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Mieux comprendre les maladies émergentes

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Valérie Pécresse a posé la première pierre du centre de biologie intégrative des maladies émergentes (grippe aviaire, dengue, Chikungunya, Sida..). de l'Institut Pasteur Avec ce nouveau bâtiment , l'Institut disposera d'un outil d'exception qui permettra d'offrir aux chercheurs les meilleures conditions de travail possibles, et d'accueillir des spécialistes internationaux, dans les locaux et les laboratoires les plus modernes et les plus innovants en la matière. La compréhension de ces pathologies est rendue nécessaire en raison des bouleversements que nous connaissons (mondialisation, changement climatique...)

Discours - 1ère publication : 24.10.2008 - Mise à jour : 24.10.0008
Valérie Pécresse

Monsieur le Président,
Madame la Directrice Générale, chère Alice,
Messieurs les députés,
Monsieur le représentant du Président de la Région Ile De France
Monsieur le Maire,
Monsieur le Chancelier,
Mesdames et Messieurs,


Permettez-moi tout d'abord de vous dire combien je suis heureuse d'être à vos côtés aujourd'hui pour célébrer la naissance d'un nouveau centre de recherches de l'Institut Pasteur, où quelques-uns de nos meilleurs scientifiques se pencheront bientôt sur les maladies émergentes, chaque jour plus nombreuses.

Car depuis cinquante ans, nous sommes tous les témoins de la progression inexorable de la liste des agents pathogènes  apparus dans des pays où l'on ignorait jusqu'alors leur existence. Pour ne citer que les exemples les plus connus, nous avons vu apparaitre ou réapparaitre ces dernières années le SRAS, le syndrome respiratoire aigu sévère, aussi appelé pneumonie atypique, dont l'épidémie a fait 800 morts en 2003 et a été endigué au prix de mesures de quarantaine sévères, la grippe aviaire qui a fait ressurgir le spectre sombre des grandes épidémies de peste, le Chikungunya, la dengue, le virus ebola ou bien encore le SIDA, dont le prix Nobel de François BARRE-SINOUSSI, que je salue ici, ne doit pas nous faire oublier que ce fléau est loin d'être vaincu.

Les raisons de ces bouleversements nous les connaissons. En effet, en abolissant nos frontières, en offrant toujours plus de moyens d'échanges, toujours plus de moyens de voyager, toujours de plus en plus vite, nos vies, nos sociétés, nos économies mêmes en ont été profondément transformées. Quand, hier, tout voyage était une aventure, qui supposait, pour l'accomplir, que l'on y consacre à tout le moins quelques journées ; il nous suffit à présent, de quelques heures pour quitter un continent et en rejoindre un autre.

Bien plus encore, en prenant la voie d'un développement par trop polluant, consommateur de carbone et producteur de gaz à effet de serre, nous imposons à notre environnement un rythme effréné dont nous savons maintenant ne plus être supportable, ne plus être durable.

Ainsi la mondialisation, la formation de ce village global ou chaque terrien est voisin, mais aussi le changement climatique qui menace profondément les équilibres naturels, font naitre chaque jour des risques sanitaires nouveau, émergents pour reprendre la terminologie qui nous réunis ici aujourd'hui, et dont nous n'avions, jusqu'il y a peu, pas la moindre idée. Car les maladies qui hier encore étaient circonscrites à quelques régions du globe sont désormais à nos portes : il suffit d'un voyageur, d'un colis, d'une cargaison, d'une année climatique particulière pour que, demain, elles puissent se répandre dans nos contrées.

Sans doute ne faut-il pas céder à la peur et s'efforcer, tout au contraire, d'apprécier à leur juste mesure ces risques nouveaux. L'essor des échanges n'est pas synonyme d'une mondialisation immédiate et irrésistible de toutes les pathologies car, heureusement, de nombreux facteurs empêchent encore l'immense majorité des maladies de trouver hors de leur berceau d'origine une terre propice à leur développement.

