Accueil >  [ARCHIVES des communiqués et des discours, avant mai 2017 >  [ARCHIVES] Discours

[ARCHIVES] Discours

Lancement de la concertation sur la réforme de l'enseignement supérieur

[archive]
Si nous nous sommes réunis aujourd'hui, c'est parce que nous partageons une conviction simple : l'université française a besoin d'une refondation profonde. L'ensemble de la communauté universitaire l'attend
Discours - 1ère publication : 31.05.2007 - Mise à jour : 20.11.0007
Valérie Pécresse

 

Mesdames,
Messieurs,

 

Merci tout d'abord d'avoir bien voulu malmener vos agendas pour répondre à mon invitation.

 

Vous le savez, nous ne pouvions pas nous permettre le moindre retard dans le travail de concertation que je souhaite mener avec vous. Je vous l'ai dit dès notre première rencontre, cette concertation je la souhaite intense et élargie.

Alors, si nous nous sommes réunis aujourd'hui, c'est parce que nous partageons une conviction simple : l'université française a besoin d'une refondation profonde.

L'ensemble de la communauté universitaire l'attend. Je pense aux enseignants-chercheurs, bien sûr, aux personnels des bibliothèques, ouvriers, techniques, administratifs qui se dévouent pour leur établissement.

Mais je pense aussi et surtout au million et demi d'étudiants pour lesquels cette refondation engage l'avenir même. C'est d'abord pour eux, que nous refondons l'université, c'est pour leur garantir une formation de qualité, une qualification, c'est pour les aider à construire leur vie.

Tous sont là, avec leur talent, leur attachement viscéral à la connaissance et leur envie de servir ensemble dans une université française qui gagne. Une université fière d'elle-même !

Tous ont l'immense espérance que leur université, celle du XXIe siècle, va entrer de plain-pied dans compétition mondiale de l'innovation, des savoirs et de la qualification pour tous ceux qui franchissent ses portes.

Alors certes, en quarante ans, l'université française a su relever des défis considérables : Celui de l'explosion démographique de ses étudiants bien sûr, mais aussi celui de l'avancée de la recherche française dont elle rassemble, ne l'oublions pas, plus de la moitié des forces.

Cela dit, aujourd'hui, nous en faisons tous le constat : la machine patine, confrontée à des problèmes de structure et de pilotage. Trop d'enseignants-chercheurs, trop d'étudiants doutent de leur université. Nous ne pouvons pas les laisser perdre confiance en eux, en leurs projets, ces projets qui sont nos armes dans la bataille mondiale de l'intelligence, les forces même de notre avenir.

Le diagnostic d'une université française qui doute d'elle-même a été mainte fois fait. Mais la litanie des plaintes ne fait pas une politique. Ne laissons pas les craintes nous paralyser ! Les universités sont riches de talents exceptionnels, elles sont capables de relever le défi de la rénovation. L'heure de l'action est venue.

Lorsque le Président de la République m'a confié la responsabilité de ce grand ministère de la connaissance, de ce grand ministère de l'avenir, il m'a donné un mandat précis : replacer l'université au cœur de l'ambition nationale

Dans mon esprit les choses sont claires, et nos premiers échanges m'ont confirmé que nous avions les mêmes objectifs.

Pour moi une université en marche, c'est une université qui offre toutes les conditions de la réussite et du talent partagé. C'est un lieu de recherche et un lieu de formation de niveau international où se mène tous les jours le combat de l'égalité des chances.

L'université de demain doit redevenir le lieu par excellence de la construction de la connaissance,

Cette construction ne pourra se faire que dans une université pacifiée et confortée. Une université dans laquelle la recherche individuelle et collective, l'échange entre pairs, sont un quotidien partagé avec les étudiants dans la confiance et le respect mutuels.

Les Français l'ont dit clairement : ils veulent pour l'avenir, une université qui tient fermement ses deux engagements historiques : l'excellence scientifique et la qualité d'une formation reconnue au niveau national.

Pour cela, l'ensemble de la communauté universitaire doit retrouver confiance en elle.

