Enseignement supérieur

84e congrès de l'Union Nationale des Etudiants de France

84e congrès de l'UNEF

Najat Vallaud-Belkacem est intervenue jeudi 9 avril 2015 à l'occasion du 84e congrès de l'Union Nationale des Etudiants de France (UNEF) à Nantes.

Discours - 10.04.2015
Najat Vallaud-Belkacem

Seul le prononcé fait foi

Je voudrais vous remercier pour votre invitation à m’exprimer devant votre congrès.

Mais d’abord, devant vos jeunes visages avides de savoir, je veux vous dire combien j’ai le cœur étreint en pensant à vos frères, à nos frères kenyans que le 2 avril dernier une attaque terroriste a frappé pendant leur sommeil à l’université de Garissa, faisant 150 morts et 78 blessés.

Ces jeunes étaient la sève, la lumière et l’espoir de leur pays.

C’est une tuerie sans précédent. Ce n’est malheureusement pas la première fois qu’une école, une université, des étudiants sont visés. Le savoir est une arme contre le fanatisme et l’intolérance et les terroristes l’ont parfaitement compris, eux qui exècrent l’idée même qu’on puisse s’émanciper, s’exprimer, penser par soi-même.

La violence pure a frappé et face à elle nous devons nous élever comme un seul homme pour affirmer plus fort que ce drame concerne l’humanité toute entière. Tout comme celui de Malala. Tout comme celui des 130 victimes de l’école de Peshawar en décembre dernier.

Si l’écho de leurs voix faiblit, alors nous périrons.

Redoublons de mobilisation pour que notre émotion transforme l’apathie en sursaut pour plus d’éducation, plus de liberté d’expression, plus d’émancipation.

Merci à la C.P.U. qui a demandé à ce que soit observée une minute de silence dans chaque établissement d’enseignement supérieur à 12h.

Merci au réseau des CROUS d’avoir accepté à ma demande de mettre en place des cahiers de condoléances en ligne sur le site internet du CNOUS pour que chaque étudiant français puisse exprimer sa solidarité dans ce moment tragique. Ces messages seront transmis aux autorités kenyanes et aux étudiants de Garissa.

Leur université est aujourd’hui fermée pour une durée indéterminée. 300 étudiants devront être prochainement accueillis en urgence dans les campus alentours, avec les difficultés que l’on imagine. Alors j’ai écrit à mon homologue kenyan pour lui faire part de la disponibilité de la France à aider matériellement les étudiants blessés lors de l’assaut à reprendre les études après leur convalescence. C’est un soutien modeste, mais je crois indispensable pour marquer notre solidarité.

Je vous remercie en mémoire de chacune des victimes de bien vouloir respecter une minute de silence.

Mesdames et messieurs, je crois que c’est seulement la seconde fois en vingt-cinq ans, après la venue de Geneviève Fioraso à Toulouse en 2013, qu’une ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche est conviée à intervenir devant vous. Je veux donc avoir une pensée à l’égard de tous mes prédécesseurs qui m’ont permis d’avoir ce privilège.

Je n’interviens pas ici par tradition, par habitude et encore moins par obligation. Je le fais pour marquer, par ma présence, la considération du Gouvernement à l’égard de la jeunesse, et parce que j’entends placer mon action à la tête de ce grand ministère sous le signe du dialogue, de la concertation, et du respect à l’égard de ceux qui font vivre l’école et l’université d’aujourd’hui.

En matière de politique éducative, comme dans d’autres domaine, le précédent quinquennat nous a suffisamment rappelé que la politique à coup de bâtons, la stratégie de la tension, et les tentatives de divisions ont toujours conduit à l’immobilisme et à l’échec.

Votre congrès représente un moment fort du débat politique et social dans notre pays. L’UNEF n’est pas seulement l’organisation qui dispose de la confiance des étudiants, comme en témoignent vos récents résultats électoraux. Vous êtes aussi un des porte-parole de votre génération. Et un acteur majeur du paysage social et syndical. Les attentes que vous allez exprimer lors de ce congrès sont autant d’indicateurs de l’état d’esprit de la jeunesse auxquelles je suis tout ouïe. 

