Accueil >  [ARCHIVES des communiqués et des discours, avant mai 2017 >  [ARCHIVES] Discours

[ARCHIVES] Discours

Ouverture du Salon Européen de la Recherche et de l'Innovation

[archive]

Discours de Valérie Pécresse ministre de l'Enseignement superieur et de la Recherche pour l'ouverture du Salon Européen de la Recherche et de l'Innovation

Discours - 1ère publication : 7.06.2007 - Mise à jour : 4.10.0007

Madame et messieurs les ministres,
Mesdames et messieurs les élus,
Mesdames et messieurs les présidents,
Mesdames et messieurs,

 

Dans un monde où la compétition s'accélère, entre les entreprises, entre les nations, entre les continents, la recherche et l'innovation sont les clefs du progrès, de la croissance et de l'emploi.
Nous disposons d'atouts majeurs : nos chercheurs, nos ingénieurs et nos entrepreneurs sont nos forces vives, nos talents et notre imagination créative. Mais nous n'avons pas de temps à perdre : parmi les quinze entreprises mondiales qui investissent le plus dans la recherche, on ne compte que quatre entreprises européennes dont une seule entreprise française (Sanofi Aventis). La Chine aura demain un million de chercheurs : cinq fois plus que la France. Les Etats-Unis et le Japon sont engagés dans une course mondiale à la primauté dans le domaine des nouvelles technologies. C'est pour cela que la science, la recherche et l'innovation sont une priorité nationale et une priorité européenne.

Le salon que j'ai l'honneur d'inaugurer ce matin est un carrefour. Un carrefour entre le monde de l'entreprise et le monde universitaire. Un carrefour entre le monde scientifique et la société civile. Et un carrefour entre nos pays. La dimension européenne de ce salon est essentielle à mes yeux. C'est l'occasion pour moi de vous redire ma volonté d'approfondir les liens d'amitié et de solidarité qui unissent la France à ses partenaires européens. Ces liens sont le fondement de nos réussites scientifiques et industrielles futures. C'est unis que nous serons forts, que nous serons efficaces et compétitifs. Je tiens à saluer chaleureusement les partenaires européens qui nous font l'honneur et la joie de participer à ce salon.

C'est avec un immense plaisir que j'accueille Mme Cabrera Calvo-Sotelo. L'Espagne, Madame la Ministre, est, cette année, à l'honneur. L'excellence des relations entre nos pays ne se dément pas : le nombre de publications scientifiques conjointes va croissant. Votre pays est notre premier partenaire en termes de doctorants accueillis dans nos laboratoires. Et ce sont en moyenne 70 chercheurs du CNRS qui sont présents chaque jour dans les laboratoires espagnols.

Je tiens également à saluer chaleureusement M Sewerynski, ministre polonais de l'enseignement supérieur et de la recherche, avec qui nous allons signer dans quelques semaines un accord cadre intergouvernemental de coopération scientifique.

M. Bajnai, commissaire du gouvernement hongrois pour le développement à l'agence nationale de la recherche pour la Hongrie, nous fait l'amitié de venir pour l'ouverture de ce salon. Votre stand présente le centre franco-hongrois de biotechnologies de Szeged : il s'agit là d'une coopération prometteuse dans un domaine scientifique prioritaire pour nos pays.

Je tiens également à saluer M. Gourzhii, Premier vice-ministre de l'éducation et de la science d'Ukraine et, à travers lui, le développement de la coopération franco-ukrainienne qui s'est traduit hier et avant-hier par la tenue à Paris du premier atelier franco-ukrainien sur les matériaux avancés.

Je suis enfin particulièrement heureuse de la présence de M Potocnik, commissaire européen pour la science et la recherche. Votre travail, M Potocnik, a permis l'adoption et le lancement du 7ème Programme-cadre de recherche et de développement. A ce sujet, j'ai souhaité organiser, dans le cadre du salon, une journée d'information et d'ateliers à destination des porteurs de projets potentiels. Votre action a également permis la mise en place du Conseil européen de la recherche dédié au soutien de la recherche fondamentale. Je me réjouis que cette initiative, fortement soutenue par la France, ait pu ainsi aboutir. Je me réjouis aussi des avancées enregistrées par l'Institut européen des technologies qui permettra l'établissement de nouvelles relations entre les entreprises européennes et les secteurs de la recherche publique par l'établissement de partenariats stratégiques d'excellence.

