Discours de Najat Vallaud-Belkacem aux Rencontres Universités-Entreprises

Najat Vallaud-Belkacem aux RUE 2015

Lors de son intervention lors des Rencontres Universités-Entreprises jeudi 19 mars 2015, Najat-Vallaud Belkacem, ministre de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, a rappelé que l'enseignement supérieur est un acteur majeur de la compétitivité, capable de former les individus tout au long de la vie et de répondre aux besoins des entreprises.

Discours - 19.03.2015
Najat Vallaud-Belkacem

Je vais vous parler dans un instant d’université et de compétitivité, un sujet majeur et stratégique pour notre pays. Mais je voudrais d’abord m’adresser à Monsieur Sung, que nous avons le grand honneur d’accueillir.

Il n’est pas de plus grande richesse qu’un ami, et la France se sent riche, cher Monsieur le Président de l’université de Séoul, de vous accueillir ce matin. Vous le disiez, la France et la Corée célèbreront bientôt le 130e anniversaire des relations diplomatiques entre nos deux pays, scellées par le traité d’amitié du 4 juin 1886.

Vous le savez, les amis aiment porter un regard bienveillant l’un sur l’autre. Ils s’observent et suivent leur évolution. Et il ne m’a pas échappé à cet égard que la Corée bénéficiait d’une croissance rapide et soutenue, de 3,5% en 2014, un chiffre qui fait bien sûr rêver les Européens que nous sommes. Vous avez raison de souligner le rôle de l’enseignement supérieur dans cet essor économiqu e. Et c’est un message similaire que je suis venue porter aujourd’hui à l’occasion de ces désormais traditionnelles et importantes rencontres Universités-Entreprises, s’agissant de la France :  oui,  l ’ enseigneme nt  supérieur  es t  un  acteur clef de la compétitivité de la France et de ses entreprises.

Et je voudrais à cet égard insister sur trois points.

 Dire,  d ’abord,  que  l’innovation  e t  la  compétitivité  passent bien  souvent  par  un  besoin  massif  de qualification supérieure. Cela ne signifie pas que nous n’avons pas besoin des  autres niveaux de qualification. Bien au contraire. Mais cela signifie en revanche que nous avons un défi central à relever : celui de la montée en gamme des industries et des entreprises, en taille comme en niveau de recherche et développement. Ce défi, nos sociétés contemporaines ne le relèveront que si elles comprennent que l’enseignement supérieur n’est pas un bien de consommation, mais un investissement. Un investissement sur l’avenir. Un investissement humain et économique. Parce que c’est par la formation que nous pourrons répondre aux défis humains, sociaux, économiques, environnementaux auxquels notre société est confrontée.

Je crois que vous disiez tout à l’heure, Monsieur Sung, que les dirigeants politiques éprouvent parfois des difficultés à investir dans l’enseignement supérieur parce que l’université ou la recherche ne produisent des effets qu’à long terme. Et bien moi, je veux vous rassurer. Je veux vous dire que je crois en la nécessité d’investir dans le capital humain, particulièrement en période de conjoncture difficile. Et le Président de la République, plus que tout autre dans ce pays, y croit résolument lorsqu’il annonce comme il y a quelques jours que le programme d’investissements d’avenir va être réabondé pour une troisième levée de fonds. Cela va bien entendu bénéficier à l’enseignement supérieur et à la recherche.

Investir dans l’enseignement supérieur et la recherche, c’est une nécessité pour l’Etat, mais n’oublions pas les entreprises, puisque beaucoup sont présentes aujourd’hui. Ce qui nous distingue de l’Allemagne, c’est moins le niveau global d’investissement dans la recherche que la part qu’y prennent les entreprises. De nombreux rapports récents le démontrent, à commencer par celui de France Stratégie sur la France en 2025. Nous avons besoin que les entreprises investissent en R & D.

Evolution  des  métiers  actuels,  émergence  de  nouveaux  métiers :  nous  avons  besoin  de  plus  de compétences, de nouvelles compétences, et cela l’enseignement supérieur peut vous l’apporter, à vous, les entreprises représentées aujourd’hui.

N’y voyez pas un plaidoyer pour mon domaine ministériel, mais plutôt un plaidoyer pour la qualité de ce que nous devons offrir aux jeunes ; un plaidoyer pour que nous sachions réfléchir à tous les parcours éducatifs, des premières qualifications aux plus élevées, et les articuler aux nouveaux besoins en compétences. Et un plaidoyer pour aider les entreprises à rayonner et par là-même à faire rayonner la France.

C’est pour cette raison que je crois beaucoup aux relations entre l’enseignement supérieur et les entreprises, et plus largement entre l’éducation et les entreprises, et ce dès le début de la scolarité. J’y suis très attachée. Il m’a été remis, hier, un premier diagnostic des partenariats entre l’école et les entreprises et il montre bien que nous devons aller beaucoup plus loin, organiser ces partenariats de manière plus structurée.  Qu’elles  ne  dépendent  pas  de  bonnes  relations  interpersonnelles,  mais  qu’elles  soient durables, institutionnalisés et, je dirais, naturelles. Ces rencontres organisées par l’AEF y contribuent, bien sûr.

