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Développer la recherche partenariale autour de filières prioritaires

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Investissements d'avenir 465x310

A l'occasion de l'ouverture du Forum "Economie Recherche Innovation" des Echos, Valérie Pécresse a annoncé le lancement d'ici la fin du mois de l'appel à projets Carnot 2, dont le champ de sélection sera élargi afin de permettre aux Institut Carnot de couvrir tous les axes prioritaires de recherche, notamment dans les sciences du vivant et dans les sciences humaines et sociales. Elle a également indiqué que 4 à 6 Instituts de recherche technologique, destinés à concentrer les acteurs publics et privés autour de filières prioritaires, seraient financés dans le cadre des Investissements d'avenir.

Discours - 1ère publication : 4.11.2010 - Mise à jour : 12.01.0011
Valérie Pécresse

Faire de ce grand pays de science qu'est la France un grand, un très grand pays d'innovation, c'est, vous le savez, l'un de mes objectifs cardinaux depuis plus de 3 ans.

Car si l'enseignement supérieur et la recherche sont depuis 2007 la priorité du Gouvernement, c'est parce que nous avons la conviction que l'innovation est la clef de notre avenir : la clef du progrès scientifique, bien sûr, mais aussi la clef du progrès économique et social.

Et pour créer la croissance et les emplois de demain, nous nous sommes fixés une ligne de conduite très simple : lever un à un tous les freins qui empêchaient l'innovation de se diffuser dans notre pays.

Aujourd'hui, tous les indicateurs le montrent, notre pays est en train de combler son retard dans ce domaine. Permettez-moi de partager avec vous ce matin quelques résultats qui confirment que l'effort que nous avons engagé ensemble pour faire émerger des écosystèmes de l'innovation porte à présent ses fruits.

Le mur de Berlin qui séparait le monde scientifique du monde économique ne sera bientôt qu'un souvenir. Pour une raison très simple : le dialogue entre les chercheurs et les entrepreneurs est maintenant une réalité, avec, à la clef, l'émergence d'une nouvelle génération d'innovateurs.

Des résultats tangibles pour les réformes de structure

Le fil conducteur des réformes que nous avons menées depuis 2007, vous le connaissez, c'est le décloisonnement, pour que les découvertes scientifiques se diffusent plus facilement dans l'ensemble de notre société et de notre économie.

Ces réformes sont désormais bien ancrées dans le paysage : les universités autonomes se sont ouvertes sur leur territoire et sur le monde économique ; la stratégie nationale de recherche et d'innovation a permis de définir des priorités scientifiques partagées par tous.

Et avec l'affirmation du rôle de stratège des organismes de recherche et la création d'alliances thématiques, la recherche publique s'engage résolument dans la valorisation de ses travaux et multiplie les partenariats.

Toutes ces réformes ont des effets mesurables, et j'en prendrai quelques exemples.

Les Instituts Carnot, créés en 2006 pour développer la recherche sur contrat financée par les entreprises, ont rempli leur objectif : les contrats des instituts labellisés en 2006 ont augmenté de 30% en 3 ans. Nous rattrapons à grande vitesse notre retard sur les instituts Fraunhofer allemands, créés en 1949 !

Cette culture de la valorisation s'affirme également dans les universités : les 14 dispositifs mutualisés de valorisation que nous avons créés sur les grands sites universitaires montent désormais en puissance : le nombre de projets de maturation qu'ils ont financés a progressé de 76% en 18 mois. C'est ce bon bilan qui a justifié notre souhait de créer des sociétés d'accélération du transfert de technologie, les SATT, pour aller plus loin encore.

Au niveau national, l'Alliance Aviesan s'est imposée comme le partenaire du monde économique dans le monde de la santé, avec, à la clef,  des acteurs industriels qui ont pris l'engagement, au sein du Conseil stratégique des industries de santé, de doubler leur effort de recherche partenariale d'ici trois ans.

Je compte d'ailleurs sur les autres alliances pour emboîter le pas à Aviesan, et pour rendre notre recherche publique plus lisible pour nos entreprises.

Au niveau européen aussi, la France s'est illustrée lors de la sélection des trois premières communautés de la connaissance et de l'innovation de l'Institut Européen de  Technologie. La France est chef de file du "Knowledge and Innovation Community" climat, avec 17 partenaires publics et privés français, et elle joue aussi un rôle de premier plan dans les "KIC" énergie et technologies de l'information.