Comme militante d’abord, je veux saluer le rôle joué par l’UNEF pour écrire bien des pages d’histoire de notre pays, ses révolutions culturelles, ses changements économiques, ses mutations sociales. L’UNEF n’appartient qu’aux étudiants, à tous les étudiants. Elle fait militer ensemble au quotidien des femmes et des hommes de toutes origines sociales, de toutes convictions, des étudiants français et des étudiants venus de plus loin. Mais vos combats pour promouvoir les valeurs républicaines de tolérance, de laïcité, de solidarité et d’égalité ont contribué à changer bien plus que l’université française.

Comme ministre de l’Enseignement supérieur, je veux vous dire mon respect pour une organisation  responsable et exigeante, forte de ses convictions et libre de ses choix. Vous êtes un interlocuteur précieux des pouvoirs publics, car les étudiants sont les premiers concernés par les changements dont l’enseignement supérieur a besoin, mais vous êtes aussi un acteur exigeant. Je ne confonds pas le dialogue social et l’absence de désaccords. Je vous parlerais donc franchement.



D’abord, pour vous dire que je sais la jeunesse de France  impatiente. Vous l’avez rappelé. Alors que la France vieillissait, la jeunesse s’est appauvrie, et cette évolution démographique a pu accréditer l’idée d’un deal passé sur le dos des jeunes. Lorsque les tours des quartiers deviennent un horizon indépassable, lorsque le chômage empêche de se projeter dans un avenir professionnel, lorsque les inégalités et la précarité viennent amputer le dynamisme naturel de l’âge, c’est la société dans son ensemble qui a un problème.

Vous avez pointé l’abstention et le décrochage entre les jeunes et la représentation politique. Vous avez raison. Pendant des années, les responsables politiques vous ont tenu pour une génération a priori suspecte, sommée de présenter en permanence un certificat de civisme voire de moralité, en pointant du doigt une jeunesse que décidément ils ne savaient ni écouter, ni comprendre.

Mais j’ai la faiblesse de croire que cette situation a changé depuis 2012. Pas seulement dans les mots, mais aussi dans les actes. En plaçant son mandat sous le signe de la jeunesse, le Président de la République n’a pas choisi qu’un slogan de campagne. Il a fait le choix d’offrir aux jeunes générations des perspectives nouvelles. Il a pris la mesure de vos attentes. Il a pris date.

Et je voudrais que nous mesurions ensemble le chemin parcouru depuis trois ans.

Le chômage des jeunes demeure trop élevé, mais il a déjà reculé de 2 points depuis deux ans et en créant 150 000 emplois d’avenir, l’Etat a pris ses responsabilités en faisant de l’emploi des jeunes une priorité absolue.

Parce que l’entrée des jeunes dans la vie active est encore trop souvent un parcours du combattant, nous avons fait voter une loi qui interdit le recours abusif aux stages pour leur redonner leur dimension pédagogique et pour lutter contre le bizutage social imposé aux jeunes au nom d’un prétendu "manque d’expérience" qui justifierait tous les abus.

Parce que les jeunes éloignés du marché du travail ont besoin d’une réponse adaptée, nous avons créé la Garantie jeunes, pour accompagner vers l’emploi 50.000 jeunes les plus vulnérables issus, pour la plupart des quartiers prioritaires de la politique de la ville en 2015, et 100.000 en 2017, pour les aider à rebondir et à s'insérer, au besoin grâce au versement d'une allocation de 400 euros par mois. On peut considérer que ce n’est pas suffisant mais c’est un progrès considérable

Parce que la pauvreté des jeunes demeure une préoccupation centrale, nous créons la prime d’activité par la fusion du R.S.A. et de la prime pour l’emploi, pour mettre fin à la discrimination par l’âge injustifiée qui excluait les travailleurs de moins de 25 ans du bénéfice du R.S.A.. Entre 700000 et 1 million de jeunes travailleurs pauvres seront éligibles à la nouvelle prime d’activité, quand seulement 8.600 jeunes bénéficiaient du R.S.A. activité. C’est un indéniable progrès. J’ai obtenu l’accord de principe du Premier ministre pour que l’éligibilité des apprentis et des étudiants salariés à cette mesure de soutien aux bas revenus puisse être examinée à l’occasion du débat parlementaire. C’est un débat important qui a des implications budgétaires, et il est nécessaire que la représentation nationale s’en saisisse et le tranche, en pensant a ces étudiants pauvres qui travaillent pour financer leurs études.

Parce que la précarité des étudiants n’est pas acceptable,  450 millions d’euros ont été investis dans le système de bourses depuis 2012, dont 200 millions d’euros en faveur de mesures nouvelles pour aider 160.000 nouveaux étudiants. Ce Gouvernement a fait de l’amélioration de vos conditions de vie une priorité résolue de son action.

