Simplification de l'enseignement supérieur et de la recherche

Consultation "Simplification" : contributions "Appel à projets"

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La démarche d’élaboration de la stratégie "Simplification" est basée sur le dialogue et la concertation. Une consultation publique est ouverte entre le 19 janvier et le 26 février 2016. Cette page présente les contributions du thème "Appel à projets"

Actualité - 19.01.2016

Toutes les contributions réceptionnées dans le cadre de la consultation publique et pour lesquelles les auteurs ont donné leur accord ont été publiées. Tous les contenus de ces publications n'engagent que leurs auteurs.

 

26/02/2016 - Daniel Sidobre - Maître de conférences à l'Université Toulouse III - Paul Sabatier - Chercheur au LAAS-CNRS

Le système des appels à projets a l'avantage de permettre de réaliser des projets originaux et importants (le important est relatif à l'acteur qui demande : individuel, groupe, université ou autre). Il peut aussi faciliter la coopération entre différent acteurs.
Toutefois sa généralisation actuelle présente de nombreux inconvénients :
   - il est couteux en temps, temps de préparation des projets, temps d'évaluation, temps de gestion et en frais de gestion.
   - il entraine une suite de projet qui génère une sorte de fuite en avant où il est rarement possible de terminer une recherche. Ceci entraine un gaspillage de moyens : matériel peu utilisé et faible valorisation des acquis.
   - il entraine une individualisation car les contrats mettent en avant des personnes et non des institutions. Ceci génère jalousie, rancœur et finalement souffrance au travail.
   - il entraine la recherche vers les sujets à la mode ou porteurs, seuls capables de passer les filtres de sélections, au détriment des problèmes de fond.
  Pour limiter ces effets négatifs, il convient de diminuer le financement sur projet et d'augmenter les financements récurrents.
  Le tirage au sort pratiqué après une première sélection des "bons" projets, serait aussi une solution pour limiter les coûts et les effets du copinage, des modes ou des sous-disciplines. Le tirage au sort génère plus d'égalité et évite le classement arbitraire entre bon et mauvais.



26/02/2016 - SNTRS - CGT

Préambule :

Le chantier sur la simplification de l’ESR a été initié par Thierry Mandon quelques semaines après le lancement des groupes de travail autour de l’agenda social du ministère. Ces groupes de travail au nombre de cinq sont actuellement à mi-parcours et malheureusement ne permettent pour le moment que de simples échanges de vue, sans grandes perspectives de changements positifs.

Certes le recouvrement entre ces deux processus de consultation n’est que partiel (au moins au travers du chantier sur les ressources humaines). Mais que penser des propositions de simplification élaborées dans un cercle restreint choisi parmi les décideurs des universités et organismes de recherche qui pour la plupart ne font que chercher à simplifier des principes d’organisations mis en œuvre par les lois LRU et Fioraso. Qu’a- t-on fait des conclusions du rapport Berger qui faisait suite aux assises lancées par Mme Fioraso. Nous ne partagions pas toutes les conclusions, mais certaines d’entre elles méritaient de ne pas tomber dans l’oubli, notamment celles relatives à la gestion des personnels : par exemple la proposition 109 sur un plan pluriannuel de recrutements, mais il y en avait d’autres.

Il est difficile de répondre aux quatre thématiques de cette consultation sans analyser l’ensemble de la politique mise en œuvre dans notre secteur. Pour le SNTRS-CGT, le gouvernement de François Hollande s’est inscrit dans la continuité d’une politique néolibérale initiée par les gouvernements précédents. Le Crédit Impôt Recherche n’a même pas été amendé à la marge : on voit maintenant des entreprises pouvoir déduire deux fois les salaires de leurs employés, par le Crédit Impôt Compétitivité Emploi et par le Crédit Impôt Recherche. La précarité généralisée dans notre ministère est toujours présente et dépasse largement les autres secteurs de la fonction publique d’État et il en est de même pour le retard des rémunérations et des carrières qui nous mettent dans les oubliés de la fonction publique. Les règles initiées par une mise en œuvre des théoriciens du « nouveau management public » sont devenues des principes d’organisation pour nos universités et nos organismes, sans que l’on se soucie du coût réel des procédures bureaucratiques contraignantes mises en œuvre. La mise en place de ce pilotage par la performance détruit les collectifs de travail en mettant en compétition les individus et en renforçant l’autoritarisme. Il se traduit par une évaluation des activités de recherche basée essentiellement sur des indicateurs quantitatifs qui met en arrière-plan la qualité scientifique.
En tant que syndicat des organismes de recherche nous n’interviendrons que les trois premiers ateliers : appel à projets, Comues et regroupements, Ressources humaines

Appels à projets :

Toutes les propositions de cet atelier s’inscrivent dans la logique d’une politique d’appels d’offre généralisée. Nous rappelons que la situation antérieure, celle d’un financement pérenne suffisant des unités de recherche, bien sûr évaluées tous les 4 ans sur la qualité de leurs travaux, n’a pas conduit à une dégradation manifeste de la qualité de la recherche française. Par contre, l’absence de crédits récurrents met les chercheurs en demeure d’aller à la chasse aux financements qui est devenue leur principale activité. Les projets déposés obéissent à des contraintes administratives à chaque fois extrêmement lourdes et à chaque fois différentes. L’ « Excellence » est l’alibi pour éliminer ceux qui ne satisfont pas aux critères d’une recherche normalisée. Dans ce contexte la recherche originale a du mal à exister. Le métier de chercheur est dévoyé vers des activités d’ingénierie au pire de gestionnaire qui entrent en conflit avec les critères qui ont présidé à leur recrutement. Nous estimons qu'il appartient aux scientifiques de se donner les voies et moyens d’atteindre les objectifs fixés. Aussi, les financements pérennes doivent être largement majoritaires dans les budgets des laboratoires.

Les appels à projets doivent être limités aux domaines émergents nécessitant un effort immédiat et aux collaborations public-privé s’inscrivant dans une politique nationale.

Ce serait une mesure de simplification qui aurait le mérite d’éviter tout le surcroît de travail administratif imposé aux équipes et qui permettrait à de nombreux chercheurs de revenir à la recherche.



26/02/2016 - Association Sciences en Marche

Le choix politique des gouvernements successifs de ces dernières années en matière d’enseignement supérieur et de recherche a été de réduire les dotations récurrentes au profit du financement sur projet. Ce modèle, inspiré du fonctionnement anglo-saxon, a été imposé pour introduire une logique de concurrence entre les laboratoires, au nom de « l’excellence » et de « l’attractivité » de la recherche. Ce choix idéologique ne se trouve étayé par aucune étude indiquant un réel manque d’efficacité de la recherche scientifique française avant l’introduction de ces réformes.

La recherche a toujours fonctionné par projets : les chercheurs comme les laboratoires et les équipes organisant leurs activités autour de projets scientifiques, de plus ou moins long terme, en se réservant la possibilité de les faire évoluer au fur et à mesure de ce qu’ils trouvent. Le financement sur projet, au contraire, impose des  délais fixes et généralement courts, et suppose que l’on sache à l’avance ce que l’on va trouver et quand on va le trouver. La course aux financements sur projet contraint l’ensemble des personnels à consacrer une part de plus en plus importante de leur temps à (i) la recherche de financements auprès  d ‘un nombre croissant de “guichets” ou  “agences de moyens” (ANR, IDEX, LABEX, Horizon 2020, etc.) et (ii) à introduire un grand nombre de contraintes administratives liées à leur gestion (rapports intermédiaires, fiche de temps etc.). Ce mode de financement favorise et généralise le recours à l’emploi contractuel, dont les proportions atteignent près de 50% des personnels dans certains instituts du CNRS. Pour Sciences en Marche, la simplification doit donc passer par un rééquilibrage entre les appels à projets et les financements récurrents des organismes et des laboratoires, par une limitation du nombre de guichets, et par une augmentation importante du recrutement de personnels statutaires.

Une telle politique aurait les effets de simplification suivants :

  • Cela diminuera le temps passé par les chercheurs à rédiger et évaluer les appels à projets et leur permettra de réfléchir à leurs projets sur le long terme, favorisant leur inventivité.
  • Cela réduira les charges administratives pesant sur les chercheurs et gestionnaires.
  • Cela permettra d’utiliser l’argent public de manière plus efficace: en effet, le coût de l’évaluation des dossiers par l’ANR, par exemple, est estimé à 30% du montant distribué .
  • Cela réduira l’emploi contractuel dont les effets sur les carrières des jeunes chercheurs sont délétères.


26/02/2016 - Erwan GUEGUEN et Alexandre SOULARD, MCU, Université Lyon I

Mettre fin aux appels à projets qui demandent l’écriture d’un projet de 10 pages pour 10 % de réussite et 5000 euros à la clef. 

  • Augmenter drastiquement  le % de réussite à l’A.N.R. afin que le temps considérable passé à l’écriture de projet ANR ne serve pas à rien, couplé à une augmentation des crédits récurrents des laboratoires pour financer la thématique principale du laboratoire. Les appels à projets ne devraient être plus que l’exception permettant de financer des projets qui ne représentent pas le coeur de la thématique d'un laboratoire mais plutôt des « side projects » ou des collaborations multidisciplinaires. Si le comité de spécialiste de HAERES estime la thématique d’une équipe de recherche pertinente, des crédits récurrents pour financer cette thématique devrait lui être alloués
  • Mettre fin à l’obligation de dépenser la totalité des fonds versés au laboratoire à la fin de chaque année, ce qui empêche  de facto l’achat d'équipement parfois cher et nous oblige à dépenser dans l’urgence cet argent en achetant du matériel qui n’est pas forcément nécessaire au moment où on l’achète. Il faut donc que les laboratoires aient une plus grande maitrise de leur budget.

 
26/02/2016 - Coordination des universités de recherche intensive françaises (CURIF)

Réformer l’A.N.R. pour qu’elle réponde davantage aux besoins divers 

L’A.N.R. est une institution utile dans sa capacité à financer des projets de recherche scientifique. Elle a permis une évolution positive dans le milieu de la recherche, puisqu’elle a obligé les chercheurs à adopter une vraie démarche projet. Cela leur a permis de prendre conscience de l’ensemble des coûts d’un projet de recherche et donc de penser encore plus le projet dans sa globalité.

Cependant, il serait utile de réfléchir une réforme de l’ANR afin de répondre à la variété des projets de recherche. Variété qui n’est pas à ce jour suffisamment prise en compte. Plusieurs points de réforme sont à envisager sérieusement. D’abord, il est essentiel de donner plus de moyens financiers à l’ANR pour financer davantage de projets. Une recapitalisation est hautement nécessaire pour passer d’un taux de réussite des projets de 10% à 25%. Le faible taux de réussite actuel induit une grande concurrence et oblige à la mise en place de critères de sélection manquant pour certains de pertinence.

Ensuite, il est préjudiciable qu’aujourd’hui l’ANR se positionne dans une logique d’appels à projets spécifiques. Il serait préférable de laisser plus de liberté dans les thématiques d’appels à projets. Il est donc urgent de laisser la place à des appels à projets dits « blancs ». Cela doit également aller dans le sens d’un financement de projet de recherche fondamentale. L’ANR se situe trop dans une logique de recherche utilitariste, avec un objectif de rentabilité, mais il est indispensable de laisser la place à des projets de recherche fondamentale sur un temps plus long. C’est pourquoi en plus de donner plus de liberté avec des programmes blancs, il faut aussi mettre en place des programmes plus longs, allant au-delà des 4 ans proposés actuellement. Enfin, développer une pratique d’évaluation plus importante et a posteriori sur les projets permettrait d’envisager le renouvellement des projets qui ont démontrés leur viabilité. Une part des crédits doit être consacrée à la poursuite de financement des projets qui ont fait leurs preuves.



 26/02/2016 - Gwénolé Lecorvé - Maître de conférences à l'Université de Rennes 1 (ENSSAT) et à l'UMR IRISA

Le nombre de sources de financement est colossal. Voilà une liste d'appels auxquels, dans ma situation, mes collègues et moi sommes confrontés chaque année : H2020 (UE), Celtic-Plus (UE), PIA (État), ANR (État), FUI (multiple), IUF (État), CPER (multiple), SAD (Bretagne), projets collaboratifs (Bretagne), défis émergents (Université de Rennes 1), PEPS (CNRS), défis Mastodons (CNRS), appels DGA (État), thèses ARED (région), thèses CIFRE (ANRT), appels particuliers.
 
Le temps passé par les chercheurs et enseignants-chercheurs est lui aussi colossal. À chaque fois, il faut bien sûr rédiger une proposition de projet dans un format variable d'un appel à l'autre, mais aussi aller chercher et lire les différents appels tout au long de l'année, comprendre leurs modalités de participation, discuter et monter un consortium, et, à l'autre bout du spectre, les évaluer, puis les suivre administrativement. Combien de temps et combien d'argent représente toutes ces tâches qui ne sont pas de la recherche "brute" ? Du temps et de l'argent consacré généralement en pure perte vu les taux de sélection de ces appels qui découlent du faible financement actuel de la recherche. Ne serait-ce qu'à l'échelle d'un laboratoire, ce temps et cet argent représentent très vite l'équivalent de plusieurs temps-plein.
 
Pour les permanents, le travail de recherche est littéralement devenu un travail de recherche... de fonds. Ce mode de fonctionnement met en avant l'échec (cas statistiquement le plus fréquent pour la majorité des gens) au détriment de la valorisation des avancées et du travail réalisé. C'est parfaitement démoralisant et il n'est pas difficile en conséquence de comprendre les collègues qui quittent le monde académique ou qui abandonnent leur activité de recherche. À quoi bon exiger l'excellence scientifique lors des embauches pour ensuite contraindre les recrutés à délaisser leur domaine de compétences et à se perdre dans les réponses à d'innombrables appels?
 
Quelques propositions (parfois déjà données dans les autres contributions) :

  • augmenter significativement la part des crédits récurrents des laboratoires pour leur permettre de conduire une politique scientifique et les laisser (directions, comité scientifique) décider de certaines attributions de fonds, en toute confiance
  • limiter l'ouverture de tout appel à projets (hors appels européens) à la seule ANR (en donnant la possibilité de fixer des critères géographiques, par exemple régionnaux, ou autres pour soumettre), avec comme impératif d'uniformiser les formats et traitements des soumissions à 2 ou 3 types prédéfinis (c.-à-d. si une entité veut ouvrir un appel, elle s'adresse à l'ANR)
  • limiter la participation d'une même personne à plus d'un certain nombre de projets, en pondérant éventuellement l'importance des projets, pour favoriser une meilleure répartition des fonds (croisement entre les appels de toutes les natures, généralisation du principe déjà existant pour les porteurs de projet ANR, respect des engagements en terme d'implication minimum exigée dans les appels)
  • par conséquent, avoir une plates-forme unique de consultation des projets, nationaux comme à portée plus petite (un moteur de recherche avec possibilité de filtrer par des critères), avec un affichage clair des dates butoirs
  • fixer un montant minimum (bénéfice > temps passé) pour les appels, les allocations de fonds à faible montant devraient être gérées par le labo/l'établissement
  • inciter les laboratoires à recruter/former des personnels administratifs pour informer et participer activement au montage des projets afin de libérer du temps de recherche aux chercheurs et enseignants-chercheurs
  • proposer des équivalents aux financements ministériels de thèse pour l'embauche de chercheurs post-doctoraux et d'ingénieurs
  • faire plusieurs campagnes ANR par an, avec la possibilité de reconduire une proposition d'année en année avec prise en compte des remarques des relecteurs (comme pour les reviews d'un article de revue, y compris le principe accept, minor revision, major revision, reject)
  • éventuellement, réorienter des soumissions rejetées vers des appels plus pertinents en facilitant la resoumission (format de dossier identique et possible si ANR comme unique gestionnaire des appels)
  • - réduire le temps de traitement des soumissions (ANR = soumission en octobre, réponse en juillet, puis phase de recrutement...).


En résumé :

  • Beaucoup plus de fonds récurrents pour les laboratoires
  • Mise en place d'un processus unique de soumission et standardisation des dossiers
  • Moins d'émiettement des financements par appel à projets
  • Beaucoup moins d'entités à qui s'adresser.




26/02/2016 - Etienne RUELLAN - Directeur de Recherche/Senior Scientist - C.N.R.S /OMP/GET

En matière de recherche océanographique le parcours imposé aux chercheurs des équipes françaises a atteint un niveau de complexité qui défit toute logique, hormis celle qui consisterait à entraver le bon déroulement de la recherche. On ne peut y croire ! Plus 85% de la production scientifique issue des campagnes océanographiques de la flotte française provient du CNRS, de l’IRD et des universités.

Prenons la situation de la FOF, ou Flotte Océanographique Française, Très Grande Infrastructure de Recherche (TGIR) et son organisation. La France dispose de l’une des flottes océanographiques les plus modernes et complètes mais totalement sous exploitée en raison d’une organisation défaillante, de financements insuffisants, de conflits d’intérêts majeurs et de luttes entre opérateurs.

La flotte se décompose en trois composantes, la flotte hauturière principalement opérée par l’Ifremer mais aussi l’IPEV et l’IRD, la flotte côtière et de station principalement opérée le CNRS mais aussi par l’Ifremer et l’IRD, et les grands équipements dédiés.
S’agissant des flottes opérées par les EPST, opérateurs de recherche, CNRS et IRD, celles-ci sont entièrement dévolues aux missions prioritaires de recherche académique, d’observation de l’environnement et de formation. Pour le CNRS, le budget de l’état est correctement dimensionné pour son fonctionnement, mais par contre celui-ci ne permet pas de réaliser les investissements nécessaires au maintien de l’infrastructure et à son indispensable évolution à moyens et longs termes. Pour l’IRD, le budget de l’état est notoirement insuffisant, tant pour assurer un plein fonctionnement des deux navires que pour assurer le maintien en condition opérationnelle et l’évolution à long terme.

S’agissant de la flotte opérée par l’IPEV, agence de moyens (GIP) dédiée à la recherche polaire et dans les mers australes, celle-ci comporte deux navires, l’un l’Astrolabe pour la logistique Antarctique et l’autre le Marion Dufresne II (propriété des TAAF) consacré à la recherche académique, à l’observation et à la formation. Le CNRS et l’IPEV ont bénéficié d’un Equipex (14 M€ dans le cadre de CLIMCOR) exceptionnel qui a permis de réaliser en 2015 la jouvence des équipements scientifiques à mi- vie. Par contre le budget de l’état n’est pas suffisant pour couvrir le coût d’exploitation du navire MD II pour les 220 jours à disposition de l’IPEV pour la communauté scientifique ; l’institut est donc régulièrement amené à réaliser, au détriment de ses missions prioritaires de recherche, des campagnes à caractère commercial afin de compléter son budget.

S’agissant de la flotte opérée par Ifremer, EPIC, la conjonction de plusieurs facteurs place celle-ci au centre d’un conflit d’intérêt entre les différentes missions de l’organisme à savoir sa fonction d’agence de moyens nationale (mise à disposition de la flotte hauturière pour la recherche académique), sa fonction d’opérateur de recherche propre (dédiée à la recherche pour l’exploitation de la mer), et ses missions à caractère industriel et commercial (qui l’obligent à trouver par lui-même une part importante de son budget). Sans entrer ici dans le détail qui nous amènerait trop loin, on retiendra qu’en définitive le temps bateau consacré à la recherche académique, à l’observation de l’environnement ou à la formation est très faible au regard du temps bateau total disponible tous navires hauturiers Ifremer confondus (plus de 1000 jours), donc très loin et en contradiction avec sa vocation première, car, écartelé, l’établissement de façon prévisible a tendance à faire passer en priorité ses propres intérêts aux dépens de ceux des autres organismes nationaux.
Dernier point, qui ne fait qu’alourdir encore plus la complexité du système, les agences Ifremer et IPEV n’ayant plus les financements suffisant pour opérer leur flotte à temps plein notamment pour la réalisation des campagnes de recherche académique, il est demandé aux équipes de recherche de solliciter l’ANR pour une prise en charge totale ou partielle du coût des campagnes, tant pour la préparation, la réalisation que l’exploitation des résultats. Mais l’ANR n’en a pas les moyens.

En conclusion, ne serait-il pas temps de simplifier le système :

  • en rassemblant l’ensemble de la FOF au sein d’une seule et unique agence de moyens exempte de conflits d’intérêt
  • en dotant cette agence des budgets nécessaires correctement dimensionnés pour assurer un fonctionnement optimal de l’ensemble des navires, sans perte de temps bateau
  • en dotant cette agence d’un plan d’évolution de la flotte et des équipements lourds pluriannuel à long terme
  • en dotant cette agence des procédures simples et uniques d’évaluation et de programmation scientifiques, comprenant les budgets associés pour la préparation, l’exécution et l’exploitation des résultats des campagnes. 
  • sans créer une nouvelle structure.

Concrètement, cette agence existe déjà et il suffirait d’en élargir ses missions actuelles. En effet, c’est tout simplement l’IPEV. En tant que pure agence de moyens exempte de tout conflit d’intérêt, gérant la TGIR Concordia et déjà pro-parte la TGIR FOF, disposant d’un statut de GIP dont sont déjà membres entre autres le MENESR, le C.N.R.S., l’Ifremer, et les TAAF, ce serait la structure idéale. Elle a déjà l’expérience et est dotée des instances ad hoc de gouvernance pour gérer en toute indépendance l’ensemble de la TGIR au service des opérateurs nationaux quelques soient leurs missions respectives.
 



25/02/2016 - Commission "Evaluation des politiques publiques d'innovation" de l'Association des Conseils en Innovation, qui rassemble des cabinets conseil

Les règlements des appels à projets sont la plupart du temps complexes et suivent des règles souvent différentes suivant l’organisme qui les lance (FUI, ANR, projets PIA...) ce qui créé une complexité sans valeur ajoutée.

Des critères d’appréciation uniformes pourraient être mis en place (à minima entre services et opérateurs de l’Etat), quitte à ce que leur
pondération soit différente en fonction des objectifs de l’AAP (idem pour une trame commune de réponse).
Idéalement, un travail de coordination/ articulation avec les Régions et les projets européens (H2020) serait pertinent afin de favoriser une logique de continuum permettant aux laboratoires de progresser dans les ambitions de leurs réponses et réduire l’écart entre projets régionaux / nationaux / européens.
 



25/02/2016 - F. Bellivier et P. Beauvais, co-directeurs de l’UFR DSP de l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense

Préférer, dans les appels d’offres, la souplesse, quitte à être plus exigeant ensuite sur le bilan de la recherche. Il est artificiel de prévoir ce qu’on va trouver et comment on va chercher. Il vaut mieux exiger des chercheurs qu’ils rendent des compte de sur usage des deniers publics après la recherche plutôt que d’attendre d’eux qu’ils passent un temps fou à inventer artificiellement un cadre où se déploiera la recherche.



25/02/2016 - Etienne Deloule, DR C.N.R.S., Centre de Recherches Pétrographiques et Géochimiques,UMR 7358 C.N.R.S.-UL, Nancy

Comment les appels à projets désorganisent la recherche

Construire et écrire des projets de recherche, c’est forcément le point de départ de notre activité scientifique. Si bon nombre de découvertes ont été et sont encore réalisées en dehors d’un projet construit pour elle, la plupart découle de programmes de mesures ou d’observations construits.  En partant de ce constat, il peut sembler naturel de structurer la recherche autour d’appel à projets. Mais alors se posent la question de définir ce que doit être un appel à projet, respectueux d’une démarche scientifique.

Une première constatation est que les organismes et les universités embauchent des chercheurs et enseignant chercheur qui présentent des projets de recherche. La capacité de construire et présenter un projet est souvent un sésame indispensable pour obtenir un poste, mais une fois le poste obtenu, le financement du projet n’est pas pour autant assuré, même si au moins une partie de la masse salariale est engagée, faute de financement récurrent des laboratoires. Indépendant de la restauration des financements récurrents des laboratoires à un niveau décent, il semblerait efficace de doter systématiquement les nouveaux entrants d’un support financiers leur permettant de démarrer leur travail de recherche pendant quelques années.

