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Rentrée des Tuteurs organisée par le Cercle Passeport Télécoms

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Cercle Passeport Télécoms

Valérie Pécresse à participé jeudi 4 octobre 2007, à la «Rentrée des tuteurs» organisée par le « Cercle Passeport Télécoms» au Palais des Congrès.Le «Cercle Passeport Télécoms» est un programme qui associe 8 grandes entreprises des Télécom. Il s'agit d'encadrer, par des tuteurs salariés des entreprises partenaires, des jeunes issus de lycées de zones sensibles, afin de les aider pendant leurs années en classes préparatoire, à passer les concours d'écoles d'ingénieurs ou d'écoles de commerce-management associées au programme. Valérie Pécresse a rappelé son engagement pour toutes les actions qui valorisent l'égalité des chances dans l'enseignement supérieur, en particulier le tutorat qui est "un vecteur capital de promotion de l'égalité des chances, de réussite et de cohésion sociale". Elle a également salué le rapprochement entre l'enseignement supérieur et le monde du travail.

Discours - 1ère publication : 4.10.2007 - Mise à jour : 20.11.0007

Seul le texte prononcé fait foi


Mesdames et Messieurs,

Il y a un mois, à l'occasion de la rentrée des classes préparatoires aux grandes écoles, je me suis rendue au lycée Gustave Eiffel de Cachan et j'ai notamment rencontré les élèves de la classe prépa de TSI (Technologie et science de l'ingénieur) qui bénéficient du programme mis en place par le Cercle passeport télécom.
Je suis donc heureuse de rencontrer aujourd'hui les autres bénéficiaires, anciens ou actuels, de ce programme ainsi que ses acteurs, c'est-à-dire les responsables des entreprises impliquées mais aussi les enseignants et les tuteurs.

Je suis venue vous dire mon admiration pour le travail accompli, ma détermination à le voir poursuivi et démultiplié et enfin mon engagement pour toutes les actions qui valorisent l'égalité des chances dans l'enseignement supérieur.

Le travail accompli dans le cadre du " Cercle passeport télécom "

Le travail accompli d'abord : la démarche que vous avez suivie s'appuie sur un élément que je crois fondamental, c'est le tutorat.
Je souhaite d'ailleurs inscrire dans la culture de nos établissements d'enseignement supérieur la pratique du tutorat, qui est à mes yeux un vecteur capital de promotion de l'égalité des chances, de réussite et de cohésion sociale. Et je pense au tutorat sous toutes ses formes : entre les entreprises et les étudiants comme vous l'avez mis en place, entres étudiants aussi, au sein d'un même établissement, entre étudiants et lycéens encore, par exemple dans le cadre de l'opération 100 000 pour 100 000. Les universités sont en retard, l'objectif de 100 00 étudiants pour 100 000 élèves est difficile à éteindre, parce que la culture du tutorat est encore trop absente du monde universitaire français. Je souhaite qu'elle soit partout présente dans l'ensemble de notre système d'enseignement supérieur, comme un lien de solidarité mais aussi d'efficacité et de performance.

Votre démarche témoigne aussi d'une grande ambition, que nous avons en commun, celle du rapprochement de l'enseignement supérieur et du monde du travail. Nous savons tout l'intérêt qu'il y a aux rencontres entre un étudiant et un professionnel, aux stages effectués dans les entreprises. Grâce à ces échanges et à ces expériences, les étudiants acquièrent les codes indispensables à l'entrée dans la vie active et à l'épanouissement au sein de notre société.

Une deuxième conviction que nous partageons : le rôle de l'entreprise dans l'enseignement supérieur. Alcatel-Lucent, Ericsson France, Motorola France, Nokia France, Nokia Siemens Networks, SFR et Siemens France se sont engagées. Je suis ravie d'apprendre que France Télécom les a rejoints. Vous savez, mais il faut aussi que tout le monde sache, à quel point vous avez un rôle naturel dans l'accompagnement des étudiants, dans le cadre de tutorats mais aussi de stages, de forums, d'échanges d'information sur les métiers et leur évolution. Les entreprises contribuent à l'information et l'orientation des élèves en leur permettant de faire des choix éclairés, en luttant contre l'asymétrie d'informations qui caractérise les élèves d'origines sociales variées. La loi du 10 Août 2007 vous donne une nouvelle possibilité : celle de participer à l'excellence de notre système universitaire par le biais de fondations d'université. Je vous invite toutes à vous pencher sur les nouveaux mécanismes que nous avons mis en place et à vous rapprocher des universités, pas seulement dans la région parisienne mais sur tout le territoire national. Vous pouvez aussi vous impliquez dans les conseils d'administrations des universités et ainsi mieux vous rapprocher des étudiants, mieux vous faire connaître et élargir votre vivier de recrutement aux étudiants de nos universités, et plus seulement comme souvent vous en avez l'habitude, à ceux de nos grandes écoles. L'entreprise qui s'implique dans l'enseignement supérieur est gagnante. L'étudiant est gagnant. L'établissement est gagnant. Cette triple victoire, vous l'aviez pressentie, vous la confirmez aujourd'hui, nous devons ensemble faire passer le mot chaque fois que nous en avons l'occasion.

