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Voeux de Monsieur François Goulard au Palais de la Découverte

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Discours - 1ère publication : 18.01.2006 - Mise à jour : 3.12.0007
François Goulard

 

Mesdames, Messieurs

 

Je voudrais saluer, tout d'abord, les très nombreuses personnalités qui nous font l'amitié d'être là dans ce très beau lieu, dans ce hall du Palais de la Découverte.
Je voudrais saluer Madame la ministre, Nicole Guedj, Mesdames et Messieurs les parlementaires qui nous font l'honneur d'être présents, Mesdames et Messieurs les présidents, Mesdames et Messieurs les recteurs, Mesdames et Messieurs les directeurs, Mesdames et Messieurs les représentants des Académies.

Nous sommes réunis pour une cérémonie, sans doute traditionnelle, celle des vœux.
J'ai conscience de parler devant des femmes et des hommes de science et je sais que vous êtes habités de rationalité et que les vœux ne relèvent pas de la rationalité.
Personne ne croit que le fait d'échanger des vœux, de participer à une ou souvent à plusieurs cérémonies de cette sorte augmente les chances de passer une bonne année. Les vœux relèvent de l'ordre des sentiments mais et ces sentiments, je crois pouvoir le dire, sont présents ici, entre nous et sont largement partagés.

Nous avons, chacun pour ce qui nous concerne dans cette assemblée, nos convictions, nos conceptions, nos opinions qui sont infiniment diverses et toutes respectables. Nous avons des divergences et nous avons des convergences mais il y a sans doute quelque chose qui nous rassemble : c'est une passion pour la recherche, une passion pour la science. Je sais que pour beaucoup d'entre vous cette passion est à l'origine d'une vocation qui, sans doute, représente une part du sens de votre vie.

Pour moi qui suis dans cette fonction un hôte de passage, je partage de plus en plus cette passion qui est la vôtre, cette passion qui est tellement riche de valeurs. Nous partageons aussi un souhait, ce souhait est que notre recherche, notre enseignement supérieur soient à leur juste place dans les priorités de la Nation, c'est-à-dire la première.

Nous savons aussi les uns et les autres qu'il y a urgence et que nous devons, et c'est notre volonté, accélérer la réforme. Nous sommes à l'aube d'une année de décisions et à bien des égards d'une année décisive. Je voudrais vous dire quelles sont les grandes orientations qui nous guident aujourd'hui et qui nous guideront au cours de cette année.
La première concerne la Recherche. Nous avons la volonté de nous appuyer sur l'organisation actuelle de notre recherche. Nous savons qu'elle est spécifique. Ce n'est pas le seul domaine, en France, où nous avons une organisation qui nous distingue des autres. Cela n'est pas pour cela que nous sommes plus mauvais. Nous devons préférer, je le pense, l'évolution aux bouleversements. Nous devons nous appuyer sur la recherche qui est, en France, organisée autour de l'université et autour des grands organismes. Cette spécificité, nous la respectons et nous allons en faire un atout.
Cela signifie très concrètement que nous devons, par exemple, concilier en matière de financement les besoins permanents, et qui seront assurés, des universités, des grands organismes et ces financements nouveaux qui revêtent la forme d'appels à projet et, en particulier de ceux de l'Agence nationale de la recherche.
Je suis heureux d'avoir pu faire partager l'idée de consacrer pour tout appel à projet une part de ce financement au fonctionnement général de l'organisme, de l'université auxquels appartiennent les équipes retenues pour leur projet.