Qu'ils soient étudiants, enseignants-chercheurs, bibliothécaires, administratifs, techniciens ou ouvriers, la réussite des hommes et les femmes de l'université est pour moi l'objectif principal.

Nous pourrons proposer toutes les réformes de structure que nous voudrons, si nous ne nous prenons pas en compte les situations personnelles, les projets individuels et collectifs, nous raterons la réforme de l'université. Les étudiants qui, l'année dernière nous ont dit toute leur détresse dans les rues, nous ont averti : " nous sommes à l'université, nous faisons des études, parfois dans des conditions difficiles et nous vivons dans l'angoisse de l'échec social ! ". Gardons bien ce message en tête.

Construisons une université démocratique !

Construisons une université ouverte mais exigeante, une université des droits mais aussi des devoirs, une université qui promeut le mérite sans oublier d'accompagner les plus fragiles

Construisons enfin une université où la qualité des formations est au rendez-vous, partout sur le territoire national, dans toutes les filières, à tous les niveaux de qualification, pour tous les étudiants !

Pour cela l'Etat doit donc conforter le système universitaire français et réaffirmer sa confiance à tous les acteurs de l'université en leur permettant l'exercice libre et responsable de leur mission.

Voilà pour moi le premier sens de l'autonomie : une confiance rendue aux hommes et aux femmes qui tous les jours se battent pour la science, pour transmettre leurs savoir aux étudiants, pour que leur jeunes diplômés s'insèrent sur le marché de l'emploi.

Sur le socle d'une autonomie réelle, je veux que nous construisions la nouvelle université, autour de cinq piliers

Nous les avons définis ensemble lors des nos premiers échanges, qui sachez le, ont d'ores et déjà profondément enrichi ma réflexion.

J'ai l'intention d'y travailler avec vous dès cet été et en même temps qu'aura lieu la discussion sur le projet de loi, mais permettez-moi de vous en dire quelques mots dès aujourd'hui.


Premier pilier : des conditions de vie qui permettent à tous nos jeunes de réussir leurs études.

Je l'ai dit, je suis la ministre des étudiants, avec deux principes intangibles : travailler pour eux mais aussi travailler avec eux. Nos premiers échanges nous ont permis de nous mettre d'accord sur des objectifs clairs.

- Premier point : Le système des aides sociales étudiantes doit être revu et corrigé. Aujourd'hui il est complexe et illisible. Plus grave encore, il est inique par ce qu'il exclut un nombre considérable d'étudiants issus des classes moyennes, qui eux aussi, ont le droit de pouvoir poursuivre des études.

- Concernant la question du logement. Les objectifs du plan Anciaux doivent être poursuivis avec un volontarisme absolu. Le logement est à mes yeux la question cruciale. Avoir un toit, un lieu de vie décent est la première des conditions pour une réussite d'étude.

Et sur ce point, il faudra aussi être inventif : poser par exemple la question des conditions de l'accès au parc de logement privé pour les étudiants.

- Autre sujet de préoccupation central à mes yeux : la santé des étudiants et plus largement les questions d'hygiène de vie et de prévention: le diagnostic n'est pas bon. Nous sommes confrontés à de véritables fléaux : alcool, tabac, dépendances de toutes sortes qui minent la communauté étudiante de manière inacceptable. Avec Roselyne Bachelot, nous mettrons en œuvre une véritable politique nationale de santé étudiante.

- Enfin, la question du handicap et de la mise en place de la loi de 2005 doit devenir une priorité de la politique universitaire de ce pays. Il reste encore beaucoup à faire pour changer la vie quotidienne des étudiants handicapés. L'accessibilité des bâtiments et des logements est un chantier que nous devons ouvrir de manière urgente.

- Pour tous les étudiants, l'université doit être un lieu de vie et d'épanouissement personnel, cela passe par des infrastructures sportives dignes de ce nom, une véritable ouverture sur le monde la culture et des arts. Je serai particulièrement attentive à cet aspect de la vie étudiante qui a trop longtemps été négligé. Et je sais pouvoir compter sur Christine Albanel pour m'accompagner dans ce défi. Chaque campus doit avoir une Maison de l'étudiant qui soit espace d'échanges, de projet, de création ouvert sur la cité.