Se pose ensuite le problème de la construction de projets scientifiques à long terme et des équipements scientifiques mi-lourds ou lourds. En effet, les appels à projets qui existent actuellement n’offrent aucune visibilité à long terme. Les appels à projet des organismes et université courent au maximum sur deux, faute de crédits suffisants. L’ANR permet des projets sur 4 ou 5 ans, mais en nombre trop limités avec une ouverture scientifique réduite. Enfin les CPER permettent de financer des infrastructures, sans en assurer ensuite le fonctionnement, que ce soit en terme de cout de maintenance ou en terme de postes. Hors la durée de vie d’une plateforme analytique s’étalent sur des dizaines d’années, autant de part la durée de vie des instruments que de la présence d’ingénieurs et techniciens spécialisés. En l’absence de financement récurant, les plateformes sont amenées à “vendre “ leurs analyses, donc de n’être accessible qu’à ceux qui ont pu obtenir d’autres financements, ce qui ressemble à une espèce de système de Ponzi financé par l’état. Il semble évident qu’un mode de financement de la recherche basé uniquement sur des appels d’offre ne pourra pas fonctionner dans la durée et qu’il est indispensable d’articuler la recherche sur les projets à moyen et long terme.

Construire des projets à moyen et long terme.

Les gouvernements ont mis en place depuis dix ans des politiques appels d’offre pour orienter et organiser la recherche vers des projets jugés prioritaires, ce qui nous mène à une impasse. Il faut définir une autre façon de construire une recherche durable et acceptable pour tous. Si ce n’est pas via des appels d’offre, il faut trouver une autre mode d’orientation de la recherche, et la concertation a fait ses preuves pendant longtemps pour définir dans chaque domaine des orientations prioritaires, leurs données des moyens, puis les évaluer, les faire évoluer ou en changer parce qu’elles sont arrivées à terme.
Cette concertation doit avoir lieu à l’échelle nationale en s’appuyant sur des exercices de prospective menés les instituts nationaux et les universités. De tels exercices devraient débouchées sur la négociation avec le gouvernement de plans d’investissement quinquennaux à l’échelle nationale et internationale, et sur la mise en place d’appels à projets incitatifs sur les sujets prioritaires. Mais la encore en laissant aux laboratoires les moyens de poursuivre à partir de leur soutien de base la politique de recherche sur la quelle ils ont été et seront évalué


22/02/2016 - Catherine Jeandel (Présidente du Comité d’Orientation Stratégique et Scientifique de la Flotte Océanographique Française)
Viviane Bout-Roumazeilles (Présidente de la Commission Nationale pour la Flotte Hauturière, CNFH)
Pascal Morin (Président de la Commission Nationale pour la Flotte Côtière CNFC)
 

Financement des campagnes en mer - Etat des lieux au 1er février 2016

Lire la contribution



22/02/2016 Sergio SVISTOONOFF – Chercheur à l’I.R.D.

Les appels à contribution se suivent et le paysage ne cesse de se complexifier.
Je renvoie ci dessous la contribution que j’avais rédigée en 2012 pour les assisses de la recherche.

Je cite F. Hollande : "Le paysage de l’Enseignement supérieur et de la Recherche est devenu illisible par l’accumulation de nouvelles structures (pôles, agences, réseaux, plans...). La France est devenue le pays de la géologie politique où les réformes s’accumulent par couches successives recouvrant les anciennes, sans les faire disparaître. Je veux enfin que les chercheurs puissent se consacrer à leurs recherches, plutôt que de devenir « chercheurs de crédits » ou évaluateurs à mi-temps. Je reviendrai donc sur la cohérence de l’évaluation entre l’Agence nationale de l’évaluation, le Conseil national des universités et les comités nationaux des organismes. L’évaluation des individus, des équipes des laboratoires, devra être séparée de l’évaluation stratégique des universités ou des organismes. Cette réforme devra s’articuler avec une simplification identique au niveau européen"» (Nature , 18 avril 2012)

On ne peut qu’être d’accord avec cette vision.
Quelques suggestions concrètes pour aller au delà des bonnes intentions:

  • Simplifier le paysage : fusion des structures existantes universités, instituts et surtout des agences de financement. Fusion des appels d’offre similaires et augmentation sensible de l’envergure des projets pour éviter d’avoir comme actuellement dix appels d’offre par semaine.
    Simplification très conséquente des programmes européens actuellement des usines à gaz inextricables.
  • Simplifier le quotidien des chercheurs pour leur permettre de faire de la recherche :
    -Projets : faire une présélection sur le modèle de l’USDA ou NSF (1 page recto-verso) avant d’accepter l’envoi d’un projet complet. Simplifier et réduire la longueur des demandes de financement pour ne laisser que l’essentiel (optimise le travail de l’évalué comme de l’évaluateur). Idem pour les rapports de projet.
    - Recrutement : présélection sur dossier avant de convoquer inutilement les candidats.
    - Utiliser massivement les technologies de l’information (bases de données et interfaces web pré-remplies).

    - S’inspirer du modèle suisse qui a le meilleur rapport résultat/coûts : 
    -- Très important : Faire confiance aux chercheurs, en particulier pour la gestion de leur budget
    -- supprimer le système archaïque de commandes par bons de commande et fax et passer enfin au XXIe siècle avec des cartes à débit immédiat personnelles qui en plus permettent un suivi détaillé des transferts d’argent,
    -- supprimer les lourdeurs administratives chronophages qui au final augmentent le coût (marchés, devis en triplicat...),
    -- faire des contrôles aléatoires et non plus systématiques sur la façon dont a été utilisé le budget.
    -- Redéployer l’appareil administratif au service de la recherche et des chercheurs


22/02/2016 - François Lacan pour l'équipe Toulouse Isotopie Marine (laboratoire d’étude en géophysique et océanographie spatiale, UMR5566 CNES/CNRS/IRD/Université Fédérale de Toulouse Midi Pyrénées)

Contribution de notre équipe de recherche venant en complément de la contribution préalablement soumise au nom de notre laboratoire.

1   point majeur et fondamental, à la racine de bien des complications :
SIMPLIFIER : et s'il était PLUS SIMPLE DE FAIRE CONFIANCE a priori (ce qui n'empêche en rien le contrôle a posteriori).
Ce principe appliqué un peu partout simplifierait beaucoup de choses.

1 point technique:
Problème : Les dotations sur projets des appels à projets des Instituts du CNRS (en ce qui nous concerne l'INSU, avec par exemple les appels à projets LEFE), lors de leur transfert dans les laboratoires, sont assimilées aux dotations récurrentes des laboratoires, ce qu'elles ne sont pas en réalité puisqu'il s'agit bien de projets. Cette anomalie contraint (techniquement) ces financements à être soumis à l'annualité des dépenses (interdictions des reports). Solution: Ne pas assimiler ces dotations sur projets aux dotations récurrentes des laboratoires.



19/02/2016 - Françoise Monéger, Directeur de Recherche C.N.R.S à l'ENS de Lyon

Qu'est-ce que sait faire de mieux un chercheur ? De la recherche scientifique !
C'est le métier qu'il a choisi, c'est pour cela qu'il a été formé.
Depuis de nombreuses années, avec la réduction drastique du nombre de postes statutaires dans le monde académique, les chercheurs recrutés font partie des meilleurs dans leurs domaines respectifs. Pourquoi alors ne pas leur faire confiance, les laisser chercher et leur donner les moyens de le faire sereinement et efficacement ?

Comme cela a déjà été évoqué, la perte de temps générée par la rédaction de projets, leur évaluation et au final, le peu de projets financés représente un gaspillage monstrueux de l'argent publique. De plus, cela a plusieurs effets pervers qui sont entre autre de détourner les chercheurs de leur métier initial. De plus, les taux de financements en constante diminution, conduisent inévitablement à un découragement et à une lassitude, incompatible avec la créativité nécessaire à ce travail.

Je pense qu'un système de financement récurrent des unités qui soit conséquent, avec une somme attribuée par chercheur par an, permettrait à coût égal, une bien meilleure efficacité du système dans son ensemble.
Les appels à projets pourraient alors être réservés à des projets d'envergures ou à des projets répondant à une opportunité particulière.De plus, je trouve extrêmement inquiétant que la recherche fondamentale soit si peu soutenue. Il n'y a qu'à regarder dans l'histoire des sciences pour comprendre comment les grandes avancées se sont faites et comprendre qu'il n'y a pas, en recherche fondamentale, de sujet plus intéressant ou moins intéressant que d'autres. Il est essentiel de soutenir tous les domaines de recherche, les plus exotiques soient-ils puisqu'on ne peut prévoir ce qui va peut être déboucher un jour sur une grande découverte. Toutes ces recherches contribuent à alimenter une sorte de grand réservoir des connaissances. Un peu comme pour l'eau potable, lorsque le réservoir est vide, l'eau ne coule plus au robinet !
J'espère vraiment qu'on ne va pas en arriver là mais il y a urgence...



18/02/2016 - Professeur de pédiatrie, université Paris Diderot, directeur du laboratoire INSERM « inflammation intestinale".

Le système français actuel dissocie largement l’évaluation du financement. L’évaluation quinquennale repose sur une agence qui ne distribue pas les moyens. On peut donc être jugé excellent mais sans pour autant financer sa recherche. Le financement basé sur les projets rajoute une évaluation, complètement dissociée de la première et probablement moins légitime puisqu’elle ne voit qu’un petit bout de la logique d’un questionnement plus vaste, de la démarche d’une équipe et d’un site voire d’un institut.
Il est temps de coupler évaluation et financement.

La solution la plus simple est de financer la recherche de chaque équipe en fonction de ses résultats au moment de l’évaluation, sur la base d’un contrat quinquennal et au vu des projets présentés par cette équipe. Il va sans dire qu’un tel financement doit être bien supérieur à la dotation récurrente actuelle.

Une solution plus originale pourrait être une évaluation et un financement centré sur le projet et faire alors disparaitre l’évaluation de l’équipe au sens traditionnel.
Dans ce cas, l’équipe ne serait que l’ensemble des gens réunis autour d’un unique projet, pour un temps limité (quelques années), avec un porteur de projet défini. Il est important que le projet soit unique pour éviter la dispersion et permettre de centrer le travail sur un sujet ambitieux avec des moyens alloués effectivement au projet.
L’évaluation du projet pourrait se faire très en amont, dès l’idée originale mise en avant par le porteur de projet et la constitution de l’équipe, jusque très en aval vers la valorisation, avec des financements associés suffisants et délivrés à des étapes clés du projet. Cela pourrait nettement faire progresser l’originalité de projets actuellement bloquée par les modalités d’évaluation traditionnelle qui impliquent un consensus limitant tout éprise de risque réel.
L’agence de financement (ANR?) aurait alors pour vocation moins de recaler un nombre incalculable de projets mais de soutenir la formation d’équipes autour d’une idée innovante et d’un porteur de projet pendant plusieurs années, ce qui serait quand même vécu comme plus positif!
Selon cette logique, l’accueil matériel des équipes pourrait être assuré par les universités, EPST, écoles, etc, selon le projet. Cela permettrait à ces structures d’appliquer une politique propre à l’institution et à ses divers sites tout en améliorant la mobilité des chercheurs.
On peut noter enfin qu’une telle manière de faire pourrait relier le public et le privé plus facilement, par la création de nombreuses équipes mixtes public-privé. Ces équipes mixtes favoriseraient très tot le développement de la valorisation, en parallèle avec l’acquisition d'un savoir plus académique. Le crédit impôt recherche, très décrié actuellement, pourrait être conditionné à la participation effective d'un personnel alloué par le privé à une telle équipe mixte.



17/02/2016  - Prof Stéphane Viville PU-PH CHU de Strasbourg et Dr Stavros Lazaris (CR1 CNRS)


La diminution drastique des financements de la recherche et la politique liberticide actuelle brident la créativité de l'ensemble des acteurs de la connaissance
Rendez-nous notre liberté !

Depuis plus d’une dizaine d’années, nous sommes entrés dans une ère dangereuse pour la connaissance, ou celle-ci est dénigrée plutôt que valorisée. Nous envisageons ici la connaissance au sens large, incluant aussi bien la culture, sous toutes ses formes (littérature, théâtre, cinéma, photographie), que le savoir plus académique tel que la recherche scientifique, quelles que soient les disciplines concernées. Considérant l’extrême importance de la connaissance pour le bon fonctionnement et l'évolution de nos sociétés, il nous semble impératif de dénoncer cette situation. Tout comme la culture, la recherche subit de plein fouet les effets de cette politique de moindre investissement, au point que la France est passée, entre 1995 et 2011, du 7e au 15e rang mondial en termes de dépense intérieure de recherche et de développement (DIRD, correspondant aux moyens financiers mis à la disposition de la recherche par rapport au PIB). On observe les effets pervers de ce manque d’investissement dans la connaissance à tous les niveaux.

Prenons l’exemple de la situation financière de nos universités, en principe l'un des principaux organes de la génération et de la transmission de la connaissance académique. Elles sont dans une situation financière telle que non seulement elles sont dans l’incapacité de financer la recherche, mais elles ont de plus en plus de difficultés à assumer leur première mission la diffusion du savoir. Nombre d’universités se retrouvent dans l'obligation de réduire l’offre de formations. Le nombre de postes, et par conséquent le nombre d'heures d'enseignement, diminuent, ce qui a des conséquences préjudiciables sur la qualité de l’encadrement de nos étudiants. Les conditions d'enseignement deviennent de plus en plus difficiles pour les enseignants et les étudiants. II en résulte une perte de confiance dans les capacités de l’université à offrir une formation ouvrant sur un métier et, de ce fait, nous observons une désaffection grandissante de notre jeunesse pour nos universités.

Non seulement les financements diminuent drastiquement d’année en année, mais en outre, la politique de recherche actuelle est de plus en plus liberticide. En plus de manquer de moyens financiers, l'Agence nationale pour la recherche (ANR), principal organisme de financement de la recherche en France, impose des choix thématiques et réclame systématiquement des justifications sur les futures retombées économiques des projets de recherche qui lui sont proposés. La situation est la même au niveau européen, où l’Agence pour la recherche (REA), dans son dernier plan de financement de la recherche, nommé Horizon 2020, exige par exemple que le financement de projets de recherche biomédicale ne soit envisageable que s'ils impliquent une PME ou PMI. Ces choix ne laissent - et c'est une erreur que nous souhaitons dénoncer- qu'une place minime à la recherche fondamentale. Ils sont majoritairement orientés vers la recherche dite « translationnelle » (de l'anglais «to translate»), un horrible mot pour indiquer qu'elle se doit d'avoir une « traduction » économique et, dans la mesure du possible, dans des délais les plus brefs. Or, qui peut prétendre savoir, ex nihilo, quelles recherches, quels développements intellectuels et culturels vont influencer notre façon de penser, d'envisager le futur de notre société, vont avoir des retombées économiques et dans quels délais ? Il ne s'agit donc plus de financer la recherche, mais l'innovation. Celle-ci est indispensable, mais impossible sans la recherche fondamentale. Par ailleurs, une pression considérable est exercée sur la communauté des chercheurs pour réaliser une recherche dite d'«excellence ». Il n'y a plus de place que pour celle-ci. Une fois encore, il y a une erreur de stratégie, d'autant que la recherche, tout comme l'ensemble de notre société, vit sur des effets de modes et qu'un sujet d'excellence aujourd'hui devient très rapidement désuet demain. Rappelons-nous Abraham Lincoln, qui disait: «Si vous trouvez que l’éducation coûte cher, essayez l'ignorance!» Il aurait pu, de façon toute aussi pertinente, remplacer le mot éducation par celui de connaissance: «Si vous trouvez que la connaissance coûte cher, essayez l'ignorance!» Il est temps que notre société, et à travers elle la classe politique, réalise que le financement de la connaissance n'est pas une dépense mais un investissement, investissement pour notre génération et les générations futures. C'est un devoir de chaque société, pour assurer sa prospérité et son développement, de financer la connaissance. Incontestablement celle-ci coûte cher, mais elle est indispensable. Cessons de vouloir mettre un chiffrage, quel qu'il soit - financier, Audimat ou autres paramètres de mesure, et même si cela est intellectuellement facile, à l'activité créatrice, qu'elle concerne la culture ou la recherche. La culture tout comme l'intelligence ne se chiffre pas ! La créativité n'a pas à avoir une rentabilité en soi. En revanche, elle conduit à de nouvelles perceptions de notre société et à des innovations qui, elles, auront un impact économique. La politique liberticide actuelle bride la créativité de l'ensemble des acteurs de la connaissance. Cette absence de liberté, accompagnée d'une mise en compétition permanente, d'une évaluation constante, de l'augmentation des charges administratives, d'une course effrénée à l'effet d'annonce immédiate, de l'absence de moyens pour assurer nos missions, génère une lassitude et un mal-être grandissant de l'ensemble des acteurs de la connaissance. Cela affecte ce qu’Albert Einstein estimait le noyau même du progrès et de l'évolution, l'imagination. Nous sommes en train de perdre la liberté de penser, de rêver, de tâtonner, de créer. Il est de notre devoir de défendre les prises de risque intellectuelles, celles qui nous conduisent aux limites de la connaissance. Pour créer, nous avons besoin de liberté de penser, d'imaginer, d'agir, d'essayer, de se tromper pour... enfin, peut-être, réussir.



17/02/2016 Christelle BAUNEZ, PhD Leader of the team "Basal Ganglia, Motivation and Reward" (BAGAMORE)- Présidente du CSI INSB

Voici une recommandation votée à l'unanimité des membres du Conseil Scientifique de l'Institut des Sciences Biologiques du CNRS:

"Soutien à la recherche fondamentale"
Le CSI, constatant que des pans entiers de la recherche en biologie sont en péril par manque de soutien financier à travers les différents appels d’offres de l’Agence Nationale de la Recherche, souhaite attirer l’attention du ministère sur cette situation. Le CSI souhaite rappeler combien une recherche fondamentale du meilleur niveau est essentielle pour l’avenir d’une nation. Il est urgent que des crédits conséquents soient réattribués aux organismes publics nationaux qui permettent le soutien de cette recherche fondamentale.




16/02/2016 - de Yannick Dappe, secrétaire du Conseil de Laboratoire du SPEC. : contribution du personnel du Service de Physique de l'Etat Condensé (SPEC, CEA, CNRS, Université Paris-Saclay, CEA Saclay 91191 Gif-sur-Yvette)

En premier lieu, la question est posée de comprendre l’intérêt du financement de la recherche par l’ANR, qui ne soutient qu’environ 10% des projets présentés, alors que les chercheurs qui les portent sont supposés « excellents » après avoir obtenu leur poste suite au passage de concours extrêmement sélectifs. En outre, ce système nuit à l’efficacité des chercheurs, par le temps passé à rédiger des projets. Il serait judicieux de redonner sa place à la recherche scientifique, qui se transforme petit à petit en recherche de financement. Ce modèle constitue de toute évidence un frein à l’excellence de la recherche. Enfin, l’ANR représente également un coût de fonctionnement non négligeable, qui se trouve directement déduit du budget total alloué à la recherche.

Le SPEC propose

  • de revoir ce mode de financement en diminuant le poids de l’ANR, pour revenir, tout du moins partiellement, à un mode de financement basé sur des crédits récurrents directement alloués aux laboratoires,
  • d’allouer une enveloppe de démarrage à tout jeune chercheur recruté afin de pouvoir démarrer immédiatement son activité de recherche, et non de perdre une année (ce qui représente également la perte d’une année de salaire) à écrire des projets pour pouvoir financer sa recherche,
  • la mise en place d’un guichet unique pour le financement des projets afin de stopper la dispersion des efforts des chercheurs dans leur recherche de financement.

16/02/2016 - Christine GANGLOFF-ZIEGLER -Présidente - Université de Haute Alsace

  • supprimer le quorum physique pour le vote du budget
  • renoncer au déclenchement de poursuites par la Cour des Comptes en dessous de 1500€, l'action et le temps passé coûtant plus cher que le résultat sans que le montant puisse laisser penser qu'il y a malversation
  • favoriser les financements de base par rapport aux financements sur projets qui font perdre beaucoup de temps et d'efficacité
  • simplifier les documents d'AAP pour que cela ne devienne pas surtout une rente pour les cabinets de conseil, prévoir des parties communes aux différents documents d'AAP pour gagner du temps.

16/02/2016 - Bertrand LAFORGE - Professeur à l'UPMC


- Les appels à projet se multiplient et ont souvent un faible taux de  succès. Cela occasionne une très grande perte du temps de recherche tant  pour les personnels qui soumettent les projets que pour ceux qui les  évaluent. Le gain net entre les moyens mis à disposition des projets  sélectionnés ne me semble pas réellement compenser la perte nette de  temps de recherche pour tout ceux qui ne passent pas la barre de la  sélection. C'est un soucis de gestion des finances publiques me semble-t-il.

- Les appels à projets ne contribuent pas à financer des projets en  rupture. Pour utiliser une parabole, ces appels sont excellent pour  améliorer la bougie mais pas pour financer l'invention de la lampe à  incandescence du fait de l'évaluation par les pairs qui travaillent sur  la bougie en général. Les ruptures scientifiques sont difficiles à  identifier et souvent leurs inventeurs font ces ruptures en opposition  avec la communauté. C'est ce que montre clairement l'histoire des  sciences dans un certain nombre de cas célèbres. Il faut donc  probablement accepter de financer des projets un peu "farfelus" dans  leur phase de départ sans trop d'évaluation extérieure en faisant  confiance aux chercheurs. C'est clairement une perte financière dans un  certain nombre de cas mais aussi les conditions nécessaires pour voir  naitre les ruptures fondamentales et technologiques dans nos laboratoires.

- La sélection des projets par les pairs est la règle dans notre domaine  de recherche depuis longtemps (mon domaine de recherche est la physique  des particules au CERN où j'ai participé à la découverte du boson de  Higgs). Les appels à projets type ANR n'apportent rien par rapport à ce  que les conseils scientifiques de nos laboratoires et instituts (IN2P3,  CERN, ...) en terme de sélection de "nouveaux projets". Décrocher ces  contrats revient bon an mal an pour nous à compenser les baisses  récurrentes du soutien de base malgré de nombreuses réussites lors des  appels ANR au sein de nos équipes. Donc il s'agit en définitive d'une  perte nette de temps de recherche. Le résultat indirect est également  une montée de la précarisation dans les personnels embauchés sur projet  et contribue à la désaffection dans les sciences : salaires bas à  qualification équivalente, précarité, peu de chance de devenir permanent  de la recherche, retard fréquent de carrière au final pour ceux qui  rejoignent le privé après de tels post-docs.

- Je suis membre d'un labex (Institut Lagrange de Paris) pour lequel  j'ai participé à la rédaction du dossier initial. Je suis membre de son  conseil scientifique depuis sa création. Cette structure a été très efficace pour  nous donner les moyens de travailler. Il est dommage que sa pérennité ne  soit pas assurée vu l'immense effort mis pour faire connaitre l'ILP au  niveau international. Il est devenu un endroit reconnu internationalement en  terme de candidatures (plus de 300 candidats post-docs par an, plus de  50 candidats PHD par an pour environ 3 à 4 postes de chaque type) et a  réellement occasionné un rapprochement des équipes qui le composent,  notamment au niveau du conseil scientifique du labex. Ce type de  structure serait encore plus bénéfique si les labex étaient plus  nombreux et profitaient à un plus grand nombre (à tous).

En ce qui concerne le transfert de technologie, je pense également que  c'est une erreur de penser que les chercheurs qui ont investi une grande  partie de leur temps et motivation pour travailler sur un sujet donné  seraient prêts à l'abandonner pour devenir entrepreneur. Le maillon qui  ne me semble pas assez exploité est celui des doctorants. Ce sont à mon  avis ceux qui peuvent se saisir d'une découverte pour participer à un  projet industriel derrière. Il faut trouver une place au chercheur dans  le dispositif mais qui doit être celui d'un consultant par d'un  entrepreneur. Par ailleurs, il me semble indispensable d'aider à la  création d'entreprises en mettant en contact des ressources différentes,  les docteurs d'une part mais aussi les commerciaux, les recruteurs, les  professionnels des montages financiers, les administratifs qui savent  organiser les structures et accompagner leur croissance et surtout la  BPI qui doit financer en priorité ces jeunes pousses.