Vous le voyez, la recherche publique ne craint plus de valoriser ses travaux et la preuve, c'est la progression spectaculaire des publications de brevets publics en France en 2009 : + 35% en seulement un an.

Et je suis heureuse de constater que le CNRS est au cœur de cette révolution culturelle : 38 % des brevets qu'il dépose font d'emblée l'objet d'un partenariat industriel. C'est la preuve que le premier de nos organismes de recherche prend désormais toute sa part dans notre effort d'innovation.  Et cette tendance ne pourra que s'améliorer avec la simplification de la gestion de la propriété intellectuelle des unités mixtes de recherche.

A cet engagement de la recherche publique répond un effort de recherche et développement inédit de la part des entreprises. Malgré la crise, les effectifs de recherche privée ont continué à progresser – 5 000 postes ont ainsi été créés en 2008 – et les dépenses de R&D privée ont poursuivi leur croissance en 2008 comme en 2009.

Là aussi, vous le savez, la France avait pris du retard. Et là aussi, une révolution culturelle est en marche : j'en veux pour preuve les deux nouveaux moteurs de croissance qui se sont allumés depuis 2008.

Le premier moteur, ce sont les investissements étrangers. Avec la réforme du Crédit Impôt Recherche et l'ouverture de la recherche publique aux partenariats public-privé, nous avons tout simplement fait de la France, selon une étude d'Ernst&Young, le leader européen de la création d'emplois de recherches liés aux investissements internationaux.

Un exemple emblématique de ces investissements, c'est celui de la société Huawei, n°4 mondial de l'équipement en télécommunications, qui est 1ère société chinoise à investir dans un centre de recherche fondamentale en France, sur les sites d'Issy-les-Moulineaux et de Cergy-Pontoise.

Et le second moteur qui s'est allumé en 2008, ce sont les PME, qui ont parfaitement compris que, pour surmonter la crise, il fallait miser sur la recherche. Là aussi, les résultats sont là : les demandes de brevets déposés par les PME ont progressé de près de 7% en 2009, malgré la crise !

Le meilleur exemple de ce rapprochement entre la recherche et le monde de l'entreprise, c'est la constante augmentation du nombre de laboratoires public-privé : on en dénombre désormais 214, dont la moitié ont moins de 5 ans.

Cet appétit pour le partenariat ne se dément pas : je pense à la décision de PSA, qui vient d'annoncer la semaine dernière deux nouveaux projets à Marseille et à Bordeaux et la création d'un réseau international "d'OpenLabs" pour animer toutes les structures publiques privées.

Je pense aussi à l'inauguration, la semaine dernière, d'un laboratoire unissant le CEA, le GENCI (Grand Equipement de Calcul Intensif), l'Université de Versailles-Saint-Quentin et le géant américain Intel. C'est tout un symbole de l'attractivité scientifique retrouvée de la France.

Je veux aussi saluer le succès du site "www.LeMoteurdeLaRecherche.fr", ce "Meetic de recherche" que nous avons créé avec l'ANR et qui permet aux acteurs privés de trouver les partenaires publics dont ils ont besoin. Et ça marche : pour chaque projet, les entreprises ont eu en moyenne 17 réponses d'équipes de recherche, conduisant à la signature de partenariats avec 3 d'entre elles.

C'est ainsi que le laboratoire Roche a commencé à travailler avec l'Institut Pasteur et l'institut de la mémoire et de  la maladie d'Alzheimer du groupe hospitalier de la Pitié-Salpêtrière, pour identifier les marqueurs de la maladie d'Alzheimer et permettre sa détection précoce.

Ce site a complété ce que les fondations universitaires et partenariales et les pôles de compétitivité avaient commencé à faire : multiplier les occasions de rencontres entre acteurs de l'innovation.

Des chercheurs et des entrepreneurs qui portent la culture de l'innovation

Oui, une véritable culture de l'innovation est en train de s'installer dans notre pays : les chercheurs affirment leurs ambitions en matière d'innovation ; quant aux entrepreneurs de demain, ils se rapprochent désormais du monde de la recherche.