Poursuivre l'effort accompli en direction des classes préparatoires technologiques

Ce travail doit donc se poursuivre. Je pense cette fois-ci plus particulièrement à la question qui vous a préoccupés : celles des élèves issus des classes prépa technologiques. Je voudrais souligner tout l'intérêt et toute ma reconnaissance aux entreprises représentées aujourd'hui et qui ont choisi, délibérément, d'aller s'adresser à ces étudiants. Au delà du simple objectif, très louable au demeurant, d'aller vers les étudiants pour les connaître et se faire connaître, pour les encadrer et accompagner leur formation, il y a donc celui de la démocratisation de l'accès à l'enseignement supérieur et au-delà celui de la démocratisation de l'accès aux grandes écoles.

A ce sujet, je voudrais d'abord vous rappeler une chose : je suis fière que depuis le mois de mai 2007, nous ayons fait entrer toutes les classes préparatoires de plain pied dans le système du LMD. Au terme de deux années d'étude en classe préparatoire, un étudiant qui décidera de rejoindre l'université se verra immédiatement accorder 120 crédits équivalents à deux années de licence à l'université. Cette réforme n'est pas anodine, elle a une vertu immense : elle en renforce considérablement l'attractivité. Nous avons ainsi rendu le système des classes préparatoires plus lisible, mieux articulé, plus intelligible vis-à-vis des autres systèmes étrangers. Et nous permettons également aux lycéens qui hésitaient au préalable de ne pas avoir peur de s'engager dans le système des classes préparatoires, de ne pas s'autocensurer par crainte de l'échec ou de gâcher deux années pour rien en cas de mauvaise orientation. C'est un élément capital.

Mais il nous faut aller plus loin car les classes préparatoires sont encore le lieu de la reproduction des élites et de l'endogamie. En moyenne, elles n'accueillent que 20% de boursiers - et encore de manière très inégale - quand les établissements d'enseignement supérieur, toutes filières confondues, en accueillent plus de 25%. Les classes préparatoires technologiques, elles, font cependant beaucoup mieux. Pour les IUT le taux de boursiers est de 36% et de 42% pour les STS. Dans le cadre du plan respect et égalité des chances sur lequel nous travaillons avec plusieurs de mes collègues ministres, j'ai souhaité que figure un objectif chiffré clair : que les 5% des meilleurs élèves issus des collèges ZEP comme de tous les collèges puissent accéder, s'ils le souhaitent, à une classe préparatoire aux grandes écoles ou à un établissement bénéficiant d'un statut de grand établissement ou d'université technologique. C'est un objectif ambitieux et volontariste et nous devons mettre en œuvre des dispositifs originaux et nouveaux pour y parvenir. J'y suis très attachée.

Promouvoir l'égalité des chances dans l'enseignement supérieur

Plus largement enfin, je veux vous dire ma conviction que c'est par la promotion de l'égalité des chances que nous parviendrons à faire en sorte que chaque étudiant réussisse son accès, son passage et sa sortie de l'enseignement supérieur.

L'enjeu est d'assurer la continuité éducative entre le secondaire et le supérieur. Il existe déjà quelques dispositifs intéressants qui ont été mis en place par certaines grandes écoles : je pense par exemple à l'ouverture aux lycéens de ZEP de l'entrée à Sciences Po Paris, je pense à l'opération " une grande école, pourquoi pas moi ? " de l'ESSEC. Je souhaite simplifier ces dispositifs et les unifier, les rendre plus efficaces aussi pour les élèves qui en ont réellement besoin. C'est dans ce sens que je veux que mon ministère contribue au plan respect et égalité des chances.
Nous menons actuellement un travail dans ce sens. Nous envisageons par exemple la possibilité de la mise en place d'une charte du tutorat étudiant : je voudrais vous dire que votre expérience en ce domaine sera précieuse. Je me permettrai de vous solliciter, vous les tuteurs, mais aussi vous les étudiants qui bénéficiez du programme passeport télécom, pour connaître vos avis et entendre vos conseils. Vous serez mon laboratoire de bonnes pratiques.