Par ailleurs, il est déterminant de s'attaquer à la montée en puissance  des taches administratives dans les métiers de la recherche et de  l'Enseignement Supérieur. Toute tâche de cette nature impute directement  le temps de recherche utile. Notamment, il serait utile de créer des  postes d'assistant (pas de secrétaire au sens classique du terme) bien formés, polyvalent et anglophones comme il existe des assistants de  direction dans le privé.



15/02/2016 - Franz Bruckert - professeur de biologie à Grenoble INP, école d'ingénieur Phelma- directeur du laboratoire des Matériaux et du Génie Physique (UMR 5628)

Afin d’éclairer le lecteur, quelques mots sur le laboratoire que je dirige. Le LMGP est un laboratoire qui élabore et caractérise des matériaux fonctionnels, pour le traitement de l’information, la production et conversion d’énergie, et les applications biomédicales. Il est rattaché au CNRS et à Grenoble INP, depuis janvier membre de la COMUE «Université Grenoble Alpes» et comprend 45 techniciens, ingénieurs, chercheurs ou enseignants chercheurs permanents, et 55 doctorants, chercheurs post‐doctorants ou ingénieurs en CDD.
Par ailleurs, je tiens à remercier Mr Mandon de s’intéresser à l’opinion de ceux qui travaillent dans son ministère, et à vouloir recueillir leur avis. Cette attitude est trop rare pour ne pas être remarquée.

Simplification des lignes financières :

Un casse‐tête permanent de notre service administratif et financier est lié au fait que nous avons de multiples tutelles et de multiples règles de gestion. L’argent qui nous est alloué est partagé en de multiples enveloppes (personnel, équipement, fonctionnement, missions...), mais au niveau d’un laboratoire, ces subdivisions n’ont aucun sens. Nous n’allons pas placer l’argent de notre futur équipement à la banque !

C’est tellement vrai que nous avons besoin de l’expertise d’une gestionnaire de niveau A pour transvaser l’argent d’un contrat à un autre pour payer nos frais d’infrastructure, l’accès aux plateformes, le ménage, la photocopieuse... Il serait bien plus simple pour nous d’avoir une tutelle principale pour la recherche, par exemple le CNRS, et une seule enveloppe par contrat, à ventiler comme bon nous semble. La gestion financière du laboratoire s’en trouverait grandement simplifiée.

Simplification de l’évaluation des laboratoires :
Le rôle de l’évaluation des laboratoires, qu’il ait été fait par l’AERES ou l’HCERES, est à repenser. En effet, qu’on le veuille ou non, la majeure part de notre budget vient maintenant des contrats portés par des chercheurs de l’unité. Une partie des frais d’infrastructure, l’accès aux plateformes scientifiques... est payé dessus. Avec la diminution du taux de succès ANR et l’incitation forte à aller chercher des contrats à l’UE, on peut penser que le budget récurrent du laboratoire ne remontera pas dans les années à venir. Dans ces conditions, le laboratoire est devenu un consortium d’individus assemblés tant bien que mal dans des équipes, le directeur est un animateur et un gestionnaire, et aucune politique scientifique ne peut être menée à ce niveau de par l’absence de moyens financiers.

En revanche, les commissions de sélection des projets jugent de la qualité des recherches menées au préalable par les équipes qui soumettent les projets, du bien‐fondé des recherches envisagées, de la coopération attendue du consortium... C’est donc là que se prennent réellement les décisions concernant les équipes des laboratoires, qui ont des retombées concrètes pour leur activité.

De plus, les embauches de chercheurs et d’enseignants‐chercheurs sont faites par des commissions, et la direction du laboratoire n’est pas impliquée directement dans le recrutement de ses personnels, ou rarement. Il n’y a donc pas de lien direct entre les projets des équipes et les recrutements. La direction des laboratoires joue par contre un rôle important dans le suivi de carrière de tous les personnels.

Dans ces conditions, il semble donc inutile de continuer à faire une évaluation scientifique des laboratoires. Une simple évaluation des ressources humaines et financières tous les 5 ans pourrait suffire.

Simplification et unification des procédures pour les "petits projets" :

A l’instar de l’ANR, beaucoup d’institutions locales ayant quelques moyens à distribuer se croient obligéesd’y associer une évaluation extérieure préalable (LABEX, Pôles). C’est assez paradoxal, puisque ces institutions sont les acteurs de la politique scientifique locale. Pourquoi demander une évaluation pour un projet de thèse, une petite subvention d’équipement ou de fonctionnement ? Ne suffit‐il pas de considérer ce que le responsable de thèse a fait par le passé, et d’évaluer a posteriori le travail réalisé par l’étudiant ?

Cela conduit à demander encore des expertises extérieures, ce qui est vraiment une perte de temps considérable, si on considère le nombre total d’évaluations réalisées rapportées au nombre de projets financés.

Ces institutions ne sont pas totalement fautives. Elles y sont incitées par une demande bizarre qui nous a été faite, de définir notre gouvernance. Résultat, autant de LABEX/Pôles, autant de règles. Toute cette complexité est source de temps perdu et de frustrations.

Nous proposons donc que pour les projets de petite envergure (inférieur à 50 k€, bourses de thèse) gérés au niveau local, les décisions soient prises au niveau local, selon des règles identiques partout, et ne changeant pas trop souvent.

Continuité du financement des projets :

Les sujets de recherche durent davantage que la durée moyenne de financement des projets, qui est de trois ans. Un même sujet doit donc trouver plusieurs sources de financement successives, avec les risques de rupture momentanée de financement et de perte des compétences.

Il serait donc utile de donner la possibilité de prolonger les projets, dans un appel d’offres nécessairement simplifié, basé sur l’évaluation des résultats obtenus grâce aux premiers projets.


15/02/2016 -  Laetitia Guerin-Schneider - Irstea   UMR G-EAU  

Concernant la simplification du financement de la recherche plusieurs suggestions :

1) simplifier les circuits de financement, limiter les coûts de transaction et faciliter une innovation non soumise à l'approbation de financeurs externes en allouant une partie plus importante des crédits de la recherche directement aux unités (via le budgets des EPST) sans passer par des appels d'offres type ANR, ni par la recherche de partenaire financeurs extérieurs.
2) favoriser le financement de postes permanents permettant de capitaliser les savoirs et de limiter la précarité, plutôt que de favoriser les C.D.D. sur projet (cf. point précédent)
3) réaffecter une partie du crédit impôt recherche vers le financement de la recherche publique
4) prendre en compte dans le mode de financement ANR une partie significative du financement du temps des permanents (dans un E.P.S.T., les dotation de l'état ne couvrent plus l'ensemble des charges de structure + les salaires)
5) arrêter la surenchère dans le mille-feuille institutionnel (ex. IAVFF)
6) Stopper la mise en place du RIFFSEP (a minima garantir un maintien des niveaux actuelles de rémunération incluant les primes).
 


15/02/2016 - Catherine BRAUN BRETON- Professeur- Université de Montpellier -UMR 5235-DIMNP


Dans le financement des laboratoires, il faut veiller à garder un bon équilibre entre ressources pérennes sur dotation de base des laboratoires et ressources contractuelles obtenues en réponse aux appels d’offre.

Avec la création de l’ANR, la France a fait le choix il y a dix ans de favoriser le financement sur contrat dans le cadre d'appels d’offre. Les chercheurs sont en ce moment dans le pire des scénarios où ils doivent trouver de l’argent via les appels d’offre alors que l’agence nationale en charge de ces appels d’offre n’a pas assez d’argent pour financer les excellents projets qui lui sont soumis (en particulier dans le cadre du défi 4). De plus, des pans entiers de la recherche en France, y compris conduite dans des laboratoires très performants, n’ont pas d’autre guichet que l’ANR pour financer leur recherche et sont ainsi sinistrés (c'est le cas en particulier de la biologie végétale fondamentale).

Il faut relever les budgets des grands acteurs de la recherche Française et à minima doubler le budget de l’ANR.

De plus, l’organisation de l’évaluation des projets par l’ANR, en particulier au niveau des lettres d’intention laisse une bien trop grande place à l’arbitraire et mérite d’être très profondément revue et simplifiée. Les grands organismes de recherche, CNRS, INSERM, INRA... le demandent depuis plusieurs années et devraient être écoutés. L'évaluation de projets par le Wellcome trust pourrait être un bon modèle.



15/02/2016 - Mathilde Cannat, DR1 CNRS à l’Institut de Physique du Globe, Paris

Le financement de la recherche académique française s'est en effet compliqué ces dernières années. Nous avions déjà dû depuis quelques décennies nous acclimater au maquis des appels d'offre européens, mais au niveau national, le paysage académique (du moins dans ma discipline, les Sciences de la Terre) était simple : un soutien récurrent des laboratoires assez limité mais complémenté par un petit nombre d'appels à projets émanant principalement des organismes de type CNRS ou INSERM. Ces appels à projets offraient un soutien trop faible mais un bon taux de réussite. Et en tout cas on ne passait pas comme aujourd'hui un temps déraisonnable à découvrir partout de nouveaux types d'appels d'offres, à plancher sans cesse pour de nouvelles deadlines, et à expertiser les réponses de nos collègues.

Bien sûr en ce temps là il n'était guère question de mobiliser des post-docs sur un projet, et les thèses étaient financées presque exclusivement par le Ministère via les établissements universitaires. Il n'y avait donc pas comme à présent de nombreux chercheurs, ingénieurs, techniciens et administratifs temporaires dans le paysage académique. Mais rançon de cette simplicité originelle, les projets même les mieux dotés, avançaient plus lentement, les thésards n'avaient pas de perspectives de post-doctorat en France, et les chercheurs les plus créatifs n'avaient pas tous la possibilité d'encadrer des thèses (car les bourses du ministère étaient distribuées par les établissements selon leurs coutumes locales.. lesquelles ne se caractérisaient pas forcément par une priorité à l'excellence scientifique..).

Le paysage a changé depuis les années Sarkozy avec l'ANR, les Grands Emprunts, Labex et autres Idex, et avec, en accompagnement des sus-dits, l'affaiblissement des grands organismes nationaux qui jusqu'alors assuraient une certaine cohésion à la recherche académique. Diminution du soutien de base, mise en concurrence parfois jusqu'à l'absurde des établissements universitaires ... et multiplication des types d'appel d'offre:

  • Certains appels à projets sont émis au niveau local et réservés à un public déjà sélectionné. C'est le cas des appels internes aux Labex-Idex,  dont l'évaluation est souvent sommaire et le taux de succès fort.
  • D'autres appels sont nationaux mais également très ciblés non seulement thématiquement mais aussi du point de vue format (nombre de partenaires, partenariats industriels) au prix d'ailleurs d'un nombre déconcertant d'heures de réunion entre experts et représentants d'organismes publics, para-publics et industriels réunis au sein des Alliances.
  • Et enfin, portion bien plus congrue, l'ANR Blanche, laquelle hélas est aujourd'hui si mal pourvue que les taux de succès y sont inférieurs à ceux des ERC!


A ceci s'est ajouté une plus grande complexité des mécanismes de pilotage de la recherche avec en particulier les alliances évoquées plus haut, qui orientent les appels à projets pour le gros des crédits de l'ANR. Le point positif est sans doute une meilleure intégration des recherches industrielles et des recherches fondamentales les plus proches du stade de l'application. Le point négatif est que pour les recherches fondamentales les plus éloignées, ou apparemment éloignées du stade de l'application (car l'applicabilité se découvre souvent après l'invention), il n'y a plus de vrai pilote dans l'avion. L'ANR Blanche, même si ses crédits étaient magnifiquement augmentés, resterait un avion sans pilote, micromanagé par les choix des nombreux comités d'experts disciplinaires.

Le problème évidemment c'est que :

1.     il y a des personnels statutaires qu'il est dommage de laisser sans travail parce que leurs projets n'agréent ni aux alliances ni aux comités d'experts de l'ANR;

2.     il y a des infrastructures de recherche existantes qui devraient être utilisées (nous avons par exemple, c'est mon domaine, une flotte de recherche océanographique d'exceptionnelle qualité qui est clairement sous utilisée en grande partie parce que les projets visant à l'utiliser "passent mal à l'ANR");

3.     et il y a des secteurs de recherche fondamentale en amont qu'il faudrait identifier et faire émerger pour le futur (en construisant de nouvelles infrastructures, en lançant des appels à projets et en embauchant), bref, il faut un pilote à la recherche fondamentale encore en amont des applications industrielles ou sociétales.

J'entend souvent que le problème des Alliances est que les organismes publics comme celui qui paye mon salaire (le CNRS) n'y tiennent pas leur place, ne savent pas y faire, face à des industriels ou à des organismes para-publics mieux préparés aux techniques de lobbying. C'est sûrement vrai mais le problème me parait être plus simplement que la négociation entre experts lobbyistes n'est pas le format le plus adapté pour orienter la recherche. C'est utile au moment de la mise en oeuvre d'une orientation décidée en amont, et c'est bien le cas des Alliances. Si l'on décide par exemple qu'il faut développer l'usage énergétique de l'hydrogène, il est utile de réunir les partenaires du secteur, depuis l'académie jusqu'à l'industrie. Par contre pour faire émerger de nouvelles orientations en recherche fondamentale le meilleur modèle me semble être un pilote pour trancher entre les propositions, appuyé sur la consultation (colloques, ateliers de prospective, groupes de "pairs") des communautés scientifiques concernées. C'est typiquement ce que faisaient des organismes comme le CNRS et l'INSERM et c'est un exercice auquel en tant que chercheurs ou enseignants-chercheurs statutaires ou non on a tous participé à un moment ou à un autre, qui fait partie de nos compétences.

Je suis favorable dans le principe au financement de la recherche académique au moins pour partie par des appels à projet, mais la situation actuelle me parait contreproductive et injuste. Contreproductive parce que les chercheurs et enseignants chercheurs ayant un poste statutaire passent un temps fou à écrire et à évaluer des projets qui ont une chance de succès trop réduite; parce que ce système sans cohérence ne tire pas profit des atouts (personnels et infrastructures); et parce qu'il utilise de très nombreux travailleurs précaires, sans suffisamment de perspectives d'emploi pérenne et donc avec un risque fort de pertes de compétences. Injuste parce que le maquis des appels d'offres réserve quelques pépites à d'heureux initiés, pas forcément désignés par leur excellence, et aussi encore une fois du fait de la prolifération des emplois précaires, sans cohérence des conditions d'embauche, ni prise de responsabilité vis a vis du devenir professionnel des personnes concernées.

Les pistes que je proposerais a minima sont les suivantes :

1.     l'ANR devrait disposer d'un volant budgétaire permettant d'abonder le budget alloué à un appel d'offre si il s'avère que compte tenu du format demandé pour les projets, et du nombre de demandes bien évaluées, le taux de réussite pour ces demandes sera inférieur à 20%. En dessous de ce pourcentage de réussite on peut en effet dire que proposants et experts perdent leur temps. Il faudrait donc, quite à ouvrir moins d'appels à projets, assurer ce % minimum de succès.

2.     les laboratoires correctement évalués devraient disposer d'un soutien de base suffisant pour avoir une politique scientifique interne. Il est absurde que les chercheurs et enseignants-chercheurs en poste ne puissent pas faire le travail de recherche pour lequel ils sont payés parce qu'ils n'ont pas eu de financement ANR ou autre. Les financements de type Labex, qui permettent aux communautés d'établissement de développer une politique scientifique, ne peuvent remplacer ce soutien de base des laboratoires. Ces financements type Labex, de ce que j'en ai vu, me paraissent par ailleurs gérés de façon trop floue (en gros les financements me paraissent trop faciles à obtenir si on est in, et impossibles si pour une raison où une autre.. et souvent parce qu'on n'a pas passé son temps dans les réunions qui comptaient, on est out).



15/02/2016 - Renata Basto, DR CNRS, Institut Curie - Anne Paoletti, DR CNRS, Institut Curie - Franck Perez, DR CNRS, Institut Curie - Matthieu Piel, DR CNRS, Institut Curie - Jean Salamero, DR CNRS, Institut Curie - Bruno Goud, DRCE CNRS, Institut Curie

  • ANR: la garder mais améliorer son fonctionnement avec les propositions suivantes :
  • augmenter de façon significative le taux de succès (20-30%).
  • arrêter de changer les règles chaque année et fixer la même date chaque année pour la soumission des projets.
  • rétablir la possibilité de soumettre des projets « mono-équipe ». Il n’existe en effet pas de financement simple pour les équipes et il est parfois artificiel et contre-productif de forcer des collaborations pour obtenir un financement ANR.
  • arrêter d’imposer un nombre minimal d’ETP pris en charge par l’équipe versus celui pris en charge par l’ANR.
  • arrêter de multiplier les appels d’offre thématiques (renforcer les appels « blancs ») et les appels bi-nationaux.
  • arrêter d’assimiler la recherche en Sciences du Vivant à « Santé et Bien-être » et supprimer la terminologie "Défis".

* Autres appels d’offres : uniformiser les formulaires de dépôt des projets auprès des agences nationales et des fondations caritatives.



15/02/2016 - Olivier Talagrand - DR CNRS Émérite, Laboratoire de Météorologie Dynamique, École Normale Supérieure

Mes collègues ont déjà dit tout ce qui importe, ou presque, et beaucoup mieux que je ne saurais le faire, mais je tiens à préciser quelques points.

Le système actuel de financement par projets est simplement devenu absurde.

- Format imposé de projets Énormes (durée, montant, nombre de participants), interdisant de fait le financement de projets À petite
Échelle (sauf À essayer de les rattacher artificiellement À des machines à gaz).
- Gigantesque gâchis de temps dans la préparation de projets, avec une faible probabilité de succès.
- Rédaction de rapports d'Étapes ou de conclusion qui ne sont même pas sérieusement Evalués. La proportion du temps de travail consacré par les chercheurs à la préparation de projets et la rédaction de rapports ne fait que croitre au cours des années.

On est arrivé à un point où le CNRS demande aux chercheurs de mentionner dans leur rapport d'activité annuel le nombre de demandes qu'ils ont soumises À l'ERC. L'idée est-elle d'avantager les chercheurs qui passent des semaines À préparer des projets qui seront ensuite refusés ?

Le système actuel, et particulièrement l'ANR, est un excellent exemple de paralysie par la bureaucratie. Le seul avantage que j'ai trouvé à  l'ANR (bien faible au regard de ses inconvénients majeurs) est qu'elle peut fournir la possibilité, À l'occasion de la préparation de projets, d'Établir des liens avec des gens avec qui on n'aurait peut-Être pas parlé autrement.

J'ajoute :

- Salaires ridiculement bas, interdisant par exemple le recrutement de postdocs Étrangers vraiment qualifiés, qui trouvent sans peine beaucoup mieux ailleurs.

- Évaluation par des 'experts' qui sont souvent, de fait, incompétents, et cela aussi bien aussi bien lors de la sélection des projets que lors de leur Évaluation en cours ou en fin de réalisation. c'est une réalité que j'ai constatée aussi bien en tant qu'Évaluateur pressenti qu'en tant que responsable de projets. Je pense que l'idée est de choisir les Évaluateurs en dehors du cercle que connaissent les proposants de projets. L'intention est peut-Être bonne, mais le résultat est déplorable.

La solution :

- Rétablir un financement récurrent aux laboratoires (typiquement 2000 â‚/an/chercheur), permettant missions et publications au fur et à
mesure des besoins (pour un exemple spécifique, les missions que nécessite la préparation de projets de grande Échelle).

- (R)Établir des modalités de financement rapide de projets de petite Échelle (typiquement un ou deux ans, 10000€). Cela existe encore au sein l'INSU dans le programme LEFE (Les Enveloppes Fluides et l'Environnement), mais les possibilités se réduisent comme peau de chagrin.


15/02/2016 - Hubert Maitre - directeur ECAM Rennes

Aller dans le sens de la création d’un "guichet unique" pour les appels à projet. Les petites structures n’ont en effet pas forcément les moyens de mettre en place les processus de veille leur permettant d’être alertées de tous les projets les concernant, et sur lesquels elles pourraient pourtant avoir une vraie valeur ajoutée.



14/02/2016 - Association française d’ethnologie et d’anthropologie (AFEA)

L’AFEA, comme nombre des membres de la communauté scientifique en sciences humaines et sociales, déplore l’intensification de la recherche financée sur projet corrélativement à la diminution du nombre de postes statutaires. Le temps perdu dans la constitution et le suivi de dossier par les statutaires du MESR pourrait être investi dans une recherche pérenne.

L’AFEA soutient néanmoins plusieurs des propositions faites concernant la gestion des appels à projet  :
«  - Créer un portail national répertoriant par thématique et donnant accès à l’ensemble des appels à projets nationaux, européens et internationaux  ;
 Harmoniser les calendriers des appels à projets nationaux 
 Créer une plateforme nationale de réponse en ligne pour les appels à projets  »   



14/02/2016 - Teresa Teixeira (DR2 CNRS) et Mickael Cohen (CR1 CNRS) IBPC-UMR8226, Paris

Dans le contexte actuel, une grande partie du temps chercheur est dédié à la rédaction de projets ou à leurs évaluations. Si la constitution d’un projet de recherche est une démarche scientifique qui a son intérêt pour structurer notre travail et pour définir nos objectifs, la multiplication des dossiers à géométrie variable et avec des issues très incertaines a pour conséquence une perte nette de temps, d’énergie et même de motivation. Ceci constitue même une aberration économique, tant la part de notre salaire se perd dans de la rhétorique, tout en s’éloignant de la réalité de la science.

Afin de combler cette situation, nous proposons (dans un ordre de changements «  minimaux à maximaux » et mutuellement non exclusifs) :

  • Une augmentation de la durée et des budgets des financements afin de réduire le nombre de demandes et d’évaluations
  • Une augmentation du taux de succès aux appels d’offres à des niveaux d’environ 30% permettrait la rentabilité maximale des dits appels d’offres
  • Une clarification des rôles et de l’identité de la recherche fondamentale et de la recherche appliquée et technologique. L’équilibre entre ces deux types de recherche doit être absolument reconnu pour permettre un maintien de flux de connaissances soutenable sur le long terme. Par exemple, un retour à un outil ANR spécifique et dédié au financement de la recherche fondamentale serait souhaitable avec un abandon des innombrables sous-catégories actuelles.
  • Fusion des guichets publics partageant les mêmes objectifs (ex : plan cancer, ITMO Cancer, Institut National du Cancer, et autres groupements régionaux, municipaux, départementaux....)
  • Réutilisation des évaluations lorsqu’il y a convergence d’objectifs (ex : ERC à l’ANR générique ; évaluation ANR d’une année à l’autre)
  • Disparition de l’ANR au profit d’une réallocation des budgets de recherche publics aux EPST et Universités qui détiennent des informations nécéssaires et suffisantes pour décider des dotations (évaluations des chercheurs, équipes, unités, etc... avec une redéfinition des instances d’évaluation).


14/02/2016 - Raphael Leblois, représentant d'un collectif d'agents du Centre de biologie pour la gestion des populatons, UM INRA, IRD, Cirad et Montpellier Supagro

Suppression de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) et du Crédit Impôt Recherche : tous les fonds reviennent dans le budget des instituts de recherche qui mettent en œuvre leurs politiques scientifiques via les unités de recherche (UPR/UMR). La part de financements récurrents devrait être considérablement augmentée et représenter 50 à 75% des crédits des unités, de manière à ce que les laboratoires eux-mêmes puissent conduire leurs projets d’unité sans dépendre quasi-exclusivement des appels d’offre des multiples guichets. Conserver un guichet pour des financements incitatifs liés à l’innovation et un guichet européen.
 
Le montant de la dotation récurrente est ajusté en fonction de l’évaluation de l’unité (respect des engagements et qualité des réalisations du quinquennat précédent et qualité du projet pour le suivant) et s’entend pour 5 ans. Cette dotation inclut des bourses doctorales et post-doctorales. La répartition et la gestion de ces crédits dans l’unité sont assurées par le directeur de l’unité (avec des administratifs au sein de l’unité) en accord avec un conseil d’unité au pouvoir renforcé.



13/02/2016 Pascal Demoulin - Astronome Adjoint hors classe à l'observatoire de Paris

Comment simplifier l'ESR ? Comment dynamiser la recherche?

