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Doubler le nombre d'inscrits au Diplôme d'Accès aux Etudes Universitaires

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Valérie Pécresse visite la Faculté de Villetaneuse

A l'occasion de son déplacement le 31 janvier à l'université Paris 13, Valérie Pécresse a fait part de sa volonté de doubler le nombre d'inscrits en DAEU. Ces diplômes sont ouverts aux personnes non titulaires du baccalauréat ou ayant interrompu leurs études depuis 2 ans. Ils représentent pour les candidats, issus pour la plupart des milieux les plus défavorisés, une véritable seconde chance d'accéder à l'Université.

Discours - 1ère publication : 31.01.2008 - Mise à jour : 1.02.0008
Valérie Pécresse

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs

Permettez-moi tout d'abord de vous dire combien je suis heureuse d'être parmi vous aujourd'hui. J'éprouve toujours une joie particulière lorsque l'occasion m'est offerte de m'adresser aux étudiants et de dialogue avec eux, car c'est pour eux et pour leur avenir qu'avec l'ensemble du gouvernement, je travaille depuis près de sept mois à refonder les universités de notre pays.

Mais, et je voulais aussi vous le dire, notre rencontre est pour moi l'occasion d'éprouver une joie bien spéciale : la joie d'être ici, avec vous, dans une des universités de ce pays qui prouvent le mieux chaque jour que l'égalité des chances n'est pas condamnée à rester un principe abstrait vidé de toute substance ou un slogan politique voué à décevoir les espoirs qu'il fait naître.

Car vous le prouvez chaque année, en étant tout simplement plus nombreux à réussir vos examens de licence que ceux de vos camarades des autres universités qui font les mêmes études et qui ont obtenu leur baccalauréat au même âge et dans la même série que vous.

Grâce à la Cour des comptes, nous pouvons même chiffrer très précisément cet écart de réussite, un écart à la hausse de près de 7% en fin de première année de licence, qui atteint presque 9% dans certaines filières !

Sans doute y aurait-il déjà là de quoi donner de grandes satisfactions à n'importe quel professeur ou président d'université. Mais il y a plus encore, puisque ces très bons résultats sont atteints par des étudiants qui sont majoritairement issus des classes moyennes ou défavorisées : Villetaneuse est en effet l'université de la région parisienne qui accueille parmi ses étudiants le plus grand nombre de boursiers, des boursiers qui par leur travail, par leur engagement, par leur volonté inébranlable de réussir et de construire leur avenir sur le socle du savoir, vont s'ouvrir les voies du succès.

C'est cela que je voulais tout d'abord saluer ce matin : une vraie, une belle réussite de l'université républicaine, qui, grâce à ses étudiants, à ses enseignants et à tous ses personnels prouve que défendre l'égalité des chances n'est pas une folle entreprise et qu'il est possible, pour ceux qui s'en donnent les moyens, de briser la loi d'airain qui veut qu'il soit plus facile de faire et de réussir des études pour celui ou celle dont les parents ont déjà fait et réussi des études.

C'est de cela que je voulais me réjouir aujourd'hui : rencontrer des étudiants, des enseignants et des personnels qui ont déjà prouvé que nous pouvions réussir à faire vivre et briller l'université française en ce siècle nouveau sans renier aucun de nos idéaux, sans céder à la tentation de la sélection préalable, en un mot, sans faire le choix de la fatalité plutôt que celui de l'action.

Ce choix de l'action, c'est celui que le gouvernement a fait à l'été dernier, et il l'a fait en remettant l'université à l'honneur, en la refondant pour lui donner tous les atouts pour affronter les nouveaux défis qui s'offrent aujourd'hui à elles : donner aux étudiants, à tous les étudiants, sans qu'un seul soit laissé de côté, la formation de qualité, à la pointe de la connaissance, de la culture et ouverte sur le monde, la formation qui leur offrira la réussite professionnelle et leur permettra de trouver la voie de l'épanouissement personnel.

Ce choix, c'est celui que porte la loi libertés et responsabilités des universités du 10 août dernier, parce qu'elle offre enfin aux présidents d'université et à leurs équipes la liberté de faire à leur tour un choix décisif, celui des projets pédagogiques les plus ambitieux et des orientations scientifiques les plus novatrices, et de le faire pour leurs étudiants avant toute chose.