Vous savez que la France s'apprête à assumer la Présidence de l'Union européenne au second semestre de l'année 2008. A cette occasion, je porterai une attention particulière à la préparation de la deuxième feuille de route du forum européen des très grandes infrastructures de recherche. Ce document planifiera à l'échelle européenne la construction des grandes infrastructures. Utilisées dans des disciplines de plus en plus variées, elles sont un creuset d'idées nouvelles aux frontières des disciplines traditionnelles. Mon ministère consacrera une conférence aujourd'hui à 14 h au rôle des très grandes infrastructures de recherche en France dans la recherche scientifique, à laquelle je vous invite à participer.
Pour toutes ces raisons, ce salon ne pouvait que s'inscrire dans un cadre européen.

Pour relever le grand défi scientifique et technologique qui se présente, la France s'appuie sur une politique nouvelle fondée sur une recherche fondamentale de pointe. Avec un territoire irrigué par des pôles d'excellence. Avec la capacité d'investir dans des projets de dimension mondiale. L'effort de la nation pour la recherche est sans précédent. La recherche française a fait l'objet d'un Pacte traduit dans une grande loi en 2006. Ce pacte donne à nos chercheurs des moyens à la hauteur des enjeux : près de 20 milliards d'euros supplémentaires doivent être alloués sur la période 2005-2010. Cet effort sera poursuivi et amplifié. Ma conviction est simple : l'argent consacré à la recherche française par l'Etat n'est pas une dépense mais un investissement.

Pour relever ce défi scientifique et technologique, il a fallu d'abord repenser l'organisation de notre recherche. Pour que chaque euro soit dépensé au mieux, la loi a remodelé l'architecture de notre système de recherche pour lui assurer plus de liberté et plus d'efficacité. De nouveaux outils ont été mis en place pour libérer la créativité des chercheurs. En clair, une stratégie a été définie, des moyens sont alloués et une évaluation indépendante sera effectuée.

La réflexion sur les grands choix scientifiques de la nation doit retrouver sa juste place au cœur de la décision politique. A cette fin, le Haut conseil de la science et de la technologie a la charge d'éclairer le Président de la République sur les grandes orientations stratégiques du pays en matière de politique de recherche, de transfert de technologie et d'innovation.

Pour que la culture de projet trouve toute sa place dans nos laboratoires, l'Agence nationale de la recherche aura engagé près de 1,5 milliard d'euros en deux ans pour soutenir près de 3000 projets sur la seule base de l'excellence scientifique et de la pertinence stratégique.

L'évaluation prend aujourd'hui toute sa place dans notre système de recherche. Une évaluation transparente, indépendante, légitime et suivie d'effet. C'est la mission de la nouvelle Agence d'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur.

Le deuxième axe de notre politique vise à donner à tous nos territoires les moyens d'une ambition industrielle européenne et mondiale. Aujourd'hui, nos 66 pôles de compétitivité entrent en phase opérationnelle. Ils introduisent une révolution des pratiques en faisant résolument le choix du partenariat entre la recherche publique et l'entreprise. Nous y consacrons 1,5 Mds d'euros de 2006 à 2008. Nous poursuivons, en parallèle, un effort massif en faveur des petites et moyennes entreprises innovantes qui sont le maillon essentiel de notre tissu industriel.

Il fallait aussi renforcer les synergies entre les acteurs de la recherche, pour éviter la dispersion des moyens. Treize réseaux thématiques de recherche avancée, d'une masse critique internationale, et couvrant toutes les disciplines, ont été retenus. Et les neufs premiers pôles de recherche et d'enseignement supérieur ont été constitués pour faire mieux collaborer universités, grandes écoles et organismes de recherche.

Dans cette compétition, la science française doit relever de nouveaux défis. Si la recherche fondamentale française rencontre de beaux succès, la recherche appliquée peine parfois à concrétiser par des applications industrielles les percées scientifiques. Tirer tout le potentiel d'innovation et de valorisation économique de la recherche publique est aujourd'hui une nécessité.
Une question centrale devra être abordée sans a priori. Celle des échanges entre l'université et son environnement économique. Il est, à mes yeux, essentiel que le monde de l'université et le monde de l'entreprise renforcent les liens qui les unissent. L'enjeu est double. Il s'agit, d'une part, d'assurer une meilleure adéquation entre les formations et les débouchés. Il s'agit, d'autre part, de valoriser les travaux de recherche universitaire pour qu'ils donnent plus souvent lieu à des innovations commercialisables et à des créations d'entreprises de haute technologie.

