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Discours de Valérie Pécresse pour la remise des prix de la Fondation pour la recherche médicale

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Fondation pour la reherche médicale
Je suis heureuse et honorée de participer ce soir à la cérémonie de remise des prix de la Fondation pour la Recherche Médicale. Comme toute grande aventure collective, la Fondation est née de la volonté de quelques esprits pionniers.
Discours - 1ère publication : 20.06.2007 - Mise à jour : 20.11.0007
Valérie Pécresse

 

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Mesdames et Messieurs,

 

Je suis heureuse et honorée de participer ce soir à la cérémonie de remise des prix de la Fondation pour la Recherche Médicale. Comme toute grande aventure collective, la Fondation est née de la volonté de quelques esprits pionniers. En cette année du 60e anniversaire de la Fondation, je tiens à rendre hommage à ses pères fondateurs, à Jean Hamburger et à Jean Bernard, ainsi qu'à Pierre Joly, qui préside aujourd'hui avec enthousiasme et sagesse à ses destinées. Je tiens également à saluer tous vos convives qui témoignent d'une mobilisation croissante de la société en faveur de la recherche médicale.

La confiance des donateurs et le succès de vos appels à la générosité publique, vous avez su les mériter, par votre gestion comme par vos choix scientifiques. Cette confiance et ce succès, vous les devez à votre fidélité à deux règles cardinales. L'indépendance, l'exigence et la pertinence des choix scientifiques, d'une part. L'observation de principes déontologiques rigoureux et le suivi de règles de gestion transparentes, d'autre part. Parce qu'elle s'adosse à ces principes, la Fondation est plus vigoureuse et plus active que jamais dans son rôle soutien à la recherche en sciences de la vie et de la santé.

L'action de la Fondation est en parfaite harmonie avec les objectifs de mon ministère. Vous savez que la recherche médicale est une priorité du gouvernement. Le président de la République a placé la recherche au premier rang de ses engagements et promis d'augmenter l'effort de recherche de 40 % sur 5 ans. Au centre de cet effort, la santé est un axe primordial. Des horizons prometteurs s'ouvrent à la recherche biomédicale et notre économie doit mettre l'accent sur les biotechnologies. Notre pays vieillit. L'allongement régulier de l'espérance de vie est la conséquence heureuse des progrès médicaux récents. Mais la question n'est pas seulement de vivre vieux, elle est de vivre mieux.

La Fondation s'est fixé la plus belle des missions : découvrir pour guérir. Quelle plus belle définition donner de la recherche médicale ? Pour remplir cette mission, vous vous êtes appuyés avec constance sur l'excellence et le dialogue.

Lorsque la vie et la souffrance sont en jeu, l'excellence scientifique est une obligation morale.
Le premier aiguillon de l'excellence, ce sont les prix de la Fondation qui nous réunissent aujourd'hui. Ces prix sont la récompense d'avancées scientifiques et le témoignage de notre reconnaissance. Ils sanctionnent la carrière d'un grand chercheur ou distinguent la portée et l'originalité des travaux de jeunes chercheurs. Le second encouragement à l'excellence, c'est l'attribution des bourses de recherche. Au total, ce n'est pas moins d'un chercheur sur trois qui a déjà reçu, dans le domaine biomédical, l'aide de la Fondation. Pour autant, les critères d'attribution demeurent très sélectifs. Les aides sont attribuées par un comité scientifique élu, composé de personnalités éminentes, dont je salue ce soir le président, M. Prochiantz.

L'excellence, c'est surtout le sérieux et la pertinence des orientations stratégiques de recherche. Les travaux de recherche récompensés cette année portent prioritairement sur le génome et le cancer. Les progrès de la recherche génétique ont ouvert des perspectives nouvelles. Nous connaîtrons très prochainement la carte complète de notre patrimoine génétique. Je tiens ici à féliciter chaleureusement le Docteur Jean Weissenbach pour son œuvre fondatrice sur la génétique moléculaire humaine. Sur vos pas, la recherche biomédicale progresse dans son combat contre la maladie, que ce soit par l'identification des facteurs de risque, par le développement de traitements plus efficaces, ou par la mise au point de nouveaux outils de dépistage et de diagnostic. Les politiques de prévention et de dépistage ont également beaucoup progressé. Il y a là une priorité pour prévenir la maladie et accroître les chances de guérison. Vous savez qu'en tant que député, j'ai introduit dans la loi sur la protection de l'enfance un dispositif de dépistage précoce de l'ensemble des troubles médicaux permettant la mise en œuvre d'une véritable politique de prévention en direction des enfants et des adolescents. En tant que Ministre de l'Enseignement supérieur, je veillerai au développement du parcours de santé à l'université qui est une étape primordiale de notre politique de prévention, mais une étape trop souvent négligée par nos étudiants.

Pour dynamiser notre système de recherche, nous nous sommes fixés comme objectif d'élever le montant des dépenses nationales de recherche à 3% du PIB à l'horizon 2010. Cet objectif est ambitieux. Pour l'atteindre, nous devons continuer d'accroître les moyens de la recherche publique : le président de la République s'y est engagé. Mais nous devons également trouver les moyens d'augmenter la part de financement des dépenses de recherche en provenance de partenaires privés - à commencer par les associations et les fondations à but non lucratif. Cette source de financement est aujourd'hui trop faible en France, alors même qu'elle contribue à l'effort de recherche de manière significative dans de nombreux autres pays développés.
Dans cet esprit, les dons et les legs collectés par votre Fondation ont toujours été destinés à accompagner, dans le souci de l'intérêt général, l'action des pouvoirs publics. Grâce à la générosité des donateurs et au mécénat des entreprises, vous apportez un complément indispensable au financement de la recherche. Au grand bonheur des chercheurs et des centres que vous aidez, votre mode de fonctionnement souple et réactif permet de répondre à des situations d'urgence ou de prolonger des travaux sur des sujets émergents qui ne pourraient se développer dans un cadre plus contraignant.

