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Grand Colloque Sciences et Technologie de l'Information et de la Communication

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Géode de la cité des Sciences et de l'Industrie

Ouverture du " Grand Colloque Sciences et Technologie de l'Information et de la Communication " (Paris - cité des Sciences et de l'Industrie)

Discours - 1ère publication : 5.11.2007 - Mise à jour : 20.11.0007
Valérie Pécresse

Monsieur le Directeur général,
Madame la Directrice générale,
Mesdames et Messieurs,

C'est un grand plaisir pour moi de me trouver parmi vous aujourd'hui pour ce premier colloque organisé par l'Agence nationale de la Recherche (ANR) pour les porteurs de projets en sciences et technologies de l'information et de la communication financés par l'Agence depuis 2005, année de sa création.

L'ANR

On me dit que ce colloque, avec 800 participants, est le plus important jamais organisé en France dans le domaine des sciences et technologies de l'information et de la communication.

Permettez moi de m'en réjouir car c'est la preuve que, bientôt trois années après sa création, l'ANR est au rendez vous des missions qui lui avaient été confiées, à savoir :

  • favoriser la production de connaissances par des projets de haut niveau émanant de toutes les communautés de recherche d'une part,
  • encourager les transferts de connaissances entre laboratoires publics et entreprises, par le développement de projets en partenariat d'autre part.


L'importance de l'assistance présente montre en effet, selon moi, que l'ANR est parvenue à mettre en place des procédures de sélection des projets qui en garantissent l'excellence, la pertinence et l'intérêt, notamment en termes de partenariats publics-privés.

Tous les chercheurs français connaissent la National Science Foundation, les Research Councils britanniques, et la Deutsche Forschungsgemeinschaft et j'imagine que nombre d'entre vous avez participé à des procédures d'expertise et d'évaluation mises en place par ces organismes. Je crois qu'il était temps que la France se dote, à l'instar de tous les grands pays industrialisés, d'une agence de financement sur projets de la recherche. Les débats parlementaires à l'occasion de l'examen du Pacte pour la recherche l'ont rappelé. Il est des exceptions françaises, comme le caractère marginal du financement sur projet ou le faible intérêt accordé aux universités, qui ne sont de fait pas justifiées. J'observe d'ailleurs avec intérêt que cette démarche continue de se développer à travers le continent européen, avec la création, en 2006, du conseil européen de la recherche.

L'ANR est venue compléter un dispositif français de recherche et d'innovation, en introduisant un outil qui permet à l'ensemble des acteurs concernés de faire des choix. L'ANR représente en effet une partie de l'effort supplémentaire consacré à la recherche depuis 2005, et les pouvoirs publics ont toute légitimité - c'est même leur rôle - pour donner un cadre dans lequel ils souhaitent voir utilisés tout ou partie des moyens supplémentaires accordés. Or, les choix de financement que la mise en place de l'ANR permet sont difficilement contestables. Il s'agit en effet :

  • de donner à de jeunes chercheurs les moyens de leur autonomie scientifique, avec le programme jeunes chercheuses et jeunes chercheurs ;
  • de donner à des équipes, toutes disciplines confondues, les moyens de laisser libre cours à leur créativité ou à des recherches de rupture - comme avec le programme " blanc " ;
  • de donner des coups d'accélérateur à certaines thématiques émergentes ou identifiées comme prioritaires par la communauté scientifique et insuffisamment financées car souvent multidisciplinaires, et donc trop éloignées du cœur de métier de certains organismes. J'en veux pour preuve l'un des programmes dont vous allez débattre, " calcul intensif et grilles de calcul ", qui encourage des actions pluridisciplinaires impliquant des spécialistes de domaines pour lesquels la maîtrise de l'informatique peut être décisive ;
  • de mettre l'accent sur certaines thématiques répondant à une demande sociale ou à des enjeux socio-économiques. Vous savez tous combien la société nous demande collectivement, pouvoirs publics et chercheurs, de travailler sur des problématiques qui la préoccupent : la biodiversité ou les énergies propres, comme l'a souligné le Grenelle de l'Environnement, le vieillissement, la maladie d'Alzheimer. Il est de notre responsabilité d'écouter ces demandes.


Toute équipe de recherche est donc, aujourd'hui, éligible à un financement par l'ANR. La seule condition transversale est l'excellence. Il ne peut y avoir de financement ANR, ni pour la prise d'autonomie des jeunes chercheurs, ni pour la créativité, ni même pour des besoins apparemment prioritaires, si l'excellence n'est pas au rendez vous. C'est également cela qu'on appelle faire des choix.

