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Présentation du Programme Nanosciences-Nanotechnologies (CEA-LETI, Grenoble)

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Discours - 1ère publication : 16.12.2004 - Mise à jour : 3.12.0007
François d'Aubert

 

Monsieur le Député Maire,
Monsieur le Président,
Messieurs les Directeurs de départements et de laboratoires,
Mesdames,
Messieurs,

 

Je souhaite tout d'abord remercier les équipes du CEA LETI pour leur accueil et pour cette passionnante visite. Je remercie tout particulièrement Jean THERME, Directeur de la Recherche Technologique du CEA, qui est sans conteste l'un des principaux artisans de la réussite de ce laboratoire d'excellence.

Le pôle MINATEC, dont nous venons de visiter le chantier, reçoit le soutien du CEA, de l'Etat, de la Région, de la CDC, des entreprises privées, du département, de la métropole Grenobloise et de la ville de Grenoble : il s'agit véritablement d'un bel exemple de mobilisation collective autour d'une technologie clé pour l'avenir de notre pays.

L'enjeu est en effet de taille : les nanosciences et nanotechnologies, priorité nationale de grands pays comme les USA ou le Japon, sans oublier la Chine, vont sans conteste devenir l'une des premières sources de découvertes scientifiques et d'enrichissement économique.

La maîtrise de la matière à l'échelle du millimètre a produit, à la fin du 18ème siècle, une première révolution technologique et industrielle.
Au milieu du 20ème siècle, la maîtrise de la matière à l'échelle du micromètre a été à l'origine d'une deuxième révolution technologique, qui s'est concrétisée par le développement de la microélectronique.

Il est probable que les nanosciences et les nanotechnologies, qui permettront à l'homme de contrôler la matière au niveau du milliardième de mètre, constitueront, au cours du 21ème siècle, la troisième révolution technologique et industrielle.

C'est un marché de plusieurs centaines de milliards d'euros qui s'ouvrira à nos entreprises d'ici 2010, si nous savons anticiper cette révolution technologique, préparer les découvertes en amont et transformer l'essai en aval, en faisant travailler l'ensemble des acteurs du domaine en parfaite synergie.

Je souhaite tout de suite dissiper une idée très répandue et plutôt à la mode chez les Cassandre de la recherche, selon laquelle notre pays serait à la traîne, déjà dépassé par les initiatives d'autres pays européens, des Etats-Unis, du Japon, voire d'autre pays asiatiques comme Taïwan ou la Corée.

La France est un acteur majeur du domaine des nanosciences et des nanotechnologies. C'est dans nos laboratoires et grâce aux travaux d'Albert FERT, que la magnétorésistance géante a été découverte. Elle permet de réaliser des têtes de lectures magnétiques, aujourd'hui produites au rythme de 615 millions par an. Ces têtes de lecture équipent quasiment tous les disques durs des ordinateurs.
Notre pays se classe au cinquième rang mondial en terme de nombre de publications dans le domaine des nanosciences.
Nous avons été moteur dans la constitution d'un " ERA-net " au niveau européen, que la commission européenne vient de labelliser dans le cadre du programme cadre de recherche et de développement, il y a tout juste trois semaines.

La France dispose à Grenoble d'un pôle d'excellence en micro-nanotechnologies reconnu dans le monde entier. Est-il seulement utile de rappeler que la majorité des puces qui équipent nos téléphones mobiles en sont issues ?

Enfin, selon une étude de la commission européenne, l'effort financier public actuel place la France au 2ième rang européen derrière l'Allemagne

Il ne faut cependant pas se satisfaire de ces résultats.

Les pouvoirs publics doivent, à mon sens, susciter et accompagner cette dynamique de deux manières :
- assurer une coordination globale, pour développer la synergie entre tous les acteurs, ceux de la recherche académique, de la recherche partenariale, des nanosciences, des micro-nanotechnologies, du public et du privé ; cette coordination permet aussi de donner une lisibilité européenne et internationale à notre action,
- financer de manière incitative les meilleurs projets, " injecter " de l'argent sur les projets qui réussissent, à tous les niveaux de la chaîne.

