Accueil >  [ARCHIVES des communiqués et des discours, avant mai 2017 >  [ARCHIVES] Discours

[ARCHIVES] Discours

Inauguration du centre d'infectiologie expérimentale (INPREST)

[archive]
INPREST© © Inra, Gilles Vasseur Delaitre

Valérie  Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, et  Michel  Barnier, ministre de l'Agriculture et de la Pêche, ont inauguré l'Installation   nationale  pour  la  recherche  sur  les  encéphalopathies spongiformes transmissibles (INPREST) sur le centre INRA (Institut national de  la  recherche  agronomique)  de  Tours.  Cette nouvelle installation de recherche  est  unique  en  Europe,  et garantit des conditions de sécurité maximale  lors des expérimentations. Elle doit permettre de relever le défi de la santé animale, au service de notre alimentation et de notre santé.

Discours - 1ère publication : 8.07.2008 - Mise à jour : 8.07.0008
Valérie Pécresse

Mesdames et Messieurs,

 

Si les deux ministres de tutelles de l'INRA sont présents aujourd'hui, ce n'est pas par hasard ou faute d'une bonne coordination interministérielle des agendas. Non, si chacun de nous à tenu à être ici aujourd'hui, c'est pour saluer d'une même voix la naissance d'une plate-forme de recherche exceptionnelle à tout point de vue, l'Installation Nationale pour la Recherche sur les Encéphalopathies Spongiformes Transmissibles, l'INPREST.

Exceptionnelle par ses dimensions, tout d'abord, puisque l'INPREST couvre près de 4 000 m2 et que ce gigantisme même témoigne de l'ampleur de la tâche que vous allez y accomplir. C'était en effet là la première des conditions pour mener à bien vos expérimentations dans de parfaites conditions de sécurité pour les personnels comme pour l'environnement, mais aussi, et je m'en félicite, dans le respect du bien être animal.

Exceptionnel, le projet INPREST l'est aussi par son ambition : il doit en effet permettre de relever l'un des défis les plus délicats de notre époque, celui de la santé animale, rappelée à nous par une crise sanitaire sans précédent, celle de la vache folle.

Nous avons redécouvert à cette occasion combien il était essentiel pour notre bien-être, d'avoir à notre disposition des produits alimentaires aussi sains que sûrs. Nous avons ainsi réalisé, et je sais combien tu partages cette conviction, cher Michel, que la sécurité alimentaire est l'une des conquêtes les plus précieuses de la modernité, que nous devons désormais apprendre à préserver et à défendre.

A ce défi exceptionnel a donc répondu une mobilisation exceptionnelle : tous, membres de la communauté scientifique, pouvoirs publics et collectivités locales ont uni leurs efforts pour donner aux équipes de chercheurs les moyens d'étudier, de comprendre et de vaincre ces nouvelles menaces. Je tiens ce matin à les en remercier tous, car sans cette coopération exemplaire, ce projet hors norme qu'est l'INPREST n'aurait pas pu voir le jour.

Pour ma part, j'y vois également un témoignage éclatant de la vitalité de l'INRA, qui depuis 60 ans ne cesse de relever les défis successifs qui s'offrent régulièrement aux sciences du vivant et à l'agriculture française et je voudrais vous dire à nouveau, Madame la Présidente, la fierté et la reconnaissance que nous ressentons tous chaque fois que les équipes de l'Institut accomplissent de nouveaux progrès décisifs. C'est pourquoi je sais qu'elles feront le meilleur usage de cet équipement exceptionnel qu'est l'INPREST.

*

Car le travail qui attend vos équipes, Madame la Présidente, est immense. En effet, si la crise de la vache folle semble derrière nous, elle a mis à mal nos certitudes scientifiques confrontées alors à un phénomène biologique radicalement original, celui d'agents non conventionnels capables de franchir sans difficulté apparente les barrières qui séparent habituellement les espèces. Cela démontre s'il en était besoin que nous ne pouvons nous reposer sur nos acquis.

Jour après jour, la biologie des agents pathogènes nous réserve de nouvelles surprises, dont la fréquence ne cesse de s'accroître avec le changement climatique et l'explosion des échanges entre les hommes. Ainsi, des maladies que l'on croyait maîtrisées ou bien lointaines se rappellent à nous avec fracas, qu'il s'agisse de la fièvre aphteuse, réapparue en Angleterre, ou de la fièvre catarrhale ovine, qui nous envahit par le Nord et par l'Est alors que notre attention était dirigée vers le sud, ou bien encore de la grippe aviaire, qui elle aussi touche indifféremment les oiseaux et les hommes.

