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Partenariat franco-vietnamien : création d'une nouvelle université des sciences et technologies

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Un accord de partenariat  pour la création d’une nouvelle université des sciences et technologies à Hoa Lac (U.S.T.H.)  a été signé entre Valérie Pécresse et Thien Nanh Nguyen, ministre de l’Éducation et de la Formation du Vietnam. Six thématiques scientifiques pluridisciplinaires ont été retenues : biotechnologies et pharmacologie; aéronautique et espace; énergie; sciences et technologies de l’information et de la communication (STIC); matériaux, nanotechnologies; environnement/eau/océanographie.

Discours - 1ère publication : 13.11.2009 - Mise à jour : 16.11.0009
Valérie Pécresse

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Signature de l'accord franco-vietnamien
Université nationale de Hanoi, 13 novembre 2009

Monsieur le Vice-Premier Ministre,
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Professeurs,
Mesdames et Messieurs,

 

C’est une joie et un honneur pour moi d’être aujourd’hui à vos côtés dans cette université nationale de Hanoi, l’une des plus prestigieuses en Asie !

Avec ses 29 collèges, facultés et instituts de recherche dispersés dans toute la ville, avec ses dizaines de milliers d’étudiants, l’Université nationale de Hanoi est même un monde à elle seule, une forme de métropole dans la métropole, tout entière consacrée au savoir et à la connaissance.

En la découvrant, j’ai su que je ne trouverai jamais de plus beau témoignage de ce qu’est le Vietnam : une nation tournée vers l’avenir et décidée à le construire sur le plus beau des atouts, l’intelligence.

C’est donc une joie et un privilège que de pouvoir m’adresser à vous ce matin. À dire vrai, j’y tenais même tout particulièrement, car, vous le savez peut-être, la coopération universitaire et scientifique entre nos deux pays est au cœur de la visite du Premier ministre François Fillon au Vietnam.

Cette visite est historique à plus d’un titre. Tout d’abord, c’est la première visite d’un Premier ministre français au Vietnam. Si nos ministres respectifs sont nombreux à se rencontrer régulièrement, en France ou au Vietnam, aucun chef de gouvernement français en fonction n’était encore venu au Vietnam.

À elle seule, cette visite témoigne donc d’une évidence : les liens étroits qui unissent nos deux peuples restent non seulement vigoureux, mais se renforcent encore. A mes yeux, il s’agit là d’une excellente nouvelle : car chacune des visites que nous nous rendons le montre, nous avons tellement en commun. Et tellement à partager !

Cette visite est aussi exceptionnelle car elle marquera un tournant dans notre coopération bilatérale, et tout particulièrement dans les domaines universitaire et scientifique avec l’accord intergouvernemental que nous avons signé hier après-midi.

Il n’y avait d’ailleurs peut-être pas de meilleur endroit que cet amphithéâtre pour réaffirmer l’engagement de la France à faire de notre coopération universitaire et scientifique l’un des domaines d’excellence de notre coopération bilatérale.

Car cet amphithéâtre de l’ancienne Université d’Indochine, décoré de cette très belle fresque du fondateur de l’Ecole des Beaux-arts d’Indochine, le peintre Victor Tardieu, rappelle mieux qu’un long discours le passé commun qui à jamais lie nos deux pays et qui s’incarne désormais dans un « partenariat à la fois  historique et exemplaire ».

 

Une intense coopération universitaire et scientifique

 

Notre coopération universitaire et scientifique est impressionnante à bien des égards.

Elle s’illustre par une très forte présence réciproque dans nos communautés universitaires nationales.

Avec plus de 6.000 étudiants vietnamiens en France, dont près de 700 doctorants, le Vietnam représente ainsi la 2ème  communauté asiatique dans les universités françaises.

Et au Vietnam, les nombreux partenariats entre établissements français et vietnamiens d’enseignement supérieur se traduisent par des formations d’excellence largement reconnues. Je pense au Programme de formation d’ingénieurs d’excellence au Vietnam, dont nous venons de célébrer le 10ème anniversaire. Avec plus de 1.000 ingénieurs formés au Vietnam qui bénéficient du titre français d’ingénieur, il constitue pour l’enseignement supérieur français un dispositif de coopération unique au monde.

Je pense également au Centre franco-vietnamien de formation à la gestion, ouvert en 1992 à Hanoi et en 1993 à Ho Chi Minh Ville en 1993, et bien sûr, aux Pôles universitaires français lancés en 2006 à l’occasion de la célébration du 100ème anniversaire de la fondation de l’Université d’Indochine, dont l’Université nationale à Hanoi est l’héritière.


