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Inauguration de l'Ecole d'économie de Toulouse

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Intervention de Valérie PECRESSE,
Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche

Inauguration du réseau thématique de recherche avancée
« Ecole d'économie de Toulouse »

Toulouse, le 2 juin 2008

Discours - 1ère publication : 2.06.2008 - Mise à jour : 2.06.0008
Valérie Pécresse

Mesdames et Messieurs,


Permettez-moi tout d'abord de vous dire combien je suis heureuse d'être à vos côtés aujourd'hui et de porter avec vous sur les fonts baptismaux la Fondation Jean-Jacques Laffont, qui, à l'évidence, compte déjà au nombre des plus belles réussites de la science économique française.

Car, à mes yeux, cette inauguration est d'abord une consécration : celle d'une aventure commencée, ici même, à Toulouse, il y a 18 ans, avec la création de l'Institut d'économie industrielle.

A l'origine de l'IDEI, il y a en effet un pari qui pouvait alors paraître un peu fou : construire en quelques années à peine un centre de recherches en économie capable de rivaliser avec les plus grandes institutions scientifiques de ce monde.

Depuis, moins de vingt années ont passé et, à l'évidence, le pari est tenu : j'en veux pour preuve les tables rondes qui scandent cette belle journée et qui rassemblent quelques-uns des plus grands économistes de la planète et de nombreux responsables d'entreprises françaises parmi les plus importantes. Pouvait-on rêver plus beau témoignage d'amitié et d'estime que ces débats où tant de chercheurs exceptionnels  rivalisent d'intelligence?

Il ne fait pour moi d'ailleurs aucun doute que le rayonnement de la communauté universitaire et scientifique toulousaine, non seulement en matière d'économie, mais également de sciences pour l'ingénieur ou de sciences du vivant, a lourdement pesé dans le choix du comité d'évaluation de retenir le site toulousain parmi les lauréats de l'opération campus.

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Oui, à l'évidence, le pari a été tenu, et avec quel brio ! Mais ce beau succès serait resté à l'état de doux rêve s'il n'y avait eu un homme pour en faire une réalité tangible : je pense bien sûr à Jean-Jacques Laffont, qui s'attela à cette tâche avec la même détermination et la même intelligence que celles qui le guidaient dans ses travaux scientifiques.

Par nature et par goût, Jean-Jacques Laffont appartenait en effet à la race des pionniers : ce qu'il aimait par-dessus tout, c'était ouvrir les voies que nul n'avait frayées avant lui et y poser ces premiers jalons qui permettaient aux autres de s'y engager à sa suite.

Rien d'étonnant dès lors à ce que le projet dont nous célébrons aujourd'hui l'aboutissement ait été son œuvre : là encore, il s'agissait de construire et d'innover, cette fois-ci en inventant une structure où les plus grands talents de l'économie française pourraient travailler ensemble.

En choisissant de donner son nom à la fondation qui unit à présent les forces de l'université de Toulouse, de l'EHESS, du CNRS et de l'INRA, vous avez donc fait plus que rendre hommage à ce grand scientifique, vous avez aussi fait vôtre la conviction qui le guidait : c'est de la réunion des talents que naît l'excellence.


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C'est bien ce même principe qui a conduit à la création des réseaux thématiques de recherche avancée : les RTRA n'ont en effet pas d'autre fin que de rassembler les forces qui, sans eux, pourraient rester éparpillées et de leur offrir un lieu et une structure commune où elles pourront se réunir pour surmonter les problèmes scientifiques les plus ardus, sur lesquels un chercheur seul achopperait parfois.

Sans doute l'aventure scientifique est-elle souvent solitaire. Mais il est aussi des défis intellectuels si ardus que seul un travail d'équipe permet d'en venir à bout : de la confrontation des démarches, des intuitions et des habitudes sortent alors les avancées les plus remarquables.

Le duo exceptionnel que formaient Jean-Jacques Laffont et Jean Tirole en est peut-être le plus bel exemple. Leur complicité intellectuelle et humaine fut en effet à l'origine de progrès scientifiques particulièrement remarquables : ensemble, ils ont en quelque sorte posé les bases de toute réflexion économique sur les industries de réseaux et leur régulation, donnant ainsi beaucoup à penser à des décideurs publics qui jusque-là se trouvaient quelque peu dépourvus.

Et en poursuivant l'œuvre entreprise par Jean-Jacques Laffont, avec la fidélité d'esprit et de cœur que chacun lui connaît, Jean Tirole nous démontre aujourd'hui encore quelle peut être la puissance d'une telle entente scientifique, lorsqu'elle se double d'une belle et profonde amitié.

Je sais, cher Jean Tirole, combien vous pèse l'absence de Jean-Jacques Laffont. Aussi permettez-moi ce matin de vous dire simplement ceci : en faisant de cette fidélité et de cette amitié une source d'inspiration aussi vivace qu'inépuisable, vous lui avez rendu et vous lui rendez encore chaque jour le plus bel hommage dont l'on puisse rêver.

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L'Institut d'économie industrielle est donc à présent devenue la Fondation Jean-Jacques Laffont - Toulouse Sciences Economiques, sans jamais rien perdre de ce qui faisait dès l'origine sa singularité : celle d'un centre de recherches d'excellence largement ouvert sur la société française et particulièrement soucieux à ce titre de nourrir les réflexions de tous les acteurs de notre vie collective, qu'ils soient publics ou privés.