Je sais combien, pour une communauté habituée à s'organiser de manière relativement autonome, une telle affirmation peut susciter des craintes plus ou moins diffuses, car contraire à la liberté et à l'indépendance du chercheur et remettant en cause le système français des grands organismes. Cette crainte est toutefois pour moi largement infondée.

J'observe tout d'abord que le budget des organismes a progressé parallèlement à la montée en puissance de l'ANR. Ceux-ci ont donc les moyens de continuer à mettre en place la politique scientifique qu'ils définissent. Surtout, il y a, pour moi, une complémentarité entre le financement sur projet et la mission des organismes. Ceux-ci doivent en effet créer un environnement favorable, qui doit permettre à chaque chercheur de s'épanouir professionnellement, de développer des projets ambitieux susceptibles d'obtenir des financements de l'ANR. Consciente de cette complémentarité, j'ai demandé, et obtenu, que le mécanisme du préciput, qui avait été introduit dans la loi d'orientation pour la recherche par les Parlementaires dont je faisais partie, soit renforcé dès l'année 2008. Les aides financières accordées aux équipes rattachées à des établissements publics seront donc abondées de 11 %, au bénéfice de l'établissement hébergeant le laboratoire.

Le financement de la recherche sur projets est donc maintenant devenu une réalité. Il constitue désormais l'un des quatre piliers sur lesquels repose ma vision de la recherche, avec des universités puissantes et autonomes, des organismes menant une politique scientifique active et une recherche privée plus dynamique.

Je suis heureuse par ailleurs de constater que la logique compétitive qui prévaut au stade du dépôt et de la sélection des projets est compatible avec l'habitude de la communauté scientifique de communiquer et de partager les résultats de ses travaux. Il est en effet normal que l'ANR cherche à diffuser de la manière la plus large possible les résultats des travaux de recherche qu'elle finance, de manière à ce que ces résultats profitent à l'ensemble de la communauté scientifique française et renforcent son potentiel.

Je souhaite que ces différents principes - procédures de sélection conformes aux normes internationales, excellence, recherche partenariale, suivi des projets, diffusion des résultats - figurent dans le contrat d'objectifs et de moyens que je souhaite voir signé entre l'Etat et l'ANR d'ici le début de l'année 2008.

C'est ainsi que nous renforcerons la recherche sur projet, pour favoriser l'excellence scientifique et mieux orienter l'effort national de recherche.

Les STIC

Comme vous le savez, les STIC sont, avec les sciences du vivant, l'environnement, l'énergie et les nanotechnologies l'une des priorités de recherche du Gouvernement pour les cinq prochaines années.

Les découvertes et les avancées se sont en effet succédé sans interruption dans ce secteur au cours des dernières décennies. Leur impact sur les performances socio-économiques d'un pays est particulièrement élevé, ce qui en fait un enjeu en termes de compétitivité nationale.

Ces considérations justifient la demande faite à l'ANR, dès sa création, de consacrer une partie importante de sa programmation à ces questions. Ce sont ainsi plus de 320 M€ qui ont été accordés à 579 projets dans le domaine des sciences et technologies de l'information et de la communication, y compris au titre des programmes blancs et jeunes chercheurs.

Les exemples suivants de projets financés montrent bien la pénétration de ces nouvelles technologies dans notre vie quotidienne et dans notre économie : la création d'images et de sons de synthèse, la mise au point de réseaux de capteurs ad hoc mobiles pour la surveillance de la chaîne du froid, la détection d'intrusions dans les réseaux informatiques ou la cryptographie, discipline chère au nouveau Président du conseil d'administration de l'ANR, Jacques STERN.

Pour l'année 2008, ce sont encore plus de 120 M€, en tenant compte des programmes non thématiques, qui seront consacrés par l'ANR aux sciences et technologies de l'information et de la communication.

Mais notre action en faveur des sciences et technologies de l'information et de la communication en 2008 ne se limitera pas au financement de recherches sur projets à l'ANR. Je l'ai dit, la montée en puissance de l'ANR ne se fait pas contre les organismes. C'est ainsi que l'INRIA, principal opérateur en matière de recherche dans ce domaine, verra son budget en 2008 progresser de près de 10 %. Et je souhaite mettre ce champ de recherche, dans le cadre de la Présidence française de l'Union européenne, au cœur d'une dynamique européenne.

La recherche partenariale

Je voudrais enfin souligner la richesse des projets soutenus par l'ANR qui ont fait l'objet de partenariats entre laboratoires publics et entreprises. En effet, sans négliger l'importance et l'excellence des projets de recherche fondamentale primés, notamment au travers des programmes blancs et jeunes chercheurs, nous devons renforcer ces travaux de recherche conjoints qui permettent un transfert des compétences et des technologies vers des entreprises qui feront la croissance, et donc les emplois de demain.