  • Simplifier drastiquement le millefeuille de l'organisation de la recherche.
  • Donner aux laboratoires des financements permettant le fonctionnement de base de la recherche (permettant pour chaque chercheur un équipement informatique non obsolète et une à deux missions pour présenter ses travaux par an). Bref, c'est redonner aux chercheurs les moyens de travailler sans avoir à gâcher son temps à rechercher un petit financement pour le travail quotidien.
  • Ne plus multiplier les appels à projets pour financer toute la recherche, mais limiter ces appels à des projets importants, le financement des laboratoires étant assuré par des crédits récurrents pérennes. Ceci permettrait de gagner beaucoup d'heures pour faire de la recherche et non pas pour écrire des propositions de financement ou des évaluations de propositions (le plus souvent faites par des personnes non compétentes dans le domaine).
  • Avoir une vision à long terme. Les contrats à courts termes (1-2 ans) ne permettent de faire qu'une recherche tronquée qui se focalise sur ce qui est déjà à peu prés connu, et pas sur une recherche innovante qui aurait besoin de temps pour murir (en parallèle avec des projets à court terme). A force de faire uniquement de la recherche à court terme, on bloque les avancées significatives.


En résumé, il faut redonner aux chercheurs l'envie de faire une recherche innovante en ne gaspillant pas les ressources (financement et temps de travail) à faire autre chose que de la recherche. L'évaluation de la recherche devrait porter avant tout sur ce qui à été réalisé et non pas sur l'évaluation de projets.


13/02/2016 - Cyril Buttay -  chargé de recherche CNRS - Laboratoire Ampère - INSA de Lyon

1- Un point de complexité, c’est le financement quasi-uniquement par projets : nos financements récurrents permettent désormais uniquement de couvrir la location des locaux et le fonctionnement le plus basique (téléphone, etc.). Si une part de financement par projet semble utile, il est absurde de financer du personnel sans donner au laboratoire une dotation de base permettant un minimum d’activité. Proposition : augmenter la dotation de base (en transférant une partie du financement par projet, ou en re-dirigeant une part du crédit impôt recherche, dont l’efficacité est discutable). Autre proposition : associer un budget de démarrage aux embauches de chargé de recherche : celles-ci se font sur projet de recherche, il serait logique de fournir aux candidats retenus les moyens de démarrer leur travail.

2- Chaque organisme (au niveau local, régional, national ou européen) fonctionne sur le principe de l’appel à projet. Et chaque projet a un format différent. Par exemple, je viens de découvrir qu’un des projets auxquels je participe permet d’embaucher du personnel, mais pas de financer leurs missions pour autre chose que des conférences internationales ou les réunion de travail du projet (pas de formation, par exemple). Certains financeurs ne financent que l’amortissement d’un équipement, alors que d’autres refusent de contribuer à l’amortissement d’un équipement. Et au final la plupart des financeurs (à commencer par l’ANR), sont incapables d’évaluer réellement le niveau de succès d’un projet. La barrière d’entrée est ainsi très élevée (fort taux d’échec), mais il n’y a pas de contrôle à posteriori. La simplification passe ici par une réduction du nombre de guichets, l’uniformisation des conditions de fonctionnement, et une simplification de ces règles (avec une affectation moins rigide des fonds entre les différents postes de dépense). Encore une fois, re-diriger une partie de ces fonds vers la dotation de base des laboratoires permet un pilotage de leur politique scientifique au plus près des chercheurs.


13/02/2016 - Confédération des Jeunes Chercheurs et l'Association nationale des docteurs

A l'heure actuelle, la diffusion des offres d'emplois issues de ces appels à projets n'est pas encore systématique ce qui complexifie la diffusion des offres pour les chercheurs en charge des projets, et leur recherche par les candidats. La mise en place d'une procédure de diffusion systématique sur le portail Euraxess Jobs des offres d’emploi financées par des projets de recherche (pour des projets de recherche doctoraux ou post-doctoraux) permettrait de simplifier le processus de diffusion et de consultation de ces offres.



13/02/2016- Pierre Lesaffre- chercheur CNRS/LERMA (ENS/LRA, Observatoire de Paris)

Rendez sa liberté au chercheur: elle est essentielle pour l'épanouissement des idées.
Aujourd'hui les fonds de roulement sont à un niveau si faible que la moindre activité nécessite de faire des demandes de fonds. Il faut alors s'adresser à une multitude de guichets différents, d'autant moins bien dotés qu'ils sont de plus en plus nombreux, et il faut faire plier son projet aux exigences particulières de chacun d'entre eux.
Je conçois qu'une agence de moyens rende possible des projets plus visibles et plus ambitieux pour un temps, et il faut reconnaître que l'ANR a sans doute fait du bien au développement des post-doc en France. Mais le déséquilibre est devenu absurde. Aujourd'hui, on finance la recherche en fonction de ce qu'on dit qu'on va faire, pas de ce qu'on a réellement accompli et pire: on se lie pieds et poings à ce qu'on a promis. Comment espérer la découverte d'idées brillantes dans ces conditions ? On ne se lance plus dans l'inconnu.
Voici donc le système dont je rêve. Prenez le budget de fonctionnement de la recherche, divisez le en deux parts égales (voire... la première part au moins aussi importante que la deuxième). Distribuez la première part équitablement entre chaque chercheur, qui en dispose librement (équipement, fonctionnement, dotations de stage, missions pour lui-même ou ses collègues en France ou à l'étranger...) et en rend compte à la fin de l'année. Il rend éventuellement le surplus non utilisé au pot commun qui constitue la deuxième part. Cette deuxième part pourrait alors être distribuée sur projet à travers un guichet unique pour permettre des projets plus ambitieux et le cas échéant imprimer une politique de recherche.
Vous économiseriez ainsi du temps et de l'argent public. Mais surtout, vous rendriez ainsi au chercheur sa disponibilité d'esprit.


12/02/16 - Andreas Kaiser- Directeur de la Recherche, Groupe HEI ISA ISEN - Directeur de l'ISEN Lille -DR CNRS, Labo

1. Réduire le morcellement des AAP et des projets dans les laboratoires, qui représentent une charge d'instruction considérable et conduisent à des politiques scientifiques opportunistes.
La majeure partie du financement de la recherche, hors postes statutaires et grands projets d'infrastructure, se fait aujourd'hui via des appels à projet, venant de divers organismes (ANR, ADEME, ANRT, FUI, FEDER, INTERREG, Conseils régionaux, Métropoles, ...). Ceci représente un très grand nombre d'appels à projets conduisant à de nombreux dépôts de projets. Les appels à projets ont pour vertu de créer une "dynamique" du système. Ils ont cependant dans la mise en œuvre actuelle deux inconvénients majeurs :

  • La gestion des appels à projet représente un coût important, souvent sans rapport avec les sommes effectivement distribuées. Les dépôts de projets consomment un effort considérable (écriture, instruction, expertise, ...) qui n'est pas mesuré. C'est en effet du temps de travail de chercheurs et administratifs existants qui contribuent pour une partie croissante de leur temps à cet effort. En moyenne, un chercheur ou enseignant-chercheur dépose 3 à 4 demandes de projet par an, dont un dixième, voire moins, aboutit à un financement. Les mêmes enseignants-chercheurs sont sollicités pour expertiser les dossiers.
  • Les appels à projet empêchent la mise en place d'une véritable politique scientifique au niveau des équipes ou des laboratoires. Beaucoup de ces projets financent dans une équipe (ou dans un laboratoire) une thèse, éventuellement avec un peu de fonctionnement. Dans certain cas il s'agit de simples co-financements, obligeant de trouver au moins deux sources de financement pour le même projet. Les travaux deviennent donc "opportunistes" en fonction des appels à projets remportés. Il devient très difficile, voire impossible, de mettre des moyens suffisants sur une thématique pour obtenir des résultats significatifs. Cela conduit donc à un émiettement qui n'est que très partiellement compensé par la coopération avec d'autres laboratoires ou entreprises généralement requise dans les appels à projet.

Afin de réduire les effets négatifs, il est nécessaire de réduire le nombre de projets, et simultanément améliorer les résultats et la conduite de ces projets. Ceci peut se faire via des projets plus structurants avec :

  • Une durée des projets plus longue (3 - 5 ans)
  • Des moyens plus concentrés (2 à 3 partenaires maximum)
  • Des moyens importants pour chaque partenaire (au moins 2 à 3 financements de thèses avec investissements et fonctionnement associé)
  • La rémunération du travail d'expertise afin d'améliorer la qualité des expertises et de faire apparaître cet effort dans les budgets

2. Simplifier et améliorer les règles de financement
Les règles financières des projets sont souvent inadaptées au fonctionnement des laboratoires. Ils prennent en effet seulement compte des frais directs des projets, alors que les laboratoires ont de plus en plus besoin de financer leur fonctionnement global, y compris la politique scientifique, par l'intermédiaire des projets. Le montage des projets, la production scientifique etc. occasionne également des coûts qui sont souvent non-éligibles car engagés avant ou après la période officielle de fonctionnement du projet concerné.
Les règles sont souvent inappropriées pour les structures associatives privées, notamment les EESPIG. Ces structures sont soit traités comme des organismes publics alors qu'elles ne disposent pas de soutien de base de l'état, soit comme des entreprises alors qu'elles n'ont pas d'intérêt commercial dans la réalisation des travaux de recherche.
Les mesures suivantes seraient de nature à simplifier et améliorer l'utilisation des financements obtenus dans le cadre des projets :
a. Financement à 100% du temps consacré à la recherche des personnels (hors postes statutaires) quel que soit leur statut (doctorant, post-doc, CDD, CDI)
b. Financement dans une certaine proportion des frais de fonctionnement (déplacements, congrès, ...) même si ces frais ne sont pas directement liés à l'exécution du projet
c. Participation au financement des infrastructures et de la politique de ressourcement des équipes/laboratoires afin de permettre une politique de recherche des établissements/laboratoires
d. Mettre au point des règles de justification simplifiées et unifiées pour les établissements ESR publics & privés non-lucratifs (EESPIG) pour l'ensemble des aides quel que soit la source (Europe, Etat, Régions, ...) afin de réduite l'effort d'administration, de justification et de contrôle de ces dépenses
e. Valoriser davantage la qualité des résultats par rapport au financement et non le simple contrôle administratif des dépenses

12/02/2016 Christophe Salomon - Directeur de Recherche au CNRS

1) Surtout augmenter les moyens attribués a l'ANR de façon a atteindre un taux de financement de 25% au moins qui est le taux minimum observé dans tous les pays scientifiquement bien organisés.
Avec un taux de succès de 9% environLa France fait exception à cet égard et cela nuit considérablement a l'efficacité de notre recherche.
Bien sûr, le taux de support récurrent de nos laboratoires, déjà très bas, ne doit pas baisser.

J'estime qu'il faut injecter environ 800 millions d'euros supplémentaires annuels dans la recherche publique pour rétablir une situation de financement décente de notre outil de recherche.

2) La part consacrée aux programme blancs (bottom-up) devrait etre de 40%.

3) La réforme des programmes du secondaire avec une diminution des mathématiques et de la physique conduit a un affaiblissement alarmant du niveau scientifique des élèves en prépas et dans les écoles du supérieur.

12/02/2016 - Konrad HINSEN - Chercheur au Centre de Biophysique Moléculaire (CNRS)

Pour simplifier la gestion des appels à projets, je propose la mesure suivante:

Réserver les appels à projets aux projets d'envergure, et introduire des dispositifs de financement plus légers pour les projets de taille plus ordinaires.

Un grand nombre de sujets de recherche peuvent très bien être poursuivis par une seule équipe, ou par une collaboration entre plusieurs équipes dont chacune s'occupe indépendemment de ses financements. Il faut donc permettre à une équipe de demander des moyens juste pour financer une thèse ou un postdoc et les besoins matériels associés. Une telle demande devrait être évaluée de façon légère et à une échelle locale ou régionale.

Actuellement, avec l'ANR comme seule source de financement dans la plupart des disciplines, les chercheurs sont contraints de construire des consortiums fictifs avec d'autres chercheurs dans la même situation, et inventer un thème commun. Ensuite, l'évaluation du projet prends un temps important aux experts et aux administrateurs.

Une telle procédure lourde n'est justifiée que pour des projets qui nécessitent réellement un financement coordonné, ce qui est l'exception. Réserver les appels à projet aux situations ou ils sont réellement utiles serait une contribution importante au désengorgement de l'ANR.

12/02/2016 - Franck Guy, CR CNRS, Université de Poitiers & collectif de 14 agents de la recherche (*)

(*) Collectif constitué d'un Professeur des Universités, un Directeur de Recherche CNRS, six Maîtres de Conférence, deux Chargé de Recherche CNRS, un Ingénieur de Recherche CNRS, un Post-Doctorant, un Doctorant, un agent d'appui à la recherche.

Les appels d'offres ANR assurent une part significative des financements de la recherche en France, mais les montants alloués ne concernent qu'une faible proportion des nombreux projets scientifiques proposés avec des taux de réussite qui sont depuis quelques années inférieurs à 10%, en-deçà des résultats des évaluations de l'ERC (source: https://erc.europa.eu/statistics-0). Cet état de fait, lié à une réduction des budgets, induit des modalités d'évaluation qui, simplifiées ou non, sont inadéquates et trop aléatoires.
Paradoxalement, le bénéfice octroyé aux plus méritants ou plus chanceux d'entre nous est bien en deçà du coût total du dispositif ANR, que cela soit en termes de gestion simple du dispositif, en termes de temps de travail infructueux, donc vain, pour les chercheurs dont les projets ne seront pas financés (plus de 8400 projets déposés pour la campagne 2013/2014), et en termes de temps passé par les probablement nombreux évaluateurs des projets. Le tout correspond à un investissement faramineux pour un processus s'apparentant finalement au tirage au sort de quelques 800 projets (voir aussi l'article de Sylvestre Huet1 quant à l'image médiatique véhiculée par l'ANR)...Une première simplification serait d'investir directement ces sommes dans la Recherche plutôt que de les dépenser en administration de la recherche. Une approche intégrant des projets de plus faible envergure (e.g., 30-50 k€) - en maintenant un équilibre avec des projets plus conséquents quant au financements demandés - pourrait être envisagée via, peut-être une organisation moins lourde et moins couteuse que l'ANR. Cela permettrait de dynamiser la recherche prospective, étape préalable à toute démarche scientifique qu'elle soit "finalisée" ou "fondamentale" notamment dans le domaine des sciences expérimentales. Cela permettrait également de rationaliser les coûts de ce type de recherche (une bonne partie des projets ANR incluent "artificiellement" l'achat de gros équipements, bon nombre intègre de multiples CDDs de type post-doc, techniciens pour pallier les manques de personnels dans les laboratoires).
La faible efficacité de l'ANR est d'autant plus préjudiciable que les projets financés ne le sont pas de façon homogène selon les thématiques scientifiques. Les raisons sont complexes mais tiennent en partie aux modalités - mal pensées - de répartition des budgets selon les axes de recherche ou défis de l'ANR. Ces défis correspondent à des objectifs prédéfinis - parfois faiblement fondés (cf. faible nombre de pré-propositions pour certains défis e.g., 0,83% des pré-propositions pour le défi Liberté et Sécurité de l'Europe ou encore 2,44% pour Mobilité et Systèmes Urbain Durables) avec une vision à court-terme de la science, une obsession de l'application et un rejet constaté et de plus en plus prépondérant de la Science fondamentale, exploratoire, à potentialité non quantifiable à l'échelle de temps d'un projet ANR (3 ans en moyenne).
Il est d'autant plus dommageable que les quelques projets/chercheurs financés ont de fait plus de ‘chance' d'accéder à d'autre sources de financement, puis d'autres, de manière cumulative... Ce système, loin d'être réellement compétitif, ni finalement rentable et sans bénéfice avéré pour la société, creuse les inégalités au sein de la recherche française. Un fossé entre recherche appliquée/finalisée (en PPP le plus souvent, donc utile ?) et recherche fondamentale ; un gouffre entre idées politiquement correctes parce que éco-politiquement pilotées et idées dont l'impact socio-économique immédiat n'est pas évident et donc l'impact socio-économique à long terme n'est pas évaluable.
Ce système n'est plus tenable et est à l'origine d'un mécontentement croissant dans la communauté scientifique. Il est aujourd'hui crucial, plus que de simplifier, de rétablir une gestion raisonnée, à long terme, de la Recherche avec une nouvelle harmonisation des financements pour la recherche finalisée et fondamentale. Il est crucial de rehausser les modes de financement récurrents et d'avoir un investissement de l'État plus apaisé, prenant en compte le professionnalisme et les compétences des acteurs de la recherche plutôt qu'une distribution aléatoire via l'Agence Nationale de la Recherche.
(1) http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2014/06/un-futur-directeur-déjà-contesté-pour-lanr-.html

12/02/2016 Manuel Pelletier, Ingénieur de recherche C.N.R.S.

Bonjour,

Je souhaite apporter ma contribution pour la simplification du financement de la recherche publique.
Je pense que le système actuel comporte trop de phases d'évaluation a priori, qui sont souvent complètement artificielles, ou mal menées, et qu'il faudrait plutôt des évaluations sérieuses a posteriori avec un réel travail de la part des évaluateurs.
Je pense aussi qu'en dessous de certaines sommes, à mon avis de l'ordre de 25 k€, il faudrait laisser les unités de recherche, ou le niveau proche du terrain, effectuer leur évaluation a priori des projets. En effet, si l'on considère le temps consacré à l'écriture des projets, et ensuite à leur évaluation (qui comporte de plus en plus une présentation orale à un comité à un niveau intermédiaire, suivi souvent d'une évaluation par une tutelle), il est économiquement absurde de consacrer autant de temps pour des budgets aussi faibles. Je propose donc que pour tous ces appels d'offres, soit l'argent est redistribué directement aux laboratoires, soit on effectue un tirage au sort des candidatures. Je suis persuadé que le résultat scientifique n'en sera pas plus mauvais. Et au moins, on aura gagné du temps, et donc de l'argent.
Exemple : dans le cadre d'un appel à projet Région, le chercheur doit d'abord subir l'évaluation en interne de son laboratoire, à qui on demande d'établir un ordre stratégique, ensuite, présentation du dossier à l'oral devant le comité scientifique du pôle scientifique de l'université, qui a fait travailler deux ou trois rapporteurs sur le dossier. Ensuite, classement des projets, qui reprend en fait celui des laboratoires, pour envoi à la région, qui fera une évaluation à nouveau des projets. Certains projets demande un soutien de 6 k€ ! Chercher l'erreur. La région, ou tout autre financer, devrait fixer des objectifs et des contraintes fortes au départ (exemple interdisciplinarité), faire une répartition selon une grille simple du style nombre de chercheurs par labo, ou selon ses priorités (santé, matériaux, environnement, .) puis laisser ensuite les labos décider de comment se répartir l'argent sous le contrôle a postériori des pôles et des tutelles. Si un labo ne joue pas le jeu, alors il est grillé pour l'année suivante.

Par ailleurs, et c'est certainement le point le plus important à améliorer, il faut redonner la main comptable au laboratoire. Il faut leur laisser une liberté totale dans l'utilisation des crédits, avec une fongibilité qui pourrait être complète entre les différents postes (Fonctionnement, équipement, salaires). En effet, le système actuel conduit d'une part à répondre à de (trop) nombreux appels d'offre, mais surtout à être obligé de passer un temps inimaginable pour gérer ces petits bouts de budget qui sont tous contraints par des règles contradictoires. Je propose que la justification des sommes employées se fasse au niveau des unités, a posteriori avec une fongibilité complète des ressources. Que les tutelles (université, EPST, ...) donne l'argent en gestion directe au unité de recherche, et que les agences comptables des tutelles ne soit présentes que pour contrôler et valider les opérations. Les personnes dans les laboratoires ne sont pas des imbéciles qui vont faire n'importe quoi avec l'argent. Il y en a trop peu pour générer de vraies dérives. De plus, ce sont les personnels des laboratoires qui vont chercher l'argent pour leur travail, et il est incroyable que l'on ne leur laisse pas la gestion totale de ces sommes.
Actuellement, les personnels passent plus de temps à écrire des projets, dans tous les sens, pour un taux de refus qui augmente de plus en plus (sans que cela améliore vraiment le niveau de la recherche, mais passons), mais surtout, cela génère des temps de gestion et d'administration qui sont de plus en plus long par rapport au temps consacré à la recherche proprement dite.


Si je devais être radical, je proposerais au gouvernements de faire une diminution de 25% de l'argent globalement consacrée au fonctionnement
de la recherche publique (hors gros équipement ), de redistribuer directement aux laboratoires ces sommes, mais en leur donnant toute liberté quand à l'utilisation de ces fonds. Enfin, j'interdirais à tout personnel de répondre à plus de trois appel d'offre dans l'année, comme porteur ou associé dans un projet.

Il faut aussi laisser la liberté aux laboratoires et à leur personnel de ne pas passer par un marché public lorsqu'ils trouvent moins cher hors marché !!!! Il est quand même délirant de devoir justifier auprès du fournisseur que vous avez trouvé un billet d'avion moins cher que celui qui vous est proposé par la centrale d'achat, alors que c'est son travail ! On est alors obligé de faire deux fois plus de démarches administratives, et donc de perdre du temps et de l'argent : c'est la double peine !

Enfin, je suis tout à fait disposé à recevoir dans mon laboratoire toute personne du ministère qui n'a pas eu la chance d'être formée à la recherche, pour lui montrer le quotidien d'un laboratoire, et voir les dégâts de la gestion par les feuilles excel !


12/02/2016 - Theophile Ohlmann - Directeur de recherche INSERM - CIRI-ENS de Lyon

L'évaluation de notre activité est une étape incontournable et nécessaire au bon fonctionnement de la recherche. En tant que Directeur de recherche et directeur d'équipe, mes évaluations sont multiples.
A titre individuel, je suis evalué tous les deux ans par l'INSERM
L'equipe est évaluée tous les 5 ans par l'HCERES, l'INSERM, le CNRS, l'ENS, l'Université de Lyon (qui sont les principales tutelles).
En plus de ces évaluations directes, notre travail est constamment jugé, et de manière internationale, par le biais des publications. S'ajoute à cela une autre série d'évaluations indirectes au travers des appels à projets auxquels nous repondons, et ils sont nombreux.
 
Si ces évaluations n'étaient que redondantes, ce serait déjà fort dommageable et inutile mais le système est encore plus cocasse car les conclusions de ces évaluations peuvent être contradictoires: une équipe performante au niveau des publications et des notations peut se retrouver depourvue de financement. A titre individuel, je n'ai pas obtenu de contrats ANR depuis 2009 et ce n'est pas faute de ne pas avoir participé.
 
Serait il possible d'uniformiser les systèmes d'évaluation et ainsi garantir qu'une équipe jugée performante puisse mener à bien sa recherche?
Quitte à être plus sévère dans ces processus d'évaluation. On pourrait ainsi réserver une partie des appels à projet aux équipes mal évaluées ce qui leur donnerait la possibilité de rebondir en présentant des projets originaux à fort potentiel. Il me semble que cela réduirait considérablement le nombre de demandes à examiner et permettrait une répartition plus juste.



 

12/02/2016 - SNESUP

Préambule aux propositions

Propositions AAP

12/02/2016 -  Christine Buisson - Directrice de Recherche à l'IFSTTAR

Pour simplifier, choisissons la solution la plus simple !

Simplifier la gestion des appels à projets ! Ah, quelle bonne idée ! cela permettrait de réduire le temps inutile gaspillé à
1/ écrire des réponses qui ont une très faible chance d'être retenues,
2/ analyser ces réponses et faire des classements,
3/ gérer, pour les quelques chanceux, des projets dans lesquels on fait rentrer tout un ensemble de thématiques pour qu'elles puissent, au moins une fois, être financées, et traiter des problèmes administratifs pour lesquels les chercheurs n'ont aucune formation, aucun goût ni aucune compétence !

 La solution de simplification la plus simple consiste à faire en sorte que les EPST et les universités aient les moyens de financer de manière régulière, sans aucune procédure coûteuse de tri, les recherches. Il suffit de leur transférer l'argent des appels à projet et de leur demander d'attribuer une somme uniforme à tous. Après tout, nous avons tous passé des concours hautement sélectifs, et depuis, nous sommes évalués par nos pairs. Il existe donc, déjà, des procédures qui s'assurent de la qualité de nos recherches indépendamment de la surcouche appels à projets. Classer nos réponses à ces appels est donc une activité en doublon.

