Accueil >  [ARCHIVES des communiqués et des discours, avant mai 2017 >  [ARCHIVES] Discours

[ARCHIVES] Discours

Pour une coopération mondiale en matière d'exploration spatiale

[archive]

Valérie Pécresse a insisté sur la nécessité d'une coopération internationale en matière d'exploration du système solaire, et de voir renforcée la collaboration avec l'ensemble des puissances spatiales mondiales. Elle souhaite que ce travail de coordination soit mené dans les mois à venir, dans la perspective de la prochaine conférence sur l'exploration spatiale.

Discours - 1ère publication : 23.10.2009 - Mise à jour : 26.10.0009
Valérie Pécresse

Monsieur le Vice-président (Günter VERHEUGEN),
Mesdames et messieurs les ministres,
Monsieur le Directeur général (Jean-Jacques DORDAIN),
Mesdames et messieurs les responsables d’agences spatiales nationales,
Mesdames et messieurs,

 

Je suis heureuse de vous retrouver ici, à Prague, fidèles à un rendez-vous que nous nous sommes fixés, il y a un peu plus d’un an, sous une latitude très différente, au sein du Port spatial de l’Europe, à Kourou.

Je tiens à remercier tout particulièrement la République tchèque qui nous accueille aujourd’hui et qui a si bien su faire vivre la dynamique spatiale au cours de l’année 2009. Je remercie également le Vice-président Günter Verheugen pour son engagement personnel clair en faveur de la politique spatiale européenne en général, et de l’exploration en particulier.

L’ambition spatiale de tous les pays du monde est en effet née de la volonté politique de quelques décideurs visionnaires.

Car l’espace est d’abord un lieu de collaboration scientifique et technique, où les enjeux et le poids financiers sont tels qu’ils rapprochent les hommes et les femmes de continents entiers. Les projets spatiaux sont donc des vecteurs extraordinaires pour rapprocher les peuples et construire ensemble l’avenir.

 Déjà, en 1949, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Louis de Broglie proposait, avec quelques collègues, de réunir l’Europe qui s’était tant déchirée autour d’un projet commun en physique des particules. C’est ainsi qu’en 1952, nous décidions de créer ce qui deviendra le centre mondial de recherche nucléaire qu’est aujourd’hui le CERN.

Mesdames et messieurs, l’ambition des pionniers, au CERN, pour ITER, et pour les grands programmes spatiaux mondiaux est aujourd’hui à portée de main. Cette ambition, nous ne pouvons plus l’imaginer seuls, quelle que soit notre puissance, notre capacité technique ou nos moyens financiers. L’attente de nos concitoyens et les enjeux scientifiques sont tels que nous devons nous rassembler.

Le temps de l’affrontement de blocs qui démontrent par la conquête spatiale leur puissance au monde entier est révolu. La très large représentation de nos partenaires internationaux ici présents en est le témoignage.

L’Europe considère qu’un programme d’exploration du système solaire ne peut être que mondial, sans exclusivité ni appropriation par l’une ou l’autre des nations. C’est une telle conviction que nous avons inscrite précisément dans notre résolution du 5ème Conseil espace que j’ai eu l’honneur de présider en septembre 2008.

Pour que ce projet soit réellement mondial et que chacun y tienne toute sa place, selon sa volonté, ses capacités et ses moyens, il me paraît indispensable qu’il soit mené dans la confiance mutuelle et dans l’interdépendance, gage de cette confiance. Il s’agit finalement de changer de paradigme : l’exploration du système solaire ne doit plus être le champ d’une compétition entre puissances, mais celui de la coopération de l’humanité tout entière.

J’ai d’ailleurs l’intime conviction que c’est justement ce que nos concitoyens attendent en ce début de XXIème siècle : que nous sachions ensemble repousser les limites de la science et de la technologie pour nous projeter au-delà des frontières de notre Terre.

Car l’exploration du système solaire, qu’elle soit automatique ou habitée, reste un appel fondamental de l’Homme. Et c’est clairement notre rôle à nous, responsables politiques, de créer les conditions pour la réaliser.

Déjà, avec la station spatiale internationale, nous avons franchi un premier pas. Avec les multiples projets d’exploration de la Lune, de Mars et de toutes les autres planètes de notre système solaire, nos scientifiques ont su se coordonner pour assurer une complémentarité entre toutes les missions, faisant souvent de chaque sonde un creuset de collaborations internationales du plus haut niveau.

