Accueil >  [ARCHIVES des communiqués et des discours, avant mai 2017 >  [ARCHIVES] Discours

[ARCHIVES] Discours

35 millions d'euros déjà levés pour les fondations

[archive]

A l’occasion des Rencontres Universités-Entreprises 2009, Valérie Pécresse a souligné l’engagement de l’Etat de favoriser les relations universités-entreprises en matière de recherche. Elle a notamment évoqué sa volonté de voir les universités se doter de guichets uniques de rencontre entre entreprises et travaux des laboratoires au sein des pôles de recherche et d'enseignement supérieur.

Discours - 1ère publication : 17.06.2009 - Mise à jour : 19.06.0009
Valérie Pécresse

Clôture des Secondes Rencontres Universités-entreprises, organisées par l’AEF (CNAM, Paris)

 

Monsieur le Président (Alain Beretz, président de Strasbourg),
Monsieur l’Administrateur général (Christian Forestier, administrateur du CNAM, ancien recteur),
Monsieur le Président de l’AFCI (Jean-François Bernardin),
Monsieur le Directeur général (Arnold Migus, DG du CNRS)
Mesdames, Messieurs,

Tout d’abord, je voudrais vous dire que je suis très heureuse d’avoir l’occasion de m’exprimer devant vous pour cette seconde  édition des « Rencontres universités-entreprises ».

Je remercie l’AEF d’avoir pris cette initiative dès l’année dernière et d’avoir su l’amplifier cette année, en réunissant tous les acteurs concernés, représentants des universités et chefs d’entreprises, autour de rendez-vous ou de tables rondes consacrées à la formation, à la recherche et à l’innovation.

Ces Rencontres se font ainsi l’écho de sujets majeurs, particulièrement en cette période de crise, qui sont au cœur de la loi sur les Libertés et les Responsabilités des Universités, et me donnent l’occasion d’en dresser un premier bilan deux ans après son vote.

Je le fais d’autant plus volontiers dans ces lieux, ce Centre National des Arts et Métiers, qui porte si bien son nom, au service de la diffusion des savoirs et de la professionnalisation. Qui mieux que le CNAM peut incarner la nécessité de renforcer les relations entre savoir et compétence, entre formation et métiers ?

Je m’étonne d’ailleurs qu’on tente encore de les opposer, j’ai bien entendu la rue pendant quatre mois, dans des discours souvent déconnectés des réalités économiques, la liberté d’apprendre et les impératifs de la professionnalisation. Face à la crise que nous vivons, cette exigence est encore plus essentielle, si nous voulons que nos jeunes trouvent un emploi à la sortie de leurs études universitaires.

* * *

Cet objectif d’insertion professionnelle est désormais écrit dans la loi. L’insertion professionnelle est devenue la  3ème grande mission de l’université, et il appartient désormais aux universités de la faire vivre.

Moins de deux ans après le vote de la loi, il y a dans chaque université un Bureau d’aide à l’insertion professionnelle, chargé notamment d’organiser la diffusion des offres de stages ou de premier emploi, d’accompagner et de conseiller les étudiants dans leur recherche, et d’assurer désormais le suivi statistique d’insertion des étudiants par filières.

La loi a également prévu que des indicateurs de mesure de l’insertion des diplômés soient pris en compte dans l’allocation des moyens budgétaires des universités, et c’est bien le cas depuis cette année.

Une première analyse des dispositifs en place a été effectuée au printemps dernier. Elle montre que les universités ont bien conscience de cette nouvelle mission. Mes services ont ainsi reçu la quasi-totalité des schémas directeurs d’insertion professionnelle préparés par chaque université. Je le dis devant le Président Beretz, nos universités ont bien compris que l’insertion professionnelle ne se ferait pas sans un lien fort avec les futurs employeurs de leurs étudiants et ça veut dire, donc, avec les entreprises.

Mais il ne faut pas s’arrêter là, et je compte beaucoup sur l’implication des milieux économiques en retour pour participer activement à ces bureaux d’insertion et pour les rendre opérationnels le plus rapidement possible. Ce que j’ai pu aussi constater sur le terrain, c’est qu’il est souvent plus simple de tisser des liens avec les grands groupes qu’avec les PME. Il faut donc fédérer les réseaux locaux des PME autour des universités.

* * *

Au-delà de la création de ces bureaux, il faut offrir des possibilités de formation professionnelle à tous les étages de la formation, qui conduisent à l’insertion dans l’emploi.

