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Rencontre avec les présidents des universités autonomes au 1er janvier 2010

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Autonomie des universités

Valérie Pécresse a reçu les présidents des 33 universités qui passeront à l’autonomie au 1er janvier 2010. Au total,  la France comptera ainsi  51 universités autonomes, soit plus de  60% des universités françaises.

Discours - 1ère publication : 10.07.2009 - Mise à jour : 7.06.0011
Valérie Pécresse

Mesdames et Messieurs les Présidents,
Mesdames et Messieurs les Directeurs,

 

Permettez-moi de vous le dire d’emblée : c’est pour moi une immense joie que de vous voir si nombreux ce matin. Moins de deux années ont passé depuis l’adoption de la loi « libertés et responsabilités des universités », mais, dès le 1er janvier prochain, ce sont 33 nouvelles universités qui s’ajouteront aux 18 devenues autonomes cette année, sans compter les trois écoles normales supérieures et les trois instituts nationaux polytechniques.

D’ici six mois, 51 des 83 universités que compte notre pays seront devenues autonomes, soit 60 %. Les établissements autonomes seront donc largement majoritaires. C’est un cap important que nous allons franchir ensemble, un cap symbolique, certes, mais qui est aussi bien plus que cela. Car ce que montrent ces chiffres, c’est que nos universités sont tournées vers l’avenir, qu’elles sont aux avant-postes du changement et que celui-ci est désormais en marche au sein des établissements eux-mêmes.

Mais ce dont je suis le plus heureuse, c’est de retrouver dans cette carte des établissements autonomes la diversité qui fait la richesse de notre paysage universitaire national : on y retrouve des universités de toutes les tailles et cultivant tous les champs disciplinaires. Certaines sont spécialisées dans les sciences dites dures ; d’autres dans les sciences humaines et sociales. Certains établissements sont des universités, d’autres des écoles normales supérieures ou des instituts nationaux polytechniques. Certains ont connu de longs mois de blocage et de grèves ; d’autres n’ont connu aucune perturbation.

Toutes les composantes, toutes les sensibilités, toutes les singularités se retrouvent parmi les universités et les établissements autonomes. C’est donc notre système d’enseignement supérieur dans son ensemble, riche de sa diversité, fort de ses différences qui s’engage désormais dans la révolution de l’autonomie.

C’est un beau succès, qui dément bien des pronostics. Ce succès, c’est d’abord le vôtre et celui de vos équipes. Depuis des mois, vous œuvrez pour relever le défi de l’autonomie. Sur votre route, il y a eu des embûches, des obstacles, des oppositions. Il vous a fallu rassurer, expliquer, convaincre. Vous avez su trouver les mots justes et apporter les bonnes réponses. Permettez-moi de vous en remercier très chaleureusement.


Le 1er janvier, la marche vers l’autonomie sera arrivée à son terme dans vos établissements. Une autre aventure commencera : celle de l’autonomie quotidienne. De nouveaux défis vous attendent et je voulais vous en assurer moi-même : vous ne serez pas seuls pour les affronter.

Car devenir autonome, ce n’est pas être condamné à la solitude ou à l’isolement : une cellule à la DGSIP a d’ores et déjà commencé à accompagner les établissements qui le souhaitent. Demain, l’inspection générale elle-même pourra vous prêter main forte et cette aide, j’en suis certaine, vous sera utile pour faire vivre l’autonomie.

De même, pour vous aider à reconnaître l’engagement particulier de certains personnels dans l’exercice de ces libertés nouvelles, de financer des formations ou, si vous le souhaitez, de recourir à des consultants, vous disposerez dès cette année d’une subvention de 250 000 euros. Ces moyens seront  pérennisés.

Car les audits que nous avons menés le montrent : la gestion d’une université autonome ne s’improvise pas. Sur de nombreux points, il vous faudra rester vigilants et prendre en compte les recommandations qui vous ont été adressées. Mais les 6 premiers mois d’autonomie des 18 universités pionnières le prouvent également : nous n’avons aucune raison de craindre de dysfonctionnement majeur et toutes les raisons d’espérer que la gestion ne cesse de s’améliorer. Peu à peu, de nouvelles habitudes vont se prendre, de nouveaux outils vont s’ébaucher, marquant ainsi l’entrée définitive dans le monde de l’autonomie.

Permettez-moi également de le souligner : la gestion d’une université autonome est un exercice exigeant, car les libertés nouvelles qui seront les vôtres vous rendent plus responsables encore.

Je pense en particulier à la question des emplois. Car c’est sur ce terrain que s’exprimera d’abord l’autonomie. Il s’agit d’un sujet crucial pour vos personnels comme pour vos étudiants : c’est à la gestion des emplois que se mesureront en premier lieu votre capacité d’initiative et votre souci de faire bon usage de ces libertés nouvelles.

L’autonomie, c’est également un budget global, qu’il vous appartiendra de faire vivre dans sa globalité. Là encore, les vieilles habitudes ont parfois la vie dure et la tentation se fait jour ici et là de substituer au fléchage d’Etat un fléchage d’établissement. Ce ne serait bien évidemment pas un choix judicieux : multiplier les « petites boites » qui amputent vos marges de manœuvre, c’est en quelque sorte renoncer à la liberté qui est désormais la vôtre.

Il vous faudra donc vous habituer à construire et à exécuter un budget global. Car c’est aussi cela l’autonomie et je prendrai un seul exemple : celui du plan licence. Vous le savez, c’est depuis deux ans l’un de mes priorités cardinales, car nous ne pouvons plus laisser ainsi prospérer le fléau de l’échec en premier cycle.