J'en veux pour preuve la belle initiative qui nous réunit aujourd'hui, puisque, vous le savez, HEC et Paris XIII vont construire ensemble un parcours de formation Master, qui  a vocation à accueillir des étudiants de Paris XIII qui obtiendront ainsi une double qualification.

A mes yeux comme aux vôtres, j'en suis sûre, il s'agit là d'une très grande nouvelle, qui apporte la preuve que nos universités et nos grandes écoles ne sont pas séparées par une ligne de fracture tacite, qui distinguerait à jamais les étudiants des universités et les élèves des grandes écoles et vouerait chacun à des destins bien différents.

Ce matin, nous voyons qu'il n'en est rien et que nos universités et nos grandes écoles savent aussi travailler ensemble et unir leurs forces pour mener de vrais projets communs, ambitieux et novateurs, des projets dont bénéficieront tous les étudiants, qu'ils viennent d'HEC ou de Paris XIII, qu'ils fréquentent les bancs des universités ou des grandes écoles.

Car ce que ce projet rappelle à tous ceux qui quelquefois se laissent aller à l'oublier, c'est qu'il n'y a nulle différence de valeur entre étudiants des unes et des autres et que l'excellence est partout où l'on trouve des jeunes hommes et des jeunes femmes fermement décidés à réussir et des enseignants et des personnels tout aussi décidés à les y aider.

Permettez moi de saluer le Directeur d'HEC et le Président de la fondation HEC qui ont trouvé dans l'équipe de Paris XIII des partenaires investis et motivés. Que des professeurs d'Ecole et d'université puissent parler le même langage pour la réussite de leurs étudiants témoigne de notre capacité à construire ensemble la réussite de nos étudiants.

C'est pourquoi l'excellence n'est pas un rêve qui serait réservé depuis la naissance à quelques uns, elle se trouve dans toutes nos universités, et je sais qu'il est des enseignants qui ont rencontré ici, à Paris XIII, quelques-uns des meilleurs étudiants qu'ils aient jamais eus.

Des étudiants dont les qualités et la formation sont exceptionnels, et dont le parcours témoigne souvent d'une force de caractère absolument remarquable. Car pour réussir et réaliser leurs rêves, il leur a fallu surmonter des obstacles que beaucoup d'autres ignorent, il leur a fallu le soutien d'une famille à qui ces études demandaient bien des efforts, des efforts que nous ne pouvons pas toujours mesurer.

Cela, chacun de nous se doit de le dire et de le rappeler, non pas pour rendre à ces étudiants et à leurs familles l'hommage un peu condescendant que l'on accorde quelquefois à celui qui a dû se battre pour réussir, mais parce que leur engagement nous crée bien des devoirs.

Le devoir de nous mobiliser, le devoir de les accompagner et de leur apporter toute l'aide dont ils ont besoin pour que la tâche leur soit un peu plus facile, tout simplement.

Oui, nous le leur devons, parce qu'il en va de la promesse républicaine d'égalité des chances. Et nous le devons à la France, parce qu'il serait absurde que notre pays puisse plus longtemps se priver du talent et de la force de caractère de certains de ses enfants.

Nous le devons à la France, parce que la diversité sociale est une force, la plus précieuse de toutes, et que pour inventer son avenir, une nation a besoin de s'appuyer sur tous les regards, sur toutes les expériences, sur tout ce qui fait d'elle une communauté d'hommes et de femmes à nulle autre pareille.

Aujourd'hui plus encore qu'hier, la France a besoin de tous ses enfants. Car à l'heure où tous les pays rivalisent d'imagination pour offrir à leur jeunesse les moyens d'épanouir leur intelligence, la France, dont les lumières ont éclairé le monde, se doit d'offrir à chacun de ses jeunes la possibilité d'obtenir un diplôme de l'enseignement supérieur et de garantir ainsi à la génération qui s'apprête à quitter le monde du travail qu'une nouvelle génération vient, prête à prendre la relève, une nouvelle génération, plus active, plus inventive, plus brillante encore que la précédente, parce qu'elle aura connu d'autres expériences et surmonté d'autres épreuves.

Et pour que cette nouvelle génération puisse faire nombre, pour qu'elle puisse à son tour porter la France vers de nouveaux horizons, nul ne doit en être exclu, nul ne doit, parce qu'à un moment ou un autre de sa jeunesse, il a perdu pied et échoué, se voir à jamais interdit d'accéder aux études supérieures qui lui offriront peut-être la chance de réaliser ses rêves.

