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Remise des prix Inserm 2010

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Didier Raoult Prix INSERM 2010

Le Professeur Didier Raoult est l'un des pionniers de la recherche sur les bactéries responsables du typhus. Il a a reçu le Grand Prix Inserm mardi 30 novembre. Cette cérémonie, qui témoigne de l'excellence de la recherche biomédicale française, a réuni les lauréats des dix précédentes éditions.

Discours - 1ère publication : 1.12.2010 - Mise à jour : 1.12.0010
Valérie Pécresse

Ce soir, c’est toute la recherche biomédicale française qui est à l’honneur. Et je veux vous le dire d’emblée, c’est un vrai plaisir de voir ainsi réunis quelques-uns des plus grands scientifiques de notre pays, qui ont tous aux moins deux points communs : le premier, ce sont un talent et une créativité exceptionnels ; et le second, c’est d’avoir vu ces qualités couronnées par les prix de l’INSERM.

Bien sûr, ceux qui, parmi vous manient en bon scientifique le rasoir d’Ockham me diront que le second de ces points communs n’est que la conséquence directe du premier. Et bien, à ceux-là, je veux dire en toute amitié qu’ils ont tort : obtenir un prix de l’Inserm, et singulièrement le Grand Prix, ce n’est pas seulement recevoir un signe de reconnaissance de la part de la communauté biomédicale française.

C’est bien plus que cela, car sur ces lauréats qui sont aujourd’hui à l’honneur, nous fondons les plus grands espoirs. Nous savons qu’ils n’ont pas terminé leurs travaux, qu’ils sont loin d’avoir épuisé leur talent et qu’ils ont encore devant eux bien des casse-têtes à résoudre. Notre gratitude se double ainsi d’une immense confiance, car que nous savons qu’ils peuvent nous amener plus loin encore.

Mesdames et Messieurs les lauréats, vous avez ouvert des voies insoupçonnées, vous avez commencé d’explorer des pistes inédites. Et avec vos équipes, avez tous les jeunes chercheurs que vous avez formés, je sais que vous allez continuer à faire progresser la recherche, pour le plus grand bénéfice non seulement de la science, mais aussi de la société française. 

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Et j’en suis d’autant plus certaine qu’avec les 22 milliards d’euros que le grand plan d’investissements d’avenir réserve à l’enseignement supérieur et à la recherche, vous avez devant vous une occasion unique de réaliser vos rêves scientifiques. C’est bien là le sens même des investissements d’avenir : permettre à l’excellence de notre recherche de s’affirmer partout  où elle se trouve, en lui offrant les moyens exceptionnels qui nous permettront d’accomplir un véritable saut scientifique et technologique.

Les pionniers que vous êtes y ont toute leur place. Vous qui avez multiplié les premières et les découvertes, c’est aussi à vous qu’il revient de porter et de défendre les projets les plus originaux et les plus ambitieux, en faisant profiter de votre expérience les scientifiques prometteurs qui hésitent peut-être encore à se lancer dans cette aventure. Car sans audace, il n’y a pas de progrès scientifique.

Deux lauréats récompensés cette année le démontrent particulièrement. Je pense d’abord à vous, Madame le Professeur Eliane GLUCKMAN, à qui je remets aujourd’hui le Prix d’Honneur, puisque c’est sous votre direction, à l’hôpital Saint Louis, qu’a été effectuée la toute première greffe mondiale de sang de cordon ombilical en 1987. Avant cet exploit, c’est aussi la mise en place d’un service de greffe de moelle osseuse à l’hôpital Saint-Louis, dont vos maîtres en sciences, Jean Bernard et Jean Dausset, vous confient la charge. Et c'est cette expérience qui amènera une équipe américaine à se tourner  vers vous pour tenter cette fameuse première greffe de sang de cordon ombilical chez une jeune patiente atteinte d’une anémie d’origine génétique. Un succès, qui vous ouvre alors un champ de recherche que vous ne cesserez d’explorer, avec vos équipes, durant plus de vingt ans. Des recherches biomédicales qui s’accompagneront également d’une réflexion permanente sur la constitution de banques de sang de cordon, jusqu’au lancement de Netcord, association internationale de banques non familiales à but non lucratif. Et il y a peu encore, vous étiez de ceux et de celles qui ont rendu possible l'un des grands succès français de thérapie génique de l’année 2010, le traitement d’un jeune homme atteint de thalassémie.