Nous sommes en effet aujourd'hui en plein paradoxe. Alors que la France se compare avantageusement aux autres pays de l'OCDE, tant en termes de moyens budgétaires consacrés à la recherche publique qu'en termes de volume des aides publiques à la recherche et au développement privés, la R&D privée stagne dans notre pays depuis 1995 et notre pays subit un décrochage par rapport à l'Allemagne, au Japon, aux pays d'Europe du Nord ou aux Etats-Unis.

Il est de plus en plus admis que le différentiel entre l'ampleur des moyens consacrés par les pouvoirs publics français à la recherche et à l'innovation et les résultats obtenus en termes de développement technologique trouve pour partie son origine dans des partenariats insuffisants entre la recherche publique et la recherche privée.

Les gouvernements qui se sont succédé au cours des dix dernières années ont tous cherché à rapprocher ces deux mondes qui se sont trop longtemps tenus à distance. Ce fut la loi pour l'innovation de 1999, la création des pôles de compétitivité en 2005. Il nous faut aller plus en avant dans cette démarche.

Les projets partenariaux financés par l'ANR s'inscrivent largement dans cette logique. En effet, les 579 projets financés par l'ANR depuis 2005 intéressent 2456 partenaires, dont 738 entreprises, soit un partenaire sur trois. Ils permettent de s'intéresser à des sujets qui sont à la fois des défis scientifiques pour les équipes de recherche des laboratoires publics, et des ruptures en termes d'innovation, et donc de positionnement concurrentiel pour les entreprises concernées.

J'en veux pour preuve la plate forme Part@ge, qui rassemble :

  • des partenaires publics, comme des équipes de l'INRIA, du CNRS et des universités de Bordeaux ainsi que l'Ecole Supérieure d'Informatique Electronique Automatique
  • et des partenaires privés comme France Télécom, Thales ou Renault et la PME Haption

 

Il s'agit d'une plate-forme permettant la mise au point d'outils permettant à plusieurs acteurs de concevoir des objets en 3 D. La maîtrise des outils de conceptions est un enjeu fort pour le futur. C'est bien dans ce but que la plate forme partage réunit des moyens matériels (plate formes de réalité virtuelles), des développeurs et des utilisateurs, plate forme qui notons le est ouverte à d'autres partenaires qui désireraient joindre leurs efforts.

On attend de ce projet le développement d'une communauté autour de la réalité virtuelle collaborative ", le développement de logiciels de conception.


De même on peut citer le projet SOLIPSIS, également labellisé qui regroupe des équipes de l'INRIA et de l'université de Rennes 2, deux PME - Archividéo et Artefacto - ainsi que France Télécom, qui vise à explorer des concepts de nouveaux territoires publics virtuels massivement partagé et autoproduit par les utilisateurs. Ce projet s'attaque à des verrous techniques en termes d'infrastructure logicielle ou d'ergonomie mais est également le lieu de réflexion sur les usages. Fait exemplaire, il regroupe un grand groupe, des PME des laboratoires à vocation technique mais aussi compétent en sociologie. C'est en effet de plus en plus dans de telles synergies alliant des acteurs variés, mêlant technologie et sciences humaines que se préparent les innovations de demain.

Il faut noter que de nombreux projets sont labellisés par des pôles de compétitivité. J'ai choisi ici deux projets du pôle image et réseaux mais cela aurait tout aussi bien pu être systematics, cap digital tous deux " gros clients de l'ANR " ou un autre.

Je ne vais pas m'avancer plus longuement dans la description de tel ou tel projet. C'est en effet l'objet des 157 conférences ou débats organisés en 47 sessions et de la grande exposition permanente qui compte près de 200 stands. Ces exemples montrent simplement que des cloisons qui ont trop longtemps existé dans les esprits de nombre d'acteurs concernés, aussi bien dans la recherche publique que dans les entreprises, ont commencé à disparaître, que des rapprochements se sont opérés pour le plus grand bénéfice de tous.

Il me semble donc que la recherche partenariale doit permettre de combler l'une des faiblesses structurelles de notre système de recherche et d'innovation. Un tel rapprochement n'est certes pas suffisant, en tout cas, il m'apparaît nécessaire pour aller chercher le point de croissance qui nous manque aujourd'hui.

Je souhaite que les partages d'expérience et de résultats qui vont maintenant débuter dans le cadre de ce colloque soient aussi fructueux que possible pour vous, pour les organismes et les entreprises que vous représentez, pour la recherche et l'innovation françaises.

Je vous remercie.


 

1ère publication : 5.11.2007 - Mise à jour : 20.11.0007

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