Et parce que la situation des étudiants étrangers devait s’améliorer, nous avons abrogé l’infame circulaire Guéant dès 2012, marquant ainsi une rupture avec les politiques du passé qui tournaient le dos à la tradition d’accueil de la France et au rayonnement international de nos universités.
Je sais que ces orientations étaient attendues, notamment par l’UNEF. Mais je n’ignore pas que les attentes demeurent fortes et qu’il nous faut aller plus loin.


Voilà pourquoi nous devons réformer l’enseignement supérieur et donner un nouvel élan à nos universités. Pas seulement pour gagner quelques places dans des classements internationaux, mais surtout pour relever un défi majeur pour le pays : celui d’élever le niveau de qualification de toute une génération.

C’est cette priorité qui guide l’action du Gouvernement et qui est au cœur de la loi de 2013 : diplômer 50 % d’une classe d’âge. C’est un défi social et économique pour le pays, pour nous rendre tous plus innovants, plus riches et plus productifs collectivement. Former la jeunesse, ce n’est pas une dépense, c’est un investissement collectif pour préparer l’avenir.

Sortons de la chronique d’un déclin annoncé, et appuyons nous sur les formidables réussites de nos universités. Ce qui a fait la force des politiques universitaires passées, c’est la transformation de la société qu’elles ont permis. Sans cette boussole, aucune ambition ne pourra se concrétiser. Depuis quelques années cette perspective semblait avoir parfois disparu au profit de logiques de court terme. Pire, de plus en plus de voix commencent à remettre en cause l’ouverture sociale et la massification de l’enseignement supérieur, qui seraient responsables de tous ses malheurs.

Comme si  plus d’étudiants, venus d’horizons plus divers, étaient un problème. Comme si le transfert de ses résultats était une dénaturation de la recherche. Comme si la formation tout au long de la vie des salariés était une mission subalterne.

L’allongement de la durée de la vie, le progrès scientifique et technique, l’évolution des savoirs posent à la société française un double défi : organiser la formation supérieure de toute une génération et faire bénéficier l’ensemble de la société des savoirs réservés jusqu’ici à quelques-uns. Ce défi de taille constitue un choix de société majeur. Il faut donc mettre l’université au service des étudiants, en leur donnant les moyens de construire leur émancipation et leur insertion professionnelle, et au service des besoins de la société en matière de qualification, de savoir, de recherche et d’innovation.

Les effectifs étudiants continuent de progresser à un rythme rapide. A la rentrée 2014, notre pays comptait 38100 étudiants de plus, soit une hausse de 1,6%, après une hausse de 2,1% en 2013. Cette évolution est d’abord démographique, mais elle reflète aussi une progression des taux de poursuite d’études des bacheliers professionnels de plus de 6 points depuis 2010, signe de l’aspiration à la formation de tous les jeunes. A l’horizon 2023, le nombre d’étudiants devrait même avoir augmenté de 9% par rapport au niveau 2013, et la France devrait alors compter 2,8 millions d’étudiants contre 2,5 millions en 2014. Votre projet d’université des 3 millions d’étudiants n’est plus une chimère, il devient une réalité à laquelle nous devons nous préparer.

Entre le repli corporatiste ou la fuite en avant libérale je crois qu’il existe un autre chemin pour porter un projet positif pour l’enseignement supérieur qui permette de  donner un nouveau souffle à sa démocratisation. Il est donc urgent de redonner du sens à la notion de progrès universitaire.

Cela suppose de rompre avec certains dogmes du passé.

La concurrence entre les universités et la concentration des moyens sur quelques établissements d’excellence, c’est une voie sans issue. Les petites universités doivent trouver leur place dans les regroupements, et tous les établissements ont besoin d’être accompagnés dans l’exercice de leurs nouvelles compétences. Notre politique n’a pas pour objectif de tirer quelques établissements du lot, mais bien de les emmener tous vers l’excellence. Et l’Etat doit pour cela assumer ses responsabilités, de stratège et de régulateur, car une politique universitaire, ce n’est pas simplement l’addition de politiques d’établissements.

