Enseignement supérieur

Introduction du Conseil national éducation économie (CNEE)

Groupe d'étudiants assis sur un banc en extérieur en train de réviser© Fotolia

Najat vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche s'est exprimée en introduction du Conseil national éducation économie (CNEE) le 28 janvier 2015.

Discours - 28.01.2015

Seul le prononcé fait foi



Lorsque j’étais venue ouvrir l’une de vos séances, en décembre dernier, nous étions loin de nous douter que nous nous reverrions aussi rapidement et dans un tel contexte. J’aurais souhaité bien sûr que cette nouvelle rencontre ne découle pas d’évènements aussi tragiques qu’ont pu l’être les attentats qui ont frappé notre territoire début janvier. C’est pourtant bien la raison de ma présence ici. Ces évènements ont placé l’École en première ligne et c’est pourquoi j’ai souhaité que nous ayons ce temps commun pour évoquer la manière dont le monde professionnel et le CNEE pouvaient accompagner, participer à cette mobilisation.



Sans doute avez-vous pris connaissance, la semaine passée, des mesures que nous allons mettre en place dans le cadre de la grande mobilisation de l’École pour les valeurs de la République. J’y reviens un instant.

Cette mobilisation répond à trois missions de l’École dont les évènements ont rappelé l’acuité : la transmission de savoirs, la transmission des valeurs républicaines, et la capacité à offrir aux élèves un cadre sécurisant, respectueux de l’autorité.

Mieux transmettre les savoirs fondamentaux doit être notre priorité à la suite des évènements que nous avons vécus. Savoir lire, savoir écrire grâce à l’école : c’est la première marche indispensable à franchir pour les élèves. Car un élève ne peut pas argumenter s’il maîtrise mal la langue française. Il ne peut pas débattre s’il n’a pas appris à écouter l’autre pour le comprendre. Nous venons donc de lancer un chantier prioritaire sur la maîtrise du français, qui va  permettre de mieux détecter les élèves en difficulté face à la lecture ou l’écriture, avec une évaluation des élèves en français au début du CE2. Nous allons aussi poursuivre et amplifier la mise en œuvre de la loi pour la refondation de l’École, parce que l’élévation du niveau de connaissances et la réussite du plus grand nombre sont, vous le savez, au cœur même de cette loi.
 
Transmettre les valeurs républicaines aux jeunes de ce pays, au premier rang desquels la laïcité, c’est le deuxième défi auquel l’École doit aujourd’hui faire face et sur lequel elle va se mobiliser. C’est le rôle de l’École que de transmettre ces valeurs républicaines et d’en faire le ciment d’une culture commune entre tous les citoyens de ce pays. Ces valeurs, nous parviendrons à mieux les diffuser si nous commençons par mieux former ceux qui sont chargés de les transmettre. Nous allons donc renforcer la formation initiale et continue, avec notamment le déploiement rapide d’un plan exceptionnel de formation continue de 1 000 formateurs déjà expérimentés, sur la laïcité et l’enseignement moral et civique. Les valeurs républicaines auront par ailleurs d’autant plus de chances d’être comprises par les élèves s’ils ont l’occasion d’en faire l’expérience personnelle. C’est le sens du parcours éducatif citoyen que vont désormais suivre tous les élèves, de la primaire jusqu’au lycée et dans toutes les filières. Ce parcours se nourrit évidemment du nouvel enseignement moral et civique qui sera mis en place dès la rentrée prochaine. Il comprendra également un volet important sur l’éducation aux médias et à l’information pour apprendre aux élèves à mieux décrypter l’information. C’est une réponse, entre autres, aux théories du complot qui sévissent sur internet.

Et puis la mobilisation de l’École, c’est aussi mieux faire respecter son autorité, pour permettre à chacun d’apprendre dans un cadre rassurant. Pour que chacun connaisse les règles et se sente responsabilisé, désormais, le règlement intérieur des établissements et la Charte de la laïcité seront expliqués aux élèves et à leurs parents, qui seront invités à les signer pour manifester leur engagement à les respecter. Tout comportement contraire à ces règles fera l’objet d’un signalement systématique au directeur d’école ou au chef d’établissement, d’un dialogue éducatif et le cas échéant d’une sanction.

Voilà très brièvement et de manière non exhaustive les grands axes de la grande mobilisation de l’École pour les valeurs de la République.