Plusieurs avantages à ce transfert de l'argent des appels à projets vers une dotation régulière. Le premier, nous aurons enfin le temps de faire de la recherche de manière sereine, sans publier plusieurs fois (presque) la même chose pour gonfler artificiellement nos dossiers et augmenter nos chances de gagner des appels à projets. Plus important encore, nous aurions une recherche plus collaborative, plus soucieuse du bien public, plus désintéressée, et finalement, une meilleure science.


11/02/2016 - Marie-Therese Dimanche-Boitrel - Directeur de recherche INSERM - IInstitut de Recherche en Santé-Environnement-Travail - UMR INSERM U1085

Comme de nombreux collègues chercheurs et enseignants-chercheurs, j'ai constaté depuis 10 ans une nette dégradation de nos conditions de travail:

  • baisse des moyens alloués à la recherche avec la création de l'ANR qui ne joue pas le rôle qu'on aurait pu espérer puisqu'à peine 10% des projets sont financés. Même constat pour les projets européens.
  • perte de temps pour les chercheurs et enseignants-chercheurs à écrire des projets de 30 pages qui ne sont pas financés.
  • augmentation de la précarité du travail dans le domaine de la recherche avec une augmentation sans précédent du nombre des CDD, ce qui n'incite pas les jeunes à aller vers les métiers de la recherche.  D'autre part, pour les équipes, le savoir-faire acquis par le CDD, qui  s'en va au bout de 2 ans et 10 mois (la loi Sauvadet), ne peut pas être pérennisé.


Il ne s'agit pas uniquement d'aller vers une simplification nécessaire du processus des appels d'offres nationaux en les regroupant dans un guichet unique mais d'aller vers une autre politique de la recherche en France par une augmentation du budget de la recherche.

  • Augmenter le budget de l'ANR (850 M€ en 2008 qui est tombé à 535 M€ en 2014) pour qu'au moins 35 % des projets soient financés chaque année.
  •  Diminuer la taille des projets à 15 pages (ce qui diminuerait le temps passé par les chercheurs et enseignants-chercheurs à les rédiger) et soulagerait les évaluateurs.
  • Ne plus demander d'expertise par des chercheurs étrangers car la recherche est très compétitive sur le plan international. Les projets de recherche sont confidentiels et doivent rester dans le périmètre national et ne pas être divulgués à nos compétiteurs.
  • Augmenter le budget de la recherche alloué à la recherche publique car les entreprises bénéficient du Crédit Impôt-Recherche qui n'est pas toujours utilisé à bon escient. Il n'y a pas de recherche appliquée sans une recherche fondamentale forte.
  • Augmenter le nombre de recrutement des jeunes dans les métiers de la recherche publique (pour l'instant 1 embauche pour 1 départ à la retraite) afin de ré-attirer les jeunes vers ces métiers.

11/02/2016 -Michel Tauc, directeur de recherche Inserm, Université de Nice-Sophia Antipolis

Par essence la recherche fondamentale, tout au moins dans les sciences à connotation bio, ne peut être génératrice de nouveaux concepts que dans un cadre de liberté que ne favorisent pas à l'heure actuelle les sources de financement disponibles et notamment celles accordées par l'ANR. Son budget est en constante chute et son mode de fonctionnement détourne le chercheur de sa vraie fonction. Le rôle de celui-ci est de générer des idées et pas de rentrer dans celles préétablies par des technocrates en mal de finalités sociétales même si celles-ci représentent la toile de fond de toute démarche scientifique actuelle. Ainsi les programmes blancs ont disparu et les appels à projet ANR sont devenus une épreuve qui doit s'inscrire dans l'air du temps en respectant l'utilisation de mots clés, de codes préétablis et en oubliant l'originalité qui par essence est source de risque, notion bannie par avance dans un concours où les résultats préliminaires demandés sont tels que globalement le financement concerne des projets déjà terminés, tout au moins dans le concept. La preuve en est que l'on demande aux porteurs de projet les résultats qu'il obtiendra dans 3 ans et leur valorisation en terme de rentabilité. Ce genre de critère est inconcevable dans la recherche fondamentale où l'orientation prise dépend à chaque instant des résultats obtenus au jour le jour. Cette conception est difficile à admettre pour des dirigeants qui essayent d'appliquer à la recherche le modèle de planification et de rentabilité rencontrée dans le monde industriel dont le fonctionnement s'accommode plus facilement à cette démarche. La recherche se nourrit d'échecs, c'est un fait, il faut savoir l'admettre.
Le budget de la recherche n'atteint pas les 3% préconisés du PIB pour être efficace. Dans ce contexte budgétaire difficile une très grande simplification administrative devrait être de mise et la répartition budgétaire repensée. Un soutien de fond décent des laboratoires permettant l'émergence de connaissances tous azimuts associés à des efforts financiers supplémentaires sur des thématiques prioritaires permettraient à la recherche fondamentale de ne pas s'assécher de son savoir faire de base et de promouvoir des actions à fortes plus values ajoutées.
Le système de sélection des projets ANR devrait être également repensé et considérablement allégé. Le diagramme même du chemin d'évaluation des projets devient incompréhensible et demande des mois de travail retardant d'autant leurs mises en place. Surtout qu'au final ces mois de travail peuvent être anéantis par quelques phrases laconiques sans droits de réponse. Et que dire d'un système qui génère 90% d'échecs...les lois de l'évolution l'auraient éradiqué depuis longtemps.
Que penser des expertises étrangères dans une époque où l'on n'arrête pas de nous alerter sur les problèmes de protection de la propriété intellectuelle. Que celui qui n'a jamais été influencé par les projets des collègues jette la première pierre. D'autant plus que cette expertise étrangère exerce toujours une forte pression puisque le chercheur y est en permanence confronté lors de la soumission de ses papiers dans les revues à comité de lecture.
Par ailleurs il serait impératif que les équipes très bien évaluées par l'HCERES sur ses projets obtiennent de facto le financement ANR qui va avec, hors c'est loin d'être le cas. Dans le cas contraire beaucoup de jeunes chercheurs talentueux risquent de se tourner vers d'autres horizons ce qui serait et est déjà catastrophique.

11/02/2016 -  DESBAT Laurent - Pr. UFR IM2AG, UGA

Le coût de l'inflation des APP : CEE, A.N.R. mais aussi des régions, des universités, les idex, des labex, etc. devrait être évalué. Un ré-équilibrage vers un soutien de base renforcé serait probablement plus efficace.


11/02/2016 -  Bertrand SERAPHIN - Directeur de Recherche, C.N.R.S., IGBMC - Illkirch

 L'A.N.R. bénéficierait d'une optimisation de son mode de fonctionnement pour le financement des projets de recherche. Quelques idées non-exhaustives :

  • Limiter le travail de préparation des dossiers: Des données inutiles sont collectées telles que le coût complet (approximatif) du projet. Il faut revoir les informations demandées pour les limiter au strict nécessaire. (Le coût complet approximatif peut être estimé par une proportion.)
  • Accroitre la durée des projets: Avec des projets de 5 ans au lieu de 3 on rentabilise le travail investit dans l'évaluation et on diminue simultanément le nombre des demandes.
  • Eviter les fuites d'idées: En ayant un nombre massif de projets évalués à l'étranger et non-financés, on facilite la fuite des idées. Dans le contexte actuel, il devient difficile de financer des projets réellement originaux et risqués. Une meilleure répartition des moyens serait bénéfique et, au delà de l'A.N.R., des financements de base sont nécessaires.
  • Recentrer l'activité des chercheurs sur les expériences et les publications plutôt que sur la recherche de financements en augmentant le taux de succès au travers de financement plus élevé. La structure de base du projet est l'équipe plutôt que le consortium. Il faut faciliter les financements d'équipes.
  • Prendre en compte les évaluations antérieures et les réponses aux commentaires dans la réévaluation d'un projet. Le temps des reviewers investi dans la critique constructive d'un projet et les efforts des chercheurs apportant des réponses sont autrement perdus.

 11/02/2016 - Cécile Hardouin - Maitre de conférences - Laboratoire MODALX - Université Paris Ouest Nanterre La Défense

Il faut trouver un moyen de réduire les délais entre les appels à projet et le remboursement des fonds au bénéficiaire. Pour exemple, je pars en CRCT 6 mois dans une université à l'étranger. Je bénéficie d'un financement de mon laboratoire et du labex, suite à l'acceptation de mon projet.
Mais je dois faire l'avance des 6 mois de séjour, ce qui est extrêmement lourd. Les fonds du labex ne seront versés à l'université qu'au retour de mission sur la base d'un rapport écrit (et des justificatifs).

Le problème du financement des missions rend les séjours longue durée vraiment difficiles à organiser.



11/02/2016 -  Mathilde BADOUAL -  enseignant-chercheur de l'université Paris Diderot

 Je pense que si on faisait la somme des heures de travail passées à rédiger des projets et que l'on calculait le coût pour les employeurs publiques, on arriverait à des sommes astronomiques, sans compter la frustration et la démotivation que la non-acceptation d'un projet peut engendrer.

Il faut augmenter le soutien de base des laboratoires, afin que ceux-ci puissent financer de nouveaux projets risqués. Maintenant, il faut d'abord chercher un "petit" financement pour avoir les données préliminaires, puis ensuite un gros financement, aucun des deux n'étant facile à avoir. En tant qu'enseignant-chercheur, c'est déjà difficile de faire de la recherche, si en plus il faut passer des jours et des jours à remplir des demandes de financement, il ne reste rien !


 
 11/02/2016 - Laurent Pagani -  Directeur de Recherche au C.N.R.S., Observatoire de Paris


La simplification c'est simple : supprimer tous les appels à projets, en premier lieu l'A.N.R. qui est un gaspillage de temps et d'argent.

Je passe une partie non-négligeable de mon temps à faire des demandes de crédits pour "gagner" une bourse de thèse ici,un peu d'argent de mission là, et le plus souvent pour des sommes ridicules. Je fais aussi partie de Conseils qui jugent ces demandeset nous passons un temps non-négligeable à lire les demandes et à répartir quelques kilos euros à chacun. Je ne parle pas des demandes A.N.R. qui sont une loterie totale et qui ne bénéficient pas aux demandes vraiment innovantes ("trop risqué" m'a-t-on déjà écrit...). On sait que les projets qui passent sont ceux dont les résultats sont déjà quasiment acquis et que l'argent servira à financer autre chose souvent.

L'argent ainsi obtenu par ces multitudes de petites demandes ne me semble pas très différent de ce que j'aurais obtenu par un soutien de base correct de mon laboratoire. Donc on passe beaucoup de temps pour pas grand-chose et pendant ce temps, on ne fait pas de recherche. C'est peut-être le but recherché car tant qu'on ne fait que de la paperasse, on ne dépense pas d'argent et donc l'Etat fait des économies. Un modèle de fonctionnement de la recherche qui a été prédit dans les années 60 dans un roman de science-fiction et qui est devenu réalité!

Les demandes A.N.R. demandent un niveau de détail ridicule sur la conduite des projets comme si on savait 3 ou 4 ans à l'avance ce qu'on allait trouver et comment. Par contre, ça donne des idées aux rapporteurs étrangers à qui on livre un programme clés en mains. Fuite des idées pernicieuse.

La simplification : réduire le CIR à un niveau raisonnable et reverser l'argent aux labos qui sont asphyxiés.

L'argent, il est là : gaspillé dans le CIR. Ca a été dit et redit. Par la Cour des Comptes entre autres. Le CIR sert de trésorerie aux P.M.E. qui n'arrivent pas à se faire financer par les banques frileuses alors que ce n'est évidemment pas son rôle, et a un effet d'aubaine certain pour les grands groupes qui font payer leur recherche qu'ils auraient faite de toute façon mais qui vont exploiter leurs brevets dans d'autres pays où ils seront moins taxés grâce à la concurrence permanente et suicidaire du moins-imposant pour attirer ces multi-nationales (cf le très long et très instructif rapport GONTHIER-MAURIN). On pourrait donc ramener le CIR a un niveau nettement plus modéré sans impact sur la recherche privée (bien sûr les grands groupes vont faire du chantage à la délocalisation pour l'empêcher. Une fois la porte ouverte, il est difficile de la refermer!!!) et réinvestir dans la recherche publique fondamentale sans laquelle à moyen terme nous nous enfoncerons irrémédiablement dans une "seconde zone" de la recherche mondiale.

La simplification, c'est arrêter tous ces changements de structures, ces empilements sans fin d'ex, de comue, de pres, de je ne sais plus quoi car les sigles n'arrêtent pas de changer.
Ces mariages de la carpe et du lapin à marche forcée sans l'assentiment des personnels qui aimeraient plutôt travailler.

L'éducation et la recherche ne sont pas des dépenses, ce sont des investissements. Ca coûte de l'argent et une partie non-négligeable de cet argent est gaspillée dans toutes ces structures que l'on nous rajoute et dans le temps passé à écrire et à juger des demandes d'argent.



 11/02/2016 -  Vazken ANDRÉASSIAN-  Directeur Adjoint Scientifique, Irstea

Les appels à projets de l'A.N.R. souffrent :

  • d'une part d'un financement trop faible (je n'ai personnellement pas de solution intelligente à proposer),
  • et d'autre part d'une évaluation difficile, non reproductible, qui nécessite des moyens importants pour être mise en place efficacement. L'engorgement actuel de l'évaluation en raison de la resoumission récurrente des projets refusés ne fait qu'aggraver les choses.

On pourrait pour garantir l'équité de l'évaluation :

  • Tirer au sort des projets qui seraient évalués par des groupes d'évaluation différents (dans le but d'évaluer la qualité et la reproductibilité de l'évaluation)
  • Ne pas autoriser la resoumission immédiate de projets recalés l'année précédente
  • Tester la possibilité de tirer au sort les collectifs pouvant une année donnée présenter un projet à l'A.N.R..

Les scientifiques se plaignent tous de la lourdeur de la candidature aux appels à projets de l'A.N.R..

Je propose de remplacer le processus actuel par un tirage au sort (au sein d'une liste d'équipes de recherche à définir intelligemment) pour définir qui se verra attribuer un financement de l'ANR.

Il en résulterait une procédure extrêmement rapide, le programme de recherche n'étant rédigé que si l'on est tiré au sort. Le caractère insuffisamment élitiste du tirage au sort serait à mon avis plus que compensé par ce gain de temps.



 11/02/2016 - Yann Boucher -  MCF (HDR), ENI de Brest

La mesure de simplification la plus évidente consiste en la suppression pure et simple de l'ANR, avec le retour à un niveau décent de financement récurrent des unités. A cet effet pourraient être employés les fonds scandaleusement détournés par le "Crédit Impôt Recherche", qui devrait être supprimé lui aussi.



10/02/2016 - Georges Lutfalla - Directeur de l’UMR5235, DIMNP, cc107 - CNRS/Université Montpellier

Dans le financement des laboratoires, il faut veiller à garder un bon équilibre entre ressources pérennes sur dotation de base des laboratoire et ressources contractuelles obtenues en réponse aux appels d’offre.

Avec la création de l’ANR, la France a fait le choix il y a dix ans de favoriser le financement sur contrat dans le cadre d'appels d’offre. Nous sommes en ce moment dans le pire des scénario où nous devons trouver de l’argent via les appels d’offre et où l’agence nationale en charge de ces appels d’offre n’a plus d’argent pour financer les excellents projets qui lui sont soumis.

Il faut au mieux relever les budgets des grands acteurs de la recherche Française et à minima doubler le budget de l’ANR.
Une réforme minimaliste du crédit impôt recherche permettrai de dégager les moyens financiers nécessaires.



10/02/2016 - Cyril Buttay - Chargé de recherche C.N.R.S. - Laboratoire Ampère - Insa de Lyon

  • multiplication des tutelles, et absence de coordination. Les budgets du laboratoire Ampère sont gérés par 4 tutelles (INSA de Lyon,Université Lyon 1, École Centrale, CNRS), et leurs filiales de valorisations (3, une par établissement d’enseignement). En conséquence, il est impossible d’avoir une vue globale des finances du laboratoire (chaque organisme possédant son propre système informatique). Le moindre investissement nécessite des conventions de reversement (chaque fois différentes). Le seul inventaire des équipements est un cauchemar.

    Une solution serait de donner une délégation globale de gestion à un établissement.
  • Du fait de la multiplication des tutelles, et de la structure multi-site du laboratoire (une configuration courante dans le domaine de l’ESR), les systèmes informatiques sont incompatibles, et il n’est pas possible (à moins d’efforts poussés, sans commune mesure avec le personnel disponible), d’avoir un système d’information unifié à l’échelle du laboratoire.

    Une solution serait d’unifier la gestion informatique, à l’image du fonctionnement du réseau éduroam, et de fournir des outils et une assistance informatique de haut niveau aux laboratoires.
  • J’ai la chance de travailler dans un laboratoire dont les travaux, proches de l’applicatif, trouvent des financements industriels sans trop de problème. Le problème, c’est que nous manquons de personnel pour satisfaire les demandes : aucune tutelle n’accepte que nous embauchions du personnel en CDI, ce qui nous force à travailler uniquement avec des doctorants, ou des post-docs sur des contrats courts. Il nous est ainsi très difficile de capitaliser sur nos connaissances, et ça nous met en difficulté face à des laboratoires internationaux ou les post-docs (Research Associate) peuvent travailler de nombreuses années.

    La solution est sans doute complexe, puisqu’elle relève du droit du travail et de la situation des personnels. La racine du problème est que ce sont les tutelles du laboratoire qui embauchent le personnel, alors qu’elles n’ont pas de visibilité sur la pérennité du laboratoire ou sur ses rentrées d’argent. Elles refusent donc de s’engager sur le long terme.
  • Un autre point de complexité, c’est le financement quasi-uniquement par projets : nos financements récurrents permettent désormais uniquement de couvrir la location des locaux et le fonctionnement le plus basique (téléphone, etc.). Si une part de financement par projet semble utile, il est absurde de financer du personnel sans donner au laboratoire une dotation de base permettant un minimum d’activité.

    Proposition : augmenter la dotation de base (en transférant une partie du financement par projet, ou en re-dirigeant une part du crédit impôt recherche, dont l’efficacité est discutable). Autre proposition : associer un budget de démarrage aux embauches de chargé de recherche : celles-ci se font sur projet de recherche, il serait logique de fournir aux candidats retenus les moyens de démarrer leur travail.
  • Au niveau de l’organisation de la recherche, l’empilement de nouvelles structures est affolant : sur Lyon, je peux nommer l’insitut Carnot, les différents structures de valorisation des établissements, du CNRS, de l’université de Lyon ; la Comue, la fondation ingéniérie, le collegium du même nom, les clusters, les pôles, les ITE/IRT, les labex, idex. . . Chacune de ces structures nécessite du personnel pour les faire fonctionner, ce qui vide les laboratoires. Lorsque j’explique l’organisation du laboratoire à l’étranger (où la structure "un labo n’appartient qu’à une université" domine), je passe pour un fou.

    Il est indispensable de retirer des couches du millefeuille. C’est sans doute difficile, chacun voulant conserver son jouet, mais une démarche de simplification qui ne traiterait pas ce point est condamnée à l’échec ou au ridicule.
  • Chaque organisme (au niveau local, régional, national ou européen) fonctionne sur le principe de l’appel à projet. Et chaque projet a un format différent. Par exemple, je viens de découvrir qu’un des projets auxquels je participe permet d’embaucher du personnel, mais pas de financer leurs missions pour autre chose que des conférences internationales ou les réunion de travail du projet (pas de formation, par exemple). Certains financeurs ne financent que l’amortissement d’un équipement, alors que d’autres refusent de contribuer à l’amortissement d’un équipement. Et au final la plupart des financeurs (à commencer par l’ANR), sont incapables d’évaluer réellement le niveau de succès d’un projet. La barrière d’entrée est ainsi très élevée (fort taux d’échec), mais il n’y a pas de contrôle à posteriori.

    La simplification passe ici par une réduction du nombre de guichets, l’uniformisation des conditions de fonctionnement, et une simplification de ces règles (avec une affectation moins rigide des fonds entre les différents postes de dépense). Encore une fois, re-diriger une partie de ces fonds vers la dotation de base des laboratoires permet un pilotage de leur politique scientifique au plus près des chercheurs.




10/02/2016 - Gilles Cuny - UMR CNRS 5276 LGLTPE ENS- Université Claude Bernard Lyon 1

- Revoir les possibilités de financement publics. A l'heure actuelle, il  n'y a que deux possibilités: Demande sur un an à renouveler tous les ans pour une somme ridicule, de  l'ordre de 6000 € qui nécessite un projet d'une dizaine de pages ou De très grosses demandes type ANR qui demande des projets de plusieurs  dizaines de pages pour des taux de réussite ridiculement faible. Tout cela nécessite beaucoup d'investissement en terme de temps, mais ne  permet au final de démarrer que très peu de projets dans de bonnes  conditions. Je suggère de mettre en place des financement intermédiaires de quelques  dizaines de milliers d'Euros sur 3 ans, comme cela se fait par exemple  au Danemark avec des dossiers simples n'excédant pas une dizaine de  pages. Cela permettrait ainsi aux chercheurs de lancer facilement des  projets à moyen terme sans avoir à gaspiller du temps chaque année pour  aller à la pêche aux financements. Mais pour que cela soit efficace, il  faut que les appels à projet soient "blancs". Le fléchage systématique  de ce type d'appel à projet ne conduit les chercheurs qu'à essayer  désespérément de "rentrer dans les cases" plutôt que de développer un  projet cohérent.

10/02/2016 Loïc Dumas - doctorant en deuxième année au Centre de Biochimie Structurale (CNRS UMR 5048 - Université de Montpellier) - INSERM U 1054.

C'est principalement en tant que jeune chercheur que je souhaite m'exprimer ici.

I - Appels à projets:

Je ne participe pas directement aux demandes de financements dans mon équipe, mais je peux en ressentir les effets:

- Au bout d'un peu plus d'un an de thèse, j'ai plus d'une fois dû retarder des commandes importantes pour l'avancement de mon sujet. Ce n'est pas un problème que pour ma recherche et ma carrière: c'est aussi du temps pendant lequel je suis payé par de l'argent public sans pouvoir être efficace, voire en gaspillant des consommables rares et/ou chers par manque d'équipement adéquat.

- Je comprends, et je trouve très sain, que les demandes d'attributions de fonds exigent du temps et de la rigueur aux demandeurs. Ceci dit, du fait de la difficulté un financement, le temps passé par les directeurs sur ces demandes est disproportionné. Ils sont donc nécessairement moins disponibles pour leur autres activités, que ce soit la l'enseignement, la recherche ou son encadrement, la communication scientifique... J'ai aussi vu de bonnes équipes se mettre soudain à tourner au ralenti car financièrement incapables de remplacer les non-permanents (post-doctorants, doctorants, stagiaires) qui partaient, alors même qu'elles disposaient par ailleurs de beaucoup d'argent, mais dont l'utilisation était limité à d'autre postes de dépense.

Mes suggestions:I-a/ Problème: Il est aberrant que des projets qui ONT été financés n'arrivent pas à leur plein potentiel pour des raisons qui ne sont ni scientifiques, ni humaines, ni scientifiques, mais purement administratives telles qu'une segmentation temporelle (crédits accessibles seulement après ou jusqu'à une date) ou de poste (déborder d'argent utilisable pour acheter des équipements alors qu'un collègue qui part à la retraite offre l'équivalent, mais payer en retard le stagiaire de master par manque de fond) [seul le premier exemple est dans mon expérience personnelle]. Ceci est un gâchis d'argent (public!) et ajoute aux chercheurs des tâches administratives auxquelles ils ne sont pas formés, alors qu'un secrétaire ferait la même chose mieux et plus vite.
Solution: Pour permettre une utilisation des fonds alloués aussi efficace que possible, donner un maximum de flexibilité en termes d'utilisation. Une fois un financement accordé, rendre l'ensemble de la somme disponible sans limites de temps ou de type d'utilisation, sous réserve que les dépenses puissent êtres ensuite justifiées comme utiles au projet porté.
Note: Je comprends les craintes de fraude, mais je suis convaincu qu'elle couterait moins cher que le gaspillage que ces craintes engendrent. La plupart des chercheurs sont plus intéresses par leur réputation au sein de la communauté scientifique que par leur richesse monétaire (à ce niveau d'étude, il serait relativement facile de trouver plus financièrement rentable hors du monde académique). S'ils ont su proposer un projet assez convaincant pour obtenir, disons, une ANR, ils ont tout intérêt à le faire avancer.