Nous avons sur ce point une obligation de résultat et vous disposerez des moyens nécessaires pour atteindre le but. Mais leur utilisation relèvera de votre responsabilité dans le cadre de votre budget global : les crédits du plan licence seront ainsi intégrés dans la masse salariale qui vous est allouée et que vous gérerez librement.
Au total  ce sont 3,5 milliards d’euros et 65 400 personnels qui vous seront ainsi confiés à tous. 

Il vous reviendra donc de faire des choix et de les faire en fonction des priorités, des besoins et des singularités de vos établissements. Vos établissements seront évalués à partir des objectifs qu’ils se seront eux-mêmes donnés.


Mais je ne voudrais pas, Mesdames et Messieurs les présidents et les directeurs, que mes propos vous laissent croire que l’autonomie n’est, à mes yeux, qu’une aventure administrative et financière. Sans doute l’invention d’une nouvelle manière de gérer – de présider, aussi – fait-elle partie des défis que vous aurez à relever. Mais à trop se fixer sur les conditions matérielles de l’autonomie, nous risquerions de perdre de vue son sens même.

Car la liberté de gestion que nous offrons à nos universités autonomes n’est pas une fin, mais un moyen : le moyen de répondre aux besoins singuliers des étudiants et les conduire vers la réussite, universitaire et professionnelle ; le moyen de proposer à nos enseignants-chercheurs les conditions de travail qui leur permettront de donner la pleine mesure de leurs talents ; le moyen, pour nos universités, de lutter à armes égales avec les universités du monde ; le moyen de nouer des partenariats fructueux avec les organismes de recherche et les Ecoles.

Nous avons encore des obstacles à lever : locaux vétustes, règles administratives compliquées. Nous le faisons, en affirmant le caractère prioritaire, y compris sur le plan budgétaire, de l’enseignement supérieur et de la recherche, en lançant l’opération Campus ou bien encore en revalorisant les carrières des personnels.

Et aussi et peut-être surtout, en vous donnant la liberté et la responsabilité qui l’accompagne.

De la liberté, d’abord, en donnant les moyens à chaque université de construire son projet pédagogique, son projet scientifique, son projet culturel : jusqu’ici, on les invitait à construire un tel projet, sans leur offrir pour autant les marges de manœuvre pour le faire. On les appelait à se rapprocher des acteurs économiques, à dialoguer avec eux ou bien encore à valoriser leurs travaux de recherche, mais sans leur donner les outils nécessaires pour cela.

Vous disposerez désormais des outils et des moyens nécessaires pour donner chair à ce projet, pour le décliner en matière pédagogique, pour lui donner un écho dans le monde économique ou pour l’accompagner avec une véritable politique de gestion des ressources humaines.

Ces libertés sont désormais les vôtres. Elles ont un corollaire : la responsabilité et avec elle, l’évaluation, une évaluation qui doit désormais être au cœur de votre action. Une évaluation que vous devez être les premiers à conduire, pour constater, avec rigueur et objectivité, les résultats des choix qui ont été les vôtres. 

Car ce n’est pas d’abord vis-à-vis du ministère que vous serez responsables, mais vis-à-vis de vos étudiants, de vos enseignants-chercheurs, de vos personnels. C’est à eux que nous devons l’excellence, c’est leurs conditions de travail et d’étude que nous devons améliorer, c’est la valeur sociale et professionnelle des diplômes qu’ils obtiennent ou auxquels ils préparent que nous devons affirmer ; c’est pour eux, en un mot, que nous devons tenir la promesse de l’autonomie. Et nous avons beaucoup à faire.

Des contestations comme celles que nous avons connues au cours des derniers mois n’auraient jamais été possibles si elles n’avaient été alimentées par un malaise latent, endémique et profond.

Malaise des étudiants, qui bien souvent étaient peu ou mal préparés à la vie universitaire et qui, dans certaines filières, s’interrogeaient sur l’avenir que leur ouvrirait leur formation. 

Malaise des enseignants-chercheurs, qui avaient parfois le sentiment de ne pas voir reconnus à sa juste hauteur la qualité, l’intérêt et l’utilité sociale de leurs travaux.

Malaise de la société française qui aime ses universités, qui a confiance en elles, mais qui bien souvent préférait, par sécurité, inscrire ses enfants ailleurs que dans nos établissements. 

C’est pour répondre à ces malaises qu’a été conçue l’autonomie. La communauté universitaire s’en est emparé et plus vite que je ne l’espérais.

J’en suis extrêmement heureuse, car cette célérité même témoigne des aspirations profondes de la communauté universitaire, qui n’a qu’une envie : construire l’université de demain, pour ses étudiants, pour ses enseignants-chercheurs et pour notre nation tout entière.

En ces temps de crise, le moment est venu plus que jamais de se tourner vers nos universités pour construire la France de demain. Elles y sont prêtes et votre présence aujourd’hui même le prouve.


Mesdames et Messieurs, le 1er janvier prochain, vous serez à la tête d’universités autonomes. Les mois qui viennent vont être cruciaux, sans aucun doute, lourds, certes, mais aussi exaltants. Vous serez pour ainsi dire des pionniers de l’autonomie.

Bien entendu, vous bénéficierez des enseignements que nous allons tirer, avec les présidents des 18 universités autonomes depuis le 1er janvier, de l’an I de la refondation de notre enseignement supérieur.

Peut-être ressentirez-vous également, dans les mois comme dans les années qui viennent, les limites de l’autonomie telle que nous l’envisageons aujourd’hui. Je serai bien sûr attentive à toutes les propositions pour aller vers une pleine et entière autonomie, car ce n’est pas un processus figé, c’est d’abord un mouvement, un mouvement qui est désormais en marche et que rien n’arrêtera plus.

Et de cela aussi, je tenais à vous remercier, et à le faire personnellement. 

1ère publication : 10.07.2009 - Mise à jour : 7.06.0011

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