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Inauguration de la Fête de la Science en Ile de France

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Valérie Pécresse

Intervention de Valérie Pécresse lors de l'inauguration de la Fête de la Science en Ile de France (Musée des Arts et Métiers).

Discours - 1ère publication : 3.10.2007 - Mise à jour : 20.11.0007
Valérie Pécresse

Mesdames et Messieurs,

 

Voici maintenant seize ans qu'existe la fête de la science, et depuis seize ans, ce sont sans doute des centaines de milliers de Français qui ont eu la chance de rencontrer les scientifiques et les chercheurs dont l'on parle si souvent, sans jamais les rencontrer.

Voici seize années donc que la science française ouvre les portes de ses laboratoires, de ses musées, de ses institutions à tous ceux qui veulent en savoir un peu plus sur les recherches qui s'y mènent et les expériences qui s'y font.

En 1991, de telles rencontres étaient essentielles, aujourd'hui elles sont tout simplement indispensables.

Car vous le savez, Mesdames et Messieurs, depuis quelques années déjà, il n'est plus de bon ton, aux yeux de certains, d'espérer en la science.

Je veux vous le dire aujourd'hui : à mon sens, il n'est pas de plus grave erreur.

Des défis sans précédent s'offrent à notre époque, et pour les surmonter, nous aurons plus que jamais besoin de la science.

Je pense bien sûr à la protection de la biodiversité, à la lutte contre les dérèglements climatiques ou les grandes pollutions, ou bien encore aux conséquences du vieillissement de la population.

Tous ces défis, nous ne les relèverons qu'en faisant le pari de la connaissance.

Car c'est d'abord cela, la science : la soif de connaître, de comprendre, de déchiffrer, d'expliquer.

Et c'est ainsi, en comprenant, en déchiffrant, en expliquant, bref, en modélisant les lois du réel qui jusqu'ici nous échappaient que nous pourrons, enfin, agir.

Car quiconque veut agir et transformer le monde doit d'abord le comprendre. Bacon n'écrivait-il pas, il y a quatre cents ans de cela, que " l'on ne commande à la nature qu'en lui obéissant " ?

Les voies du développement durable ne se découvriront pas au petit bonheur la chance : elles sortiront des travaux scientifiques, de toutes ces études qui sont engagées aujourd'hui afin de déterminer la bonne manière de répondre aux défis environnementaux de notre temps.

Et la science sera ainsi, une nouvelle fois, source de progrès.


Oui, de progrès.

J'utilise le terme à dessein : car s'il est vrai qu'il a désormais mauvaise presse, je crois au contraire que le progrès est encore et toujours une idée neuve.

Au demeurant, parler de développement durable, est-ce faire autre chose que d'en appeler au progrès ?

Et ce progrès, nous le constatons tous les jours : si nous connaissons aujourd'hui nos grands-parents, voire nos arrière-grands-parents, si nos enfants, nos frères et nos sœurs ne meurent plus en bas âge, si nos campagnes ne sont pas ravagées par le retour régulier des disettes et des famines, si les grandes épidémies ont, pour l'essentiel, disparues, si la malnutrition a à peu près disparu de notre pays, c'est que depuis trois siècles, nous avons fait des progrès formidables, immenses, inimaginables.

A tous les contempteurs de la civilisation moderne, je ne répondrai qu'une chose : tournez un instant votre regard vers les pays en voie de développement, vers le tiers et le quart monde, vous y verrez un vivant reproche : et votre remords ne tiendra pas au fait d'avoir progressé, mais à celui de ne pas avoir partagé le progrès avec tous les peuples de ce monde.

Non, le progrès n'est pas une idole, ce n'est pas un luxe dangereux, c'est tout simplement le fruit de la connaissance humaine, le fruit de cette intelligence qui nous a été donnée en partage il y a 150 000 ans et qui nous a permis depuis lors de survivre, puis de vivre, et enfin d'espérer.