I-b/ Problème: Le temps et l'énergie investis dans la préparation de la prochaine demande de financement sont perdus pour les recherches en cours.
Solution: L'effort investi dans la préparation d'un projet n'augmente pas tout-à-fait aussi vite que l'échelle du projet. Proposer des financements pour des périodes plus longues et/ou rendre une petite partie de la somme utilisable "pour n'importe quelle recherche", indépendamment du projet. Cette deuxième option revient à faire le pari qu'un groupe qui a su monter un projet solide fera de la bonne recherche (quel qu'en soit le sujet) avec les moyens à sa disposition.

I-c/ Problème: L'argent public est une ressource limitée et ne sert pas qu'à la recherche:
Solution: Je n'en ai pas. Mais dans la mesure du possible, augmenter/ne pas trop diminuer les ressources attribuées aux financement sur projets.
Note: J'ajouterais que c'est une très bonne chose que le mécénat et les partenariats publics-privés orienté recherche existent, mais qu'il serait très dommageable de se reposer sur ceux-ci uniquement. En effet, (i)l'indépendance des études seraient plus difficile à garantir (avec des impacts possibles notamment sur les décisions de santé publique), tout autant que (ii)la pérennité des financements, et surtout (iii)le champ des questions de recherche possibles en serait drastiquement restreint (tout ce qui n'a a priori pas d'application envisageable serait beaucoup plus dur à financer). Dans un monde sans financement public, la catastrophe ultraviolette et l'effet photoélectrique -ne cachant a priori aucune application- n'auraient peut-être jamais été des sujets de recherche... Et nous n'aurions ni physique quantique ni relativité (et donc pas de semi-conducteurs et lasers ni de GPS, mais même sans ces applications, apprendre à quoi l'univers ressemble et pourquoi est aussi une fin en soi). Pouvoir rejoindre "les Indes" par l'Ouest depuis l'Europe est intéressant, mais savoir que la Terre est ronde a une valeur indépendamment et au delà de cette conséquence technique.

10/02/2016 Charles-Henri Bruneau - Professeur Université de Bordeaux

Contribution appel à projets :
Aujourd'hui, la participation à des appels à projets ANR, projets exploratoires, etc. sont devenus avant tout une perte de temps considérable pour les chercheurs actifs qui est un frein à la recherche.  De plus, dans beaucoup de cas la qualité des projets est indiscutable et  donc le succès est conditionné à la perception du projet par les  rapporteurs. Ce qui est manifestement nuisible. Par ailleurs il y a eu un effet tâche d'huile qui a pour conséquence que  le moindre financement local se fait aussi par appel à projets avec des  dossiers inspirés de l'ANR qui sont compliqués, long à remplir et font  perdre à nouveau un temps considérable. Outre le temps des demandeurs, tout ceci n'est pas gratuit. A ma  connaissance l'ANR grignote une part non négligeable des crédits  recherche et tous les rapporteurs perdent aussi beaucoup de temps pour  l'ANR et aussi pour les projets locaux qui sont de plus en plus lourds. IL EST URGENT DE SUPPRIMER L'ANR ET DE METTRE À DISPOSITION DES  CHERCHEURS TOUTE LA DOTATION DE RECHERCHE.

10/02/2016 -  Serge Bouffard -  Directeur de recherche C.E.A.    

Simplifier pour redonner des conditions propices à une recherche de qualité.

Le système actuel,

  • c'est du temps pris sur le temps de recherche pour écrire de multiples projets dans un formalisme technocratique,
  • c'est du temps de gestion budgétaire pour de rares projets obtenus,
  •  c'est du temps pour des acrobaties financières pour dégager des marges de fonctionnement,
  • c'est une évaluation de l'exécution des contrats en priorité sous leurs aspects financiers par une administration tatillonne alors que les résultats scientifiques ne sont regardés que de loin,
  • c'est la population des chercheurs qui est en train de se diviser en deux catégories : ceux qui rentrent totalement dans le système au risque du burn-out et ceux qui, estimant qu'ils n'ont pas été embauchés pour travailler dans ces conditions, perdent tout dynamisme,
  • c'est une défiance vis-à-vis des chercheurs qui doivent justifier la moindre dépense, qui perdent de l'argent lors de leur mission...

Simplifier, c'est redonner confiance en l'avenir, c'est faire confiance

Les organismes et les établissements doivent retrouver leur capacité à définir et à gérer une politique scientifique, ce qui implique la suppression des appels non-thématiques de l'ANR qui, vu les pourcentages de succès actuels, laisse au hasard avec une part de lobbying, l'établissement de la politique scientifique

 Les laboratoires doivent retrouver un minimum de budget de fonctionnement leur permettant d'impulser une politique scientifique, de soutenir des idées émergentes et payer les contrats d'entretien des instruments scientifiques.

Il faut que la gestion budgétaire redevienne au service de la recherche

 Les laboratoires et les équipes devraient présenter un projet de recherche dont les objectifs seraient validés par les tutelles après une évaluation par un HCERES réformé. Après négociation, un contrat pluriannuel (5 ans) serait signé entre le laboratoire et ses tutelles. Le laboratoire s'engageant sur la pertinence de ses objectifs scientifiques et les tutelles sur les moyens alloués. Au terme du contrat, le laboratoire devra présenter un bilan qui serait évalué en référence aux projets et aux moyens dont il a disposé. L'échec n'est pas un problème si celui-ci est expliqué. Dans ces conditions, les moyens budgétaires ayant été évalués à priori comme adaptés au projet, si l'objectif est atteint il ne doit pas être nécessaire d'analyser en détail les justificatifs financiers. Ce système implique que les entités qui ne remplissent pas leur contrat soit effectivement sanctionnées (les entités, pas le personnel).

 Simplifier, c'est redonner à la France ses capacités de découverte et d'innovation.



 10/02/2016 - Claire Lemercier -  DR C.N.R.S. en histoire, Paris


  • Donner un soutien de base suffisant aux laboratoires (qui sont évalués tous les 5 ans en présentant un bilan et des projets... pour lesquels ils doivent ensuite aller chercher du financement, sans aucune garantie d'en obtenir). Ce soutien est entendu hors loyer, chauffage, etc. etc. doit permettre notamment, pour ce qui est des sciences humaines et sociales, un nombre minimum de missions (pour colloques, séjours sur le terrain, etc.) et un montant minimum de frais d'editing (pour publication en anglais) par permanent.(e).
    Les instances représentant chaque discipline pourraient suggérer un montant de soutien par enseignant.e-chercheur.se, par ingénieur.e, et sans doute par doctorant(e) financé(e), correspondant aux besoins standard dans la discipline en la matière. D. Fraix-Burnet, dans une des contributions publiées en ligne, parle ainsi de 2000 euros/an/personne, ce qui serait déjà une grande libération dans les disciplines que je connais. Le fait qu'actuellement, dans les disciplines que je connais le mieux, les appels à projets soient utilisés pour répondre à ces besoins minimaux du travail quotidien (aller à 1 colloque à l'étranger par an, aller de temps en temps dans le pays qu'on étudie, faire revoir un article en anglais, ce qui est indispensable pour publier) représente une perte incroyable de temps, et donc d'argent (nos salaires, ceux des  évaluteur.trice.s, des personnels administratifs impliqués dans le montage des dossiers, etc.).
  • si l'option précédente ne suffit pas, rouvrir, au moins pour certaines disciplines (SHS, probablement mathématiques, peut-être d'autres), un guichet offrant des financements légers (de type 50 000 euros sur 3 ans) et non ciblés, avec une procédure de dépôt et d'évaluation ultra-légère, pour tout ce qui ne demande pas d'embauche de personnel (hors assistance très ponctuelle type 1 mois de vacations). (il s'agit de projets qui ont principalement besoin de missions sur le terrain et autres formes d'acquisition de données, puis de quelques participations à colloques et/ou un peu d'editing pour valoriser les résultats) C'est le cas à mon sens de la grande majorité des projets en SHS.
    Du coup, nous sommes obligés de les grossir artificiellement, ou bien de faire semblant d'avoir un gros projet collectif qui est en fait une collection de petits projets individuels, pour avoir accès aux guichets existants, qui de plus en plus distribuent seulement des sommes très élevées. Le modèle des PEPS, qui ont laissé un très bon souvenir, pourrait être réutilisé. Il est intéressant qu'il semble avoir été plébiscité pour le récent appel "recherche-attentats" : au-delà de la motivation pour travailler sur cet objet, je pense que le format réduit et souple a intéressé les collègues.
  • éviter de demander un cofinancement dans les appels à projets (appui aux contributions publiées en ligne de M.-L. Derat et F. Pereira dos Santos)
  • éviter le ciblage suivant la mode au profit des appels blancs (appui
  • aux contributions publiées en ligne de M. Kann, M. Mermillod, B. Pakendorf).

 

10/02/2016 - Timothée Flutre - Chargé de Recherche 2e classe à l'INRA

 Je suis d'accord avec les propositions suivantes concernant les appels à projets:

  • Créer un portail national répertoriant par thématique et donnant accès à l'ensemble des appels à projets nationaux, européens et internationaux
  • Créer une base nationale des laboratoires de recherche regroupant l'ensemble des données administratives d'une structure donnée
  • Créer une plateforme nationale de réponse en ligne pour les appels à projets
    Une telle plateforme devrait absolument utiliser directement les bases de données déjà existantes au sein des structures, par exemple:
    - la base derrière l'annuaire du C.N.R.S.
    - la base derrière l'annuaire de l'INRA
    - etc

Une telle plateforme devrait également rendre facile la recherche par différents types de structure (ex. CNRS, UMR, etc) et par chercheur des projets financés dans le passé, comme ce qui se fait déjà dans d'autres pays :

Pour chaque projet fini, une telle plateforme devrait lister les liens vers les publications associées, celles-ci étant en accès libre sur l'une des plateformes déjà existantes :

Le code d'une telle plateforme devrait être sous licence "libre". Si nécessaire, une entreprise privée pourrait être impliquée au début, mais elle devrait favoriser la contribution des différents programmeurs déjà dans les instituts et les former à certaines nouvelles technologies si nécessaire. Le déploiement d'une telle plateforme devrait être réalisé de manière "agile) pour éviter le fiasco du logiciel Louvois du Ministère de la Défense.



 10/02/2016 - Jean-Michel SAVOIE - DR2 INRA, Directeur de l'UR1264 "Mycologie et Sécurité des Aliments", INRA Bordeaux-Aquitaine


Le système d'appels à projets actuel (Français et  européen)  s'auto-justifie par une volonté d'orientation des efforts de recherches vers des domaines pré-identifiés d'innovation. Son efficacité est-elle  réellement démontrée ? Il a profondément modifié le métier de chercheur : de l'expression de la  créativité pour explorer des domaines originaux et des concepts fous, on est passé à l'inscription des actions dans les sujets à la modes et porteurs en construisant des projets de recherche qui collent avec les tendances du moment et la chance d'être compris et appréciés par les  évaluateurs et décideurs des agences de financement. Et cela mobilise des énergies détournées de leur destination initiale d'activité de recherche.

Sortir l'activité de recherche de systèmes d'appels à projets nationaux ou internationaux et lui redistribuer directement les moyens qui y sont alloués serait est une simplification majeure. Les Instituts, les Universités, et les unités de recherche dotés de moyens supplémentaires pourraient développer leurs politiques scientifiques et soutenir la créativité dans les laboratoires. L'établissement de collaborations internationales et la recherche de partenaires pour développer leur projet de recherche est maintenant ancrée dans l'activité des  chercheurs. La fin des appels à projets ne modifiera pas cela. Limitons les appels à projets aux activités d'innovation (TRL>3-4), pour des secteurs stratégiques. Le secteur privé peut se charger des innovations incrémentales, le secteur public basé sur une recherche libérée de contraintes pourrait être une source d'innovations de rupture.

Pour ces appels à projets restants, réintroduisons la notion de confiance. Cela permettra de simplifier la gestion financière. Est-ce si grave si une petite partie de la somme allouée au projet est en réalité utilisée sur d'autres projets du laboratoire qui préparent déjà l'innovation suivante ?




 10/02/2016 - Sébastien BESTEIRO -  DIMNP, UMR C.N.R.S. 5235, Université de Montpellier


Je pense qu'il n'est pas illogique de dédier une partie du budget national de la recherche à des soutiens sur appel à projets. Cependant, il me semble évident que l'A.N.R., qui existe pourtant depuis plus de 10 ans, est sujette à de perpétuelles et inutiles refontes, et à de nombreux dysfonctionnements.

Au delà du taux de réussite actuel qui est ridiculement bas et à des orientations forcées vers les collaborations laboratoires publics/entreprises (qui se font au détriment de la recherche fondamentale, mais clairement pas forcément au profit de la capacité d'innovation), il y a évidemment des choses à améliorer. Il semblerait que nos instances aient voulu se calquer sur un modèle en prenant les priorités de recherche de l'Europe, et en adoptant un système de distribution de financement à l'Américaine. Malheureusement, ils en ont  pris les inconvénients sans en conserver les avantages.

  • La première des choses à faire est bien sûr d'augmenter significativement le budget de l'agence afin d'augmenter le taux de financement de projets. Si le contexte économique ne le permet pas, autant sélectionner les projets par tirage au sort (franchement plus éthique et plus équitable au point où on en est), ou purement et simplement supprimer l'A.N.R. et redistribuer le peu de financements en fonds récurrents pour les unités de recherche, comme beaucoup le demandent.
  • L'idée de faire une pré-sélection sur lettre d'intention n'est pas mauvaise, elle évite aux chercheurs de consacrer trop de temps à monter un dossier pour finalement ne pas être sélectionnés. Cependant, contrairement au mode de sélection du NIH, avec l'A.N.R. : 1) on n'a qu'un tour d'évaluation par an pour les projets, ce qui est un vrai problème pour les thématiques de recherches où l'ANR est le seul financeur possible (ie. projets de recherche fondamentale et ne portant pas sur des thèmes supportés par des  d'organismes caritatifs - donc pas sur la recherche en cancérologie, maladies neurodégénérative, SIDA, etc...-)
    2) on ne peut écrire de réponse argumentée lors d'une future soumission pour montrer que l'on a amélioré le projet initial, ou défendre le projet face à des évaluateurs incompétents ou de mauvaise foi (ce qui arrive relativement souvent vu le nombre de projets à évaluer et la façon dont les évaluateurs sont choisis par l'ANR). Deux appels d'offre par an (ce qui sous-entend bien sûr une augmentation considérable du budget), avec la possibilité de soumettre à nouveau un projet pré-sélectionné lors de la première étape, mais argumenté en réponse aux commentaires de la première évaluation, ou étayé par de nouveaux résultats préliminaires. Cela éviterait de tout recommencer à zéro systématiquement, et ferait gagner du temps à la fois aux demandeurs de fonds et aux évaluateurs.
  • Dans le contexte économique actuel, il est choquant de voir qu'un nombre réduit de laboratoires surfant sur des thématiques "à la mode", ou portés par la seule aura de leur directeur, ont littéralement de l'argent à ne plus savoir qu'en faire, alors que de nombreux autres, pourtant compétents et à forte visibilité internationale, meurent à  petit feu par manque d'adéquation avec les thématiques prioritaires du moment. Tout comme il n'est pas possible actuellement pour un titulaire d'une 'ERC starting grant' ou d'une ATIPE de postuler à une A.N.R. jeune chercheur(euse) (ce qui est logique), il faudrait que les gens possédant déjà des financements ERC conséquents (ou autre financement d'ampleur équivalente) ne puissent pas être éligibles pour déposer une demande de financement auprès de l'A.N.R. .comme porteur de projet pendant la durée de leur financement en cours. Cela permettrait une redistribution plus équitable des fonds et, même si l'impact serait surtout symbolique, cela  donnerait un sentiment de plus de justice dans l'attribution des financements.


 10/02/2016 - Bjørg Kilavik - CR1, C.N.R.S., Marseille

Seen from a pragmatic perspective, it is very unfortunate that in France there is a system currently in place in which it is not the same committees who judge in the matter of the permanent research positions at for instance the CNRS (engaging in lifetime salary expenses financed with taxpayers' money) as those that judge about the funding (financed by the same taxpayers' money) to actually execute the scientific program the researchers were appointed to do and what they were deemed world-leading experts in a the time of appointment. Appointed researchers thereby spend a lot of time to apply for funding, with less time, and little or no money to do the research program they were actually appointed to do in the first place.

Theoretically, the system can change in either direction. The best would of course be by increasing funding and allowing the decision on who obtains it be more in the hand of research-peers. However, if the
funding stays at the current meager levels and continue to follow trends in popular science rather than being based on the expertise (already known and selected) of the appointed research force, then one must stop giving permanent positions to researchers that cannot guarantee their own funding.


 

 10/02/2016 - Thomas Preat, DR1 CNRS, Directeur du laboratoire Plasticité du cerveau, CNRS-ESPCI Paris.

Pour simplifier le système public de financement de la recherche, de plus en plus en plus complexe et morcelé, chaque niveau devrait financer spécifiquement un type d'action en fonction de ses compétences. Le schéma serait le suivant:

1) les tutelles (CNRS, INSERM, Universités, Ecoles etc.) financent en priorité les besoins communs aux Unités. Une partie de la dotation annuelle peut être attribuée aux équipes pour favoriser leur stabilité.

2) l'ANR finance les projets des équipes.

3) les structures locales (labex, idex, RTRA...à simplifier ?) financent des besoins ponctuels: 4ème année de thèse, équipement spécifique, organisation d'un symposium.

Une réforme de l'A.N.R. est indispensable :

  • un financement de projets portés par une seule équipe, sans obligation de collaboration. Aucun autre pays acteur majeur de la recherche n'impose une telle contrainte !
  • un taux de succès important (ratio >25% par rapports aux projets déposés), une équipe ne pouvant déposer plusieurs projets la même année.
  • un financement d'un niveau minimum garanti (par exemple 100.000 €/an pour une équipe de taille moyenne, pour au moins 4 ans).
  • une grande majorité des appels à projets doivent être blancs, afin de favoriser la créativité et la véritable innovation.

09/02/2016 - Gael Yvert, Directeur de Recherche CNRS à l'Ecole Normale Superieure de Lyon

Les appels à projet de l'ANR sont absurdes: ils détournent les  scientifiques de leur mission de recherche en leur demandant de rédiger et d'évaluer des dossiers de demande qui, faute de réels moyens,  n'aboutissent pas; ils discréditent notre pays en sollicitant inutilement des collègues étrangers (via les candidatures internationales ou en tant qu'experts); ils stérilisent la créativité en affichant des thématiques et des instruments de financement qui empêchent les initiatives réellement novatrices de postuler. Il convient de :

  • Soit fermer l'agence et redistribuer son budget aux organismes de recherche.
  • Soit maintenir l'agence et alors avec un budget conséquent, attribué principalement aux appels non thématiques.
  • Si le taux de financement reste inférieur à 20% faute de moyens, et si l'agence est maintenue, alors mettre en place une sélection par tirage au sort. Ceci évitera le gaspillage du processus d'évaluation qui est alors inutile.


09/02/2016 - Sylvain Rubenthaler - maître de conférences, Laboratoire J. A. Dieudonné - Université Nice Sophia Antipolis

Concernent les laboratoires de mathématiques.

  • Diminution du nombre de guichets. En particulier, suppression des appels à projets ultra-ciblés (type : échange de chercheurs avec la  Moldavie, sur des sujets de pédagogie innovante, avec 2 post-docs de  moins de 25 ans et un bilingue franco-japonais).
  • Possibilité pour un chercheur de financer son projet de recherche sans faire partie d'un projet ANR géant et sans restriction sur les thèmes de  recherche. Dans ma discipline (mathématiques), je constate que les budgets A.N.R. sont attribués à des équipes géantes (ce qui n'a aucun sens du point de vue de la recherche) et sur des thèmes imposés (au hasard : sciences du vivant).
  • Possibilité de conserver les sous d'un projet après la date annoncéede fin du projet. D'une part, parce qu'un projet de recherche ne se finit jamais quand on croit et d'autre part, parce que cela conduit à des gaspillages insensés (j'ai vu des collègues stocker des écrans plats et des ordinateurs portables dans leur bureau pour ne pas devoir rendre de l'argent).
  • Évaluation qualitative de ce que les gens ont mené à bien dans leur projet de recherche. Ce qui permettrait peut-être de freiner la multiplication des publications bidons.
  • Une plus grande liberté dans l'utilisation des budgets. Dans bien des appels à projets, une certaine fraction du budget doit être consacrée à l'organisation de colloques. Je constate une multiplication des colloques, certains se répétant à six mois d'intervalles avec les mêmes invités et les mêmes exposés.


09/02/2016 -  Pascal Henry BIwole - Maître de Conférences, Université de Nice Sophia Antipolis

Je pense que l'ANR, du fait de la lourdeur du dossier à constituer et du faible de taux de succès est un énorme gâchis d'argent public. Le temps passé à constituer les dossiers n'est pas passé à faire de la recherche.
Un système alternatif doit être trouvé en prenant exemple sur des pays voisins ou simplement en procédant à une dotation systématique par  chercheur. Cela permettrait aussi de faire émerger des recherches  originales qui ont du mal a être financées.



08/02/2016 - Pr Michael KANN - Directeur de l'UMR 5234 « Microbiologie fondamentale et pathogénicité, C.N.R.S. - Université de Bordeaux

One can simply suppress all AAP as it is the case of the DFG (Deutsche Forschungsgemeinschaft) in Germany. All applications are send out for review. There are different forms of support either for individual projects, either for collaborative projects (e.g. 10 joined projects from different Universities). A positive review of collaborative projects needs further evaluation by a committee visiting the lead University. Positively evaluated projects (irrespectively to the type) are than submitted to the Grants committee, which decides two times per year on their funding dependent upon the budget (see also http://dfg.de/en/research_funding/principles_dfg_funding/quo_vadis_proposal/index.html). Noteworthy, projects can be extended after a funding period if the results justify it.

To my personal experience this system is far more efficient as :

  • it allows to invite reviewers world-wide as they do not have to meet in Paris,
  • every research team can propose a topic on their core competence without deformation, which is sometime required to fit into the specific call,
  • the success is highly important for the team as it also allows an extension,
  • it allows sustained research independent upon changing AAPs.

 
08/02/2016 - Olivier Hamant - Directeur de recherche INRA à l'ENS Lyon

Proposition de simplification: Démanteler l'A.N.R. complètement et reverser  l'argent ainsi libéré sous forme de dotation aux laboratoires.

L'A.N.R. a eu un rôle mobilisateur en son temps en poussant les chercheurs à écrire des projets et trouver des financements (j'en ai été moi-même  bénéficiaire). Aujourd'hui, l'ANR est une grande loterie (moins de 10%  de succès, et des critères de sélection arbitraires et souvent  inadéquats), sous dotée, et au final un énorme gâchis de temps et  d'argent pour les chercheurs, les évaluateurs, et donc les  contribuables. Plus grave, elle tue la créativité des chercheurs en les  démotivant. L'ANR a eu son rôle, mais à l'heure où les nouveaux recrutés sont tous excellents (le niveau a augmenté de façon significative ces dernières années avec le nombre réduit de postes), l'incitation à  déposer des projets n'est plus nécessaire et la qualité de la recherche  à venir est garantie.

Le rôle d'une nouvelle agence de la recherche serait plutôt :

  • 1/ d'articuler les dotations CNRS, INSERM, INRA etc. avec desfinancements extérieurs (type ERC, Human Frontiers, entreprises,fondations, etc.)
  • 2/ de promouvoir la valorisation des résultats de la recherche vers leprivé.
  • 3/ de faciliter/stimuler le mécénat de la recherche publique par des entreprises privés


08/02/2016  - Anne Tanguy, professeur des universités, INSA Lyon.