Monsieur le Vice-Premier ministre,

Le déplacement du Premier ministre, François Fillon, est l’occasion de notre 4ème rencontre en deux ans : deux en France, et maintenant deux au Vietnam. Chacune de nos rencontres nous a permis de constater que, dans nos responsabilités ministérielles, nous devions faire face aux mêmes enjeux, liés à la préparation de nos pays à l’économie de la connaissance.
 
Le Vietnam peut être fier de sa jeunesse, qui représente une formidable énergie et un extraordinaire potentiel. Être l’un des pays où grandit la jeunesse du monde, c’est avoir en main un atout exceptionnel – à la condition, bien sûr, de relever un défi : lui offrir la formation dont elle a besoin pour exprimer tout son talent !

À chacune de nos rencontres, Monsieur le Vice-Premier ministre, j’ai pu constater que nous partagions une même conviction : la passion du savoir et de la connaissance sont à l’origine de tous les progrès qu’a connus l’humanité tout au long de son histoire.

Cette conviction se répand aujourd’hui dans le monde, à l’heure où chacun s’accorde à reconnaître que notre avenir repose avant tout sur la construction d’une société mondiale du savoir.

Cette conviction, la République française la partage comme le Vietnam, pour une raison très simple : elle en est née.

Car lorsque le peuple français décida de surmonter ses différences, sociales, régionales et même culturelles, et de renaître sous la forme d’une seule et même nation, il fit en même temps le choix de construire une école républicaine, capable de transformer en un seul peuple la foule des populations de notre pays.

Aux yeux de chaque français, l’école est ainsi devenue synonyme de progrès : de progrès personnel, bien sûr, mais aussi de progrès collectif, car en offrant à chaque membre de la société la possibilité de développer ses capacités et ses talents, l’école républicaine a permis à la France tout entière d’avancer, de se moderniser et de mieux vivre, tout simplement.

C’est de cette école républicaine qu’est sorti un Louis Pasteur, qui en découvrant l’existence des microbes, puis en mettant au point le vaccin contre la rage, a fait faire un immense bond à l’humanité. Sa démarche scientifique inspire depuis des générations de chercheurs dans le monde entier, notamment au sein du réseau des Instituts Pasteurs dont ceux de Hanoï, Ho Chi Minh Ville et Nha Trang.

C’est aussi cette école qui éduqua un Gustave Eiffel, lui donnant les moyens d’élever des monuments qui ont fait l’admiration du monde entier et dont le Pont Long Biên est à Hanoi l’un des plus beaux exemples du savoir-faire.

C’est enfin cette école qui, plus récemment, forma le Professeur Françoise Barre-SinoussiI, prix Nobel de Médecine 2008, bien connue au Vietnam, et à qui votre gouvernement a décerné au printemps dernier la Médaille pour la Santé du Peuple.

L’histoire de la France moderne se confond ainsi avec celle de son école, et elle est loin d’être encore achevée. Ce pari de la jeunesse, qui est aussi un pari de la connaissance et du savoir, la France continue encore et toujours à le faire. Et elle est heureuse de voir le Vietnam le faire à son tour – et avec quel succès !

Car en 15 ans, vous avez multiplié par 10 le nombre d’étudiants dans ses universités. C’est une très belle performance, qui mérite d’être saluée. Et j’en suis certaine, cette vague de fond n’est pas prête de s’arrêter. C’est pourquoi vous vous préparez à présent à investir plus massivement encore dans l’enseignement supérieur et de la recherche.

Le projet de l’U.S.T.H.

 

C’est tout le sens de la proposition que vous m’avez faite l’an dernier, Monsieur le Vice-Premier ministre, quand vous avez souhaité que la France soit le partenaire du Vietnam pour la création d’une nouvelle Université des Sciences et Technologies à Hao Lac.

Cette proposition, je l’ai reçue comme une marque de grande confiance, de celle que l’on fait à un partenaire avec qui une longue histoire commune permet d’envisager un bel avenir partagé. C’est ainsi que la France a reçu votre proposition de travailler main dans la main à l’établissement d’une nouvelle université de renommée internationale, sur le territoire même de votre capitale nationale.

Cet appel du gouvernement vietnamien, les universités et grandes écoles françaises y ont répondu massivement. Elles sont plus de trente à avoir de se rassembler en un consortium, pour ensemble travailler à la contribution française à votre projet.

Preuve de l’attention qu’y porte le gouvernement français, le Premier ministre a tenu à ce que deux représentants du consortium l’accompagnent dans son déplacement au Vietnam, les Professeurs Louis Castex Président du PRES « Université de Toulouse » et Guy Couarraze, Président de l’Université Paris-Sud, ici présents.