Et je pense aussi à vous, Monsieur le Professeur Denis DUBOULE,  vous qui êtes l’un des pionniers de la recherche sur les gènes architectes, ces gènes qui préfigurent la mise en place des membres et des organes chez les vertébrés. L’un comme l’autre, vous avez par vos découvertes ouverts de multiples perspectives dans ces domaines. Vous êtes de ces pionniers que j’évoquais à l’instant et chacun de nous sait que l’on continuera bien longtemps encore à parler de vos travaux.

Chacun de nous le sait, car il suffit de se tourner vers les lauréats des 10 dernières années réunis ce soir pour s’en convaincre : la France peut être fière de sa recherche biomédicale, fière de tous ceux qui la font vivre et qui ne cessent, année après année, de repousser les limites non seulement du savoir, mais aussi du possible.

Ce soir, nous avons plus que jamais l’occasion de nous en rendre compte, avec les travaux du Professeur Alain FISCHER, sur la thérapie génique de certains déficits immunitaires, avec ceux du Professeur RADMAN sur la répartition de l’ADN, la mutagenèse et l’évolution des espèces, ou bien encore avec les recherches sur les causes génétiques des maladies neuro-développementales conduites par le Professeur Jamel CHELLY, qui reçoit cette année le prix Recherche.

Et ce soir, Madame Naomi TAYLOR est aussi à l’honneur pour ses recherches sur les traitements des immunodéficiences, tout comme Monsieur Boris MATROT pour la mise au point de machines originales permettant d’étudier les fonctions vitales des souriceaux nouveaux-nés. 

Force est de constater que les recherches que vous avez menées ont chaque fois rencontré un succès remarquable et vous confère légitimement une reconnaissance qui dépasse très largement nos frontières. Vos travaux font autorité dans le monde entier : que dire en effet des recherches pionnières du Professeur BEN-ARI sur l’épilepsie et la maturation cérébrale ou sur les nouvelles voies ouvertes par le Professeur Yves AGID sur les mécanismes et les conséquences de la neurodégénérescence, si ce n’est qu’ils ont été une source d’inspiration pour les scientifiques du monde entier ?

*

C’est pourquoi, Mesdames et Messieurs les lauréats, nous attendons encore tant de vous. Vous avez un rôle majeur à jouer dans nos laboratoires, bien sûr, mais aussi dans l’ensemble de la communauté scientifique.

Car nos grands chercheurs sont plus qu’une source de découverte et d’inspiration : ils sont aussi les mieux à même de nous aider à faire les bons choix pour nos laboratoires, pour nos organismes de recherche, pour notre système de recherche.

Et vous le savez mieux quiconque, puisque, pour chacun d’entre vous, l’excellence scientifique s’est toujours conjuguée avec un engagement fort et profond au service de notre recherche. Administration, enseignement, valorisation, vulgarisation, engagement associatif, ouverture sur le monde : les voies que vous avez choisies pour concourir à améliorer la performance de notre système de recherche sont multiples, et je tenais ce soir à vous en remercier sincèrement.

Ces remerciements iront bien sûr en premier lieu au Professeur Pierre CORVOL : nous sommes ici chez vous, dans ce Collège de France que vous administrez avec passion et dont vous servez le rayonnement avec une énergie sans égale.

Et aussi au Professeur Christine PETIT, qui est tout à la fois titulaire au Collège de la Chaire « génétique et physiologie cellulaire » et qui s’est impliquée également dans l’administration de nos organismes de recherche, à l’Institut Pasteur ou au CEA.