Je le dis également clairement devant vous : je défendrai le libre accès de tous les bacheliers à l’enseignement supérieur et je m’opposerai à l’introduction de toute barrière sélective à l’entrée de l’université, y compris la sélection par l’argent par une hausse importante des droits d’inscription. Je réaffirme également mon refus de toute sélection à l’entrée du master, car d’une part nous n’avons pas trop de diplômés master en France, et d’autre part, à l’exception de quelques disciplines bien identifiées sur lesquelles nous devons travailler, les taux de réussite et d’insertion professionnelle sont globalement satisfaisants.

Les propositions qui vont dans le sens contraire ne sont pas seulement à contretemps des défis du moment, elles sont aussi contraires aux intérêts du pays, car la France ne souffre pas d’un trop plein d’étudiants, mais plutôt d’un manque de diplômés par rapport à ses voisins. Les études économiques récentes confirment que le taux de croissance potentiel est bien plus fort dans les pays qui ont un enseignement supérieur ouvert et dynamique.

Mais pour relever ces défis, nous devons aussi regarder en face les difficultés de notre enseignement supérieur. Les inégalités y sont fortes et s’y reproduisent. Les enfants de familles aux revenus modestes sont sous-représentés en Licence et quasiment absents des effectifs en doctorat. Et l’ascenseur social est en panne. Pour relancer la démocratisation, voici ce que je propose.


Mon premier chantier, c’est la réussite des étudiants et la réforme des premiers cycles.

La loi de 2013 est un socle législatif ambitieux, sur lequel il nous faut désormais construire la réforme globale du premier cycle. Je souhaite déployer d’ici 2016 l’ensemble de ces mesures.

La simplification du maquis des intitulés de diplômes introduit plus de lisibilité pour les étudiants et les employeurs. Elle devra se poursuivre.

L’accès facilité des bacheliers professionnels en S.T.S. et des bacheliers technologiques en I.U.T., où leur taux de réussite est bien supérieur, est un progrès pour lutter contre l’orientation par défaut qui enferme des milliers de jeunes dans des parcours auxquels ils ne sont pas préparés. Je serai attentive à sa mise en œuvre.

La loi encourage la spécialisation progressive en Licence, pour favoriser les réorientations sans redoublement. Là encore, l’Etat renforcera son pilotage stratégique lors de chaque vague d’accréditation, tout en laissant l’innovation pédagogique s’exprimer.

Une réflexion est en cours au sujet de la création d'une voie universitaire permettant aux bacheliers professionnels de poursuivre leurs études dans des conditions adaptées à leurs compétences. Je ne veux pas une nouvelle voie de relégation, mais bien un tremplin vers l’insertion professionnelle ou la poursuite d’études, avec une pédagogie adaptée. Face au défi posé par la réussite de ces bacheliers, c’est une alternative de progrès que j’oppose aux tenants de leur mise à l’écart. On ne peut pas résumer un individu à une mention au bac ou à ses notes obtenues à 18 ans, qui ne donnent qu’une vision à un temps T de sa personnalité et de ses capacités, alors que l’on sait qu’il va s’autonomiser et faire preuve de tant de nouvelles aptitudes. C’est à l’université de s’adapter à la diversité des publics qu’elle accueille, et non l’inverse. Le droit aux études doit être garanti pour tous.
Je crois qu’il est aussi nécessaire d’interroger l’idée, largement répandue dans les esprits si ce n’est dans les pratiques, selon laquelle chaque étudiant doit être considéré comme un futur docteur, sachant que moins de 5 % d’entre eux se destineront effectivement à la recherche.

Entendons-nous bien : tous les étudiants qui le souhaitent doivent avoir la possibilité de poursuivre leurs études jusqu’à la thèse, mais chaque étudiant a aussi besoin d’un enseignement en premier cycle adapté à ses attentes et aux ambitions qu’il se fixe.

Concrètement, il faut rénover la pédagogie à l’université, en encourageant un enseignement plus individualisé et en développant un réel accompagnement de ceux qui sont les plus en difficultés. Je souhaite que nous travaillions à améliorer la formation des enseignants du supérieur au sein des ESPE, comme la loi le permet. Il faut passer aux actes. Et l’évaluation des enseignements par les étudiants doit se développer, car je suis convaincue que c’est un levier pour progresser et innover en fonction des attentes des premiers intéressés.

Cette priorité à la réforme du premier cycle nécessite des moyens. Je vous l’ai dis, je vous parle franchement, et je n’esquiverai pas ce débat.