A titre d’exemple, le Plan « Réussir en Licence » prévoit de favoriser la professionnalisation, dans tous les cursus de licence, en renforçant les langues vivantes ou l’informatique, indispensables dans de nombreux métiers. Le développement des licences « pros » est aussi une bonne illustration du renforcement de la coopération entre universités et milieux économiques. Grâce aux stages longs et aux interventions de professionnels à hauteur de 25% au moins dans les modules de formation, les résultats sont là : à la sortie 80% des diplômés trouvent un emploi. C’est un record de professionnalisation !

Nous avons également tenu à améliorer le statut des jeunes docteurs. On me disait, ce matin, au salon du Bourget, que plusieurs grands groupes aéronautiques affichent maintenant leur volonté d’en recruter. C’est pourquoi, nous avons fait évoluer leur statut afin de faire évoluer aussi le regard qu’on porte sur eux : les libéralités ont été supprimées et le contrat doctoral est enfin devenu un vrai contrat conforme au droit du travail français. Cette évolution profite à tous : aux doctorants, qui voient leurs années de thèse intégrées dans leur parcours professionnel et dans le calcul de leurs droits à la retraite, comme aux employeurs, qui sont rassurés par des règles claires en matière d’embauche ou de fin de contrat. En matière de respect de la parité, nous avons aussi pris en compte le temps du congé-maternité. Le doctorant devient un vrai professionnel, formé PAR et POUR la recherche.

Cette revalorisation du doctorat passe aussi par la création du statut de doctorant-conseil, qui permet désormais à des PME de recruter des docteurs à des conditions avantageuses pour des profils hautement qualifiés. Ce dispositif permet au jeune docteur de passer 32 jours en mission dans la PME dans des conditions financières très attractives pour l’entreprise et pour aborder toutes sortes de thématiques, y compris celles qui concernent des filières de sciences humaines et sociales.

Enfin, le dispositif CIFRE a été renforcé, qui permet aux entreprises d’embaucher un doctorant pour la durée de sa thèse, sur un sujet choisi par l’entreprise. Les subventions de l’Etat ont ainsi augmenté de 16% en deux ans.

*

Cette politique d’insertion n’a de sens que si l’université ouvre sa gouvernance au monde économique.

C’est pour cela que la loi de 2007 a renforcé l’ouverture des conseils d’administration à des représentants des milieux économiques. Désormais plus de 200 représentants siègent dans ces conseils, dont 40% viennent des PME, avec une représentation équilibrée de tous les secteurs d’activité. Au-delà des conseils d’administration, j’invite évidemment aussi nos entreprises à s’investir encore plus dans la participation aux formations et aux jurys de délivrance des diplômes.

La loi de 2007 a également initié un dispositif très simple de création de fondations au sein des universités. Plus de 50% des universités ont créé, ou sont sur le point de le faire, une Fondation universitaire ou une Fondation partenariale. Ces initiatives vont permettre de nouer des liens pérennes, qui vont bien au-delà du simple don financier. J’ai le plaisir de pouvoir vous indiquer ce soir que près de 35 M€ d’engagements financiers ont été acquis depuis la mise en place de ces fondations, auxquels s’ajoutent les 33 M€ levés par la fondation de Toulouse pour l’économie.

Créer une fondation est non seulement très simple pour l’université, car je rappelle qu’une simple délibération du Conseil d’Administration suffit, mais c’est aussi très avantageux pour l’entreprise, qui peut déduire 60% de sa contribution, et pour le particulier assujetti à l’ISF qui peut déduire 75% de ce qu’il doit à l’Etat. Et là, je le rappelle, je compte beaucoup sur les parents d’élèves...

Ces nouveaux outils créés par la loi n’ont qu’un seul but, développer le dialogue. Je sais que vous avez pris des initiatives pour encourager ce dialogue, notamment à travers vos fédérations professionnelles. C’est par ce dialogue que pour vous pourrez identifier les bons interlocuteurs universitaires, et que l’offre de formation pourra s’enrichir pour être plus proche des besoins du monde économique.

Je reste persuadée que nos entreprises ne connaissent pas encore suffisamment bien la diversité des formations universitaires, et surtout la multiplicité des passerelles qui existent. Permettez-moi de rappeler quelques chiffres : plus de 100 000 étudiants sont inscrits en master professionnel, soit deux fois plus qu’il y a deux ans, les écoles d’ingénieurs intégrées aux universités forment désormais 40 000 étudiants par an, soit 40% du total des étudiants d’écoles d’ingénieurs, nos universités forment 25 000 apprentis par an, et nos 116 IUT n’ont jamais aussi bien rempli leur mission. Je vous invite à voir l’Université d’un œil neuf et structurer encore plus ce dialogue, dans le cadre des PRES, ces grands pôles de recherche et d’enseignement que nous sommes en train de créer. Aujourd’hui, il y a 83 universités et 225 écoles. Je pense que d’ici la fin de l’année, une quinzaine de pôles seront en place pour fédérer et mutualiser. A Lyon, par exemple, les 2 écoles normales, l’école vétérinaire, l’école centrale, les universités de Lyon et Saint-Etienne, vont se regrouper.