L’un comme l’autre, vous démontrez que nos grands chercheurs sont prêts à prendre toute leur part dans le fonctionnement de notre système de recherche. Et pour cause : car vos travaux vous ont bien souvent conduit, Mesdames et Messieurs les lauréats, à participer à la création de nouveaux centres ou de nouvelles institutions qui sont autant de nouveaux lieux où s’inventent les progrès de la recherche biomédicale.

Professeur BEN-ARI, vous êtes à l’origine de l’Institut de neurobiologie de la Méditerranée. Quant à vous, le Professeur Yves AGID, c’est l’Institut du Cerveau et de la moelle épinière dont vous êtes l’un d’un des fondateurs. Et je n’oublie pas Bernard MALISSEN, qui était, chacun le sait, le directeur ô combien dynamique du centre d’immunologie de l’Inserm de Marseille-Luminy.

Cet engagement au service de la recherche se double bien souvent d’une action tout aussi résolue en matière de formation. Je pense à vous, le Professeur Monique CAPRON, qui, outre votre expérience à la présidence du conseil d’administration de l’Inserm, vous êtes aussi beaucoup investie à l’Université de Lille 2 et à l’Institut des hautes études pour la science et la technologie.

Il est un autre domaine dans lequel vous êtes tous très investis, et qui me tiens particulièrement à cœur, c’est la diffusion des connaissances. Vous êtes toujours prêts à ouvrir les portes des laboratoires, à prendre le temps d’expliquer et de faire comprendre, car vous savez tous qu’il revient aux scientifiques que vous êtes de permettre à notre société de d’accueillir le progrès avec confiance.

Pour cela, des démarches comme celles de Dominique DONNET-KAMEL, aujourd’hui récompensée du prix Innovation, sont essentielles. Responsable des liens entre les associations de malades et l’Inserm, vous vous efforcez, chère Dominique Donnet-Kamel, de provoquer les rencontres afin que chacun puisse, à son niveau, saisir tous les enjeux de la recherche biomédicale. Car ils peuvent aussi contribuer, en formulant leurs attentes et leurs besoins, à améliorer la qualité des travaux des laboratoires.

Certains d’entre vous, Mesdames et Messieurs les lauréats, ont également fait le choix d’agir au plus près de nos grandes institutions scientifiques. Ainsi Jean-Marc EGLY, vous n’êtes pas seulement le spécialiste incontesté de la transcription génétique, mais vous êtes aussi membre du conseil scientifique de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques et du comité d’évaluation du Conseil Européen de Recherche.

Et bien sûr, je pense au Professeur Arnold MUNNICH, qui conseille le Président de la République depuis plus de trois années à demie déjà. Vous incarnez l’excellence et l’expérience scientifique mise au service de l’élaboration de notre politique et de notre stratégie de recherche.

Vous êtes également le symbole de notre volonté de mettre les chercheurs au cœur de cette politique et de cette stratégie : les responsables politiques doivent faire des choix et définir des priorités avec l’ensemble de la société. C’est leur rôle d’élus. Mais ils ne peuvent l’assumer seuls : ils ont besoin de nos scientifiques pour les aider à définir le champ des possibles et à identifier les domaines où des avancées cruciales sont possibles.

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Mesdames et Messieurs, cette excellence et cette passion s’incarnent également chez le lauréat du Grand Prix de cette année. Cher Didier RAOULT, pour vous aussi la recherche médicale est une vocation qui se traduit par un engagement au long cours, un engagement marqué par une énergie hors du commun et un souci constant d’être toujours là où on ne vous attend pas. Il suffit, pour s’en convaincre, de revenir sur les noms que vous donnez aux virus que vous avez découverts, mais j’aurais l’occasion d’y revenir.
Une chose est sûre : grâce à vous, un vent nouveau a soufflé sur la microbiologie. L’unité de recherche en maladies infectieuses et tropicales émergentes que vous avez créée à Marseille pour explorer à votre guise le monde infectieux est à l’origine de nombreuses révolutions. Il faut dire que vous mettez un point d’honneur à faire émerger des champs d’étude totalement nouveaux, inconnus jusqu’ici des laboratoires ou délaissés en raison de leur difficulté.
Vous avez ainsi été l’un des pionniers de la recherche sur les rickettsi, ces bactéries responsables du typhus que peu de chercheurs étudiaient, et avec vos équipes, vous avez accroché à votre tableau de chasse près d’une centaine de nouvelles bactéries pathogènes.