Enfin, l'excellence, c'est tout simplement notre avenir. Par l'attribution d'aides à de jeunes chercheurs, la Fondation contribue à l'éclosion de nouveaux talents. Elle apporte aussi des aides pour l'implantation de nouvelles équipes qui s'aventurent sur des thématiques neuves. Et elle se charge, c'est là un point essentiel à mes yeux, de faciliter le retour en France de nos post-doctorants partis dans les meilleurs laboratoires étrangers. Nous devons ensemble créer des conditions de recherche attractives pour retenir nos meilleurs éléments et à inciter les talents étrangers à nous rejoindre.

L'excellence appelle le dialogue. Elle se nourrit du dialogue. Pour le médecin, le dialogue est la première des vertus : il noue avec son patient un dialogue fait de confiance et de loyauté. Pour le chercheur, le dialogue entre les disciplines, le dialogue entre la recherche fondamentale et la recherche clinique sont le chemin le plus court vers le progrès. Vous connaissez mon attachement à l'interdisciplinarité : je la mettrai au cœur de la nouvelle université, de l'université que nous sommes en train de construire ensemble.

Votre Fondation repose sur la conviction que le progrès scientifique naît de la rencontre entre les hommes et entre les disciplines. En n'écartant aucun domaine de la recherche médicale, vous préservez l'unité de l'art médical. En favorisant le croisement des compétences, vous évitez que le progrès des connaissances ne bute sur les barrières artificiellement érigées entre spécialités. J'ajouterais que toutes les autres sciences - les sciences humaines notamment - ont à apporter au progrès médical. Et la médecine elle-même peut trouver sa place dans de nombreux champs de recherche plus vastes.

Vous avez bien compris que la recherche médicale est tout entière orientée vers le bien-être du patient. Le Professeur Jean Bernard dénonçait ainsi avec énergie le cloisonnement entre la pratique médicale et la recherche scientifique. Je le cite : « Le grand malheur pour un malade, c'est d'être soigné par un médecin ignorant. La conscience sans la science est inutile. »

Réconcilier la science et la société, c'est le but ultime du dialogue que vous engagez. Cette question me tient particulièrement à cœur. Il s'agit de développer les échanges entre le monde scientifique et la société civile, d'entretenir le goût pour la science et de répondre à la crise des vocations scientifiques.
Sur de nombreux sujets, une défiance s'exprime vis-à-vis de la recherche et plus encore de l'utilisation de ses avancées. Je pense notamment aux craintes suscitées par les OGM ou par les nanotechnologies. Je pense aussi aux débats qui entourent les progrès de la médecine et qui posent tous les jours de nouvelles questions éthiques. Sur ces sujets, des déclarations parfois hâtives ou mal fondées attisent les peurs. Mais des questions pertinentes n'en sont pas moins soulevées, qui nécessitent d'approfondir les recherches et les réflexions. Dans tous les cas, il faut écouter, débattre et convaincre. C'est pour moi un plaisir de retrouver le Professeur Philippe Jeammet : la récompense que vous recevez ce soir vient consacrer non seulement votre travail de vulgarisation sur la souffrance des adolescents, mais aussi et surtout l'écoute patiente et le dialogue libérateur que vous avez entretenu avec eux depuis plus de trente ans
Nous avons une mission commune : susciter de nouvelles vocations scientifiques auprès des étudiants. Pour permettre une meilleure diffusion de la culture scientifique et technique dans la société, la Fondation transmet au public une information en prise directe avec la recherche et favorise le débat scientifique au sein de la société. Des expositions itinérantes ont été lancées en partenariat avec le Palais de la Découverte. Je tiens ici à vous dire combien j'apprécie que vous ayez décidé de récompenser M. Benkimoun, journaliste et professeur, pour son travail de communication et de transmission. C'est en faisant partager notre savoir et notre passion que nous attirerons les esprits les plus brillants vers les métiers de la recherche, que nous accueillerons les savants les plus créatifs et que nous assurerons une croissance durable à nos enfants.

Votre distinction, Mesdames et Messieurs, honore l'ensemble de la communauté scientifique française et servira d'encouragement à tous ceux, encore anonymes, qui contribuent à son succès au quotidien. Vous allez maintenant procéder à la remise des Prix. Je voudrais féliciter une nouvelle fois et par anticipation les lauréats des différents prix remis aujourd'hui. Vous êtes, Madame et Messieurs, les héritiers de l'esprit pionnier des pères de la Fondation de la Recherche Médicale par l'originalité de vos travaux : vous êtes sortis des sentiers battus pour ouvrir de nouveaux champs d'investigation et mettre au point de nouveaux traitements.

Pour les malades, pour leurs proches, pour la société tout entière, nous avons le devoir de poursuivre et d'amplifier le combat pour la santé. Je sais que je peux compter sur votre engagement, sur votre ambition, sur votre enthousiasme et sur votre compétence. Et vous pouvez compter sur ma détermination à vos côtés.

 

Je vous remercie.


 

1ère publication : 20.06.2007 - Mise à jour : 20.11.0007
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