Nous avons aussi, et c'est une grande ambition, la nécessité de nous doter de moyens, de définir des priorités en matière de recherche. Je sais que c'est une idée qui est parfois contestée. Mais n'aimant guère l'hypocrisie, je suis obligé de constater que l'opinion selon laquelle il n'y aurait pas de choix, pas de priorités en matière de recherche est une idée hypocrite.
Les choix, les priorités sont implicites et explicites et, pour ma part, je préfère qu'ils soient explicites. Nous devons faire en sorte que ces choix s'élaborent dans la transparence et que chacun y apporte ses marques, sa pierre, que chacun y joue son rôle. Vous savez que l'architecture est en train d'évoluer, que des organes nouveaux apparaissent. Chacun dans cette politique de la recherche a son rôle à jouer et en particulier dans l'élaboration de nos priorités.
Le Haut conseil scientifique et technique rassemblant des personnalités scientifiques bien sûr de la recherche publique, mais également de la recherche privée éclairera les grands choix et les grandes orientations des pouvoirs publics. L'Administration, comme elle le fait déjà, aura évidemment son rôle à jouer. Les organismes de recherche, les universités devront être concernés ainsi que les entreprises s'agissant de recherche finalisée. C'est au bout du compte, parce que c'est sa responsabilité, l'autorité politique qui devra trancher quand il y aura divergence. Nous devons instaurer des procédures de dialogue, de concertation qui, aujourd'hui, ne sont pas suffisamment formalisées et qui le seront demain.
La réforme en cours de notre administration avec la création d'une direction générale de la recherche et de l'innovation, avec une direction de la stratégie, de grands départements thématiques allant de la recherche fondamentale jusqu'à la recherche finalisée nous fournira l'outil de l'organisation de ce dialogue, de cette concertation en s'appuyant sur les instruments nouveaux que sont notre agence d'appels à projet, l'Agence nationale de la recherche, que sera demain l'Agence de l'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur, agence dont la transparence, dont l'objectivité scientifique devront être les qualités premières. Dans les principes qui nous guident, il y a aussi celui du décloisonnement nécessaire, de la simplification administrative. Nous le constatons, le mouvement est lancé, les pôles de recherche et d'enseignement supérieur reçoivent un accueil extraordinaire et concernent autant le monde de l'enseignement supérieur que celui de la recherche. Les espoirs existent, une organisation se met en place, les processus, généralement étalés dans le temps, sont d'ores et déjà à l'œuvre.
Nous avons le devoir de les faire fructifier et ce sera pour l'État une tâche prioritaire au cours de l'année 2006. Nous avons aussi une volonté très ferme de donner aux carrières scientifiques, aux carrières des chercheurs, des enseignants-chercheurs davantage d'attractivité et c'est là une partie essentielle qui se joue. Nous le savons, la recherche appelle des talents, appelle de nouvelles forces et il faut convaincre des jeunes que c'est, sans doute, une des plus belles vocations qui puisse exister. Des mesures ont été prises mais il faudra naturellement aller plus loin. La réforme des écoles doctorales, qui sera à l'ordre du jour de l'année 2006, devrait y contribuer et c'est aussi le sujet des vocations scientifiques, de la diffusion de la culture scientifique et technique et je suis heureux de parler ce soir dans un grand établissement qui y contribue largement.
Quand on parle vocation, il faut évoquer la vocation naturellement des hommes mais également des femmes et ce principe de parité qui doit être davantage respecté dans le monde de la recherche, dans le monde de l'enseignement supérieur. J'annonce que dans quelques jours la commission chargée de faire des propositions en matière d'amélioration du respect du principe de parité sera mis en place.

Enfin, nous devons, parce que c'est nécessaire pour notre économie, nos entreprises, avoir le souci permanent de ce qu'on appelle la valorisation de la recherche, de l'articulation entre le monde de la recherche publique et de l'entreprise.
Cela demande de la part de nos universités, de nos organismes de recherche, davantage d'ouverture mais ce mouvement est lancé, et ce mouvement est réel.
Cela demande aussi de la part de nos entreprises, une ouverture accrue vis-à-vis du monde de la recherche avec, par exemple, et en particulier, un accueil plus large de jeunes docteurs dans les rangs des entreprises françaises.

Pour mettre en œuvre ces orientations, pour donner de la force à ces principes qui sont les nôtres, il faut évidemment des moyens. Les moyens en 2006 sont au rendez-vous : les 3000 emplois promis sont inscrits au budget, ils sont créés dans nos universités, dans nos établissements de recherche, et nous voyons jour après jour fleurir dans la presse les annonces des organismes de recherche qui recrutent. Quel meilleur message pour les jeunes chercheurs, quelle meilleure stimulation des vocations que ces annonces !
Les crédits également sont ouverts. Ils figurent dans les budgets et la nécessité que chacun connaît pour l'État de réduire sa dette, et partant de contrôler ses dépenses, ne l'a pas empêché de tenir ses engagements et de considérer la recherche comme une priorité. La dépense publique en matière de recherche est avant tout, et l'État le reconnaît, un investissement.

Avoir une ambition pour la recherche, c'est, bien évidemment, avoir une ambition pour l'Université et pour l'enseignement supérieur.
D'ailleurs, un certain nombre de moyens nouveaux qui sont mis en place profitent directement à l'enseignement supérieur. Je pense aux créations d'emploi d'enseignants chercheurs.
On débat de l'université aujourd'hui, et nous considérons qu'il est sain que l'on débatte de l'université, qu'il est utile de parler d'enseignement supérieur, de parler des voies de l'amélioration de son fonctionnement.
Nous le faisons, pour notre part, avec les responsables de l'université et de l'enseignement supérieur dans une démarche particulièrement constructive, et je voudrais devant vous me réjouir de la qualité de dialogue que nous avons avec les responsables de l'enseignement supérieur, avec les responsables de nos universités qui savent à quel point les attentes de nos compatriotes sont importantes envers leur établissement.
L'enseignement supérieur est aujourd'hui confronté à de nombreux et de grands défis. D'abord au défi de l'orientation et nous ne pouvons pas, dans notre pays tel qu'il est, accepter que trop souvent la sélection se fasse par l'échec.
Nous devons absolument agir sur ce plan. Nous devons améliorer les résultats de nos premiers cycles universitaires. Nous devons agir et nous le ferons dès cette année.
Un exemple parmi les plus frappants où la sélection par l'échec atteint un paroxysme, c'est celui des études médicales où le taux d'échec en première année est réellement insupportable. Vous le savez, une réforme adaptant les études médicales au nouveau système du LMD, en phase avec les évolutions prévisibles des professions médicales, permettra, notamment pour la première année d'études, d'apporter à très brève échéance des réponses à cette situation.