Face à la résurgence de ces pathologies ou à l'apparition de maladies nouvelles, nous ne pouvons céder à la crainte ou au catastrophisme, mais nous devons au contraire agir, en utilisant la ressource singulière de l'espèce humaine : son intelligence.

Chacun de ces maux nouveaux est en effet un véritable défi scientifique et pour les relever, il faudra des méthodes et des infrastructures nouvelles, à la hauteur des processus infectieux et physiopathologiques inédits auxquels ils nous confrontent. A nouveau, la science doit savoir se faire interdisciplinaire, pour comprendre des pathologies qui se jouent des frontières entre spécialités. Je pense ainsi aux maladies à vecteurs, dont les agents pathogènes sont transportés par des insectes ou des acariens, et qui ne pourront réellement être comprises et combattues efficacement qu'en unissant des forces scientifiques venues d'horizons aussi différents que l'infectiologie, science biomédicale, l'entomologie, la sciences des insectes ou bien encore l'écologie, la science de l'environnement.

Ainsi je me réjouis que l'ANR ait pris la pleine mesure de ce besoin nouveau et ait fait évoluer sa programmation en conséquence, en créant notamment en 2008 un appel à projets consacré aux rapports entre maladies infectieuses et environnement. Avec la recherche sur projet, nous pouvons ainsi constituer des forces de réaction rapide en matière scientifique, sans attendre pour cela la création de nouvelles équipes ou la construction de nouvelles unités de recherche.

*

Mais pour relever pleinement ces immenses défis qui s'imposent à présent à nous, il faudra aller plus loin encore. Car appels à projet et équipes de recherche interdisciplinaires ne suffiront pas à eux seuls à surmonter définitivement les difficultés que suscitent le cloisonnement, voire le morcellement, qui caractérise parfois notre système de recherche.

C'est pourquoi, avec Michel Barnier, nous avons confié à Bernard Chevassus-au-Louis le soin de nous faire des propositions afin de moderniser nos structures de recherche et d'enseignement supérieur en matière d'agriculture, d'alimentation, de sécurité sanitaire, de santé animale et de développement durable.

Car c'est en unissant ses forces que la recherche française pourra continuer à étonner le monde, comme elle le fait depuis toujours. J'en veux pour preuve la présence de la France au sein de l'ERA-Net européen « Maladies infectieuses animales majeures et émergentes », où elle est particulièrement bien représentée grâce à l'INRA, au CIRAD, aux écoles nationales vétérinaires et à l'AFSSA.

A mes yeux, la présence de chacun de ces organismes dans la programmation des recherches européennes en santé animale est d'autant plus remarquable que la France y parle d'une seule voix, puisque l'INRA s'est vu confier le rôle de représentant et de porte-parole de tous ces acteurs français de premier plan.

La voix singulière de notre pays peut ainsi mieux s'y faire entendre et vous nous offrez ainsi un témoignage éclatant des bénéfices qui naissent toujours de l'union des talents scientifiques. Par nature, la science est en effet une aventure collective, qui se joue des frontières des organismes comme de celles des Etats.

*

C'est pourquoi la France, qui assume à présent la présidence de l'Union, proposera également à ses partenaires européens de parler à l'avenir d'une seule voix en matière de recherche. En donnant ainsi un nouvel élan à l'espace européen de la recherche, nous accomplirons un nouveau pas, décisif, vers la construction de cette Europe de l'intelligence et du savoir que nous appelons tous de nos vœux.

Dès le 17 Juillet, lors du premier conseil des ministres de la recherche à Versailles, je proposerai donc notamment à nos partenaires de mettre en place une politique de recherche agronomique européenne intégrée.

Si nous voulons relever les défis mondiaux de l'agriculture de demain, en matière de sécurité alimentaire, de préservation des écosystèmes ou bien encore de lutte contre les changements globaux, il nous faudra en effet unir toutes nos forces.

Grâce à vous, grâce à l'ensemble des chercheurs qui font vivre la science dans les 27 pays de l'Union, tous riches d'une histoire intellectuelle à nulle autre pareille, je sais que nous serons à la hauteur de ces défis immenses.

 

Je vous remercie.

1ère publication : 8.07.2008 - Mise à jour : 8.07.0008

INPREST

INPREST en construction - mars 2008

Retour haut de page