2ème pilier : des carrières plus attractives pour tous les personnels de l'université

La promotion de nos universitaires, est lente effectuée sur la seule base de leurs activités de recherche. Leurs traitements sont peu attractifs Comment dans ces conditions espérer voir les meilleurs de nos diplômés embrasser la carrière universitaire ? Comment dans ces conditions, demander aux enseignants-chercheurs un engagement sans faille, pendant de longues années? Pourtant, ils sont là, fidèles au poste, le plus souvent passionnés. Ils gardent la vieille et grande maison de l'université en réalisant parfois des miracles. Mais leur découragement est palpable

Dans le monde d'aujourd'hui aussi, l'indépendance et la compétence des enseignants-chercheurs nécessitent une réflexion globale qu'il faut avoir l'ambition et le courage d'assumer.

J'ai ce courage et j'ai cette ambition.

Sur cette question, le gouvernement s'engage. C'est la situation de l'ensemble des personnels de l'université, et pas seulement des enseignants-chercheurs, qui doit être débattue.


3ème pilier : pour tous, des conditions matérielles de travail dignes de la mission que la nation leur confie.

Trop souvent, les locaux universitaires ne sont pas dans un état digne d'une vie universitaire réussie et les conditions de travail des personnels universitaires ne sont pas complètement satisfaisantes. Comment imaginer un travail serein lorsque des enseignants se partagent un bureau à trois ou que les étudiants voient les portes de leur bibliothèque se fermer à 19h ?

Comment imaginer une vie universitaire, conviviale et stimulante dans des amphis parfois sous-dimensionnés et des installations sportives trop souvent vétustes ? Je souhaite mettre en œuvre une véritable politique immobilière et d'aménagement de nos campus universitaires.

La qualité et l'attractivité de notre système d'enseignement supérieur, c'est d'abord cela : le respect que la nation manifeste à ses enseignants, à ses chercheurs par la qualité de l'environnement de travail et de vie qu'elle met à leur disposition ;

4ème pilier : Un statut des jeunes chercheurs et des enseignants-chercheurs qui soit à la hauteur des enjeux de la recherche internationale

Le Pacte pour la recherche a incontestablement clarifié le paysage de la recherche française en favorisant la structuration, le rapprochement et l'évaluation de nos établissements. Aujourd'hui les chercheurs des organismes et des universités disposent de leviers à la mise en œuvre de leurs projets : avec notamment une agence de moyens, (l'Agence Nationale de la Recherche) et une agence d'évaluation indépendante (l'AERES).

Je souhaite maintenant mettre les hommes et les femmes de recherche au cœur de mon action. Je veux attirer les meilleurs éléments d'une génération vers ces métiers de la créativité, et j'entends que les femmes y prennent toute leur part.

Nos enseignants-chercheurs doivent pouvoir se frotter aux meilleures équipes du monde ; mais ils doivent aussi avoir envie de revenir et de rester en France.

J'ai l'intention de les y aider en favorisant leur mobilité, en promouvant l'excellence, en ouvrant le dossier de la modulation des charges d'enseignement.


Le Cinquième pilier m'a été suggéré par les organisations syndicales étudiantes qui m'ont alertée sur l'urgence de la lutte contre l'échec dans le premier cycle universitaire.
Nous devons concentrer notre action sur la réussite des étudiants en Licence.

La moitié des étudiants ne valident pas leur première année universitaire dans les temps. Près de 60% d'entre eux ne terminent pas les études qu'ils ont commencées. Alors bien sûr, la plupart parviennent à se réorienter de manière satisfaisante. Mais que de perte de temps, d'énergie, que d'inquiétudes pour les jeunes, pour leurs parents. Ces chiffres sont anormalement élevés.

L'égalité des chances, elle se joue d'abord à l'université. Alors, j'ai déjà eu l'occasion de le dire, la sélection à l'entrée de l'université n'est pas compatible avec un projet de formation démocratique.