Depuis 2012, le budget de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a bénéficié de 300 millions supplémentaires. Je vous confirme que le Gouvernement poursuivra la création de 1.000 postes d’enseignants chercheurs, mais aussi de personnels techniques et administratifs chaque année jusqu’en 2017. Je voudrais que chacun ici mesure l’effort exceptionnel que cela représente en ces temps difficiles.

Je me suis battue, et j’ai obtenu gain de cause, pour que la mobilisation des fonds de roulement soit ponctuelle, d’un montant très limités, et surtout pour que cette somme soit redéployée au bénéfice de tous les établissements d’enseignement supérieur. Il ne s’agit donc pas d’une économie sur le dos des universités pour combler le déficit de l’Etat, ni d’une remise en cause de leur capacité à investir, et cela ne concerne en rien leur budget de fonctionnement.

Vous pouvez compter sur ma vigilance pour que les étudiants ou les formations ne soient pas des variables d’ajustement budgétaire. Malgré un contexte difficile, vous pouvez compter sur ma détermination pour que l’enseignement supérieur et la recherche demeurent bien des priorités budgétaires du Gouvernement.



La relance de la démocratisation exige également une action résolue pour améliorer vos conditions de vie et d’étude.

Je souhaite vous dire ma détermination à améliorer les conditions d’accueil des étudiants étrangers en France. Je sais la tradition internationaliste de l’UNEF et la densité de vos échanges avec d’autres syndicats étudiants de par le monde.

Ce gouvernement, fidèle à la tradition d’accueil de la France et fier du rayonnement international de notre pays, considère les étudiants et les chercheurs étrangers comme une chance et non comme des clandestins en puissance dont il faudrait se protéger.

Avec Bernard Cazeneuve, nous sommes déterminés à mettre en place le titre de séjour pluriannuel par cycle d’études, après un an de présence en France, afin de simplifier les procédures de renouvellements qui pénalisent les étudiants et chercheurs et encombrent l’administration. Le projet de loi relatif au droit des étrangers qui porte cette mesure que vous attendez sera adopté avant la fin de l’année 2015.

Je souhaite aussi généraliser les guichets uniques d’accueil des étudiants et chercheurs étrangers sur les universités, permettant d’accomplir en un seul lieu toutes les démarches pédagogiques, administratives et pratiques liées à une installation. En la matière, il faut passer d’une logique de contrôle à une démarche d’accompagnement.

La construction de 40 000 logements étudiants supplémentaires d’ici 2017 est engagée. Les premiers résultats sont d’ores et déjà positifs : 12000 nouveaux logements ont été livrés en 2013 et 2014, soit près de 25% des objectifs du "plan 40000", et nous devrions atteindre les 20000 nouveaux logements étudiants d’ici la fin de l’année

Il nous faut encore accélérer : j’ai envoyé en janvier dernier une circulaire aux préfets et aux recteurs afin qu’ils examinent toutes les opportunités foncières, et qu’ils aident à lever les blocages. Je compte sur votre appui, sur chaque territoire, pour que la mobilisation de tous les acteurs locaux en faveur de cet objectif soit totale.

Et parce que l’accès au logement est une préoccupation centrale, et que cette perspective a pu être évoquée, je vous confirme mon opposition à toute diminution du budget des aides au logement étudiantes. Ces aides universelles sont versées aux étudiants selon leur situation autonome, et elles sont indispensables à la poursuite d’études pour 800.000 d’entre eux, notamment issus des classes moyennes.

La réforme des bourses que nous avons mise en œuvre est une réforme essentielle. Pas seulement pour améliorer la réussite des étudiants, mais aussi parce que c’est un investissement utile au pays, à son essor économique, à sa cohésion sociale. Quand le Gouvernement investit dans les bourses étudiantes, il marque la reconnaissance de la société pour la qualification des jeunes et la confiance que nous plaçons dans les générations futures. Il n’est pas tolérable que des étudiants renoncent à leur orientation ou échouent dans leurs études pour des raisons financières.


Depuis la rentrée 2014, 132 500 boursiers supplémentaires ont ainsi bénéficié d’une bourse "échelon 0bis" de 1 000 euros  annuels. 2000 allocations annuelles comprises entre 4000 euros  et 5500 euros ont été créées pour des étudiants en situation d’autonomie avérée. L’ensemble des bourses a étérevalorisé à hauteur de 0,7%, soit plus que l’inflation, afin de préserver le pouvoir d’achats de tous les étudiants boursiers. Et depuis 2013, 30000 étudiants issus des familles aux revenus les plus faibles ont bénéficié du nouvel "échelon 7" permettant la revalorisation de 15 %, de leur bourse, soit 800 euros par an.