L'égalité des chances dans l'accès à l'enseignement supérieur, la continuité avec le secondaire, cela pose également la question de l'orientation et vous savez que je travaille avec Xavier Darcos à la généralisation de ce qu'on appelle l'orientation active, c'est-à-dire la possibilité pour les lycéens d'être informés très tôt des débouchés et de leurs chances de réussite dans les filières qu'ils envisagent de suivre. C'est aussi la possibilité de changer d'avis, en fonction de ces retours, celle de se tromper enfin, au bout d'un semestre à l'université et de faire un second choix plus adapté à ses ambitions et à ses souhaits, sans attendre et sans perdre le goût ou l'envie d'étudier.

L'égalité des chances tout au long de ses études enfin. Je pense notamment aux moyens dont dispose chaque étudiant et à l'aide que l'état peut leur apporter : j'ai ainsi annoncé il y a deux semaines une profonde réforme du système des bourses en France, qui a permis notamment d'augmenter le montant des bourses destinées aux étudiants les plus défavorisés, d'étendre le nombre d'étudiants boursiers et d'ouvrir aux classes moyennes ne bénéficiant pas du système de bourses sur critères sociaux la possibilité d'obtenir des bourses de mérite et des bourses de mobilité internationale.

Mais l'égalité des chances va au-delà de la question des aides sociales. Reconnaître l'inégalité des talents, donner plus à ceux qui ont moins, avoir une véritable politique de formation adaptée, voilà les défis qui attendent l'université de demain. Pour les étudiants cela passe en priorité par une rénovation du premier cycle universitaire. J'ai souhaité retenir plusieurs principes forts : les enseignements seront renforcés car les inégalités sont d'abord culturelles ; les langues vivantes et les technologies de l'information et de la communication seront remises au cœur de la formation initiale ; l'accompagnement méthodologique sera également renforcé. La licence universitaire rénovée répondra à l'impératif de donner à tous les étudiants les outils d'une professionnalisation progressive en vue d'une insertion réussie.

Enfin un dernier mot sur les relations entre l'université et le monde du travail et tout particulièrement la question des discriminations dans l'accès aux stages. Les stages étudiants sont une porte d'entrée dans l'entreprise, mais cette porte reste fermée pour bien des étudiants. Je pense bien sûr aux discriminations en raison de l'origine, du sexe ou de la couleur de peau. Mais je pense aussi à un autre type de discriminations, peut-être plus pervers encore, pour le moins beaucoup plus complexe à corriger. C'est celle que l'on appelle, en langage politiquement correct, " l'inégale répartition du capital relationnel ". La discrimination par le réseau. Il est infiniment plus simple pour un étudiant dont les parents sont entourés, insérés dans la vie professionnelle, particulièrement dans les grandes entreprises ou les professions libérales, de trouver un stage. Il est plus facile de frapper à la porte d'une entreprise quand on en connait les codes parce que notre entourage immédiat nous y a initiés.
C'est une discrimination insidieuse car elle se fait avant même l'arrivée chez l'employeur potentiel. Elle s'opère de manière sournoise. Elle a pour conséquence la reproduction sociale et l'absence de possibilité de promotion des jeunes hors système. Il nous faut donc y trouver des solutions adaptées, originales : je pense à l'accompagnement à la recherche de stages que certaines académies ou universités ont développés. Je pense aussi à l'organisation de forums de stages dans universités avec des entretiens organisés pour mettre en concurrence les étudiants, comme cela se pratique dans les grandes écoles. Mais il y a encore d'autres idées à développer et je compte sur le comité des stages et de la professionnalisation des cursus universitaires que j'ai mis en place pour me faire des propositions sur ce thème.

* * *

En conclusion je veux vous redire ma conviction que le contexte démographique actuel oblige les entreprises à élargir leur démarche de recrutement à l'ensemble des établissements d'enseignement supérieur. Votre action illustre cette tendance que je crois irréversible. Vous pouvez compter sur moi pour dire et faire dire qu'elle doit être soutenue et démultipliée. Je compte sur vous pour la poursuivre, l'étendre et la diffuser.


 

 

1ère publication : 4.10.2007 - Mise à jour : 20.11.0007

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