  • Augmenter la part des financements collectifs par rapport aux  financements individuels (en particulier les fonds de roulement par
  • rapport aux appels à projet) de façon à permettre aux chercheurs de  travailler plus sereinement, et à privilégier le travail de fond.
  • Faire le décompte de ce que coûte l'A.N.R. en temps-chercheur, et conclure.

08/02/2016 - Pour le CSI de l'InSHS - Cécile Michel, Présidente du Conseil Scientifique de l'Institut des Sciences Humaines et Sociales du C.N.R.S.

Patrice Bourdelais, Directeur de l'Institut des Sciences Humaines et Sociales du C.N.R.S (InSHS), a demandé au Conseil Scientifique de l'Institut (CSI) d'étudier les conséquences pour le financement de la recherche en S.H.S., des modifications intervenues dans l'organisation des programmes de l'A.N.R. depuis deux ans.

Veuillez trouver ci-dessous les conclusions du rapport du C.S.I. de l'InSHS établi le 1er février dernier.

Proposition de réformes

La lettre de mission de Patrice Bourdelais se concluait par une ultime question : Comment remédier à
la situation actuelle, du côté de l'ANR et de la part des SHS ?

Du côté de l'A.N.R.

La récente déclaration du Président de la République (4 février 2016) sur le relèvement du taux de succès à 14 puis à 20% pour l'ANR devrait évidemment favoriser l'augmentation des soumissions, y compris en SHS. Des réformes organisationnelles de l'ANR peuvent toutefois accompagner cette évolution.

1°) La première réforme se touche à l'évaluation et au choix des experts. Il s'agit d'égaliser au mieux le traitement des thématiques au sein d'un même comité, sans pour autant égaliser le taux de succès entre disciplines. Pour ce faire, il convient d'améliorer le recrutement des membres des comités d'évaluation, les sensibiliser aux biais, les assister de plus près.

2°) De même, il est envisageable d'inciter les comités d'évaluation à limiter les variations excessives
pour empêcher, par exemple, les sur-notations de certaines disciplines entre elles ou par rapport à d'autres.

3°) Enfin, et comme cela a été évoqué au sujet de l'axe « Travail » du défi 3 « Renouveau industriel »,
les projets SHS déposés hors du défi 8 devraient donner lieu à une évaluation par les comités d'experts du défi 8 vers lesquels notamment le CPSD encourage le rapatriement des projets déposés dans le cadre du défi « Tous les savoirs ». De même, la restauration d'appels blancs pourrait être envisagée.

Du côté des SHS

4°) Les réformes restantes se situent, elles, du côté de la communauté SHS. Le coeur de la difficulté
rencontrée est la faiblesse des dépôts. Il importe ainsi de trouver les moyens d'inciter les chercheurs à déposer des projets en nombre (c'est « une stratégie payante pour les labos »). Le principal facteur qui différencie le poids des défis est le nombre de dépôts. La question de fond est la suivante : pourquoi le nombre de dépôts est-il si faible en SHS et si élevé dans d'autres défis, alors que le taux de succès est de même niveau ? Il est proposé d'accroître le nombre de déposants, pour le défi 8 en élargissant le champ thématique de celui-ci et en incitant les établissements de recherche à mieux soutenir la préparation et la soumission de projets ;

5°) Sans nul doute, la réduction des sommes dévolues à chaque projet pour des SHS qui ont en
moyenne besoin de moins d'équipement inciterait probablement les chercheurs à davantage déposer. Aujourd'hui la lourdeur de la gestion pour un besoin initial finalement peu élevé est une cause indéniable du peu de dépôts. S'il convient toutefois d'éviter le risque de saupoudrage, le récent succès de l'appel attentats-recherche pour des budgets inférieurs à 20 000 euros confirment l'importance de cette réforme ;

6°) Dans le même esprit, et tirant les leçons de l'exemple de postes de post-doctorants de 3 ans offerts par le FNRS aux jeunes docteurs hors projets collectifs de recherche , une nouvelle modalité de financement de ce type pourrait être ouvert par l'ANR. En effet, comme pour l'ERC Starting Grant, il apparaît que les forts taux de dépôts dans les autres pays européens vont de pair avec le fait que ce ne sont pas des chercheurs titulaires, avec tenure, qui les soumettent. Or, cette démarche est aujourd'hui peu répandue dans la communauté SHS française. Ouvrir un guichet pour les post-doctorants renverserait en quelque sorte la charge du dépôt vers ceux qui ont le plus de raisons d'en assumer les contraintes et la lourdeur. Cela permettrait de plus d'inciter les non-titulaires à déposer des projets pour financer leur post-doctorat, bien sûr au sein d'une équipe de recherches avec laquelle ceux-ci entreraient en cohérence, et ainsi de familiariser les jeunes chercheurs avec la démarche de demande de financement.

Le rapport complet se trouve déjà en ligne sur la page du CSI de l'InSHS



 
06/02/2016 Davi Hendrik - Chargé de recherche INRA -  Observateur au Conseil Scientifique de l'INRA


Monsieur le Secrétaire d'État chargé de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, nous, personnels de la recherche et de l'enseignement supérieur tirons la sonnette d'alarme car la recherche est en danger : précarité, manque de moyens, dégradation des conditions de travail de toutes les catégories de personnels, pressions et contraintes sur le choix de nos thèmes de recherche, course à la publication et aux projets ...

 Le système de financement public de nos recherches est au cœur de ces problèmes. L'obtention de financements extérieurs aux organismes et  aux universités, mais financés sur le budget de l'Etat, est devenue au fil des ans une obligation, puisqu'aucune équipe de recherche ne peut plus travailler aujourd'hui avec le seul soutien financier de son établissement de rattachement : la plupart du temps, la dotation ne  couvre en effet pas plus de 30% des dépenses de fonctionnement. Le financement récurrent des laboratoires est en effet si faible, et les postes statutaires de techniciens si peu nombreux, qu'une des activités principales du chercheur est de trouver un financement pour soutenir ses projets et des non-titulaires pour les mener à bien. Trop de temps précieux est passé à l'écriture et à l'évaluation de projets, et ce dans l'écrasante majorité des cas en pure perte. Ce système de
 financement, chronophage et aux chances de succès minimes, provoque
 par ailleurs des effets d'aubaine pour les laboratoires déjà "riches" tandis qu'il fonctionne comme une loterie pour tous les autres. Nous  voyons tous qu'une telle procédure produit un énorme gâchis de  l'argent public.

 Sans un geste fort et immédiat en direction de nos unités, c'est tout  la recherche qui va s'asphyxier, éloigner les jeunes, désespérer les
 personnels, produire une science de moindre qualité et se noyer dans une marée de publications de plus en plus redondantes. Le naufrage qui s'annonce ne pourra être évité que par un rapide doublement des  crédits récurrents[1] permettant à nos unités de reprendre  l'initiative, de stimuler l'activité inventive et de répondre aux  immenses enjeux auxquels la société fait face.

 La réorientation vers les unités de recherche des fonds actuellement  alloués à l'A.N.R. tout comme un coup d'arrêt au développement du Crédit Impôt Recherche (CIR) permettrait de modifier rapidement et radicalement cette situation catastrophique pour la recherche
 publique. Selon la Cour des Comptes, les dépenses de R&D des entreprises n'ont pas progressé et l'emploi dans la recherche privée a même baissé de 11 % entre 2008 et 2013 en France, alors que le montant du CIR a été multiplié par plus de trois, passant de 1,8 à 5,8 milliards par an.

 Les signataires de cette pétition demandent à ce que la dotation des laboratoires redevienne la principale source de financement du  fonctionnement de nos unités. Nous demandons à cet effet une réorientation des fonds alloués à l'ANR et au CIR et nous solliciton  une rencontre avec le Secrétaire d'État chargé de l'Enseignement  supérieur et de la Recherche.

 [1] A l'INRA, un manifeste lancé en 2015 par de nombreux directeurs  d'unité, chercheurs, ingénieurs et techniciens demande ainsi qu'une  somme de 20 kilos euros soit affectée par chercheur et ingénieur présent dans  chaque unité au lieu des 6 kilos euros actuels en moyenne.



  05/02/2016 - Martial Mermillod, PR1, Univ. Grenoble Alpes

- Au niveau de la recherche, les appels thématiques (qu'ils proviennent de l'ANR, régions, Europe, etc.) sont aussi contre-productifs qu'inefficaces. Contre-productif car contraire au bon usage de la science. Ils imposent en effet des thématiques complètement déconnectées de la réalité scientifique plutôt que d'utiliser une approche pragmatique qui consiste à imaginer quelles seraient les applications sociétales des dernières découvertes scientifiques (l'approche anglo-saxonne). La méthode jacobine française prend le problème à l'envers et impose à la communauté scientifique des thématiques déconnectées des dernières découvertes scientifiques potentiellement utilisables par la société (tout en orientant les financements vers des niches parfois médiocres au niveau de la production scientifique). Une solution dans le cadre de la simplification serait d'opter pour un appel unique (type ERC au niveau européen ou programme blanc unique au niveau de l'ANR). Toutes les études montrent que ces appels sont plus compétitifs et valorisent réellement l'excellence scientifique comparativement aux appels thématiques.

- Au niveau appliqué, il devient urgent d'arrêter l'hémorragie dans les sommes massives perdues dans la recherche privée subventionnée. Cela n'empêche évidemment pas le développement d'applications en partenariat avec des entreprises ou institutions via des initiatives telles que les instituts Carnot qui permettent un financement public conditionné à un financement direct privé. Un financement direct de partenaires privés constitue en effet un gage de qualité dans le développement d'applications car il permet une synergie entre 2 métiers différents : l'innovation et la mise sur le marché. Le développement des Instituts Carnot permettrait ainsi de réduire les sommes massives investies dans la recherche privée subventionnée via l'ANR, l'Europe ou les régions qui se fait au détriment de la recherche fondamentale qui est complètement asphyxiée à l'heure actuelle (ce qui asphyxiera rapidement la recherche appliquée à moyen terme).

- Toujours concernant la recherche appliquée, une sélection des projets CIR (sans tomber à l'hyper-sélection à 6-10% de l'ANR), une simple sélection des 50% des meilleurs projets serait aussi un gage de qualité pour le CIR...


 05/02/2016 - Francois Parcy, DR1 C.N.R.S, UMR5168 Grenoble, thème appels à projets

Le faible taux de réussite à l'A.N.R. est très dommageable aux laboratoires (loterie, perte de temps, découragement).
Une possibilité serait de retrouver un taux vers des % plus raisonnables (20%)
L'autre serait de calquer les évaluations des équipes et des projets sur un financement à 5 ans qui permettent de travailler sereinement aux équipes bien évaluées.

Par ailleurs, rajouter des couches et des financements de natures nouvelles de façon régulière complique la tache des responsables d'équipe et fait perdre encore plus de temps. Une seule agence type ANR ou basée sur les évaluations nous simplifierait grandement la vie.



05/02/2016  - Franck Ramus, Directeur de recherches au CNRS, Professeur attaché à l'ENS

 La proposition récurrente de supprimer l'ANR est un remède qui serait pire que le mal. Il faut au contraire augmenter significativement le financement de l'A.N.R., et confier autant que possible à l'A.N.R.  les appels d'offres éparpillés entre multiples institutions.

Argumentaire complet :
Les chercheurs français ont besoin d'une A.N.R. renforcée



05/02/2016 - Antoine MARTIN, CR1, C.N.R.S.

  • redistribuer le budget de l’ANR (au minimum celui de l’AAP générique) directement vers les laboratoires ou les institutions. Plus de temps pour les chercheurs et les administrateurs, moins de sollicitations scientifiques et administratives pour les évaluations. Dans la très grande majorité des cas, le budget par équipe de recherche serait le même, si on se place sur une période de 5 à 10 ans, mais le temps passé sur ses recherches serait largement augmenté.
  • réduire la part ERC du budget de la recherche (très inéquitable, et finalement très peu rentable scientifiquement) pour le redistribuer de la même manière que précédemment.



05/02/2016  - Steven Ball - Professor Steven G. Ball, Professor of Microbial Genetics, University Of Lille

La communauté scientifique publique française produit une recherche de qualité sur base d’un financement  des salaires de postes statutaires d’une part, et de moyens humains et matériels contractuels d’autre part.
Au quotidien, ce sont les moyens humains et matériel contractuels qui, depuis plusieurs décennies, définissent , de fait, les orientations et la décision de mise en œuvre de la recherche. Contrairement à ce qui est souvent écrit, l’âge d’or du financement "récurrent " par dotation globale des E.P.S.T. à leurs unités affiliées qui aurait été, selon certains, suffisant  n’a jamais vraiment existé (sauf peut-être au C.E.A. et dans quelques autres cas particuliers). Les E.P.S.T. n’en ont tout simplement pas et jamais eu les moyens, étouffées par leurs charges salariales permanentes. Elles se comportent, de fait, en agence gérant  les personnels statutaires et leur environnement administratif et technique (ce qui est déjà beaucoup et essentiel à la pérennité du dispositif).

Depuis 1987, où je suis arrivé dans une unité C.N.R.S. établie sur un campus universitaire en France, je n’ai connu que l’indigence sur le plan des financements récurrents. Le financement  par contrat sur appels d’offre a donc, toujours été le graal des responsables d’équipe et de fait le moteur des orientations scientifiques. Il s’agit là d’un point de fragilité du dispositif de recherche publique française. Les guichets publics et privés sont multiples : entreprises, A.N.R., Région, Europe, ERC, associations etc qui financent le fonctionnement et la main d’œuvre temporaires requis (personnels techniques, thésards, post-docs). A cela, s’ajoutent les traditionnelles allocations de recherches décernées aux thésards par les universités et les régions. Aujourd’hui, le tarissement du financement contractuel public de l’A.N.R. introduit énormément de tensions et d’entropie dans le système de financement de la recherche publique.

Je pense qu’une simplification administrative visant à créer un guichet unique centralisant tous les moyens de toutes les sources publiques (Etat et Région) qui sont utilisées pour les appels à projet et les allocations de thèse pourrait être souhaitable. Nous disposons de plus des outils nécessaires pour réaliser les choix budgétaires incontournables.  Il est tout à fait imaginable qu’à l’occasion de l’évaluation quinquénale des laboratoires de recherche les acteurs de la recherche (tutelles universitaires, E.P.S.T....) et les autres représentants concernés de l’Etat et des régions se retrouvent pour un entretiens budgétaire visant à préciser, pour chaque équipe d’une unité de recherche, le minimum de moyens  nécessaires pour la mise en œuvre de leurs projets de recherche, incluant allocations de thèses, bourse post-doctorale, salaire de personnels temporaires, fonctionnement de la recherche (incluant matériel et missions) etc.
L’adéquation entre les moyens fournis à l’équipe et ceux qui ont été demandés seraient modulés par la qualité de leur expertise scientifique établie par les comités d’évaluation indépendants (HCERES) et l’adéquation aux politiques scientifiques des tutelles. Il est je crois possible, dans un tel contexte, d’assurer le financement minimal requis et libérer les personnels statutaires d’un grosse partie du temps nécessaire à la recherche de financements publics nationaux. De facto, le désir de financements supplémentaires se réorienterait sur les guichets internationaux (ERC, Europe...) tout en maintenant le minimum de moyens nécessaires à une production scientifique de grande qualité  sur base de financements nationaux ainsi simplifiés.


04/02/2016 - Elisabeth JAMET, DR1 CNRS, Responsable équipe de recherche LRSV, Université Toulouse 3/CNRS

Objectif : Libérer des ressources humaines à consacrer à la recherche et mieux utiliser les crédits.

Augmenter de manière significative la part des budgets récurrents dans le financement de la recherche. Trop d'énergie est perdue dans l'écriture de projets, leur suivi scientifique et leur justification financière. Les laboratoires sont évalués régulièrement pour l'ensemble de leur production scientifique, ce qui devrait être un garde-fou suffisant pour assurer une recherche de haut niveau.
Limiter le nombre de guichets pour les demandes de financement, actuellement trop nombreux obligeant à une veille spécifique chronophage et conduisant à une dispersion des moyens.
Proposer une notation des projets en fonction de leur qualité sur le modèle de l'évaluation des articles soumis aux revues internationales : acceptation possible, révisions pour l'année suivante avec suggestions de l'évaluateur, ou refus. Cette procédure existe à l'étranger, par exemple FNR (Luxembourg), Austrian Science Fund (Autriche).

04/02/2016  - Marie-Laure Derat - DR1 C.N.R.S.

La plupart des appels à projets et des financements exigent désormais un co-financement. Ce qui implique de multiplier les dossiers, les réponses à des appels, sans garantie de succès. Si bien qu'on en vient à des situations ubuesques où les institutions ne financent le projet que si d'autres budgets sont trouvés, même s'il y a une évaluation positive. Le système de financement de certains labex est caractéristique : tout financement du labex appelle un co-financement, donc la plupart du temps, une recherche de budget auprès du laboratoire d'origine des déposants. Or c'est l'appel d'offres du labex qui crée l'offre : certains ne répondent que parce que c'est le moyen, en infléchissant quelque peu leurs thématiques de recherches, de trouver des budgets supplémentaires pour travailler. Mais pour le labex, le projet doit être une vitrine. Donc au minimum, il faut des colloques. Si bien que les laboratoires se trouvent presque dans l'obligation de financer de plus en plus de rencontres scientifiques pour répondre à la nécessité du co-financement des labex. La recherche ne se fait pas dans les rencontres, mais celles-si se multiplient car les projets demandent de la visibilité. L'argent de la recherche est donc employée à payer des salles (aux universités qui ont trouvé ainsi un moyen de se financer), des billets d'avion, des nuits d'hôtel et des repas, en prenant en partie sur les crédits récurrents des laboratoires.

Comme, par ailleurs, dans les laboratoires, il n'y a pas le personnel pour s'occuper de la gestion de ces rencontres scientifiques et de la gestion des projets en général, le chercheur va passer plusieurs jours si ce n'est semaines à enquêter pour savoir comment dépenser l'argent qu'il a si durement trouvé, trouver une salle disponible, organiser les déplacements des uns et des autres...

Les "délivrables" des projets de recherche créent donc une surabondance de colloques - chez nous, on appelle ça la colloquite aiguë - avec un constat qui nous afflige tous : en dehors des participants au colloque, point d'assistance, car tous les collègues sont pris par leurs propres journées d'études.

Un autre point, le C.N.R.S. nous engage à répondre plus massivement aux appels à projet de l'ERC, soulignant les trop nombreux échecs à l'A.N.R., le besoin de représenter le CNRS au niveau européen et le gain considérable en terme de budget pour un travail à peu près équivalent en termes de montage de projet. On débloque des moyens pour nous aider à monter le projet. Il y a même maintenant des A.N.R. qui sont pensées comme des pré-projets européens et qui financent la création d'une équipe internationale en vue d'arriver à répondre à un appel d'offres européens. Si bien qu'on emploie les crédits destinés à la recherche, à faire de la recherche de financement. Or ces crédits-là, moins massifs, seraient suffisants pour financer de façon très simple des recherches réelles, en simplifiant les démarches. Les PEPS du C.N.R.S., à leur origine, avaient cette vertu : obtenir un financement à hauteur de 10000 euros en soumettant un projet de quelques pages, déposé au fil de l'eau, avec une réponse au fil de l'eau. Ca n'a pas duré longtemps.


03/02/2016 Anne Atlan - Chargée de recherche CNRS - UMR 6590 ESO

Je suis bien d'accord avec mes collègues : le temps passé à répondre aux appels d'offres (ANR ou Européens) est très pénalisant. Dans les périodes sans contrat, j'ai du passer un temps énorme à répondre à tout ce que j'ai pu (11 demandes sans succès avant d'en avoir une qui marche, ça
correspond aux taux de succès moyens, et à ce qu'on vécu de nombreux collègues). Les crédits récurrents ne permettent plus de fonctionner, et notre métier est le seul où l'on donne à l'employé un salaire et du matériel technique sans lui donner les moyens de travailler ! C'est non seulement du gaspillage d'argent public, mais un manque de respect pour notre fonction, nos compétences, et notre temps de travail. Ne plus faire des financement sur contrats la condition si qua none de moyens de travail décents, c'est possible à budget constant : il suffit de diminuer le budget alloué aux contrats pour augmenter les crédits récurrents des laboratoires. Une telle mesure permettrait non seulement de simplifier les choses, mais aussi d'améliorer nos conditions de travail, et d'augmenter notre efficacité ! Mais nous l'avons déjà dit tellement de fois, que je doute que nous soyions d'avantage entendus cette fois-ci. Pourquoi nous consulter si ce n'est pas pour tenir compte de notre avis ?


02/02/2016 - Jane-Lise Samuel - DR1 Inserm


Comme nombre d'entre nous,la simplification qui s'impose est la  suppression de l'A.N.R., et l'attribution directe des crédits comme
soutien récurrent aux Laboratoires.
Le taux de succès actuel (<10%) rend="" impossible="" toutes="" valuations="" objectives="" br="">Les unités et équipes sont évaluées par HCERES, puis par les instances des EPST/universités dont elles dépendent. Cela doit permettre  l'attribution d'une dotation suffisante pour réaliser les projets/programmes soumis et évalués positivement.
Les projets déposés lors des renouvellements d'Unité pourraient aussi  inclure une demande budgétaire (fonctionnement, équipement, poste  ITA/BIATS,)

En revanche on peut imaginer un mode de financement pour les projets en cours de quinquennat et non inscrits au contrat déposé;  qu'ils  s'agissent de projets innovants et non anticipés du fait de  l'acquisition des résultats qui demandent un développement très rapide. Il pourrait  aussi s'agir de projets reliés à l'arrivée de nouveaux  chercheurs/groupe dans le laboratoire. Ce mode de financement par appels  d'offre pourrait aussi financer sur 3 ans les projets de retour de  post-Doc, en assurant aussi le salaire du jeune chercheu.r.se. qui passe  les concours de recrutement. Ce  mode de financement doit être
complémentaire par rapport aux dotations récurrentes et non la source  principale.

Autre sujet important pour le projet de simplification Aviesan :
sa suppression ne changerait pas le paysage de la recherche  française. En revanche cela génèrerait des économies substantielles. Le  cout de cette entité doit être mesuré à l'aulne du bénéfice apporté à la  collectivité scientifique.


02/02/2016  - Brigitte Pakendorf, DR2, DDL, Lyon

Voici quelques propositions pour simplifier les démarches pour postuler pour des financements ANR. Vous pouvez publier mon nom et qualité – et je m’excuse en avance pour le niveau de français non-natif.
 
1) Supprimer le taux de précarité : les financements externes ont pour but non pas seulement de rendre possibles des nouvelles recherches, mais surtout de soutenir des jeunes collègues dans leur carrière – ce qui n’est pas possible avec cette restriction.
 
2) Supprimer l’obligation d’avoir des collaborations : des collaborations ne disent rien sur la qualité d’un chercheur ou d’un projet. Un projet peut être important et novateur même s’il est porté par un seul chercheur (en équipe avec des post-docs pour soutenir leur carrière !), sans y avoir besoin d’une collaboration formelle. Et en tant que chercheur on peut bien faire parfois des recherches « solitaires » de bonne qualité (au moins, en linguistique), même si on collabore avec beaucoup de collègues dans d’autres projets.
 
3) Avoir des appels à projets ouverts, sans programme spécifié, réguliers (par exemple, deux fois par an), pour que tous les chercheurs sachent qu’il y aura toujours cette option de postuler pour un financement si on a une idée pour un projet. Des bons projets ne répondent pas toujours à des appels lancés sur un thème spécifique – ce qui ne les fait pas moins bien.
 
4) Améliorer l’information donnée sur le site web du ANR : on n’y trouve pas d’informations basiques, et il n’y a pas de contact direct possible avec les agents.