En revanche, nous devons renforcer encore notre système d'orientation active et mener une réflexion approfondie sur le premier cycle. La licence universitaire doit offrir de vrais parcours de réussite et d'insertion. Ces parcours, je les vois renforcés, pluridisciplinaires, ouverts sur le monde socio-économique.

Nous aiderons les universités à les construire. Les étudiants qui, après le baccalauréat, commencent leur parcours universitaire doivent être mieux accompagnés parce qu'ils sont les plus fragiles. Je veux pour eux une mobilisation générale.

Mesdames et Messieurs, vous l'avez compris, l'autonomie des universités est nécessaire mais elle n'est pas suffisante, elle est une condition première, "Elle est une condition de l'efficacité" disait Jack Lang il ya quelques années déjà. Sur ce sujet, je suis d'accord avec lui ! La liste serait d'ailleurs longue des ministres de gauche comme de droite qui ont défendu cette autonomie. Je suis convaincue qu'ils étaient dans le vrai. La question aujourd'hui, c'est l'autonomie d'accord ! mais pour quoi faire ?

Je crois que l'enjeu est clair et partagé. Il s'agit de donner aux universités une capacité d'action plus forte, d'en faire de véritables acteurs de la recherche, de la formation et de l'insertion professionnelle de leurs diplômés. Cela passe par plus de clarté et de déontologie dans le pilotage et dans la gestion des ressources humaines, une ouverture plus grande sur monde social et économique, la capacité de gérer librement et de manière responsable leur patrimoine immobilier.

A mes yeux l'autonomie est un moyen, moyen indispensable mais surtout pas une fin.

Elle doit permettre aux universités de mettre la réussite des étudiants et des enseignants-chercheurs au cœur de leur politique scientifique et de formation, en insufflant à la mécanique universitaire, de la souplesse et de la réactivité.

Le Président de la République s'est engagé à ce que l'Etat accompagne la réforme de l'université comme jamais cela n'avait été fait. Un budget en augmentation de 50% sur cinq ans. C'est un effort inédit consenti par la nation tout entière. Je me battrai pour que ces engagements soient tenus. Mais pour que la nation nous fasse confiance, nous devons en être dignes : montrer qu'à l'université nous sommes capables de lever les pesanteurs des structures et de soulever les enthousiasmes des hommes et des femmes qui lui consacrent leur vie.

Nous avons une première loi à préparer sur la gouvernance et l'autonomie.

Vous le savez, le premier ministre a fixé un calendrier exigeant. Nous allons travailler vite c'est vrai, mais nous allons travailler ensemble et bien. J'ouvre donc dès aujourd'hui la concertation nationale sur cette première réforme.

Je vous propose de constituer trois groupes de travail qui se réuniront trois fois sous la conduite de chacun de mes principaux collaborateurs.

  • Le premier groupe aura à réfléchir sur la question de la gouvernance universitaire.
  • Le deuxième groupe travaillera sur le périmètre de l'autonomie des universités.
  • Le troisième groupe enfin aura en charge les modalités d'accompagnement et de suivi de la mise en place de la réforme.

 

J'attends la synthèse de vos débats pour le 22 juin prochain.

Sur le seul sujet de la gouvernance et de l'autonomie, nous aurons eu un mois de dialogue et d'échanges. Ce n'est, à mes yeux, je vous l'ai dit, qu'une première marche vers la rénovation globale de l'enseignement supérieur et de recherche que je souhaite mener. Cette marche est haute parce que nous devons produire un effort intense de réflexion, de créativité.

J'ai conscience de vous demander cet effort, et je vous remercie de l'accepter.

Cette première marche et les suivantes, nous les franchirons ensemble, parce nous savons, vous et moi, que les Français nous demandent pour leur enfants, une université à la hauteur de leurs ambitions et de leurs espérances. Nous n'avons pas le droit de les décevoir.

 

Je vous remercie.

1ère publication : 31.05.2007 - Mise à jour : 20.11.0007

Téléchargez le discours

 

Icone pdf
Retour haut de page