L'enseignement supérieur est aussi confronté au défi de l'adaptation permanente à la compétition internationale dont vous savez qu'elle est dans notre monde, dans ce monde de l'université, une réalité, et les classements internationaux chaque jour en témoignent. Ce défi est celui de l'emploi des diplômés. Car si les filières universitaires doivent être, et nous en sommes convaincus, des filières de réussite pour les jeunes, la réussite pour les jeunes, c'est l'emploi. C'est un défi permanent et je sais que l'université française est prête à le relever.

L'enseignement supérieur est aussi confronté au défi de l'égalité des chances car personne ne peut admettre que durablement des jeunes, du fait de leur milieu d'origine, du fait du quartier dont ils viennent, soient en pratique exclus de l'enseignement supérieur. Quand de telles distorsions existent, quand de telles anomalies sont aussi criantes, c'est à proprement parler une atteinte à nos principes républicains et cela ne peut pas être toléré. Or des solutions existent. Elles sont expérimentées par quelques pionniers, elles se mettent en place progressivement dans nos régions, dans nos universités.
A nous de soutenir ces efforts, de les distinguer, de les diffuser, d'encourager les bonnes pratiques. Ce sera aussi dans le calendrier de 2006 une priorité particulièrement importante.

2006 sera aussi une année de l'Europe de la recherche avec les choix d'orientation du 7e PCRD. Notre pays a toute sa place dans ces choix européens. Nous avons beaucoup milité et avec succès pour que l'ECS se mette en place, c'est-à-dire une agence consacrée à la recherche fondamentale au niveau européen. Nous pesons dans les choix des priorités européennes et nous avons mis en avant les orientations qui nous paraissaient les meilleures pour les efforts européens. Nous avons beaucoup fait pour que l'Europe consacre davantage de ressources à la R&D avec, en particulier, des solutions nouvelles de financement articulées autour de la banque européenne d'investissement.

Mesdames, Messieurs, traitant de l'enseignement supérieur, de la recherche, nous savons que nous touchons à des sujets qui sont cruciaux pour l'avenir de notre pays. Nous savons que de notre performance économique dépendent nos emplois. Nous savons aussi que dans notre pays une croissance économique insuffisante, durablement insuffisante, une sous-activité, un chômage trop élevé, manifestations d'un même problème sont en quelque sorte la maladie de langueur dont souffre notre pays depuis maintenant plus de vingt ans.
Pour en guérir, je crois que chacune et chacun d'entre nous en est convaincu, nous devons absolument mobiliser tous nos moyens et la qualité de notre recherche, la qualité de son articulation avec l'économie, qui est d'ailleurs aujourd'hui à l'œuvre dans les pôles de compétitivité dans la plupart de nos régions, mobiliser la qualité de nos formations et, en particulier, de nos formations supérieures, qui ont un rôle déterminant à jouer sur ce terrain de l'économie, de l'activité, de la croissance et de l'emploi.
Notre pays est un pays de tradition scientifique par instinct comme par expérience. Beaucoup de Français savent qu'il y a un pacte ancien entre la valeur de notre science et le rayonnement de notre pays. Nos compatriotes savent, pour certains clairement, pour d'autres plus confusément que notre avenir se joue dans nos universités, dans nos écoles, dans nos centres de recherche.

Nous avons, et je sais que vous en êtes les uns et les autres totalement convaincus, de grands et beaux atouts à faire jouer avec des moyens nouveaux. Avec de l'organisation, avec de la volonté, avec de l'ambition nous pouvons être à la hauteur de ces défis, nous pouvons réussir, nous pouvons faire en sorte que notre recherche, que notre enseignement supérieur se situent parmi les meilleurs du monde.

Ce sont ces souhaits, Mesdames et Messieurs, que je voudrais aujourd'hui et pour l'année 2006 partager avec vous.

1ère publication : 18.01.2006 - Mise à jour : 3.12.0007
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