C'est pourquoi, j'ai décidé de lancer un programme ambitieux sur les nanotechnologies et les nanosciences dans le cadre de l'Agence nationale de la recherche, doté dès l'an prochain de 70 millions d'euros de crédits incitatifs.

Ce programme d'actions sera mis en oeuvre dans le cadre d'un réseau de recherche et d'innovation technologique, baptisé " RESEAU NATIONAL EN NANOSCIENCES ET EN NANOTECHNOLOGIES " (R3N), dont les trois axes principaux seront :

  • le financement de plates-formes scientifiques et technologiques (" grandes centrales ")
  • le financement des meilleurs projets " amont ", mettant en réseau les laboratoires académiques,
  • le financement des meilleurs projets " aval ", mettant en réseau des laboratoires publics, des centres de recherche privés de grandes entreprises et des PME innovantes.

 

Le R3N associera dans une même structure les acteurs de la recherche fondamentale et de la recherche technologique, autour des thématiques des nanosciences et des micro et nanotechnologies, ce qui permettra d'anticiper le rapprochement attendu, à moyen terme, d'approches " bottom-up " et " top-down ", de préparer la " nanoconvergence ".

Cette initiative conduit l'Etat -le Ministère chargé de la Recherche- à plus que doubler son effort financier incitatif, qui passe de 30 M€ par an à 70M€ par an, soit 210 M€ d'ici 2007. La coordination par l'Agence nationale de la recherche donnera leur cohérence à ces actions, accroîtra leur visibilité et améliorera notablement la réactivité des financements publics.

Afin d'en organiser le pilotage, je propose que tous les acteurs publics et privés qui désirent s'associer à ce nouveau réseau de recherche fassent acte de candidature d'ici la fin de l'année, avant la fin janvier pour aller très vite.

Sur cette base, je mettrai en place un comité d'orientation au début de l'année 2005. Pour assurer la synergie entre les milieux académiques et industriels, son président sera issu du monde industriel et ses deux vice-présidents seront issus d'établissements publics de recherche.

Ces instances de pilotage seront constituées de chercheurs reconnus du domaine des nanosciences et de représentants d'entreprises productrices et utilisatrices de micro-nanotechnologies.

La première mission qui sera confiée au président du réseau sera de définir les quelques grandes priorités de recherche sur lesquelles le R3N concentrera la plus grande partie de son effort.

Par ailleurs :

  • le R3N coordonnera la réflexion sur les problématiques éthiques et sanitaires liées au développement et à l'emploi de nanotechnologies, notamment concernant les problèmes de pollution et de développement de pathologies. En rassemblant la réflexion existante dans ce domaine et en suscitant de nouvelles études, il permettra d'éclairer nos concitoyens ;
  • le R3N mènera une activité d'observatoire des meilleures pratiques internationales ;
  • enfin, il assurera la dimension européenne du programme, en se donnant pour objectif précis la constitution dans le futur programme cadre européen d'un " ERA-net + ", réseau européen de projets de recherche financés par l'Union Européenne.

 

Ces priorités devront s'appuyer sur les domaines d'excellence de nos organismes publics de recherche ainsi que sur l'évaluation des débouchés économiques potentiels des différentes technologies.

Elles seront définies au sein des trois grands champs scientifiques et technologiques concernés par les " nano " : les nanobiosciences, les nanomatériaux et les nanocomposants électroniques.

LES NANOBIOSCIENCES, car les nanoparticules sont en train de révolutionner les techniques d'imagerie, de diagnostic et de soins, et sont à l'origine de l'émergence de la nanomédecine ;

LES NANOMATERIAUX : parmi eux, les nanotubes de carbone, déjà fabriqués en France ont des propriétés exceptionnelles : ils sont 100 fois plus résistants et 6 fois plus légers que l'acier. Ils confèrent aux matériaux dans lesquels ils sont incorporés des propriétés exceptionnelles. Les nanoparticules d'oxyde de titane sont utilisées pour la réalisation de filtres solaires dans le domaine des cosmétiques ; l'incorporation de particules de silice permet d'accroître la résistance des pneus ;

LES NANOCOMPOSANTS : grâce à eux, nous disposerons de mémoires plus importantes et plus petites pour nos ordinateurs, téléphones portables, et PDA du futur. Ils permettront d'accroître de façon spectaculaire la puissance de calcul des ordinateurs : selon les prédictions théoriques, celle-ci pourrait être multipliée par un milliard par rapport aux ordinateurs actuels !