Pour porter ses fruits, cette mobilisation de l’École doit s’accompagner d’un mouvement d’ensemble de la société et notamment du monde économique.

Nous avons besoin de toutes les énergies : celle des parents, des collectivités locales, des associations d’éducation prioritaire, des parlementaires. Mais aussi celle des acteurs du monde professionnel.

Nous avons besoin du monde professionnel, à trois niveaux.

D’abord parce qu’il est le reflet, comme l’école, de la diversité sociale et culturelle de la société ; un lieu du " vivre ensemble " où s’applique, comme ailleurs, les valeurs de la République. Les périodes de stage, de formation en milieu professionnel ou d’apprentissage sont donc aussi des moments d’acquisition de repères citoyens.

Les tuteurs ou maîtres d’apprentissage partagent eux aussi la responsabilité d’accompagner les jeunes dans leur développement citoyen. Et ils y parviendront bien évidemment plus efficacement si un dialogue autour de ces questions existe, de manière permanente, entre l’École et eux.

Nous avons ensuite besoin du monde professionnel pour résorber les inégalités et lutter contre le déterminisme social qui peut créer, chez certains jeunes, un sentiment d’injustice. Car l’injustice est un terreau propice, ensuite, à des formes de repli sur soi qui peuvent mettre en danger les jeunes, voire mettre en péril la vie collective lorsqu’il s’agit de pratiques de radicalisation. Certains jeunes, en raison du lieu où ils résident, de leur environnement ou de leur origine familiale peinent à acquérir les repères sociaux qui leur permettent de sortir de leur cadre d’origine et d’échapper ainsi à une forme de déterminisme social. D’autres jeunes peuvent avoir des difficultés à accéder à un stage parce qu’ils n’ont pas les codes sociaux ou l’assurance nécessaires, ou parce qu’ils s’autocensurent. Dans le cadre de la grande mobilisation de l’École, nous venons de décider d’augmenter les fonds sociaux de 20%. Nous avons, depuis deux ans, réformé l’éducation prioritaire et l’allocation des moyens aux établissements pour mieux prendre en compte les critères sociaux, nous avons renforcé les moyens des territoires les plus fragiles. Voilà pour ce que fait l’École.

Nous avons eu, l’été dernier, une conférence sociale à l’occasion de laquelle nous avons entendu ce que les entreprises attendaient de l’École, et où l’École a fait des premiers pas importants. Aujourd’hui, c’est vers ces entreprises que je me tourne car nous avons besoin d’elles, aussi, pour accueillir les élèves en stage ou en période de formation en milieu professionnel, pour développer le mécénat de compétences.

Nous allons constituer dès ce printemps, dans chaque académie et sous l’autorité des Recteurs, une réserve citoyenne d’appui pour mobiliser l’ensemble des citoyens désireux d’apporter leur concours aux missions de l’école : bénévoles associatifs, grands témoins, simples citoyens. Cette réserve peut être un cadre approprié pour développer le mécénat de compétences et j’invite vraiment très largement les professionnels du monde de l’entreprise à se manifester.

J’ajouterai que les entreprises ont aussi un rôle à jouer pour lutter contre les discriminations. C’est un sujet que j’ai porté avec énergie lorsque j’étais ministre de la Ville. J’avais lancé un groupe de travail qui se poursuit aujourd’hui sous l’égide de Patrick Kanner, pour mieux identifier les moyens de lutter contre les discriminations et notamment dans le monde du travail. Dire que les entreprises doivent participer à la lutte contre les discriminations ne revient pas à dire que le monde de l’entreprise est en soi discriminant. Mais le monde du travail n’est pas non plus différent de la société qui l’entoure. Il y a des discriminations à l’école et nous mettons en place les mesures nécessaires pour les faire disparaître. Il y a des discriminations dans le monde professionnel et il appartient aux entreprises de les faire disparaître. Comment parler de respect des valeurs de la République, en effet ; comment parler d’égalité à un élève, si c’est à l’opposé de ce qu’il vit au quotidien pour travailler ou accéder à un stage ?

C’est aussi cela, défendre les valeurs de la République : c’est faire une place à chacun.




Je vous avais dit, en décembre, tous les espoirs que je plaçais en votre conseil. A ces espoirs s’ajoutent aujourd’hui celui de voir le CNEE jouer un rôle moteur pour faire le lien entre l’École et le monde économique dans le cadre de la grande mobilisation pour les valeurs de la République.