Et la seule manière de pervertir le progrès, c'est, tout simplement, d'oublier qu'il n'a qu'une origine: la connaissance, le savoir, la science. Ne confondons pas progrès et utopie : là où l'utopie pose un monde idéal qu'elle imagine pouvoir rendre réel, le progrès naît du souci de transformer, étapes par étapes, petits pas par petits pas, le monde tel qu'il est, sans jamais le changer totalement. Nous n'en sommes, et c'est heureux, à l'évidence pas capable.

Gardons donc toujours à l'esprit que la vertu essentielle du savant est l'humilité.

Mais non pas l'humilité de celui qui regarde avec envie, bien assis au fond de son fauteuil confortable d'homme moderne, la vie merveilleuse de nos ancêtres qui à trente ans étaient déjà des vieillards.

Non, la véritable humilité, celle qui habite toute connaissance authentique, l'humilité de ceux qui savent que nous ne sommes pas allés bien loin encore dans le déchiffrement du monde, de ceux qui n'oublient jamais que ce que l'homme a compris ne pèse pas bien lourd face à ce qu'il ignore encore.

C'est cette humilité qui fait aussi la valeur de la science, c'est elle qui la modère, qui la pétrit de doute, c'est elle qui permet au savant de préférer les petits pas aux grandes ambitions.

C'est de cette humilité que naît la passion du scientifique pour la recherche, pour ce défi permanent adressé à l'intelligence humaine qui ne sera jamais complètement relevé.

* * *

C'est cette passion que vous êtes invités à partager aujourd'hui:

Avec Claude LORIUS, qui nous fera découvrir le monde extraordinaire des pôles, de ces immenses étendues gelées qui s'étendent à perte de vue aux confins du monde.

Avec Mathias FINK, qui nous dira comment remonter le cours du temps en étudiant les ondes, accomplissant ainsi sous une forme singulière l'un des espoirs les plus profonds de l'humanité.

Avec Claudie HAIGNERE, qui a eu l'immense privilège d'accomplir ce rêve spatial que nous partageons tous, avant de vivre une autre aventure, ministérielle celle-là.

Trois scientifiques, trois profils différents, mais tous animés d'une même passion pour le savoir, pour la découverte, pour cette expérience humaine d'une incroyable richesse qu'est la connaissance.

Avec eux, nous serons bien loin de l'image d'abstraction sèche et presque déshumanisée que l'on prête si souvent à la science.

Et je sais que, grâce à eux, des vocations vont naître dans cette salle, comme bien d'autres naîtront des manifestations organisées, au cours des jours à venir, dans tout notre pays.

C'est pourquoi la science ne doit pas avoir peur de se faire en plein jour : elle n'a rien à y perdre, si ce n'est le sentiment de méfiance larvée à son égard qu'entretiennent les peurs de notre époque.

C'est indispensable : car la France du XXIe siècle aura besoin d'une science forte. Le Gouvernement s'emploie à la lui donner, en augmentant le budget de l'enseignement supérieur et de la recherche de 1,8 milliard dès l'année prochaine, en refondant les universités, pour en faire à nouveau des lieux privilégiés de découverte et d'innovation, en revalorisant les carrières des jeunes chercheurs et en ouvrant bien d'autres chantiers qui vont, dans les mois à venir, transformer peu à peu le visage de la recherche française.

Mais cela ne suffira pas si nous ne redonnons pas aux Français, et en particulier aux plus jeunes d'entre eux, le goût de la science.

C'est essentiel, car c'est ainsi, et ainsi seulement, que nous préparerons l'avenir : en donnant envie à nos enfants de devenir à leur tour ces scientifiques qui feront dans vingt, trente ou quarante ans partager leur immense savoir et leurs découvertes étonnantes à de nouvelles générations.

Je veux donc dire ma gratitude à tous ceux qui participeront dans les jours à venir aux milliers d'opérations organisées dans toute la France : ils contribuent ainsi à construire cette société de la connaissance qui est le gage même de nos progrès futurs.

Je vous remercie.

1ère publication : 3.10.2007 - Mise à jour : 20.11.0007

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