De nouvelles figures apparaissent, à l'instar des chercheurs-entrepreneurs : Alain Carpentier, dont la société Carmat a été introduite en bourse pour financer son projet de cœur entièrement artificiel, ou Mathias Fink, dont les travaux en physique ont conduit à la naissance de multiples start-up, ont longtemps fait figure d'exceptions. Ils font désormais école.

De nouveaux pionniers se révèlent, comme Hervé Brailly, immunologue et cofondateur de la société InnatePharma, ou Jean-Christophe Baillie, enseignant-chercheur à l'ENSTA et créateur de Gostai, une start-up qui valorise la mise au point d'un langage permettant aux robots de communiquer entre eux.

Mesdames et Messieurs, les innovateurs sont de plus en plus nombreux dans notre pays : en 1999, un peu plus d'un tiers des lauréats du concours de création d'entreprises innovantes lancé par mon ministère valorisaient des inventions issues de la recherche publique. En 2010, ces projets représentaient plus de la moitié des lauréats !

Cette vague de fond, nous allons l'amplifier encore. Nous avons travaillé avec l'Académie des sciences pour lever les derniers verrous qui pouvaient faire obstacle à la mobilité entre le monde de la recherche publique et celui de l'entreprise. Suite à ce travail, la commission de déontologie a par exemple assoupli les règles relatives à l'examen des situations de participation au capital d'entreprises. Je rappelle d'ailleurs que les chercheurs peuvent saisir eux-mêmes la commission en cas d'urgence, et que le processus entier depuis la saisine par le chercheur jusqu'à l'octroi de l'autorisation par l'établissement est encadré dans un délai de quatre mois. Le "Vade mecum" des passerelles public-privé que nous avons mis au point le prouve, les chercheurs disposent d'un cadre très souple pour concilier leurs activités scientifiques et la valorisation de leur expertise auprès du monde économique.

Nous le savons tous : la passion de la recherche pour la recherche existe et elle meut nombre de scientifiques. Mais il en est d'autres, et ils sont eux aussi nombreux, qui sont portés par une autre passion, parfaitement complémentaire et tout aussi noble : celle de l'innovation. A ceux-là, il fallait ouvrir de nouveaux espaces et de nouvelles possibilités : c'est ce que nous avons fait.

Et nous l'avons fait non seulement pour nos scientifiques, mais aussi pour nos étudiants. En un an, le nombre de junior-entreprises en milieu universitaire a ainsi doublé : on en compte désormais 25, dans des disciplines très variées.

Ce mouvement va s'amplifier car nous venons de créer le mois dernier 20 pôles de l'entreprenariat étudiant, qui rassemblent près de 230 établissements et 350 partenaires privés. L'objectif est simple : sensibiliser tous les étudiants à la création d'entreprise et former ceux qui sont d'ores et déjà prêts à se lancer dans l'aventure.

Car les innovateurs en herbe peuvent se révéler dès leurs études : cette réalité, nous l'avons longtemps négligée, laissant ainsi à d'autres pays le privilège de voir éclore, au sein de leur campus, des entreprises appelées à devenir les géants de demain. Eh bien, là aussi, une page est en train de se tourner : l'idée qu'un étudiant peut aussi être un créateur d'entreprise fait son chemin, et pas seulement dans nos écoles de commerce ou de management, mais aussi dans nos écoles d'ingénieurs et dans nos universités.

C'est plus qu'une avancée, c'est un symbole : le symbole de la confiance dans notre jeunesse, qui est au cœur de la refondation de notre enseignement supérieur, une jeunesse à laquelle nous ne conseillons plus d'attendre pour oser, à qui nous ne demandons plus de remettre à plus tard ses projets d'avenir, comme s'il fallait avoir fini ses études pour pouvoir faire ses preuves.

Faire du doctorat le diplôme-phare de notre système de formation

Mesdames et messieurs cette créativité et cette inventivité, elles s'expriment et se cultivent également par la recherche. Ce que montrent tous les exemples étrangers, c'est qu'un entrepreneur misera d'autant plus naturellement sur la recherche qu'il aura, à un moment ou à un autre de sa formation, rencontré la science en train de se faire.

Mon objectif, aujourd'hui, c'est d'offrir cette possibilité à tous nos étudiants, qu'ils se destinent ou non à des carrières scientifiques. Et je pense notamment à nos ingénieurs ou à nos futurs managers, qui sont parmi les meilleurs du monde, mais qui brilleraient plus encore si, demain, ils avaient également un doctorat en poche.