Mais au-delà, saisissons-nous du Conseil National Education-Economie dans sa nouvelle configuration. Nous allons avoir la chance d’avoir avec ce Conseil un lieu de réflexion unique pour réunir le monde économique et le monde éducatif dans son ensemble.

Saisissons-nous également des regroupements des établissements d’enseignement supérieur, car c’est bien d’innovation et de compétitivité qu’il s’agit : renforcer la place centrale des universités, au cœur des territoires, en lien avec le milieu socio-économique. Augmenter leur rayonnement international. Beaucoup d’établissements d’enseignement supérieur sont présents aujourd’hui : je les encourage à joindre leurs forces. Nous avons tout à gagner à cette mise en partage. Nous serons plus forts collectivement qu’en travaillant de manière isolée.

Saisissons-nous enfin des grands pôles de compétitivité, comme le pôle de Paris-Saclay au sein duquel Geneviève Fioraso a récemment inauguré un nouveau centre de recherche et technologie de Safran. Ces pôles de compétitivité sont à l’image de la coopération renforcée que j’appelle de mes vœux entr e le monde académique et le monde économique.
 
Deuxième lien entre université et compétitivité :  je ne pense pas qu’une  société puisse être innovante en laissant une partie de ses jeunes sur le bord du chemin. Or, le diplôme, et notamment  le diplôme d ’enseignement supérieur, reste un rempart contre le chômage.

L’étude publiée en mars dernier par le Cereq, qui porte sur 700 000 jeunes de la génération 2010, permet de documenter ce constat : en 2013, un jeune actif non-diplômé sur deux est en recherche d’emploi, soit une hausse de 16 points par rapport à la génération 2004. Au contraire, les diplômés de bac + 5 et plus sont beaucoup moins touchés par la crise : ils ne passent pas plus de temps au chômage que ceux de la génération 2004.

Quel que soit le niveau de diplôme, le taux de chômage est d’autant plus faible que le diplôme obtenu est élevé : pour un taux de chômage de 23 % des sortants non-diplômés, ce taux est de 11 % pour le niveau Bac+2, et 6 % pour le doctorat.

Ce constat est important. Il confirme, si besoin était, que pousser les jeunes le plus loin possible dans leurs
études est bénéfique pour l’emploi et répond à un besoin des entreprises.

Et  puis  il  y  a  l’apprentissage, bien  sûr,  dont  près  de  400 000  jeunes  bénéficient  chaque  année.  Le gouvernement, vous le savez, est engagé dans une dynamique pour porter ce nombre à 500 000, parce que l’apprentissage est un atout pour l’insertion professionnelle des jeunes et qu’il implique l’entreprise comme acteur à part entière de la formation.

Ne pas laisser les jeunes sur le bord du chemin, c’est aussi les aider à bâtir eux-mêmes leur entreprise. C’est le chantier qui a été mené à bien par Geneviève Fioraso au secrétariat d’Etat à l’enseignement supérieur et la recherche, avec la création des Pôles Etudiant Pour l’Innovation, le Transfert et l’Entrepreneuriat, les PEPITE. 29 pôles sur l’ensemble du territoire pour aider les jeunes à créer leur entreprise, et la possibilité de bénéficier du statut d’étudiant entrepreneur. D’être accompagnés, épaulés, coachés dans le cadre d’incubateurs. 35% des jeunes disent avoir envie de créer leur entreprise, mais ils ne sont que 3% à le faire : les PEPITE, je le crois, répondent à un réel besoin. Et je profite de cette occasion pour rendre hommage au travail exceptionnel mené par Geneviève Fioraso au sein du gouvernement, pendant 3 ans. Je veux saluer son engagement, sa vision pour la France et sa combattivité chaque fois qu’il s’est agi de défendre et de porter l’enseignement supérieur et la recherche. Elle l’a fait p arfois dans la lumière, parfois plus discrètement, avec toujours un souci, une préoccupation : être efficace. Pour vous, pour ce monde de l’enseignement supérieur et de la recherche qu’elle aime tant et qu’elle a, je le sais, quitté avec regret. Je vous demande, un instant, de nous arrêter pour l’applaudir et lui adresser tous nos vœux de rétablissement.

Enfin, je  terminerai en disant que  l'enseignement supérieur  est  un  acteur  de la compétitivité parce qu’il  est  capable de former les individus tout au long  de la vie et, là aussi, de répondre à un besoin des entreprises.

Un individu, un citoyen, ne peut se réduire à ce qu’il a appris en formation initiale. Bien au contraire. Il doit pouvoir apprendre tout au long de la vie. Il en a la capacité. Et les entreprises en ont besoin.

J’ai bien conscience que ce que je dis, à la fois a l’air évident, mais en même temps est une véritable révolution culturelle. Comment fonctionne notre système aujourd’hui : avec des jeunes qui étudient, puis entrent dans le monde du travail, et ne remettent ensuite que très rarement les pieds à l’école ou à l’université.