Car telle est bien la vocation de TSE : non pas seulement cultiver le savoir par lui-même et pour lui-même, mais aussi dégager au fil des avancées de la science ces quelques certitudes qui permettront aux décideurs de se frayer un chemin un peu plus sûr. Et en un temps où les défis ne manquent pas, vous leur apportez ainsi, je peux vous en assurer, une aide des plus précieuses !

Les échanges qui jalonnent cette journée en témoignent. Qu'il s'agisse de freiner le changement climatique ou de réguler le système financier, une chose est en effet certaine : nous aurons grand besoin d'intelligence non seulement pour agir, mais aussi pour le faire avec pertinence et efficacité.

Car face à des défis d'une telle ampleur et d'une telle complexité, rien ne serait pire que d'agir au hasard et de prendre ainsi le risque d'aggraver les maux que l'on croyait combattre. Aussi la science ne doit-elle pas craindre de s'adresser aux décideurs, tant publics que privés : plus que jamais, ils sont prêts à l'entendre et à s'appuyer sur elle.

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Le financement même de cette fondation le prouve. Radicalement innovant, il est le fruit exemplaire de la réflexion commune que vous avez su engager avec vos futurs partenaires privés, qui se montraient d'autant plus enthousiastes à l'idée de vous soutenir que le mode de financement retenu garantissait la solidité et la stabilité de TSE.

Ensemble, vous avez en effet choisi de donner à la fondation une assise financière presque inébranlable, à l'image de celle dont bénéficient les plus grandes universités du monde anglo-saxon : car si la dotation en capital de TSE ne peut pas être dépensée, ce qui garantit la pérennité même de la fondation, son montant est tel qu'il générera chaque année les revenus dont TSE a besoin pour vivre et s'illustrer. 

A mes yeux, il y a là un mécanisme aussi innovant que remarquable, qui fait de l'engagement initial des entreprises partenaires de ce beau projet la source même de la stabilité de la fondation Jean-Jacques Laffont. Loin de signifier une quelconque dépendance, c'est donc ce partenariat même qui garantit à TSE l'autonomie dont elle a besoin pour rechercher l'excellence et l'atteindre. 

Les entreprises elles-mêmes ne s'y sont pas trompées et c'est pourquoi elles ont été si nombreuses à accepter la proposition que leur faisait TSE : participer à l'édification de ce qui sera sans doute l'un des plus beaux fleurons de la science française et lui donner les moyens de briller sur la scène internationale !

Je tiens donc à saluer ce matin l'engagement exceptionnel des plus grandes entreprises françaises dans ce projet : grâce à AXA, BNP Paribas, Exane Total, Suez, Crédit Agricole, Caisse des Dépôts et Consignations, Banque de France, EDF, France Télécom, La Poste ainsi que d'une personne privée, Madame Mayer, qui a souhaité financer une chaire en économie mathématique en mémoire de son mari Georges Mayer, ce sont en effet d'ores et déjà 30 millions de fonds privés qui sont venus renforcer le capital de la fondation.

 

J'y vois pour ma part une preuve supplémentaire de l'extraordinaire dynamisme  de ces entreprises : en s'engageant aussi fortement dans cette belle aventure, elles ont démontré qu'elles étaient prêtes à accompagner les initiatives scientifiques les plus audacieuses. A mes yeux, elles ont fait là le meilleur choix qui soit, celui de l'avenir, et je veux les en remercier très chaleureusement.

Et je tiens également à saluer l'audace, l'imagination et la force de conviction exceptionnelles dont ont fait preuve les responsables de la fondation, en n'hésitant ni à choisir ce mode de financement, ni à proposer aux plus grandes entreprises de s'associer sous cette forme à leurs projets. Sans doute ne pouvaient-ils rêver plus belle récompense qu'une levée de fonds dépassant ainsi toutes leurs espérances !

Un tel succès ne restera pas longtemps isolé, j'en suis certaine. Car aux yeux de tous, il ne pourra que témoigner avec la plus grande évidence de la dynamique exceptionnelle que peuvent faire naître de tels partenariats, équilibrés et innovants.

Quand tombent les murs qui jusqu'ici séparaient trop souvent les universités des entreprises, le dialogue qui se renoue alors ne tarde pas en effet à produire ses premiers fruits : les entreprises sont trop conscientes des atouts que pourraient leur apporter tant d'intelligences réunies, les universités savent trop la force qu'elles trouveraient dans leur soutien pour que des partenariats comme celui ne fleurissent partout à l'avenir.

Car à mes yeux, les liens qui se sont tissés ici, à Toulouse, peuvent aussi se nouer partout où les universités et les organismes de recherche français poursuivent leur quête de l'excellence.

C'est pourquoi, pour soutenir cette dynamique exceptionnelle partout où elle sera au service d'un projet de formation et de recherche lui-même exceptionnel, l'Etat s'engage aujourd'hui à verser 1 euro public pour chaque euro privé venant renforcer la dotation en capital non consommable d'une fondation : à Toulouse, ce sont donc au total 30 millions d'euros publics qui iront à TSE.

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La fondation disposera ainsi de tous les atouts nécessaires pour accomplir le rêve qui l'a fait naître.

Et je sais, cher Jean Tirole, qu'avec tous les scientifiques qui oeuvrent avec vous au succès de cette entreprise, vous saurez relever ce qui est peut-être le plus beau de tous les défis : être à la hauteur de la confiance et de l'admiration que nous vous portons tous.

Je vous remercie.

1ère publication : 2.06.2008 - Mise à jour : 2.06.0008
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