatiale est plus grande que jamais. Nous sommes déterminés à conserver le rang de notre filière dans la compétition mondiale, et, fort de notre position de première nation spatiale européenne, à poursuivre notre rôle moteur dans la construction de l'Europe de l'espace, l'un n'allant pas sans l'autre.

Hubert Curien a eu une intuition formidable, dans laquelle je m'inscris, de faire de l'espace un dossier immédiatement européen, avec l'Agence spatiale européenne. Nous n'avons en effet pas le choix : pour rassembler les capacités d'investissement nécessaires, nous devons agir au niveau européen. Et dans le cadre européen, la France peut être le fer de lance des meilleurs talents, l'instigateur des projets les plus ambitieux, la décision Ariane 6 l'a démontré à nouveau l'an dernier.

Cela demande de la détermination, et pour Ariane 6 par exemple nous avons eu de nombreuses discussions avec nos partenaires européens. L'Allemagne en particulier, vous le savez, était très attachée à Ariane 5 M.E.. Avec le choix durant l'été d'une configuration technique fiable, flexible en conception et en coûts, compatible avec Vega, le passage par Ariane 5 M.E. ne se justifiait toutefois plus de notre point de vue : il nous semblait nécessaire de disposer au contraire le plus rapidement possible du lanceur apportant la meilleure réponse à la concurrence internationale, tout en tenant dans le corridor budgétaire que nous avions fixé.

Les réponses apportées par les agences, notre volonté sans faille d'avancer, et bien sûr le projet de fond, a convaincu l'ensemble de nos partenaires, et finalement permis de prendre une décision historique. Avec la création de la joint-venture Airbus Defence and space / Safran qui assurera l'intégration industrielle attendue par les Etats membres, cette décision apporte une réponse à la concurrence internationale.

Les discussions multilatérales demandent un engagement, de la détermination je l'ai dit, mais un bon projet, bon pour les différents partenaires, finit toujours par convaincre. L'Europe est bien une opportunité formidable pour nos pays, chacun doit en être convaincu.

Face à la complexité et à l'ampleur des projets spatiaux (4 Mds € pour Ariane 6 dont 600 millions d'euros d'investissements pour le pas de tir du centre spatial de Guyane, 4,1 Mds € pour le programme Eumetsat Polar System), aucun Etat en Europe ne peut faire cavalier seul : la mutualisation des forces est impérative.

Je disais que l'ambition de la France pour l'avenir de notre filière spatiale est plus grande que jamais. La raison en est simple : l'espace cristallise de nombreux enjeux.

L'espace, un enjeu de souveraineté

Des enjeux de souveraineté et d'autonomie, tout d'abord, liés à la défense, aux relations internationales, à la sécurité civile et à la gestion de crise. Le caractère dual des technologies spatiales est une force et c'est pourquoi Jean-Yves le Drian a toujours été présent à mes côtés dans l'animation du Cospace que j'ai mis en place dès 2013 pour rassembler tous les acteurs français de la filière. Je veux vous remercier de travailler ensemble pour l'intérêt général de la filière.

L'actualité qui est celle de notre pays aujourd'hui nous rappelle l'importance de disposer des meilleures ressources de la technologie pour protéger cette richesse irremplaçable de notre nation : la démocratie et la liberté d'expression.

L'espace est un enjeu scientifique/technologique

Des enjeux, également, de recherche scientifique et technologique. La filière spatiale est une démonstration de cette stimulation mutuelle formidable qui peut exister entre :

  • la recherche la plus fondamentale – sur l'histoire de l'univers, les origines de la vie, l'exploration de l'espace, la compréhension de notre climat ;
  • les développements technologiques de pointe – qu'il s'agisse des lanceurs, des plateformes satellites, de l'instrumentation embarquée ou des solutions d'exploitation des données ;
  • et les questions posées par nos sociétés – sur la météo, le dérèglement climatique, la navigation et la cartographie...

L'espace est un enjeu économique

L'espace enfin, et bien sûr, est un enjeu de développement économique et industriel, un enjeu pour l'emploi. Alors que l'Europe a perdu plus de 3 millions d'emplois industriels depuis 2008, le spatial est un secteur industriel qui se porte bien. C'est la raison pour laquelle le ministère de l'Industrie a toujours été partie prenante dans les orientations définies en Cospace et je remercie Emmanuel Macron.

Ce positionnement fort, dans un secteur à haute valeur ajoutée, est la meilleure réponse possible sur le front de l'emploi : plus de 13 000 emplois directs en France, bien davantage d'emplois indirects en amont et en aval, un chiffre en croissance – ils ne sont pas si nombreux les secteurs industriels qui peuvent le dire aujourd'hui. C'est le résultat d'une politique industrielle ambitieuse et constant dans le temps, qui a permis le développement d'un tissu industriel complet, compétitif et performant. 

Mais l'impact du secteur spatial dépasse celui de la filière, il est également fort en termes d'emplois indirects, puisque les satellites forment une infrastructure clé pour le développement des services et usages au cœur de la croissance de demain. Le spatial apporte une contribution décisive à l'accès au numérique sur l'ensemble des territoires, y compris ceux à faible densité de population. C'est aussi une infrastructure indispensable pour le développement de nombreux services et applications liés à l'observation de la terre et à la géolocalisation : qu'il s'agisse de l'agriculture, des travaux publics (routes, gazoducs et oléoducs, lignes électriques, ...), des transports ferroviaire, maritime ou routier...