Nous devons maintenant aller plus loin. Les conditions me semblent particulièrement réunies aujourd’hui pour cela : nos partenaires américains, avec la nouvelle impulsion du rapport Augustine, ouvrent la voie d’une coopération internationale sur leurs programmes d’exploration.

Nos partenaires russes renforcent la collaboration avec l’ensemble des grandes puissances spatiales mondiales. Ils installent Soyouz à Kourou, en Guyane, et assumeront probablement seuls, pour le compte de tous les pays, le transport des équipages vers la station spatiale internationale dans les prochaines années.

Enfin, tous nos partenaires, qu’ils soient japonais, chinois, indiens, israéliens, ukrainiens ou d’autres venus d’autres pays encore, ont montré leur capacité à maîtriser seuls des technologies de très haut niveau pour la conception, la production et le lancement de sondes automatiques ou habitées.

L’Europe, dont la tradition spatiale n’est pas à démontrer, a déjà su s’organiser au sein de l’Agence spatiale européenne pour développer des programmes spatiaux ambitieux. Je pourrais citer les missions Mars Express, Venus Express ou Cassini-Huygens mais aussi le cargo automatique européen ATV. Et le rôle de l’Union européenne ne pourra qu’être renforcé avec l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne. L’Europe est donc légitime pour prendre cette initiative de coopération mondiale pour l’exploration du système solaire.

Bien sûr, dans cette coopération, il s’agit de faire en sorte que chacun y trouve sa place. Et je crois que c’est justement le travail que nous devons mener dans les prochains mois, dans la perspective de la prochaine conférence sur l’exploration spatiale que la Présidence belge de l’Union européenne a prévu d’organiser au deuxième semestre 2010.

Il me semble que d’ici là, nous devrions réunir l’ensemble des propositions des partenaires et les coordonner pour faire de l’effort de chacun un succès pour tous. Car il ne faut pas opposer les initiatives mais plutôt les conjuguer afin de décupler les effets.

Par exemple, il serait vain d’opposer exploration robotique et vol habité puisque nous savons tous qu’elles sont complémentaires. Il serait vain d’opposer la Lune et Mars ou les astéroïdes car nous savons que Mars est un enjeu scientifique certain, mais que l’observation des autres corps célestes présente aussi un intérêt important et qu’ils seront probablement des étapes de validation technologique indispensables.

Il serait vain enfin d’opposer différents modes de transports ou d’organisation si nous savons que notre objectif commun est d’explorer notre système solaire pour renforcer notre connaissance sur l’histoire de notre Terre, sur son avenir et sur l’origine de la vie.

Dans une coopération internationale, chaque pays doit avoir sa place. Les uns proposeront des services de transport spatial, pour le fret ou pour les astronautes. Les autres des solutions de production d’énergie et d’analyse scientifique. D’autres encore pourront proposer des études et des expériences sur la possibilité pour les composants et pour les hommes de supporter les voyages au long cours. 

Tous les projets peuvent être complémentaires, dès lors que nous décidons qu’ils devront l’être. Nous devons pour cela miser sur notre expérience concluante des grandes missions scientifiques et de la station spatiale internationales, où chacun a à cœur d’apporter sa contribution, non seulement financière, mais aussi scientifique et technologique.

Pour assurer cette coordination, il nous faut maintenant mettre en place une organisation légère de coordination internationale. Monsieur le Commissaire, il me semble que la Commission pourrait lancer, comme l’a proposé le Président Barroso le 15 octobre dernier, des discussions sur le rôle de l’Union européenne pour d’une part consolider les positions de l’Europe, en lien avec l’Agence spatiale européenne et les États-membres, et d’autre part recueillir les positions de tous autres partenaires.

Nous sommes à un réel tournant de l’histoire de la conquête spatiale. La décision nous appartient aujourd’hui de décider si nous voulons réellement conjuguer nos efforts. Rassemblons-nous et faisons de ce projet un exemple pour la promotion des sciences, pour la coopération entre les peuples et pour le progrès de l’humanité.

Je vous remercie.

 

Conférence européenne sur l’exploration spatiale
Prague le 23 Octobre 2009, 14h

 

1ère publication : 23.10.2009 - Mise à jour : 26.10.0009
Retour haut de page