Et pourtant, leurs envies peuvent avoir changé !

Et pourtant, ils peuvent avoir de nouveaux projets d’avenir. Ils en ont le droit ! Et pourtant, les entreprises elles-mêmes ont des besoins qui évoluent !
 
Alors, la révolution culturelle que j’appelle de mes vœux, c’est que l’enseignement supérieur français,  que l’université française développe encore plus largement qu’elle ne le fait la formation continue à l’université. C’est essentiel pour la compétitivité française. C’est une formidable opportunité pour les universités, pour les entreprises, et pour les salariés déjà engagés dans la vie active.

Pour les universités, parce que c’est une source de revenus complémentaires, certes, mais aussi une chance pour faire émerger des innovations pédagogiques. Pour inventer de nouveaux modèles. Plusieurs universités et écoles sont déjà engagées dans cette voie. Je pourrais citer Strasbourg, avec des formations courtes, modulaires, intégrant souvent une partie de formation à distance. Je pourrais citer Angers. Et bien d’autres encore qui ont commencé à s’engager dans cette voie.

Les universités forment 1,5 millions d'étudiants en formation initiale chaque année (soit environ les 2/3 des étudiants), mais elles représentent moins de 2 % de l'activité de la formation continue. Je le dis, c’est trop peu. Rappelons qu’il existe aujourd’hui en France 50 000 officines de formation professionnelle continue.

Vous le voyez aussi bien que moi : 2% de l’offre de formation continue pour les universités, c’est bas, très bas par rapport à l’expertise que les universités ont développée. Nous avons, dans les universités, parmi les meilleurs spécialistes de chaque domaine de connaissance. Utilisons ce potentiel !

Dans les entreprises, également, lorsqu’un salarié demande à bénéficier de la valorisation des acquis de l’expérience (VAE), lorsqu’il souhaite reprendre ses études à l’université dans le cadre du plan de formation, encouragez-le, soutenez-le dans son projet. Vous en tirerez vous aussi les bénéfices en améliorant l’employabilité, la mobilité et l’évolution de carrière de vos personnels. Vous verrez arriver à des postes à responsabilité des personnes ayant un autre vécu, une autre expérience bénéfique pour l’entreprise.

Et développer la formation tout au long de la vie, c’est aussi un impératif de justice sociale, c’est donner une chance permanente à ceux qui, plus jeunes, n’ont pas pu aller aussi loin dans leurs études qu’ils le désiraient. A ceux qui souhaitent sans cesse évoluer, changer. J’en rencontre régulièrement dans mes déplacements :  des mécaniciens qui veulent devenir infirmiers, des salariés qui  considèrent que leur diplôme date un peu et veulent le remettre à jour, ou d’autres qui aspirent tout simplement à une ascension sociale, légitime.

Ce sujet a déjà fait l’objet de réflexions récentes : à l’occasion d’un grand colloque organisé par la Conférence des Présidents d’université en novembre 2013 (et je salue ici l’action de son Président Jean- Loup Salzmann), et encore plus récemment, à l’occasion de la parution d’un rapport d’inspection qui souligne tous les avantages socio-économiques que nous pourrions tirer d’un renforcement de la place des universités dans le domaine de la formation continue.

C’est pourquoi, je l’annonce aujourd’hui, j’ai décidé de confier une mission sur ce thème à François Germinet, président de l’université de Cergy-Pontoise. Il a engagé son université de façon exemplaire dans une politique de formation tout au long de la vie : il est, assurément, l’homme de la situation.

J’ai demandé à François Germinet de proposer des mesures concrètes, opérationnelles, d’identifier les verrous et les freins, quels qu’ils soient, pour donner à toutes les universités les moyens de développer une politique de formation continue renouvelée, adaptée au contexte socio-économique actuel. Cette implication  renforcée  des  universités  dans  la  formation  continue  doit  être  une  chance  pour  nos universités comme pour nos entreprises.

Je serai très attentive aux propositions que François Germinet fera dans le rapport qu’il me remettra cet été, de façon à ce que nous puissions mettre en place de premiers dispositifs le plus rapidement possible. Rien ne sert d’attendre. Les enjeux sont importants.

Voilà ce que je voulais vous dire aujourd’hui : parce qu’elles permettent de répondre aux besoins en qualification supérieure, d’insérer les jeunes sur le marché du travail, et de former les salariés tout au long de la vie, les universités et les écoles de l’enseignement supérieur sont des acteurs clefs de l’innovation et de la compétitivité.

Un dernier mot enfin pour vous dire ma conviction que l’essentiel est dans la mobilisation du terrain. Dans les rencontres, comme celles d’aujourd’hui. Quelles que soient les impulsions que les institutions peuvent donner au plan national, rien ne bouge vraiment en profondeur si les actrices et acteurs de terrain, nos établissements comme nos entreprises ne prennent pas eux-mêmes le relais.


1ère publication : 19.03.2015 - Mise à jour : 20.03.2015

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