Mais non content de débusquer les bactéries, vous êtes aussi devenu un chasseur de virus hors pair ! Vous êtes en effet parvenu à identifier des virus qui se plaisaient, par leur grande taille, à se cacher sous l’aspect de bactéries pour mieux dérouter les chercheurs. Mais n’étant pas homme à vous fier aux apparences, vous avez prouvé, en 1992, que « Mimivirus », que l’on croyait être une bactérie, possédait bel et bien toutes les caractéristiques d’un virus... aussi géant soit-il !

Cette découverte a ouvert un champ de recherche complètement inexploré et vous a encouragé à suivre cette piste. Et c’est dans le réseau d’un tour de refroidissement de Paris que vous récoltez un virus encore plus grand que le précédent, « Mamavirus » puis un autre capable d’infecter le premier pour s’y reproduire « Spoutnik ».

Derrière ces dénominations des plus originales se cachent des découvertes majeures : car la mise au jour de ce mécanisme « virophage » ainsi que l’identification, dans le génome de ces virus géants, de gènes codant la synthèse de protéine constituent les prémices de bouleversements inédits de notre perception du monde vivant.
Ces travaux laissent espérer la possibilité de détourner les stratégies d’infection virale pour planter ce que l’on pourrait appeler des lances médicamenteuses dans le corps même de ces virus.

Unité prolifique de recherche fondamentale, votre laboratoire est également un centre de référence mondiale pour le diagnostic des maladies infectieuses comme la fièvre Q ou la maladie de Whipple. Vous recevez ainsi chaque jour des prélèvements en provenance du monde entier pour confirmer les diagnostics et vous accueillez toujours des patients en consultation.

Les défis que soulève votre activité clinique vous encouragent, je le sais, à améliorer sans cesse, avec vos équipes, les techniques diagnostiques et thérapeutiques. Peut-être plus que tout autre vous avez la conviction que le laboratoire doit d’abord être au service des questions posées par la pratique médicale.

Alors bien sûr, ce souci de servir l’intérêt général par la recherche se manifeste aussi par d’autres biais. Vous avez ainsi l’insatiable désir de transmettre les prodigieuses avancées de vos laboratoires. Vous prenez, je le sais, un immense plaisir à partager vos connaissances avec vos étudiants, mais aussi, et notamment à travers la publication d’ouvrages de vulgarisation scientifique, avec tous les férus de sciences ou simples curieux.

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Alors, Mesdames et Messieurs les chercheurs, vous l’avez compris, c’est donc toute une nation qui compte sur vous, une nation qui croit à juste titre que la recherche française est capable de répondre aux défis médicaux du XXIe siècle, non seulement en contribuant au rayonnement scientifique de notre pays dans le monde, mais aussi en répondant aux espoirs et aux attentes des malades.
Et pour cela aussi, je tenais à vous remercier et à vous adresser toutes mes félicitations.

1ère publication : 1.12.2010 - Mise à jour : 1.12.0010

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Didier Raoult Prix INSERM 2010

©INSERM

Depuis 1984 Didier Raoult explore le monde infectieux et bouscule l’univers des agents pathogènes émergents.

Pionnier de la recherche sur les rickettsies, bactéries responsables du typhus, le chercheur a démontré son goût pour des champs d’étude radicalement nouveaux, inconnus des laboratoires ou délaissés en raison de leur difficulté.

Didier Raoult dirige actuellement l'URMITE (Unité de Recherche en Maladies Infectieuses et Tropicales Emergentes) à Marseille. Le Grand Prix Inserm 2010 lui est décerné à 58 ans pour l’ensemble de sa carrière.

Plus d'infos sur le site de l'INSERM

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