Une fois ces priorités d'action dégagées, le R3N lancera des appels à projets.

Les projets seront retenus sur la base de leur excellence. Il pourra s'agir de projets exclusivement académiques ou de projets technologiques conduits en partenariat entre des organismes publics et des entreprises privées.

Parallèlement et d'une manière coordonnée, les organismes de recherche et institutions publiques s'associeront à ce programme.

Ainsi, le CNRS recrutera en 2005, pour travailler dans le domaine des nanosciences et des nanotechnologies, une trentaine de chercheurs, au niveau "chargés de recherches", une vingtaine de techniciens et ingénieurs et environ vingt-cinq post-docs. Le CNRS attribuera aussi une douzaine de bourses de docteurs-ingénieurs. Il s'agit d'un effort conséquent et visible, que je salue.

Le CEA, qui nous accueille aujourd'hui, consacrera, dès 2005, 16 millions d'euros supplémentaires aux recherches sur les technologies 300 mm ("Nanotec 300"). Au cours de l'année 2006, le pôle MINATEC, dédié à la recherche en micro et nanotechnologies regroupera 4000 personnes sur le site du CEA-LETI, pour un investissement total de 170 millions d'euros partagés entre le CEA, l'Etat et les collectivités. Il s'agit, comme je le disais, d'un bel exemple de mobilisation collective autour d'un but commun : maîtriser une technologie clé pour l'avenir de notre pays et devenir la référence internationale.

En complément de l'effort sur les micro et nanotechnologies, le CEA vient de lancer le projet de pôle "nanobio", en collaboration avec l'Université Joseph Fourier, et assure le pilotage de "Nano2Life", premier réseau d'excellence européen en nanobiotechnologies reconnu par la Commission européenne dans le cadre de son 6ème Programme cadre de recherche et développement technologique. Ce réseau d'excellence et le projet de pôle " nanobio ", lancés cette année, permettront de répondre aux besoins dans le secteur en croissance rapide des " nanobiosciences ".

J'ai par ailleurs demandé à la Cité des sciences et de l'Industrie de préparer une exposition itinérante intitulée "Nanotechnologies et société", en coproduction avec le centre de culture scientifique de Grenoble et celui de Bordeaux. Cette exposition, qui verra le jour en 2006, aura pour vocation d'expliquer au grand public ce que sont les nanotechnologies, d'en présenter les applications et les potentiels et d'informer sur les débats et recherches concernant les risques éventuels liés à l'usage des nanotechnologies.

Mais dans ce domaine de recherche comme en général, il me paraît très important que les efforts de recherche puissent être valorisés économiquement : l'implication des acteurs privés, qu'il s'agisse de grandes entreprises, de PME innovantes ou d'investisseurs, et la mise en place de partenariats renforcés avec les laboratoires publics sont essentiels.

Je constate à ce propos avec grand intérêt que de nombreuses entreprises ont déjà engagé, sur le territoire français, des programmes de recherche et développement dans le domaine des nanotechnologies. Des exemples comme ceux de ST Microelectronics, Philips et Freescale, ici à Grenoble mais aussi de Thales, EADS, Biomérieux, Alcatel ou Rhodia, voire bien sûr de plus petites entreprises comme Tracit, "spin-off" du CEA, illustrent la variété et la richesse des applications possibles de ces nouvelles technologies. Les représentants de ces entreprises, présents aujourd'hui parmi nous, peuvent en témoigner.