 

A ces risques nouveaux, il nous faut donc répondre de la manière la plus sage qui soit, en misant sur l'outil le plus sûr dont nous puissions disposer : sur la recherche, et c'est ce que nous faisons aujourd'hui, en offrant aux scientifiques de l'Institut Pasteur le nouveau centre sans lequel ils ne pourraient mener à bien leurs travaux et aider nos sociétés à conjurer ces risques.

« Science d'où prévision ; prévision d'où action », disait Auguste Comte : on ne saurait mieux résumer la force exceptionnelle de la science. Là où les peurs paralysent, là où les angoisses font naître tous les excès, la science rend quant à elle l'action possible, en nous permettant de comprendre les ressorts profonds de nouvelles menaces qui, sans elles, pèseraient sur nous tels d'oppressants mystères.

En mesurant ces phénomènes nouveaux et en les expliquant, nous nous donnons les moyens d'y réagir intelligemment. Mais pour cela, il nous faudra avancer encore et accomplir de nouveaux progrès. C'est pourquoi nous nous tournons à présent une nouvelle fois vers vous, en quête ces réponses que vous serez seuls à pouvoir nous donner.

 

Je sais que vous serez au rendez-vous. Car avec le nouveau bâtiment dont nous posons aujourd'hui les fondations, l'Institut disposera d'un nouvel outil d'exception, conçu dans un seul but, celui d'offrir aux 400 chercheurs les meilleures conditions de travail possibles.

J'irai même plus loin, en vous disant que ce centre sera sans nul doute une référence mondiale dans le domaine. A dire vrai, il ne pouvait en aller autrement. Au cœur de cette très belle réussite qu'est l'Institut Pasteur, il y a en effet le souci d'accueillir ses chercheurs, qui figurent au nombre des meilleurs spécialistes internationaux, dans les locaux et les laboratoires les plus modernes et les plus innovants.

Je sais en effet combien vous êtes fiers, et à juste titre, des plateaux techniques de haute technologie qui sont les vôtres. Que de chemin parcouru depuis le temps où, dans un grenier de la rue d'Ulm, le génie tutélaire de l'Institut, Louis Pasteur, injectait une nouvelle fois aux poules qui avaient le malheur de croiser son chemin de vieilles souches de virus, le tout par souci d'économie !

De ces temps épiques, où la science s'inventait sur des paillasses de fortune, vous avez toutefois gardé l'esprit qui en faisait tout le prix, cet esprit de défricheur obstiné qui fait les plus grands chercheurs et qui permit à Pasteur lui-même de révolutionner la biologie moderne et la microbiologie et de découvrir, et la vaccination, et la stérilisation.

En vous refusant toujours à vivre sur la gloire de votre fondateur, aussi grande soit-elle, vous avez en effet été parfaitement fidèle à l'esprit même qui l'animait. Vous avez ainsi fait grandir l'immense héritage qui aurait pu vous écraser, en vous engageant pour révolutionner à votre tour la médecine et les sciences biomédicales.

Car chacun des jeunes chercheurs qui rejoignent l'Institut le sait bien : entrer dans ces murs, c'est devenir le successeur de tous les savants exceptionnels qui ont accompli ici leurs recherches. Avec Françoise BARRE-SINOUSSI nous venons de nouveau d'en avoir un vibrant exemple : 120 ans après sa création, l'Institut brille toujours de tous ses feux !

Et en 120 ans, que de chemin parcouru ! Pour mesurer tout ce que les hommes et les femmes de notre temps doivent à ceux qui travaillèrent ici, il suffit de passer en revue les noms de ces maladies qui, pour nous, n'évoquent guère que l'expérience désagréable d'un vaccin. Pourtant il y a une ou deux générations à peine, diagnostiquer l'une de ces maladies revenait à prononcer une sentence terrible : la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite faisaient naître autant de craintes que la fièvre jaune ou la typhoïde et, sans les maîtres qui se sont succédé ici, il en irait toujours ainsi.

