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Remise du prix "le goût des sciences" 2010, discours de Valérie Pécresse

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Valérie Pécresse a remis les prix de la 2ème édition du "Goût des Sciences", dédiée à Georges Charpak, prix Nobel de physique. A cette occasion, elle a annoncé la création d’un prix de thèse Georges Charpak, qui récompensera une thèse en sciences et/ou en enseignement des sciences, doté de 10 000 euros.

Discours - 1ère publication : 19.10.2010 - Mise à jour : 21.10.0011
Valérie Pécresse

Le coup d'envoi officiel de la Fête de la science n'a pas encore été donné, mais tout porte à croire qu'elle rencontrera, cette année encore, un franc succès.

J'en veux pour preuve l'exposition "1000 chercheurs parlent d'avenir" de Pierre Maraval :  en projetant sur les façades du Panthéon ces portraits des chercheurs de France, hommes, femmes, figures confirmées ou talents prometteurs, elle a permis de rendre à la communauté scientifique de notre pays un hommage à la fois original et vivant.

J'y ai vu pour ma part un prélude inédit et particulièrement réussi aux nombreuses manifestations, ateliers et autres conférences ou visites de laboratoire qui, à partir de jeudi, se multiplieront, un peu partout en France et devraient accueillir, comme l'année dernière, un peu plus d'1 million de visiteurs.

Mais autant le dire d'emblée : le rendez-vous inaugural et désormais traditionnel de la Fête de la science, c'est bien entendu, cette cérémonie de remise des prix du "Goût des sciences" auquel je suis particulièrement heureuse de participer à vos côtés ce matin dans ce musée du Quai Branly.

Car pour la deuxième année consécutive, cette cérémonie met à l'honneur, vous le savez, les meilleures idées, les meilleures initiatives pour diffuser les découvertes de la science auprès du grand public et lui faire toucher la créativité sans limites qui est au cœur de toute science.

Et cette année encore, permettez-moi de vous dire combien je suis heureuse de constater à la fois le nombre et la qualité des candidatures qui ont été soumis au jury. Au point d'ailleurs, Madame la Présidente, de rendre une fois encore votre tâche particulièrement ardue. D'emblée, je tenais donc à saluer tous les membres du jury que vous présidez, à et les remercier très chaleureusement, de s'être prêté à ce difficile exercice.

Et difficile, il l'était sans nul doute : car ce qui vous a frappé dans tous les projets qui vous ont été présentés, c'est d'abord leur extraordinaire inventivité. Et en matière de vulgarisation ou de diffusion de la recherche scientifique, celle-ci est tout simplement essentielle. Car de l'imagination, il en faut pour rendre accessibles au plus grand nombre des découvertes et des théories parfois infiniment complexes.

Chacun de vous le sait, Mesdames et Messieurs, la science contemporaine se définit par son abstraction même, c'est-à-dire par sa capacité à se libérer du règne de l'image et du sens commun pour formuler, le plus souvent dans un langage mathématique sophistiqué, des théories dont la puissance explicative n'a d'égale que leur complexité apparente.

Cette abstraction, il n'y a pas lieu de la regretter : elle est la clef du succès de l'entreprise scientifique. Mais nous devons en mesurer toutes les conséquences. Et la première d'entre elles, c'est que les progrès de la recherche échapperont désormais toujours au grand public si, en même temps que la science avance, il ne se trouve pas des hommes et des femmes pour expliquer ces découvertes à tous ceux qui ne sont pas familiers des laboratoires.

Mais à quoi bon, me diront certains – pas dans cette salle, je le sais, mais il se peut que d'autres ne partagent pas le sentiment de la nécessité d'une vulgarisation permanente des sciences.

 


Nul n'avait mieux compris ce double enjeu que celui qui, aux yeux de tous, incarnait non seulement le génie scientifique, mais aussi la volonté constante et presque farouche de rendre la science accessible au plus grand nombre. Je veux parler bien entendu de George Charpak dont la disparition a provoqué, vous le savez, une profonde émotion dans la communauté scientifique, bien sûr, mais aussi dans l'ensemble de la société française. 

Car pour nous tous, George Charpak était un symbole de générosité scientifique, c'est-à-dire du souci permanent de transmettre et de partager la joie de comprendre et de connaître. Car à ses yeux, la science était d'abord et avant tout synonyme de joie : la joie de voir tout d'un coup s'emboîter toutes les pièces du puzzle et de saisir enfin le fonctionnement de ce qui, jusqu'alors, vous échappait parfaitement.

Avec Georges Charpak, la science devenait gaie et lumineuse. Grâce à lui, nous retrouvions enfin l'enthousiasme d'Archimède s'écriant "Eureka", nous partagions l'étonnement de Newton face à la manifestation la plus simple et la plus courante de la gravité et nous comprenions enfin ce qui avait pu pousser Einstein à dire de la science qu'elle avait quelque chose à voir avec la beauté de la nature et du monde. 

Alors, bien sûr, l'histoire se souviendra d'abord des travaux pionniers de Georges Charpak en physique nucléaire et en physique des particules, et de sa célèbre invention, la chambre proportionnelle multifils qui lui valut le Prix Nobel en 1992 et qui fut à l'origine de tant de découvertes et d'applications, en physique, bien sûr, mais aussi, pour ne citer qu'un autre domaine,  en radiographie médicale.