Depuis 2012, l’effort budgétaire en faveur des bourses étudiantes a été de plus de 400 millions d’euros, dont 200 millions de mesures nouvelles, pour mieux soutenir les étudiants modestes par l’intermédiaire de bourses plus nombreuses et dont le montant est plus important. C’est un effort budgétaire sans précédent depuis 15 ans, dans un contexte difficile.

Pour autant, la politique de vie étudiante ne saurait se limiter à la réforme des bourses. D’autres chantiers doivent être ouverts, et je sais que vos attentes en la matière sont importantes.

C’est pourquoi j’ai décidé l’ouverture dans les prochaines semaines d’une concertation pour élaborer un plan national de vie étudiante, dont les mesures viendront compléter la réforme des bourses sur d’autres sujets. Ce plan sera au service de deux objectifs essentiels : renforcer l’accessibilité sociale à l’enseignement supérieur et améliorer la construction du parcours d’autonomie des étudiants.

Je souhaite en particulier que cette concertation s’organise autour de quatre enjeux essentiels :


D’abord, la simplification des démarches et le renforcement de l’accès aux droits. Je le disais, être étudiant ne doit plus être synonyme de parcours du combattant. Les étudiants doivent être mieux accompagnés, à chaque étape de leur parcours. L’accès aux droits constitue un enjeu central d’égalité et une mission de service public particulièrement nécessaire aux étudiants les plus en difficultés. Je pense à l’entrée dans l’enseignement supérieur, aux calendriers et aux modalités d’obtention d’une bourse ou d’un logement, à la multiplication des interlocuteurs, aux démarches administratives des étudiants étrangers. Tous ces sujets seront sur la table.

Ensuite, l’amélioration des conditions de vie et de réussite. Je pense aux droits et aux opportunités que nous devons accorder aux étudiants contraints de travailler pour financer leurs études, à la qualité de la restauration sur les campus, ou du droit au logement. Je souhaite notamment rendre l’attribution des logements plus juste et transparente, en définissant par décret des critères d’attribution objectifs pour tous les logements étudiants, qu’ils soient gérés ou non par le réseau des œuvres universitaires.

Le troisième axe de ce plan concernera l’amélioration de la santé des étudiants. Nous devons notamment améliorer l’accès aux soins auxquels près d’un tiers des étudiants déclare renoncer, développer des offres de soins adaptées sur les campus en créant 30 centres de santé universitaire d’ici 2017, et renouveler la prévention en milieu universitaire.

Permettez-moi de dire un mot sur le régime étudiant de sécurité sociale. Le Gouvernement y demeure attaché, car il définit l’étudiant comme un assuré social autonome et il permet la prise en compte des spécificités de la population étudiante en matière de santé. Il associe étroitement les étudiants à sa gestion, et c’est un atout, notamment pour permettre un accompagnement par les pairs dans le parcours de soins ou pour conduire des actions de prévention adaptées. Nous sommes donc mobilisés pour assurer la pérennité et la viabilité économies que de ses gestionnaires, pour l’améliorer dans l’intérêt des étudiants, et pour accompagner le processus de réorganisation en cours de la LMDE.

Enfin, il est nécessaire de dynamiser la vie de campus et de faire des étudiants des acteurs dans leur établissement. L’isolement sur les campus pénalise d’abord les plus fragiles. Je souhaite en particulier que la question des "temps et rythmes étudiants" soit placée au cœur des politiques d’établissement, que les étudiants s’impliquent dans l’évaluation des formations et des établissements, que les engagements bénévoles soient mieux valorisés et reconnus dans les cursus, et que les conditions d’exercice des responsabilités des élus étudiants soient clarifiées.

Il ne s’agit que de premières réflexions, et je compte sur la concertation pour alimenter ce plan national de vie étudiante. Je souhaite qu’y soient associées les organisations étudiantes, les conférences d’établissements, les CROUS, les représentants des collectivités et les associations spécialisées. Il faudra cependant aller vite : je demanderai à ce que ses conclusions me soient remises à la fin de l’année universitaire pour que de premières mesures puissent s’appliquer dès la rentrée prochaine.



Le service public d’enseignement supérieur doit donc être remis en mouvement, au service d’une politique de démocratisation qui donne toute leur place aux étudiants. Je souhaite les remettre au cœur du fonctionnement des universités, reconnaître leur contribution aux transformations de l’enseignement supérieur.

