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Intervention de Valérie Pécresse en clôture du colloque: "Sciences humaines : de nouvelles ressources pour l'entreprise"

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Discours - 1ère publication : 18.02.2010 - Mise à jour : 18.02.0010
Valérie Pécresse

Je viens d'écouter avec grand intérêt le résultat de vos débats.

Il est remarquable que l’on ait pu réunir ainsi des étudiants, de jeunes diplômés, des acteurs de la vie universitaire et des représentants des entreprises pour débattre des "nouvelles ressources pour l’entreprise" que représentent les sciences humaines et les sciences sociales.

La question qui vient d’être abordée ici durant plus de trois heures est essentielle. Elle est au cœur de mon action au Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche.

Il fut un temps où, auprès des employeurs, les universités avaient mauvaise réputation, par rapport aux autres établissements d’enseignement supérieur. Ce temps là est révolu. L’effort que je mène depuis bientôt trois ans vise à redonner aux universités toute leur place dans l’effort de formation du pays. 

Les diplômés issus des filières de sciences humaines et sociales méritent d’être soutenus dans leur recherche d’emploi. Certes, trois ans après la fin d’études, les titulaires d’une licence de lettres classiques, de langues ou d’histoire ont des taux de chômage, autour de 7%, inférieurs à ceux qui ont le même diplôme en physique (8%) ou en chimie (12%). Mais ces chiffres encourageants ne doivent pas masquer une réalité préoccupante : ces filières connaissent aussi un processus de sélection inavouée, par l’échec. Il peut concerner jusqu’à 50% des inscrits, en première comme en deuxième année.

Pendant trop longtemps, on a laissé faire, sans réagir.

Les filières de sciences humaines et sociales ont accueilli une grande partie des étudiants issus de la deuxième vague de massification des effectifs, celle amorcée dans les années 1980. Mais la démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur est restée inachevée. On a trop souvent négligé le soutien aux nouveaux bacheliers. Ceux-ci ont été conduits par les pesanteurs du système vers les sciences humaines et sociales, sans les avoir véritablement choisies. 

C’est pour inverser ces tendances que la loi de 2007 a mis l’orientation et l’insertion professionnelle au cœur des missions de l’université.
Le « plan Licence » a mis à la disposition des universités des moyens pour la mise à niveau des étudiants et pour mieux les préparer à l’entrée dans la vie professionnelle.
Il n’était pas acceptable que des étudiants inscrits ne viennent jamais passer les examens ; que l’université connaisse des taux d’échec aux examens aussi élevés. Désormais, les étudiants en difficulté doivent pouvoir quitter l’université mieux armés pour la vie professionnelle.
Et, dès cette année, les universités devront fournir des indicateurs de l’insertion.

C’est-à-dire que les étudiants et leurs préoccupations ont été replacés au cœur de l’université. Il est désormais possible de répondre à leurs légitimes exigences d’orientation, de formation et de préparation à la vie professionnelle. 

Il y a dans cette salle bien des acteurs de l’insertion qui ont des années d’expérience. Mais jusqu’à ces dernières années, leurs initiatives restaient isolées ou bien elles n’étaient pas suffisamment coordonnées entre elles. C’est la raison pour laquelle j’ai poussé, depuis trois ans, au regroupement des efforts d’insertion professionnelle, à leur mise en cohérence.

Petit à petit les universités regroupent leurs forces de professionnalisation au sein des bureaux d’aide à l’insertion professionnelle (BAIP). Avec les indicateurs de l’insertion commence un immense effort de constitution des données, qui permettra de suivre au plus près l’impact des formations sur l’employabilité des étudiants. Parallèlement, les universités apprennent à mettre en valeur les compétences propres à chacune des formations qu’elles proposent. C’est essentiel pour que les employeurs sachent où se tourner pour diversifier leurs recrutements. 

Il s’agira, dans les années qui viennent, de renforcer et diversifier les débouchés possibles pour tous les étudiants qui passent par les filières de sciences humaines et de sciences sociales. Toutes disciplines confondues, elles représentent 56% des étudiants de l’université – et ce chiffre reste stable de la licence au doctorat. C'est-à-dire que les sciences humaines et les sciences sociales ont un immense besoin d’insertion.

En plus des postes d’enseignement, le secteur public en général offre aux sciences humaines et aux sciences sociales de nombreux débouchés. D’un côté, c’est une bonne chose : l’Etat rénové du XXIè siècle aura besoin de la culture générale, de l’esprit de synthèse, de l’attention au facteur humain que procurent les sciences de l’homme et de la société. Mais un Etat efficace ne multiplie pas les emplois à perte de vue. Il faut aller là où seront créés les emplois. C’est du secteur privé que l’on peut attendre la diversification des débouchés professionnels et la multiplication des emplois pour les diplômés de sciences humaines et de sciences sociales.