01/02/2016 - Christophe Martin - DR C.N.R.S. - Univ. Grenoble Alpes,

Les appels à projets A.N.R. ont un taux de réussite inférieur à 10%. Ce qui entraine de la frustration pour les chercheurs et pour les évaluateurs.
Sans remettre en cause l'A.N.R. ou même le concept d'appel à projet, il faut se poser la question du rendement de la machine de sélection qui demande beaucoup d'énergie et de temps aux chercheurs et aux évaluateurs. Mon impression, en tant que chercheur et en tant qu'évaluateur, est que au moins 30 à 40 % des projets proposés sont de très bonnes qualités et devraient être financés dans le meilleur des mondes.
Si on place la barre à 10% pour les possibilités de financement (mais une simplification du système devrait libérer un peu de crédit et donc remonter cette barre), cela veut dire que le choix du financement des 10 projets sur 100 est essentiellement lié à un processus aléatoire (choix des rapporteurs, interprétations de leur commentaires, ...) ou politique (un laboratoire, par ailleurs excellent, a déjà obtenu son quota d'ANR). Autant l'acter d'où la proposition de simplification :

  • garder la phase de pre-projets
  • diminuer encore la longueur des projets (de 30 à 20 pages), cela suffit pour juger de la valeur des projets,
  • faire une sélection des 30 à 40 % meilleurs
  • effectuer un tirage aléatoire sur cette sélection pour obtenir les élus
  • seuls les sélectionnés ont le droit de représenter le même projet l'année suivante


Les scientifiques sont à mon avis près à cette méthode puisque de toute façon ils ressentent le système actuel de sélection comme une machine aléatoire.


01/02/2016 -  Gauthier DOBIGNY - Chargé de Recherche à l'Institut de Recherche pour le Développement

  • Suppression de l’ANR et du Crédit Impôt Recherche : tous les fonds reviennent dans le budget des instituts de recherche qui mettent en œuvre leur politique scientifique via les UMR. La part de financements récurrents devrait être considérablement augmentée et représenter 50 à 75% des crédits de l’UMR, de manière à ce que l’UMR elle-même puisse conduire son projet d’unité sans dépendre quasi-exclusivement des appels d’offre des multiples guichets. Conserver un guichet pour des financements incitatifs liés à l’innovation et un guichet Europe.
  • Le montant de la dotation récurrente est ajusté en fonction de l’évaluation de l’UMR (respect des engagements et qualité des réalisations du quinquennat précédent et qualité du projet pour le suivant) et s’entend pour 5 ans. Cette dotation inclut des bourses doctorales et post-doctorales. La répartition et la gestion de ces crédits dans l’unité est assurée par le collège de direction de l’unité (avec des administratifs au sein de l’unité) en accord avec un conseil d’unité au pouvoir renforcé

31/01/2016  - Didier Chaussy,  PR1 Grenoble INP/LGP2

Je suis d'accord avec les collègues qui soulignent le faible taux de réussite des A.N.R. ainsi que le temps important mobilisé pour monter un tel dossier et qu'il serait finalement souhaitable de supprimer les A.N.R..
Cependant Les A.N.R. permettent la création de consortiums regroupant partenaires industriels et académiques qui sont souvent enrichissants. Si il devait y avoir suppression des A.N.R. il faudrait réfléchir à conserver un système permettant de favoriser la création de tel consortium.



 
30/01/2016 - Jérôme Lemoine - Professeur des Universités, Institut des Sciences Analytiques, Université Lyon

Etant inscrit, en parallèle de mes activités d'enseignant chercheur, dans un cursus de Management à EM-Lyon, j'ai l'opportunité de rapporter à de nombreux dirigeants et cadres d'entreprise les modalités du financement de la recherche académique en France dans les domaines que je connais, à savoir la chimie et la biologie dans les unités C.N.R.S. :

  • une dotation récurrente dédiée quasiment, voire uniquement parfois, à l'infrastructure
  • un fonctionnement basé presque exclusivement sur AP, contrat de partenariat et autres prestations industrielles
  • des AP dont le taux de réussite oscillent aujourd'hui entre 3% et 10 % à l'Europe, et à peine 10% à l'ANR

- Ayant posé les faits, les réactions de ces cadres et dirigeants sont assez similaires (ils traduisent également le manque de reconnaissance et de connaissance des métiers de la recherche au sein de la population en général) :

  • étonnement et incompréhension ("on ne pensait pas que la recherche française fonctionnait ainsi..."; "et vous faîtes comment lorsque vous avez épuisé vos ressources?"; "mais c'est totalement une aberration économique ce modèle!!" )
  • éclats de rire et taquinerie ("et vous continuez quand même à déposer des projets ?")
  • admiration ("franchement, à votre place je changerais de job")
  • et puis j'allais oublié les classiques réactions condescendantes à l'égard des fonctionnaires mais qui ne valent pas ici d'être rapportées car relativement rares....

- Monsieur le Secrétaire d'Etat, ce modèle de financement basé quasi exclusivement à 100 % sur des AP est délétère pour la recherche française car des pans entiers de la connaissance et de la recherche amont vont disparaître. Mais, peut être est ce là une volonté officieuse et une conséquence inéluctable du fait de restrictions budgétaires imposés par un choix de modèle politique discutable. Cette volonté mériterait dans ce cas d'être affichée avec plus de courage...

Ce modèle est dangereux à moyen long terme (10-30 ans) pour l'innovation et la compétitivité française si le pays ne soutient qu'une recherche à visée applicative immédiate (3-10 ans)

Ce modèle est une ineptie économique à plusieurs titres :

  • est ce qu'une entreprise ferait évaluer ses projets de développement par un concurrent étranger, qui plus est anonyme ???? dixit la cellule de l'ntelligence économique de Bercy
  • est ce qu'une entreprise peut survivre avec de tels coûts fixes sans valeur ajoutée = nombre d'heures passées à écrire des projets avec 90% d'échec
  • il annihile toute créativité qui a besoin pour émerger de stabilité émotionnelle

C'est enfin une source de démotivation et de risques psycho-sociaux majeurs car, Monsieur Mandon, comment pensez vous que vos subordonnés et autres conseillers réagiraient si dans 90 ou 95% des cas vous leur fassiez passer, par le biais de quelques phrases laconiques et de manière récurrente, le message selon lequel leurs dossiers, leurs suggestions, leurs conseils, leurs idées sont sans valeur, mauvais, inintéressants ?


30/01/2016  - Benoît Kloeckner - Professeur à l'Université Paris-Est Créteil (mathématiques)

L'hyper sélectivité des appels à projets principaux, notamment ceux de l'ANR et la lourdeur des dossiers demandés sont source d'un énorme gâchis de temps des universitaires et donc d'argent public.

Pour l'éviter, il serait souhaitable de :

  • rediriger le financement vers plus de récurrent, directement aux laboratoires ;
  • s'assurer que la part de projet financés soit importante (au moins 50%) ; pour cela on peut :
    - exclure explicitement l'obtention de financement de projet des critères de recrutement et de promotion, ce qui avec l'augmentation du financement récurrent devrait limiter le nombre de dossiers déposés ;
    - financer plus de projets sur des budgets moins important, ce qui aura aussi comme conséquence une utilisation plus raisonnée des budgets distribués ;
  • limiter la taille des dossiers de candidature (le prédossier de 5 pages pour les ANR est un bon format pour un dossier complet d'un appel d'offre à budget plus réduit), pour le bien des déposants et des évaluateurs ;
  • faire de l'A.N.R. une agence de centralisation et d'harmonisation des nombreux appels d'offre existant. Elle concevrait en partenariat avec les financeurs (région, ministères, europe, entreprises, fondations, etc.) un petit nombre de formats standards d'appel d'offre, évitant aux chercheurs et chercheuses de devoir s'adapter à des contraintes différentes à chaque dossier, et servirait de guichet unique aux candidats.

 

29/01/2016 - Franck Pereira dos Santos - Chercheur CR1 - Observatoire de Paris

Il faut simplifier les règlements financiers des appels à projets en :

  • interdisant toute obligation de collaboration 
  • interdisant toute obligation de cofinancement. Cela n’empêcherait pas bien sûr de mentionner l’existence de cofinancements, et de construire un projet et un budget en tenant compte des ressources déjà disponibles.
  • adoptant une assiette des dépenses éligibles la plus large possible (en particulier, les appels à projets ne devraient pas pouvoir contraindre le type de dépenses éligibles, ni la répartition entre les différents postes de dépenses). Les couts directs doivent être financés à 100% pour les établissements publics, y compris les dépenses d’équipements, même lorsque la durée d’amortissement excède la durée du projet. Seul le processus d’évaluation devrait pouvoir déterminer si les moyens demandés permettront d’atteindre les objectifs. Une partie importante du budget (au moins 25%) doit être consacrée aux coûts indirects, sur laquelle l’établissement porteur pourra prélever au titre des frais de gestion et des couts indirects induits, mais aussi le laboratoire dans lequel le projet est mené.
  • renonçant au contrôle financier systématique. Ne contrôler qu’une petite partie des projets (quelques %, au hasard par exemple). Cela permettrait de faire des économies dans la gestion des projets et de soulager les services administratifs, qui pourront se consacrer à un meilleur suivi des projets européens (sur lesquels il est probablement illusoire d’espérer des mesures de simplification).
  • consentant à des avances conséquentes, et pas nécessairement plafonnées (le montant de l’avance doit pouvoir être négociée, lorsque par exemple de gros équipements doivent être achetés en début du projet). Les versements devraient être faits de façon flexibles, en s’adaptant aux besoins des projets.

Par ailleurs, il serait bon :

  • d’interdire les demi-financements de thèse,
  • de réorienter le programme de l’ANR pour affecter une partie significative de son budget à un vrai programme blanc,
  • de limiter, voire supprimer, le financement par l’ANR de la recherche des entreprises, qui bénéficient déjà de mécanismes fiscaux avantageux pour soutenir leur R&,
  • de multiplier le budget de l’ANR par 3, pour atteindre des taux de succès raisonnables.

 

28/01/2016 - 28/01/2016 18:57 - Laurent Krähenbühl, DR1 - Laboratoire Ampère UMR5005

Comme beaucoup d'autres contributeurs, je propose comme simplification la suppression de l'A.N.R., et l'attribution directe de ses crédits au soutien des Laboratoires.

Il faut en effet choisir entre deux types d'évaluation et d'attribution de crédits :
1 - l'évaluation (et financement) sur bilan et projet pluriannuels, type HCERES, Comité National, CNU ...
2 - l'évaluation (et financement) sur succès aux appels à projet.
Mélanger les deux conduit les acteurs à faire mal les deux, et à gaspiller temps et argent.
L'évaluation/financement de type 1 est clairement la mieux adaptée pour la recherche publique, amont ; le type 2, naturellement, pour la recherche industrielle.

Par ailleurs, un élément fausse la réflexion par rapport à l'A.N.R..
Son coût réel de fonctionnement est en effet fortement sous-estimé : la plus grande quantité de travail réalisé "par l'A.N.R." consiste en effet à évaluer les propositions de projets. Or cette partie du travail n'est pas valorisée financièrement, puisqu'il n'existe ni rémunération des évaluateurs, ni dédommagement des Etablissements auxquels ils appartiennent, pour le temps qu'ils passent à travailler pour l'A.N.R. au lieu de travailler sur leurs projets de recherche (réponse de l'ANR à une question précise que j'ai posée lorsque j'ai été sollicité : "L'expertise étant non rémunérée, et pouvant se faire hors des heures de bureau, vous ne devriez pas avoir besoin d'une autorisation de votre employeur pour la réaliser" ... sans autre commentaire !).

Connaître le vrai coût de l'A.N.R. conduirait peut-être à la condamner encore plus vite !
Encore faudra-t-il utiliser des données raisonnables pour un tel calcul. L'estimation par l'ANR du temps passé par chaque évaluateur est en effet ridiculement bas ("une heure ou deux", m'a-t-on indiqué, pour un dossier de 50 pages).


27/01/2016 - Frédéric Perrier - Professeur Université Paris Diderot - Ancien élève de l'Ecole normale supérieure de la rue d'Ulm

Une simplification radicale mais efficace: supprimer les appels, à projets qui entrainent perte de temps et imbécillisation de la recherche.

Simplification: Distribuer l'argent aux professeurs d'université qui sont la seule entité légitime, et leur demander, après, ce qui a été fait. Demander ce qui a été fait est beaucoup plus révélateur et plus intéressant que de demander ce qui pourrait être fait un jour, peut-être!!! Sanctionner quand rien n'a été fait, augmenter l'allocation quand c'est bien. Même une machine pourrait faire ça.

Si les professeurs d'université retrouvent des crédits, plutôt que les coqs en pâte du CNRS ou des EPIC, qui gaspillent tout, alors on va pouvoir enfin s'occuper sérieusement de la jeunesse, qui est un enjeu critique national, voire le premier de tous les enjeux!!!

Très simple, mais du bon sens. Avec résultat garanti.



27/01/2016 - Yann GIRARD - Maître de Conférences Paris 7/Lab. MPQ  - Associate Professor

I. Suppression de l'A.N.R..
II. Suppression de la logique de projet par une inversion du processus des appels: de top down, cela deviendrait bottom-up
III. Augmentation du soutien de base des chercheurs
IV. Fusion des budgets de fonctionnement et d'équipement (hors salaire et indemnités)
V. Seuls les laboratoires (ou les regroupement de laboratoires) seront porteurs de demandes financières (cela renforce la cohésion et la politique scientifique de site)
VI. Les textes des demandes (toujours dans la version bottom up) ne doivent reposer que sur les idées scientifiques et non de la bibliométrie (voire être anonyme).

La recherche et les découvertes se font dans les laboratoires et ne peuvent être décrétées a priori


27/01/2016 Marc PHILIPPE – maître de conférence  - Université Lyon-1 et UMR 5276 du C.N.R.S.

MCF (HDR, HC), je passe statutairement 50% de mon temps à la recherche. Si sur ce temps-là 15% va à la recherche de crédit et 15% à l'évaluation (hormis mon travail d'éditeur associé pour un journal indexé) on perd le tiers du temps de recherche.

De plus, le taux de réussite étant peu prévisible, il est difficile de gérer les acceptations synchrones ... comme les vides. On peut donc augmenter la productivité de 50% avec des crédits récurrents. D'accord des crédits iront à des pas (peu) publiant, mais ceux-ci ne sont certainement pas plus de 10% ; et de ceux-ci, non ostracisés, naîtra peut-être un jour une étincelle.


 

27/01/2016 - Didier Fraix-Burnet - Chargé de Recherche C.N.R.S.

Simplifier l'ESR ? Chiche ? Facile :

  • supprimer la moitié des financements sur projets, redonner les moyens aux labos pour que chaque chercheur dispose d'un minimum de 2000 euros annuels sans avoir à rédiger quoi que ce soit.  C'est beaucoup demander ? 
  • supprimer toutes les couches inutiles en *ex qui ne font que se rajouter aux structures existantes désormais vidées de leurs moyens: quel intérêt d'une COMUE doublée d'un IDEX ? Quel intérêt d'un labo doublé d'un Labex ? Ah si, l'intérêt est d'orienter les recherches ou plutôt de les étouffer.

Deux points relevés dans les propositions :
1.        Mettre en œuvre d’autres modalités d’allocations des moyens que l’AAP pour distribuer les crédits (dernière ligne) : oui, cent fois oui. Le tout financement par projets est une catastrophe qui étouffe 50% de la recherche, la vraie. Vous ne la voyez pas parce que vous ne voyez que les projets sélectionnés qui sont par essence médiatique. Mais c'est du développement, voire de la rédaction d'articles, pas de la recherche créative, risquée, innovante.
2.        Inciter les chercheurs au dépôt de  projets et lutter contre la « démotivation » (dernière page) : il y a bien longtemps que les membres du comité ne font plus de recherche pour oser proposer une telle action. La recherche, ce n'est pas le dépôt de projets. Les chercheurs ne sont pas démotivés, ils sont désespérés devant le manque de moyens. Encore une fois, le tout financement par projets ne peut pas financer toute la recherche. C'est totalement inefficace. Comment faire comprendre que déposer un projet empêche de faire la recherche qu'on se propose de faire ? C'est compliqué à comprendre ?

Je ne suis pas le seul à énoncer ces vérités. En tout cas, cette volonté de "simplification" montre bien que vous avez conscience de l'échec de la nouvelle politique de financement de la recherche.

Sachez que j'entends beaucoup de collègues désabusés, même certains dont j'imaginais être dans cette mouvance du tout projet et tous en concurrence.  Aucun n'a envie d'encourager ses enfants à faire de la recherche. C'est fini.
J'ai bien conscience tout de même que l'objectif n'est pas de financer la recherche, mais de la contrôler, de faire des économies sur son dos.

La France commence déjà à en payer le prix, mais ce n'est que le début : il faut 5 minutes pour arrêter un sujet de recherche. Il faut dix ans pour un commencer un nouveau.


 26/01/2016 - Pierre Boulet - Professeur, directeur adjoint de CRIStAL, chargé de mission recherche secteur STIC

J'écris en tant que professeur d'université. Je suis effrayé par le temps que les chercheurs et enseignants-chercheurs passent à écrire et à évaluer des projets au lieu de faire de la recherche. Les taux de sélection sont tellement bas (moins de 10 % des projets retenus à l'ANR) que ça conduit à deux types de comportement :

1.        une multiplication des soumissions pour avoir plus de chance que l'une passe, ceci de manière artificielle et au détriment de la qualité des soumissions, ce qui engorge encore plus le système ;

2.        un découragement et une résignation, où les chercheurs ne soumettent plus de projets au détriment des moyens avec lesquels ils travaillent.

Ces deux comportements conduisent à une diminution des ressources (temps et moyens financiers et humains) consacrés à la recherche dans notre pays.

Une mesure de simplification serait de réorienter une majeure partie des moyens de l'ANR (fonctionnement et appels à projets) vers les laboratoires au travers des dotations FEI des établissements. Il y aurait ainsi moins d'énergie perdue dans les appels à projets et les personnels de la recherche (dont la procédure de recrutement garantit la qualité) auraient plus de temps et de moyens de faire correctement leur métier.

Enfin, si nous voulons une recherche de qualité (ce qui est un investissement, pas une dépense, comme l'éducation), il faut y mettre le prix, or les budgets consacrés à l'enseignement supérieur et à la recherche, ont au mieux stagné, au pire diminué depuis des années et nous ne faisons que gérer la pénurie de moyens (par exemple, nous constatons une diminution de près de 8% des moyens de fonctionnement attribués à mon laboratoire cette année). Avec l'augmentation du nombre d'étudiants, le risque est un essoufflement de la recherche académique française et on sait que la recherche industrielle française n'est pas en position de prendre le relais.




26/01/2016 - Grégoire Pérez

  • Vu le faible taux de réussite aux appels d'offre A.N.R. (10%).
  • Vu le coût financier et le temps de travail nécessaire à ce faible rendement (temps de montage de projet dont 90% perdu et temps d'évaluation).
  • Vu la fuite éventuelle d'idées de projets non financés bien que de qualité à l'étranger via les évaluateurs (une partie des 90% de temps de travail précédent, pour des bénéficiaires qui plus est rémunérés).
  • Vu la précarité de l'emploi dans la recherche.
  • Vu l'obligation de rémunérer les stagiaires sans pour autant voir des budgets alloués, en dépit de risquer de voir le nombre de stagiaire décroitre, ce qui est pourtant une étape essentielle de la formation.


Il apparaitrait logique de supprimer, purement et simplement, l'A.N.R..

En substitution, les fonds jusque-là dilapidés dans le système A.N.R. pourraient être redistribués dans le fonctionnement des unités. S'il en était nécessaire, un système de bonus-malus permettrait de maintenir une compétitivité entre unités. Ce bonus-malus peut être basé tout ou partie sur l'évaluation HCERES. D'autres évaluations complémentaires peuvent être envisagées, selon un système de comité de lecture. A l'inverse de l'A.N.R., il s'agirait là de faire évaluer des projets d'unité et/ou d'équipes par des paires et de majoré ou minoré les crédits en fonction de leur pertinence scientifique.

Pour des projets inter-unité, un système de crédits chercheurs, semblables aux points chercheurs, pouvant être investis dans des projets, inter-unité ou européens, peut être envisagé. Un tel système permettrait de limiter le nombre de projets soumis et d'augmenter leur qualité en permettant aux chercheurs de s'y investir davantage. Encore une fois, un système de bonus-malus peut être appliqué en fonction de l'évaluation d'un comité de lecture. Cela permettrait de financer chaque projet, selon sa pertinence et donc encore d'éviter le gaspillage.

Ces propositions peuvent, bien entendu, être développée, mais leur simplicité et le fait qu'elles se basent en partie sur quelque chose existantes (HCERS) faciliterait leur mise en place. La mise en place de comités de lecture, sur des projets moins nombreux et plus solides, puisque limités, offre un avantage sur le système ANR.

En espérant que ces propositions seront lues et prises en compte.


 

26/01/2016 - Thierry de Meeûs - DR1 - I.R.D.

Je suis chercheur à l'I.R.D.
Je voudrai, dans le cadre de cette consultation, en ce qui concerne la rubrique "appel à projets", insister sur l'utilité qu'avaient les crédits récurrents des laboratoires qui permettaient d'explorer des voies de recherches originales en laissant libre cours à l'imagination des chercheurs, source d'innovation.

Je voudrais aussi insister sur l'écart spectaculaire entre les ambitions affichées par l'ANR et autres (trop rares) appels à projets et les moyens dérisoires donnés aux chercheurs qui obtiennent des crédits (trop rarement également).

J'encourage donc les autorités compétentes à rehausser les crédits récurrents des laboratoires, quitte à indexer ces crédits sur des évaluations elles mêmes récurrentes; d'octroyer aux jeunes recrutés un package (crédits de recherche et bourses de thèses) permettant de commencer leur projet sur des bases saines; d'instaurer un système au moins bis-annuel d'appel à projet, type ANR, mais plus indépendant, plus transparent et avec d'avantage d'ambition concrétisée.

Je voudrais ajouter, dans le cadre "ressources humaines", que nos laboratoires manquent cruellement d'aide technique et de secrétariat ce qui oblige les chercheurs à prendre sur leur temps de recherche et d'enseignement pour effectuer les tâches incombant normalement aux agents administratifs et techniques, ce qui n'est guère rationnel, me semble-t-il.

Je vous remercie de nous avoir donné la possibilité de nous exprimer


 

26/01/2016 - Yann Bisiou - Vice-président du conseil d'administration - Université Paul Valéry Montpellier 3

5 propositions pour simplifier les appels à projets


 

26/01/2016 - Martine Pastuglia - chargée de recherche 1ère classe - INRA

Monsieur le Secrétaire d'État, en charge de la Recherche et de l'Enseignement supérieur, Vous trouverez ci-dessous la lettre intitulée "A.N.R.: La recherche publique française asphyxiée" qui a recueilli à ce jour 4566 signatures (en pièce jointe à ce message), dont celles de plus de 800 Directeurs de Recherche / Professeurs d’Université.
Nous vous remercions de l’ajouter comme contribution à la consultation sur la simplification de l’ESR.
Sincères salutations,

A.N.R. : la recherche publique française asphyxiée

Les signatures


 

24/01/2016 - Rémi Houlgate - Bioinformactics & Integrative Genomic group - INSERM

Bonjour,
 
1) Supprimer l’A.N.R.

2) Une seule évaluation lors de la création d’équipe :

  • Evaluation d’équipe
  • Evaluation des personnels
  • Evaluation des projets
  • Participations des agences/associations/fondations de financement
  • Un budget pour 5 ans
    Soit un gain de 25% sur l’activité des chercheurs

 

21/01/2016 - Valérie Cayol, C.N.R.S. research associate - Laboratoire Magmas et Volcancs - U.J.M.  - .U.B.P. - C.N.R.S. - I.R.D.

Je suis chercheuse C.N.R.S. Actuellement, je passe environ un moispar an à déposer des dossiers et répondre à des appels à projet, le but étant surtout pour moi d'obtenir un soutien de base me permettant d'assister à des conférences et à publier mes recherches.

L'an dernier aucun de ces projets n'a été couronné de succès. Etant donné le temps passé, il serait beaucoup plus économique pour mon employeur de me verser directement une somme correspondant au mois (2800 euros) que j'ai perdu à faire des demandes.

Les ANR permettent d'obtenir de gros budgets mais le taux de réussite est ridiculement faible (6%). Ne serait il pas plus rentable pour la recherche française de  distribuer cet argent en plus de petits projets, plutôt qu'en gros projets ?


1ère publication : 19.01.2016 - Mise à jour : 28.04.2016

La consultation publique est ouverte du 19 janvier au 26 février 2016.

Vos contributions alimenteront la réflexion sur la définition des grandes priorités de la démarche de simplification

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