Je pense à tous ceux qui, dans notre pays, n'ont jamais obtenu leur baccalauréat, je pense à tous ceux qui, pour une raison ou pour une autre, n'ont même jamais atteint la terminale et ont fait d'autres choix que celui de poursuivre leurs études. A ceux-là, nous nous devons d'offrir une seconde chance, pour qu'ils puissent, s'ils le désirent, poursuivre leurs études ou passer les concours réservés aux seuls bacheliers. C'est pourquoi je souhaite ouvrir plus largement encore les portes du diplôme d'accès aux études universitaires, de ce diplôme qui donne à celui qui l'obtient les mêmes droits que s'il avait, quelques années auparavant, obtenu son baccalauréat.

En revoyant l'organisation de la formation qui donne accès à ce diplôme, en le faisant connaître à tous ceux qui en ignorent encore l'existence, en les aidant à accéder à sa préparation, en utilisant pour celles-ci toutes les ressources que nous offrent Internet ou l'enseignement par correspondance, nous donnerons une nouvelle chance à tous ceux qui auront envie de la saisir.

Et c'est cela aussi, l'égalité des chances : ne pas sceller à jamais le sort de ceux qui n'ont pas pu aller au bout de leurs ambitions.

Et c'est pourquoi, aujourd'hui plus encore qu'hier, l'égalité des chances n'est pas seulement une exigence morale, une exigence républicaine, c'est aussi une exigence sociale et économique, et si nous y manquons, notre pays tout entier en souffrira.

Cela, les entreprises de notre pays l'ont également compris, elles qui veulent à présent diversifier leur recrutement pour mieux refléter la France d'aujourd'hui dans toute sa complexité et dans toute sa richesse. Sans cela, comment pourraient-elles encore comprendre le monde, comment pourraient-elles encore être performantes ?

C'est pourquoi elles sont de plus en plus nombreuses à s'engager pour faire sauter tous les verrous, qu'ils soient culturels, sociaux ou économiques, qui font aujourd'hui obstacle à la réussite de certains des jeunes hommes et des jeunes femmes les plus doués de notre pays et les empêchent d'accéder enfin aux plus hautes responsabilités.

La convention que j'ai signée tout à l'heure avec le Réseau des entreprises pour l'égalité des chances et les deux universités de l'Académie le prouve : en s'alliant aux universités Paris VIII et Paris XIII, le Réseau des entreprises pour l'égalité des chances fait un pari, celui d'offrir aux étudiants de ces deux universités les mêmes vraies opportunités de stage que celles dont disposent leurs camarades dans d'autres établissements.

C'est une initiative remarquable et je tiens la saluer ce matin, une initiative républicaine, qui sans déroger au principe d'égalité qui nous est si cher permettra de mieux accompagner ceux qui, plus que les autres, en ont besoin.

C'est dans ce même esprit de responsabilité et d'engagement que les écoles de management ont récemment décidé d'exonérer totalement les étudiants boursiers de droits d'inscription aux concours. Je tiens elles aussi à les en remercier.
Car chacune de ces actions démontre que loin de rester immobile et figé, l'enseignement supérieur est en train de changer, de se transformer et de faire de la réussite effective de chaque étudiant son premier et son seul objectif.

A la pointe de ce mouvement se trouvent désormais les universités, et à mes yeux, il n'y a rien de plus important, puisque c'est sur leurs bancs que se retrouve et que se mêle toute la jeunesse de notre pays.

Une jeunesse qui, comme vous tous, attend de ses professeurs une formation de qualité, bien sûr, mais qui attend aussi d'eux qu'ils lui donne les clefs du monde de demain, celui dans lequel elle tiendra son rôle, en pleine conscience, en pleine responsabilité, grâce aux compétences et connaissances qu'elle aura acquise ici.

A la place qui est la mienne, j'essaie de l'y aider, j'essaie de vous y aider. Deux chantiers ont été ouverts cet été, deux chantiers auxquels je suis particulièrement attachée et qui pourront, je l'espère, vous rendre les études et peut-être même la vie un peu plus faciles.