Mais aujourd'hui, l'image que je veux évoquer avec vous, c'est celle du pédagogue infatigable, qui avait une telle foi dans les sciences qu'il y voyait non seulement une source inépuisable de progrès, mais aussi et surtout une manière de rendre les hommes meilleurs, plus ouverts et plus attentifs aux autres.

Et c'est cet héritage-là, je crois, qui est le plus précieux. Parce qu'il met en lumière l'humanisme profond et constant d'un homme qui, à 17 ans, face à la barbarie, fit le choix du courage et de la dignité, qui en paya le prix et qui ne cessa pourtant de garder cette confiance absolue dans le progrès humain.

Mais aussi parce que c'est à ces valeurs-là que les écoles de France doivent l'un des beaux projets éducatifs de ces trente dernières années : La main à la pâte.

Avec Pierre Léna et Yves Quéré, et le soutien de l'Académie des sciences, Georges Charpak s'était donné en effet comme mission de transmettre sa passion des sciences aux plus jeunes, et de le faire d'une manière radicalement nouvelle : en inventant des mises en situation concrètes et vivantes pour leur donner envie de comprendre et de découvrir par eux-mêmes, et les initier ainsi à la démarche expérimentale.

Et c'est cette méthode pédagogique-là, à la fois simple et ingénieuse, qui explique le succès  de la main à la pâte en France, et désormais dans une trentaine de pays dans le monde : car elle cultive dès le plus jeune âge le goût des sciences chez nos enfants, éveillant ainsi des vocations, mais confortant aussi, chez les futurs citoyens, l'intérêt pour la science et la confiance dans ses méthodes.

 


Ce témoignage de reconnaissance de notre nation à Georges Charpak, chacun aura compris pourquoi j'ai souhaité le rendre ici, au seuil d'une cérémonie consacrée toute entière à la vulgarisation du savoir et à la diffusion de la culture scientifique.

Et j'ai souhaité qu'aux mots succèdent les actes, qui donneront à son œuvre le prolongement qu'elle mérite. J'ai donc décidé de créer un Prix Georges Charpak, d'un montant de 10 000 euros, qui récompensera chaque année, et ce dès le printemps de l'année prochaine, le meilleur travail de thèse qui, toutes disciplines confondues, aura contribué à faire progresser l'étude de l'histoire, de la philosophie et de l'enseignement des sciences. Et pour lui donner tout son rayonnement, j'ai choisi de confier l'organisation du jury et la cérémonie de remise du prix à l'Académie des Sciences, qui a bien voulu accepter cette mission.

Prolonger son œuvre, c'est aussi renforcer la diffusion de la culture scientifique auprès de nos élèves, de nos étudiants, et au-delà auprès du grand public. C'est pourquoi j'ai demandé à l'Inspection générale de l'administration de l'éducation nationale et de la recherche de conduire une mission sur l'ensemble de nos actions dans ce domaine. Elles sont nombreuses, mais méritent sans doute d'être mieux coordonnées pour rayonner pleinement.

Et l'excellente nouvelle, c'est que nous disposons aujourd'hui de moyens inédits et massifs pour aller plus loin encore. Car dans le cadre du grand plan d'investissements d'avenir, 50 millions d'euros seront ainsi consacrés à la diffusion de la culture scientifique en France.

Pour une raison très simple : si nous avons fait le choix d'investir 22 milliards d'euros pour booster notre recherche, c'est que nous sommes convaincus que la science est la clef de tous nos progrès futurs et que cet effort financier massif va nous permettre d'accomplir des avancées extraordinaires. La société française ne peut pas rester à l'écart de ce saut scientifique et technologique : elle doit pouvoir le suivre pas à pas, elle doit devenir partie prenante de ces percées scientifiques.

A mes yeux, c'est en effet essentiel : car aujourd'hui, les Français ont une excellente image de la recherche, mais – et c'est tout le paradoxe – leur intérêt pour la science faiblit. Alors, notre devoir, c'est de leur offrir toutes les occasions possibles de découvrir la science en train de se faire et de leur permettre, ainsi, de retrouver, au contact des chercheurs, le goût des sciences.

Notre ambition, Mesdames et Messieurs, est au fond très simple : c'est de construire un pays où chacun pourra vibrer au fil des grandes découvertes scientifiques, un pays où les avancées de la recherche feront la une des journaux télévisés et seront à l'honneur dans tous les grands médias.

Et pour y parvenir, la solution est elle aussi très simple : c'est d'aller au devant du grand public et de lui prouver, par l'exemple, que la science, loin d'être aride et impénétrable, est bien quelque chose comme une fête pour l'esprit. Et cela, Mesdames et Messieurs, c'est aussi la mission de nos chercheurs : la passion de la recherche les anime. A eux de la faire partager !

Et c'est pourquoi je suis aussi attachée aux prix que nous remettons aujourd'hui : parce qu'à travers ses lauréats, ce sont tous les efforts de pédagogie et de vulgarisation scientifique qui sont mis à l'honneur.

1ère publication : 19.10.2010 - Mise à jour : 21.10.0011
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