Les établissements français participeront à l’U.S.T.H. dans ses trois dimensions.

La formation tout d’abord. Vous le savez, la France a une longue tradition de formation de doctorants vietnamiens : le projet de l’U.S.T.H. nous permettra d’intensifier encore cette coopération puisque ce ne sont pas moins de 400 docteurs vietnamiens qui seront formés en France sur dix ans pour constituer progressivement le futur corps enseignant de l’université. Le consortium apportera également son expertise pour mettre en place les filières d’excellence de l’université.

Deuxième dimension, la recherche. Six domaines stratégiques ont été déterminés, qui chacun donneront lieu à l’établissement d’une unité mixte internationale de recherche. Ces unités mixtes seront progressivement au cœur de notre coopération scientifique bilatérale, et cela, pour une raison très simple : elles porteront sur des domaines de recherche pluridisciplinaires qui sont autant d’enjeux fondamentaux pour nos sociétés : l’environnement, l’énergie, les biotechnologies et la pharmacologie, l’aéronautique et l’espace, les sciences et technologies de l’information, ou encore les matériaux et les nanotechnologies. Autant de thèmes que recouvrent les priorités que la France vient d’inscrire dans sa Stratégie nationale de recherche et d’innovation.

Troisième dimension de l’U.S.T.H. enfin, l’innovation. Cette dimension est au cœur même du projet : elle explique le choix de l’implantation de la future U.S.T.H., au sein du parc technologique de Hoa Lac. L’articulation entre la formation et la recherche avec le monde industriel sera une des clés de la réussite de l’U.S.T.H. Les entreprises françaises présentes au Vietnam seront d’ailleurs invitées à participer à la Fondation partenariale qui sera adossée à l’U.S.T.H.


L’université du 21ème siècle

 

Mesdames et Messieurs,

Si la France a choisi de répondre avec enthousiasme à la proposition du gouvernement vietnamien, si elle s’est engagée sans hésiter un instant dans la belle aventure qu’est la création de cette nouvelle université, c’est que la future U.S.T.H., à bien des égards, ressemble à l’université du 21ème siècle que la France construit dans le même temps sur son territoire.

La France, vous le savez, a choisi de faire à nouveau de ses universités une priorité nationale. Et tout d’abord en investissant dans ses établissements d’enseignement supérieur et en leur donnant les moyens de faire réussir tous les étudiants.

En leur offrant la liberté d’en user en toute autonomie ensuite, pour répondre au mieux aux besoins singuliers de leurs étudiants.

En rénovant les cursus, enfin, et notamment la licence, pour que celle-ci devienne non seulement synonyme de réussite, mais aussi d’insertion professionnelle.

Car si la France a choisi d’investir résolument dans l’enseignement supérieur et la recherche, en augmentant leur budget de 50 % en 5 ans, c’est bien sûr pour offrir un avenir à chacun de nos jeunes ; mais c’est aussi parce qu’elle sait que la connaissance et l’innovation sont la clef de notre avenir commun.

C’est en diffusant le savoir dans l’ensemble de la société, c’est en cultivant l’esprit de créateur et d’innovateur qui sommeille en chaque étudiant que nous nous montrerons à la hauteur du beau défi qu’est la construction d’une société et d’une économie de la connaissance.

Cette circulation du savoir et de la connaissance, nous devons nous efforcer de l’accélérer. Mais il serait absurde qu’elle s’arrête aux frontières qui séparent les pays : à l’évidence, la société de la connaissance et du savoir n’est pas une société du repli sur soi, bien au contraire.

Dépasser les frontières, c’est cela la force de l’université du 21ème siècle.

Dépasser les frontières des connaissances et des verrous technologiques, mais aussi dépasser les frontières entre les disciplines scientifiques.

Et puis, bien sûr, dépasser les frontières géographiques. Car si cette circulation du savoir et de la connaissance s’accélère aujourd’hui dans le cadre européen, elle ne doit pas s’y limiter. Nos institutions d’enseignement supérieur et de recherche doivent aussi être encouragées à développer leurs partenariats internationaux dans le monde entier.

 

Mesdames et Messieurs,

Ce qui naît aujourd’hui, c’est une nouvelle forme de communauté internationale, une communauté de l’intelligence, riche des plus belles promesses que l’humanité ait jamais connues.

Quand je vous vois aujourd’hui, alors que nos deux pays viennent de s’engager dans la construction d’une nouvelle université des sciences et technologies, je sais que cet espoir ne sera pas déçu, et que la France et le Vietnam vont ensemble poser les premières pierres de cette communion des intelligences.

Je vous remercie.

 

1ère publication : 13.11.2009 - Mise à jour : 16.11.0009
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