La réforme de notre système d'aides sociales, tout d'abord. C'était une priorité, car nul ne peut réussir sans des conditions de vie décentes. Il fallait donc rendre ce système plus accessible et plus équitable, en l'ouvrant aux classes moyennes, mais aussi plus juste, en revalorisant les bourses des étudiants les plus modestes. Et parce que je sais que les difficultés que connaissent certains d'entre vous sont telles qu'il n'était plus possible d'attendre, j'ai décidé d'anticiper la création du 6e échelon de bourse : dès ce mois-ci, les 100 000 étudiants qui en ont le plus besoin verront le montant de leur bourse revalorisé de 7%. Et à la rentrée prochaine, ce seront au total 50 000 étudiants en plus qui bénéficieront d'une aide de l'Etat.

Mais vous donner les moyens de réussir, c'est n'est pas seulement vous permettre de poursuivre vos études dans de bonnes conditions. C'est aussi vous apporter la garantie que ces études déboucheront sur quelque chose, c'est vous garantir qu'elles vous apporteront une qualification de haut niveau et qu'elles déboucheront sur un emploi. C'est la moindre des choses, sans quoi nul étudiant ne pourrait plus avoir foi dans l'université.

C'est pourquoi le gouvernement a décidé de faire porter en priorité ses efforts sur la licence, pour en faire une formation universitaire renforcée, pluridisciplinaire et ouverte à des réorientations possibles, une formation qui vous permettra d'acquérir une vraie qualification tout en mûrissant le choix que vous avez fait au sortir du baccalauréat, une formation qui vous permettra de poursuivre des études de master ou d'entrer dans la vie professionnelle avec toutes les chances d'y réussir.

Avec le « plan licence », nous allons faire un effort budgétaire d'importance en direction du premier cycle universitaire, pour le rendre plus lisible, plus sûr et plus musclé en termes de connaissance et de compétences. Car c'est aussi cela, l'égalité des chances : garantir à tous les étudiants une formation d'excellence, qu'ils soient en IUT, en STS, à l'université ou en classe préparatoire.

Aux côtés de ces deux grands chantiers, d'autres sont et seront ouverts dans les mois à venir. Je pense au plan Campus, qui permettra à notre pays d'offrir à ses étudiants, à ses enseignants et à ses chercheurs des conditions de vie et d'études dignes d'un grand pays de formation et de recherche comme le nôtre. C'est ainsi que nous ferons émerger de  vrais et grands campus, spacieux, modernes et accessibles, qui seront à la fois des lieux de travail et de vie étudiante, des lieux de réussite et d'épanouissement.

Voilà la nouvelle université que nous allons bâtir ensemble, la nouvelle université qui sera plus que jamais le fer de lance de l'égalité des chances. Reste, je le sais, à surmonter un dernier obstacle pour donner à ce beau principe toute sa réalité, un obstacle qui est fait de toutes les barrières mentales, de toutes les censures culturelles qui, au sein de notre système d'enseignement supérieur, viennent freiner les ambitions de beaucoup d'entre vous.

Cet obstacle, chacun le sait, est trop souvent encore redoublé par les discriminations visibles et invisibles sur lesquelles toute une part de notre jeunesse vient buter au sortir de ses études. Il est donc grand temps d'engager une vraie réflexion collective pour abattre enfin ces préjugés parfaitement incompatibles avec ce qui fait l'essence même de notre république : l'égalité, bien sûr, mais aussi la fraternité, et la liberté qui en découle pour chacun des citoyens de ce pays.

J'ai donc demandé à l'éminent sociologue qu'est Michel Wievorka de nous aider à mener cette réflexion, en conduisant une mission d'études sur la question de la diversité dans l'enseignement supérieur et le monde de la recherche. Car pour en finir avec certains des réflexes collectifs les plus profondément enracinés dans nos consciences, il n'y a qu'une seule voie, celle de la connaissance : c'est elle en effet qui, en les portant au grand jour, nous permettra enfin de les déraciner.

Vous le voyez, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, nous allons faire aujourd'hui le pari de la réflexion, le pari du savoir, celui-là même que avez fait en rejoignant les bancs de l'université, et qui seul nous permettra de construire la société de demain.

Et ce grand et beau pari, je sais que grâce à vous, grâce à la jeunesse de notre pays, nous allons le tenir.

Je vous remercie.

 

1ère publication : 31.01.2008 - Mise à jour : 1.02.0008
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