* * *
Le renforcement des relations entre l’université et l’entreprise doit aussi concerner la recherche.

C’est pour cela que nous avons simplifié et renforcé le crédit impôt-recherche. Ce sont maintenant 30% des dépenses de recherche des entreprises qui sont remboursées par l’Etat. Et si ces dépenses sont effectuées avec des laboratoires publics, notamment universitaires, elles comptent double et le taux de remboursement est alors de 60%, comme pour le recrutement d’un jeune docteur pendant deux ans.
C’est pour cela que le CIR français est un dispositif envié par d’autres grands pays de recherche, comme l’Allemagne ou les Etats-Unis, qui souhaitent s’en inspirer.
D’ores et déjà, je peux vous dire que les résultats sont à la hauteur de nos attentes. Nos enquêtes montrent que le CIR bénéficie à plus de 9 000 entreprises, dont 80% de PME et qu’il a conduit à relocaliser en France des grands centres de R&D : Microsoft, Intell, Yahoo, IBM. Le doublement du bonus fiscal en cas de recherche partenariale avec un laboratoire public n’est malheureusement pas encore suffisamment connu, mais il a eu un effet très positif pour les entreprises qui l’ont utilisé.

Le développement de la recherche partenariale n’est pas qu’une affaire de fiscalité. C’est aussi une question de rencontre.
C’est pour cela que j’ai sollicité l’Agence Nationale de la Recherche pour ouvrir son portail internet, qui va devenir une sorte de « Meetic » de la recherche ! Habitué à accueillir les appels à projets sur fonds publics, j’ai proposé qu’il s’ouvre aux appels à projets des entreprises privées. Ce sera le cas dans les semaines qui viennent et je m’en réjouis. Les entreprises y trouveront aussi les meilleurs laboratoires publics, selon les thématiques ou les implantations géographiques qu’elles recherchent.

Le renforcement de la recherche partenariale suppose également de mutualiser et de professionnaliser nettement plus les activités de valorisation de nos universités. C’est la raison pour laquelle nous allons mettre en place des services uniques de valorisation au sein des PRES, qui seront à la disposition de tous, et des entreprises aussi. Dans certains cas, ces services pourront s’appuyer sur des filiales pour financer des actions de maturation et pour investir au capital des start-up créées. Ce regroupement des forces permettra de recruter du personnel de qualité, de créer une véritable « force de vente » et de mieux protéger la propriété intellectuelle de nos laboratoires publics.

Demain, grâce au décret paru la semaine dernière, il n’y aura plus dans les unités mixtes de recherche de nos plus prestigieux laboratoires, qui ont parfois aujourd’hui 4 ou 5 tutelles, qu’une seule entité chargée de la valorisation des brevets. Ce sera le plus souvent l’université, mais cela n’empêchera pas les autres établissements partenaires de recevoir la part des redevances qui leur revient et les chercheurs d’être intéressés à ces résultats.

Je sais aussi, et je m’en réjouis, que d’autres pistes sont en train d’être étudiées. C’est le cas de la proposition de Croissance Plus en faveur d’un « Service Volontaire pour la recherche en entreprise », ouvert aux jeunes docteurs dans des PME innovantes, et je crois que cette piste novatrice me paraît prometteuse.

* * *

Vous le voyez, beaucoup de chemin a été parcouru depuis deux ans et je salue le travail remarquable fait par la CPU, notamment pour rendre plus lisibles les diplômes universitaires à l’égard des futurs employeurs, que nous avons déjà largement simplifiés. Les relations entre universités et entreprises n’ont jamais été très simples, mais dans la période de crise économique que nous traversons, nos universités ont encore plus besoin de conjuguer excellence scientifique, ascension sociale et formations très professionnalisantes.

Je sais aussi pouvoir compter sur les entreprises, qui sont très friandes de cette diversité des profils issus de l’université, car elles savent que les étudiants passés par l’université deviennent des collaborateurs créatifs appréciés.

Notre pays doit donc miser sur la qualité des formations autant que sur sa capacité de recherche et d’innovation. C’est par des initiatives comme la vôtre et l’échange de bonnes pratiques que le dialogue continuera de progresser.

Je vous remercie

 

1ère publication : 17.06.2009 - Mise à jour : 19.06.0009
Retour haut de page