C'est l'un des enjeux majeurs du rapprochement de nos universités et de nos grandes écoles : faire de la formation par la recherche le terreau de la révolution de l'innovation. Les passerelles se multiplient : les ingénieurs qui s'inscrivent en doctorat sont de plus en plus nombreux ; de même, les thèses CIFRE ont décollé depuis 2007, pour dépasser les 1 200 thèses cette année alors qu'elles avaient longtemps plafonné autour de 600 à 800 thèses par an. Et pour faire face à ce succès, je vous annonce que nous allons débloquer des fonds supplémentaires pour pouvoir financer 1.300 conventions en 2011. Quant à l'incitation "jeunes docteurs" du CIR, que les députés ont eu la sagesse de préserver, elle a bénéficié à 700 entreprises en 2008, soit un doublement en deux ans.

Mais je veux aller plus loin encore, pour faire du doctorat le diplôme-phare de notre système de formation et le socle de l'économie de l'innovation.

Et pour cela, il faut faire évoluer les mentalités. Ce chantier, je vais l'ouvrir, avec deux priorités cardinales :

  • Obtenir la reconnaissance du diplôme de docteur dans toutes les conventions collectives : seul le secteur de la chimie l'a fait jusqu'ici et je souhaite que la discussion s'ouvre rapidement pour les autres filières. 
  • Avancer sur l'ouverture de postes aux docteurs dans la haute fonction publique, à l'ENA et dans les grands corps à la sortie des écoles, car ils apportent une richesse et une créativité dont il doit impérativement être tenu compte.

 

C'est une nécessité absolue, si nous voulons que la culture de l'innovation se diffuse désormais dans l'ensemble de la société française.

Les investissements d'avenir et la recherche partenariale

Ce pari que nous faisons depuis plus de 3 ans, nous allons le gagner grâce aux investissements d'avenir qui ont réservé 22 milliards à des projets scientifiques, technologiques et pédagogiques.

Au sein de ces 22 milliards, près de 5 milliards d'euros seront consacrés à la recherche technologique, à la valorisation et au financement de l'amorçage. L'une des pièces majeures de ce nouveau dispositif, c'est, vous le savez, la création des instituts de recherche technologique (IRT).

Je vous l'annonce ce matin : l'appel à projets va être rendu public aujourd'hui. Il traduit notre volonté de sélectionner 4 à 6 IRT au maximum – et 4 à 6 seulement, permettez-moi d'insister, car il s'agit bien d'identifier les filières prioritaires autour desquelles se concentreront les acteurs publics et privés.
 
Cette sélectivité, je l'assume pleinement : notre responsabilité, aujourd'hui, c'est de concentrer des moyens sur quelques sites de dimension mondiale, sans oublier les formations au niveau du master et du doctorat.

Quant à l'appel à projets Carnot 2, autre pièce essentielle de notre dispositif d'innovation, je peux d'ores et déjà vous indiquer qu'il sera lancé d'ici la fin du mois.

Les fondamentaux de ce dispositif seront maintenus car ils ont fait leurs preuves. Cela étant, nous ouvrirons le champ de la sélection pour permettre aux Instituts Carnot de couvrir tous les axes prioritaires de la SNRI, notamment dans les sciences du vivant et dans les sciences humaines et sociales.

De même, nous serons attentifs à ce que l'abondement prévu par les investissements d'avenir soit fléché en priorité sur des projets collaboratifs associant des PME innovantes.

Mesdames et Messieurs, la France est en train de relever le défi de l'innovation. Les résultats sont là pour le prouver : notre déclin relatif dans ce domaine a été enrayé, et les investissements d'avenir sont une occasion unique de transformer l'essai.

A l'évidence, nous avons le privilège de vivre un moment rare, un moment charnière où l'évolution des mentalités et des structures nous fait entrer de plein pied dans une culture de l'innovation. Je sais qu'il reste encore beaucoup à faire pour faire émerger une nouvelle génération d'entrepreneurs dans notre pays. Mais une dynamique positive est enclenchée, et je compte maintenant sur vous pour la faire vivre.

1ère publication : 4.11.2010 - Mise à jour : 12.01.0011
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