C’est tout l’intérêt de la réunion d’aujourd’hui.
Je me félicite qu’elle ait eu lieu aussi vite après que le Conseil pour le Développement des Humanités et des Sciences Sociales en eût encouragé le principe, dans le rapport d’étape qu’il m’a remis le 14 janvier dernier. L’affluence que connaît la réunion d’aujourd’hui confirme que ce Conseil, qui réfléchit avec hauteur de vue et de manière très féconde à l’avenir des sciences de l’homme et de la société, a eu raison de faire de la réflexion sur l’insertion professionnelle une priorité.
 
Les débats de ce matin auront contribué à l’émergence d’un nouvel état d’esprit ; ils auront permis à des personnes qui travaillent à la même chose à travers tout le territoire national de se rencontrer ; enfin, il pourra en sortir des progrès concrets.

Je sais qu’un certain nombre d’entre vous, parmi les responsables universitaires de l’insertion, vont se retrouver cet après-midi, à l’issue de cette réunion, pour mieux faire connaissance, confronter leurs expériences et réfléchir, concrètement, au renforcement des actions d’insertion. Les expériences qui sont les vôtres sont diverses, souvent enracinées dans la réalité régionale d’un bassin d’emploi. Pourtant, les attentes des étudiants, les idées qui naissent dans les universités, les préoccupations des recruteurs sont souvent très proches d’une région à l’autre. Vous gagnerez beaucoup à faire émerger des réseaux à l’échelle suprarégionale et même nationale.

De même, du côté des recruteurs, il faut arriver progressivement à une vision d’ensemble. L’Opération Phénix a joué un rôle pionnier pour mettre en place un recrutement de qualité, Elle vise des diplômés SHS de master II. Les diplômés concernés sont recrutés en CDI et suivent une formation qui doit les adapter rapidement à la réalité de l’entreprise. Il s’agit d’une procédure exigeante, devant laquelle reculent certaines entreprises : certaines considèrent qu’elles n’ont pas encore les moyens d’évaluer correctement la valeur d’un diplôme SHS ; d’autres qu’elles n’ont pas la taille suffisante pour supporter l’engagement financier exigé.
Cependant la grande force de l’Opération Phénix, c’est qu’elle constitue une référence : elle fixe l’étalon des bonnes pratiques de l’insertion professionnelle en sciences humaines et sociales.

Bien entendu, face aux réalités de la vie économique, à la diversité des situations que doivent affronter les entreprises, il serait absurde de vouloir imposer une procédure standardisée. La procédure Elsa, mise en place elle aussi depuis quelques années, fait un travail de suivi très important pour adapter au mieux profil de l’étudiant et demande de l’entreprise. D’autres initiatives sont prises ailleurs, pour s’adapter à un contexte régional ou à un secteur d’activité particulier. La variété des formules est à encourager, pourvu que l’on respecte une exigence de qualité et que les diplômés SHS ne soient pas traités comme des diplômés au rabais.

Au terme de ses travaux consacrés à l’employabilité des diplômés, le Conseil pour le Développement des Humanités et des Sciences Sociales a recommandé, entre autres choses, la création d’un « label de la bonne insertion SHS » qui serait décerné aux entreprises performantes dans ce domaine et respectant une charte des bonnes pratiques. La mise en place d’un tel label aurait l’avantage de tenir compte de la diversité des expériences tout en fixant une exigence de qualité au niveau national et en donnant les moyens de « passer à la vitesse supérieure », pour reprendre le titre de votre deuxième table ronde.

Le travail considérable réalisé dans l’Opération Phénix ou dans le processus Elsa conduit à des résultats qualitativement appréciables mais qui restent quantitativement limités. C’est pourquoi je voudrais encourager les acteurs de ces opérations et tous ceux qui travaillent à des initiatives similaires à imaginer les moyens de mise en place d’un tel label. Il faudra bien entendu consulter largement les universités, en particulier au sein de la CPU, afin de préciser les modalités d’une telle labellisation.  Il faut que dans cette opération tous y trouvent leur compte : étudiants, universités, entreprises.

Il n’est pas question de confondre ici les rôles. Celui du Ministère est de garantir la qualité des formations, de les homologuer. Il est aussi d’encourager les universités à constituer rapidement des indicateurs d’insertion fiable. Je pense qu’aujourd’hui l’objectif n’est pas de multiplier les filières professionalisantes, mais de faire en sorte que les filières de sciences humaines et sociales soient reconnues avec des diplômes professionnalisants. La labellisation dont nous parlons par ailleurs concerne les recruteurs. J’imagine que les promoteurs de Phenix, d’Elsa et d’autres opérations similaires mettront en place un « comité de labellisation » constitué de personnalités indépendantes et dont la première tâche sera d’élaborer la charte des "bonnes pratiques de l’insertion SHS". A ce moment, il sera possible que le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche soit représenté dans ce comité. 

1ère publication : 18.02.2010 - Mise à jour : 18.02.0010
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