Ces services sont une formidable opportunité de développement, et surtout, je veux le souligner, une opportunité de croissance économique durable : l'observation de la terre nous donne les moyens d'optimiser nos processus - agricoles, industriels, urbains - pour minimiser leur impact sur notre environnement.

Le développement des applications et services spatiaux doit être aujourd'hui pour la France une priorité. Selon les chiffres de l'O.C.D.E., les services spatiaux représentaient en 2013 un marché mondial de près de 120 Mds €, soit un fort effet de levier par rapport aux 67 Mds € de l'industrie spatiale et aux 17 Mds € des opérateurs satellites. Il est essentiel que nous tirions parti de nos forces au niveau industriel et opérateurs satellites pour développer nos positions sur les services spatiaux. Il en va de l'intérêt même de la filière : les pays qui investiront le plus dans le spatial sont ceux qui y verront le plus grand retour économique, et ce dernier est à 60% dans les services.

Lors de la dernière réunion du Cospace, en novembre 2014, en présence de Jean-Yves le Drian et Emmanuel Macron, nous avons discuté de plusieurs sujets : l'export, les feuilles de route technologiques pour gagner en compétitivité sur les satellites de télécommunications et les satellites d'observation de la terre, le développement des services et applications. Toutes les discussions étaient riches, porteuses d'enjeux, et ont montré au passage le sérieux du dialogue qui a désormais été établi au sein de la filière grâce à ce comité de concertation. Mais la question des services et applications a été, à mon sens, l'un des points majeurs discutés, pour la raison que j'évoquais : 60% des retombées du spatial sont dans ce domaine, et la France n'est pas dans domaine au niveau où elle pourrait, où elle devrait, être.

La décision de soutenir la mise en place d'une plateforme facilitant l'accès aux données spatiales sur l'ensemble du territoire, et surtout de préparer un appel à candidature auprès des pôles de compétitivité pour stimuler l'émergence de projets d'applications et services spatiaux et les accompagner au travers de "boosters", sont donc des décisions importantes. Nous devons mobiliser l'ensemble des territoires, et l'ensemble des domaines d'application, pour valoriser tout le potentiel des infrastructures spatiales que nous mettons en place. C'est au contact de ces services et applications que les citoyens européens et français comprennent la logique d'un investissement public fort dans le spatial.

Un cas exemplaire d'application : l'environnement

L'accueil par la France de la 21e conférence sur le climat, du 30 novembre au 11 décembre 2015, est une occasion unique de rappeler à tous l'importance du spatial dans la compréhension du climat. J'ai souhaité qu'une conférence scientifique soit organisée à l'été pour rappeler le rôle de la science dans le débat sur le dérèglement climatique, elle se tiendra en juillet au siège de l'UNESCO, je suis sûre que les données issues des satellites d'observation tiendront une place de choix. De même au salon du Bourget, le CNES mettre en avant l'apport exceptionnel des satellites à notre compréhension du climat.

J'évoquais en introduction la signature du contrat SWOT, qui fait suite aux missions TOPEX/POSEIDON puis JASON qui ont apporté des données essentielles pour comprendre le rôle, dans le fonctionnement de notre climat, du système de courants qui parcourt les océans. C'est de l'espace que nous avons pu étudier la montée du niveau des océans — 3 millimètres par an — et appréhender des mécanismes fondamentaux tels que l'absorption par les océans de plus de 80% de la chaleur provenant du réchauffement atmosphérique. SWOT nous permettra d'aller encore plus loin dans notre compréhension du climat, grâce à l'étude des courants océanographiques à différentes échelles, et à la surveillance des eaux de surfaces, lacs et cours d'eau, le débit des rivières.

L'implication de la France dans la mission SWOT, j'aurais pu parler également de la mission Merlin qui doit nous permettre de mieux comprendre les effets du méthane sur l'effet de serre, démontre la priorité donnée par notre pays à la compréhension et à la surveillance du climat. C'est la clé : la compréhension des dérèglements climatiqueS est le point de départ de toute possibilité d'action politique visant à les maitriser et à en atténuer les effets. Selon les travaux du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), les émissions futures de gaz à effet de serre entraîneront au cours du 21e siècle, selon le niveau de ces émissions, une élévation du niveau de la mer qui pourrait atteindre jusqu'à 1 mètre. Limiter cette dérive en nous appuyant sur notre compréhension du fonctionnement du climat est un enjeu sur lequel nous ne pouvons pas nous permettre d'échouer.

Pour terminer, je voudrais rappeler que les trois enjeux que j'ai évoqué - souveraineté et défense, sciences et technologies, développement économique - vont ensemble. La mission Rosetta doit nous rappeler que si nous pouvons aujourd'hui parler de retombées économiques du spatial, c'est parce qu'il y a eu, à l'origine, un rêve, une grande ambition technologique et scientifique : explorer l'espace, percer les mystères de la naissance du système solaire... Cet enthousiasme, ce goût de l'aventure et de la science, sont des moteurs essentiels de l'odyssée spatiale.

Je laisserai la conclusion à Hubert Curien,  car son propos met en perspective la continuité et le temps long nécessaire aux projets spatiaux, et témoigne des valeurs d'enthousiasme et d'aventure qui les sous-tendent. 

"Je voudrais revenir sur Terre un instant, dans mille ans, juste le temps de voir ce que trente générations de savants auront su découvrir et entendre ce que les hommes de sciences seront alors en humeur de dire".

J'ajouterais : "et être en capacité de faire" !

Je vous remercie de contribuer au rêve et à cette action.

1ère publication : 14.01.2015 - Mise à jour : 5.02.2015

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