L’enseignement supérieur doit s’ouvrir à tous les publics, y compris aux salariés, et la révolution de la formation tout au long de la vie à l’université est encore devant nous.

L’enseignement supérieur est au cœur de notre cohésion sociale et de notre pacte républicain, en permettant la réussite et la promotion sociale pour le plus grand nombre. Défendre un enseignement supérieur républicain, ce n’est pas se tromper de débat. A tout ceux qui veulent instrumentaliser la laïcité au profit d’une politique d’exclusion, je réponds sans détours : nous ne sommes pas favorable à l’interdiction de telle ou telle tenue à l’université. Les outils juridiques existent pour combattre le prosélytisme lorsqu’il se présente et il faut le faire. Mais pour le reste, l'université ce n'est pas l'école. Les étudiants sont majeurs, ce sont des adultes et on ne peut limiter leurs libertés individuelles sans conséquences. L'université a autant besoin de la liberté d'expression et d’opinion que de dialogue, d'ouverture, d'échange: les postures d'exclusion ou de rejet de l'autre sont contraire à la tradition universitaire. L'émancipation de tous par le savoir et la connaissance est à ce prix et nous y tenons.

L’enseignement supérieur ne peut rester en retrait des évolutions de la société en matière d’égalité femmes - hommes. Avec la loi du 22 juillet 2013, nous avons passé un premier cap pour que les femmes et les hommes participent ensemble à la gouvernance de nos établissements d’enseignement supérieur. Nous ne pouvons pas nous résoudre à ce qu’avec seulement 6,5 % de femmes dirigeantes dans le supérieur, soit moitié moins que dans les autres pays de l'Union européenne, la France soit en fin de classement en matière d’accès des femmes aux responsabilités

D’autres étapes sont à franchir. Vous pouvez compter sur moi pour nous y conduire.

Nous connaissons les freins à l’orientation des femmes dans certaines filières, notamment scientifiques, et vous savez que le ministère a lancé l’an dernier une campagne pour faire tomber certains préjugés et combattre l’autocensure dans l’orientation. C’est aussi dans l’enseignement supérieur que se gagnera la bataille de l’égalité professionnelle.

Nous devons enfin faire de l’enseignement supérieur un espace de respect qui ne tolère plus aucune violence à l’égard des femmes. Cette tolérance zéro n’est pas que symbolique ; elle doit s’organiser et je salue les établissements qui ont mis en place des procédures claires. J’ai pris les textes règlementaires pour permettre le dépaysement des procédures disciplinaires en matière de harcèlement sexuel. Un cadre est posé. Et c’est aussi l’image de nos établissements qui se joue.

L’enseignement supérieur est en mouvement, il s’ouvre, il est dynamique. Son internationalisation est en marche, et contribue au rayonnement de notre pays.

L’enseignement supérieur est une priorité du Gouvernement. Pas seulement dans les discours, mais aussi dans les actes. Une priorité budgétaire, une priorité politique, une priorité chaque jour réaffirmée.



Voilà ce que je voulais vous dire aujourd’hui.

Avant de vous souhaiter un bon congrès, permettez-moi de vous vous dire un dernier mot, pour conclure, sur ce qui est au cœur de notre engagement commun.

L’université que nous défendons, c’est bien d’avantage qu’un service public. C’est un idéal de société. Se battre pour l’accès de tous à l’éducation, à l’université, c’est affirmer, de façon permanente et quotidienne, un humanisme militant : nous croyons que chaque individu, chaque jeune peut progresser et que l’accès aux savoirs et aux qualifications est la clef de cette émancipation.

Cette émancipation, elle passe aussi par l’engagement militant, associatif, et syndical.

Je mesure à quel point les difficultés du quotidien peuvent pousser à l'individualisme, et je sais que l’UNEF, par ses combats, lutte contre cette apathie démocratique qui peut gagner la jeunesse.

Soyez-en remerciés.

A l’occasion de ce congrès, c’est aussi à la jeunesse tout entière que nous nous adressons. Et je voudrais leur dire, à vos côtés, qu’il faut oser, voir grand, et ne jamais succomber au découragement. C’est aujourd’hui que l’avenir s’invente. Par votre engagement, vous y contribuez.

Je vous remercie, et je vous souhaite un bon congrès.

Publication : 10.04.2015

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