Les frontières entre la recherche fondamentale, la recherche appliquée et l'innovation technologique doivent être abolies. Pour construire des ponts entre la recherche fondamentale et la recherche appliquée, j'entends favoriser la création d'incubateurs d'entreprise dans les universités et favoriser l'exploitation de leurs brevets par les universités.
Le président de la République nous a demandé de travailler à l'élaboration d'un ambitieux projet de zones franches universitaires permettant la création d'entreprises innovantes par les étudiants sur les campus. Elles bénéficieraient de la franchise fiscale nécessaire à leur développement. Ainsi nous doperons la créativité et l'esprit d'entreprise de notre jeunesse en lien avec la recherche dès l'université.
Les cloisonnements entre recherche publique et recherche privée doivent également être levés. La recherche publique doit développer des applications industrielles et les entreprises investir dans la recherche fondamentale pour identifier des innovations de rupture. Ces ponts ont été incarnés par des hommes tels que Pierre-Gilles de Gennes, cette figure de proue de la recherche française, cette figure irremplaçable dont je salue à nouveau la mémoire.
Le développement de l'innovation passe bien entendu, par le développement de la recherche privée, trop faible en France, puisqu'elle représente à peine plus de la moitié de l'effort national, alors qu'elle devrait, selon les objectifs de Barcelone, en représenter les deux tiers. Cette activité sera donc soutenue, notamment par l'incitation fiscale en faveur des PME et des jeunes entreprises innovantes.

Pour développer les échanges entre recherche publique et recherche privée, une question me paraît essentielle : celle du doctorat. Internationalement reconnu comme un diplôme d'excellence, le doctorat souffre d'un déficit de prestige en France. Depuis l'an dernier, un effort considérable a été fait pour revaloriser les allocations de thèse. L'amélioration en cours des écoles doctorales doit renforcer l'attractivité de ce diplôme aux yeux des recruteurs. C'est une nécessité pour augmenter le potentiel de recherche des entreprises et pour assurer le renouvellement du vivier des jeunes chercheurs à l'heure où nombre de leurs aînés prennent leur retraite.
Dans le cadre de ce salon, le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche apporte sa contribution à la diversification des débouchés des jeunes chercheurs par l'organisation des " rendez-vous de l'emploi " qui leur permettent de rencontrer des employeurs potentiels. L'an dernier, 500 rendez-vous s'étaient tenus et avaient conduit, selon les recruteurs, à une forte proportion d'embauche. Je ne doute pas du succès des "rendez-vous de l'emploi" cette année.

Une dernière question me tient à cœur. Celle des échanges entre le monde scientifique et la société civile. Celle du goût pour la science. Celle, en creux, de la crise des vocations scientifiques.
Sur de nombreux sujets, une défiance s'exprime vis-à-vis de la recherche et plus encore de l'utilisation de ses avancées. Je pense notamment aux craintes suscitées par les OGM, par l'énergie nucléaire ou par les nanotechnologies. Je pense aussi aux débats qui entourent les progrès de la médecine et qui posent tous les jours de nouvelles questions éthiques. Sur ces sujets, des déclarations alarmistes et souvent mal fondées attisent les peurs. Mais des questions pertinentes n'en sont pas moins soulevées, qui nécessitent d'approfondir les recherches et les réflexions. Dans tous les cas, il faut écouter, débattre et convaincre. Nous avons pour mission de susciter de nouvelles vocations scientifiques auprès des étudiants et d'inciter les jeunes diplômés à s'investir dans des entreprises innovantes. Pour permettre une meilleure diffusion de la culture scientifique et technique dans la société, un Institut des Hautes études pour la science et la technologie a été créé. Je poursuivrai pour ma part, sans relâche l'œuvre de promotion et de vulgarisation de la science entreprise au quotidien par tous les chercheurs et tous les inventeurs qui nous font partager leur amour de la science et de la technologie.

Je terminerai mon propos en remerciant les organisateurs de ce salon qui procède de la rencontre d'un grand scientifique, M Audouze, et d'un entrepreneur audacieux, M Poitrinal. A vous deux, vous incarnez le goût du risque et le savoir scientifique, le plaisir de la vulgarisation et l'esprit d'entreprise. Vous avez su marier les qualités du chercheur à celles de d'entrepreneur pour donner naissance à ce beau salon. Je tiens à vous féliciter pour votre initiative et pour le succès croissant qu'elle rencontre.

Mesdames et Messieurs,

A un moment où certains s'interrogent sur le dynamisme de l'Europe et de la France, la France fait résolument le choix de la science et de l'innovation. C'est une mobilisation humaine et un effort financier sans précédent. C'est la clef de l'emploi et de la croissance durable. C'est la meilleure réponse aux délocalisations. C'est essentiel pour conserver le rang et le rayonnement de notre pays dans le monde, pour retrouver collectivement le goût du risque et la fierté d'innover.

Je vous remercie.

1ère publication : 7.06.2007 - Mise à jour : 4.10.0007
Retour haut de page