Par ailleurs, les nombreux chefs d'entreprises que j'ai consulté ces dernières semaines m'ont exprimé leurs attentes vis-à-vis des pouvoirs publics : ils souhaitent notamment être en mesure de collaborer plus efficacement avec les structures publiques de recherche.

Différents modes de collaboration existent déjà : il y a bien sûr les réseaux de recherche et d'innovation technologique, comme le R3N que nous lançons aujourd'hui, ou les pôles de compétitivité que le Gouvernement veut promouvoir selon le modèle que les acteurs qui nous ont accueilli aujourd'hui ont su mettre en œuvre avec réussite.

Je suis persuadé que la mise en place de l'Agence nationale de la recherche et que les propositions que nous formulerons dans les prochaines semaines dans le cadre de la préparation de la loi d'orientation et de programmation sur la recherche et l'innovation permettront de répondre à cette attente.

Le Premier Ministre a par ailleurs annoncé, dans le cadre du volet R&D du contrat " France 2005 " que, parallèlement aux efforts qui seront entrepris par les grandes entreprises pour accroître leurs efforts de recherche&développement, il s'engageait à relever le plafond du crédit d'impôt recherche pour les entreprises qui soutiendront financièrement des laboratoires publics de recherche. Les modalités de ce dispositif, qui pourrait représenter un nouvel effort de près de 100 M€ par an, seront précisées dans les prochaines semaines et seront mises en œuvre à l'occasion de la loi sur la recherche.

Mais le dynamisme de la R&D de notre tissu économique doit également beaucoup aux projets de recherche et d'innovation des petites et moyennes entreprises.

C'est pourquoi l'ANVAR, dont la mission est le soutien aux PME innovantes, sera partie prenante du nouveau réseau R3N.

L'ANVAR interviendra aussi pour soutenir la création de "start-up" et de "spin-off" dans des domaines stratégiques pour l'avenir de la filière, notamment dans le cadre de MINATEC pour donner tout son essor à la création d'entreprises innovantes.

Dans ces conditions, le flux de projets, relatifs aux nanotechnologies, finançables par l'ANVAR devrait s'accroître significativement dans les prochaines années. Ces projets sont risqués et coûteux en R&D car ils correspondent souvent à des ruptures technologiques. Ils justifient donc pleinement leur accompagnement sur fonds publics.

En contrepartie des efforts que l'Etat s'apprêtent à faire, il me semble nécessaire que les acteurs privés s'engagent à participer encore plus à l'effort de recherche sur les nanotechnologies.

Car, si dans ce domaine, l'effort financier est équitablement réparti entre le public et le privé aux Etats-Unis et en Asie, on constate qu'en Europe le financement privé est deux fois moindre que le financement public.

L'effort du secteur privé devrait non seulement se traduire par une augmentation des montants investis par les entreprises dans des programmes de R&D, notamment ceux conduits en partenariat avec la recherche publique, mais aussi par une participation plus importante des grandes entreprises et des investisseurs institutionnels au financement de fonds de capital amorçage et de capital risque. Il n'est par exemple pas normal que les capitaux risqueurs aient des difficultés à lever des fonds alors qu'ils sont destinés à être investis dans un secteur d'avenir.

Pour conclure, le réseau "R3N" s'appuie sur les actions menées jusqu'à présent, les rassemble et les amplifie.

S'il n'a certes pas vocation à révolutionner la recherche dans le domaine des nanotechnologies, je souhaite qu'il apporte visibilité aux acteurs du domaine dans le pilotage stratégique de la recherche incitative, qu'il rapproche les communautés qui, à terme, devront travailler ensemble.

Je souhaite aussi que grâce à son volet partenarial, il permette d'accroître l'effet de levier industriel et qu'il soit un outil pour concentrer nos actions sur les domaines prioritaires. C'est à ces conditions que l'effort consenti par les pouvoirs publics portera pleinement ses fruits.

Avec ce programme, notre pays se l'ambition et les moyens de conforter sa position de tête en Europe dans le domaine des nanosciences et des nanotechnologies.

Je vous remercie de votre attention.

1ère publication : 16.12.2004 - Mise à jour : 3.12.0007
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