La responsabilité première, c’est de mener à bien les grands projets de fond sur lesquels le CNEE est d’ores et déjà engagé : le développement des campus des métiers et des qualifications, la montée en puissance de l’apprentissage, l’accompagnement de la mise en place du parcours individuel d'information et de découverte du monde économique et professionnel, les diplômes, sont autant de signes de la mobilisation du monde économique pour les valeurs de la République et auxquels les jeunes de ce pays sont attentifs. Ces chantiers doivent être poursuivis avec le souci permanent de prévenir et de lutter contre le décrochage scolaire en accompagnant mieux les élèves, tout au long de leur cursus scolaire et notamment au moment de l’orientation. Non seulement c’est une mission essentielle pour l’École, mais nous savons depuis janvier que c’est l’une des clefs de notre cohésion nationale.

Nous avons également beaucoup travaillé, ces derniers mois, à la valorisation de l’enseignement professionnel. Ce chantier, là aussi, doit se poursuivre. Vous savez que je suis convaincue que notre enseignement professionnel est une voie d’avenir et avec les campus des métiers et des qualifications, nous disposons d’un formidable levier de valorisation. J’annoncerai vendredi 30 janvier, les résultats du 2ème appel à projets sur la base de vos avis. Je lancerai également dans la foulée, le 3ème appel à projets à partir des recommandations que vous me transmettrez.

Mais j’attends aussi de votre conseil, aujourd’hui, que vous puissiez me faire part rapidement de vos propositions de mobilisation du monde économique pour mieux faire vivre les valeurs de la République et montrer que l’égalité réelle n’est pas qu’une promesse récurrente ; qu’elle est effectivement à l’œuvre dans notre société.

Votre conseil doit se mobiliser au bénéfice des élèves de collège qui, dans les réseaux de l’éducation prioritaire, ont tant de difficultés avec le stage d’observation en milieu professionnel de troisième. Alors que cela peut être un levier pour la suite de la trajectoire scolaire et professionnelle.

Les périodes de formation en milieu professionnel essentielles dans le parcours de formation des élèves du lycée professionnel manquent à l’appel et plus souvent encore dans les zones de l’éducation prioritaire. Or, elles sont déterminantes non seulement de la qualité de la formation. Je l’ai dit il y a  un instant, chaque entreprise peut choisir de s’engager à accueillir des jeunes en stage ou en période de formation en milieu professionnelle, et notamment les jeunes venant des quartiers de la politique de la ville ou de l’éducation prioritaire. A commencer par les entreprises membres de ce conseil, dont j’espère qu’elles montreront la voie aux autres entreprises. Mais au-delà de ce que pourront faire les entreprises elles-mêmes, je vous demande de regarder ce sujet et d’en faire l’un de vos axes prioritaires de travail, au sein du CNEE.

Une phase « d’assises de l’éducation » va débuter pour continuer à alimenter la mobilisation de l’École, à tous les échelons et avec l’ensemble des acteurs.  Les possibilités des entreprises pour faire part de leurs propositions sont donc multiples : que ce soit en utilisant le canal du CNEE ou les concertations qui seront mises en place au niveau académique, ces propositions sont les bienvenues.




Voilà ce que je souhaitais vous dire : oui, pour transmettre les valeurs de la République, l’école est en première ligne, mais aucune victoire contre les risques de la radicalisation et du terrorisme ne sera durable sans un effort inédit en faveur de l’éducation des plus fragiles, à laquelle chacun, de là où il est, doit apporter sa contribution. L’École se mobilise mais elle ne peut le faire efficacement si elle le fait seule, déconnectée du reste de la société. Elle a besoin pour cela que le monde économique se mobilise à ses côtés, et que le CNEE joue un rôle moteur en la matière.

Le CNEE, depuis sa création, a montré à sa capacité à être réactif et à évoluer. Vous avez aujourd’hui, avec l’École, à faire face à un nouveau défi. Aidez-moi à mobiliser le monde économique!  Aidez-moi à avancer ! Dans chaque période de crise majeure, dans notre pays, des entreprises se sont démarquées les autres en se montrant exemplaires. Nous sommes aujourd’hui, à un moment charnière de ce type.

Publication : 28.01.2015

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