Permettez-moi donc, Mesdames et Messieurs, de rendre également ce matin hommage aux chercheurs qui, depuis 120 ans, n'ont eu de cesse que de faire vivre ce très bel héritage, offrant ainsi à la France la moitié de ses prix Nobel de médecine et depuis quelques jours, et cela revêt une importance particulière à mes yeux, la première française Prix Nobel de Médecine.

 

C'est l'œuvre de chacun de ses brillants esprits que vous tous, enfants de l'œuvre de Pasteur, poursuivez à présent, sans reculer devant aucun de ces obstacles qui s'offrent si souvent à vous. Quand les progrès de la médecine ont en effet eu achevé de préserver la population française, et même européenne, des maladies qui jusqu'ici la ravageaient dès le plus jeune âge, vous vous êtes en effet tournés vers ces pays où ces pathologies sévissaient encore.

Rien, ni la décolonisation et la tourmente qui l'accompagnait, ni l'instabilité politique des régions où vous étiez appelés à intervenir n'a pu vous empêcher de poursuivre la mission que Pasteur vous avez assigné : celle de développer les traitements efficaces qui permettront, demain, d'améliorer l'espérance de vie d'hommes et de femmes à la rencontre desquels vous n'avez jamais eu peur d'aller.

Grâce à vos antennes à l'étranger, vous avez ainsi fait vivre l'idéal pastorien dans les pays où il en était le plus grand besoin et pour cela aussi, Mesdames et Messieurs, vous méritez toute notre admiration.

 

Aller au plus près des patients, telle est en effet la devise fondatrice de l'Institut Pasteur. Le bâtiment même qui bientôt s'élèvera permettra aux chercheurs qui travailleront dans ses murs de faire avancer d'un même pas la recherche la plus fondamentale et la celle la plus clinique.

Dans cette belle alliance, je vois pour ma part le signe éclatant de l'étonnante modernité du projet même qui présida à la naissance de cet institut : réunir recherche, santé publique et enseignement en un seul lieu, pour faire progresser la science dans toutes ses dimensions et ne jamais quitter, même pour un instant, l'avant-garde.

C'est pourquoi je suis particulièrement heureuse de constater qu'en ces lieux, se côtoieront demain les équipes de recherche et les start-up de biotechnologies, qui chacune à leur manière contribueront non pas seulement aux avancées de la recherche, mais aussi à leur diffusion et à leur valorisation.

A mes yeux, rien n'est en effet plus moderne que cette volonté d'offrir aux découvertes qui s'accomplissent ici tout le retentissement qu'elles méritent : car c'est ainsi, en permettant aux dernières innovations médicales d'irriguer nos sociétés et nos économies, que nous rendrons à la science la place qui est naturellement la sienne, celle du moteur de tous nos progrès.

Et c'est ainsi aussi que nous offrirons à nos organismes de recherche des moyens supplémentaires pour relever de nouveaux défis, en récoltant les fruits de leurs premiers succès. Le succès même de l'Institut le démontre, puisque sur ce point aussi, il a su se faire précurseur et devenir une référence en matière de création d'entreprise et de valorisation de brevet.

 

Devant tant d'atouts, nul ne peut donc s'étonner que l'Institut ait pu rassembler autour de lui tant de partenaires, dont je voudrais enfin saluer l'engagement aux côtés de l'État : je pense en particulier à la région, ainsi qu'à la ville de Paris. Tout ensemble, nous allons en effet unir nos forces pour offrir à l'Institut les nouvelles installations dont il a besoin pour nous étonner encore.

Je sais que nous ne serons pas déçus. En ces temps d'incertitude, nous savons, en effet, Madame la Présidente, que nous nous investissons dans une valeur sûre !

Permettez-moi donc, Mesdames et Messieurs, de ne former qu'un seul vœu : celui voir se multiplier encore les prouesses scientifiques et technologiques dont l'Institut a le secret depuis maintenant 120 années. 

Je vous remercie.

1ère publication : 24.10.2008 - Mise à jour : 24.10.0008

 Valérie Pécresse posant la première pierre du centre de biologie intégrative des maladies émergentes

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