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Rentrée solennelle de l'Université de Lyon

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Université de Lyon
Lors de la cérémonie de rentrée solennelle de l'université de Lyon, le 16 octobre, Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, s'est félicitée du rapprochement des universités et des grandes écoles lyonnaises.

 

Discours - 1ère publication : 16.10.2007 - Mise à jour : 18.10.0007
Valérie Pécresse

 Je suis très heureuse d'être aujourd'hui à vos côtés, pour cette rentrée empreinte de solennité et de majesté qui va, comme chaque année, ponctuer la vie de la communauté universitaire lyonnaise.

Mesdames et Messieurs les professeurs, à vous voir ainsi tous réunis, en toge, je perçois plus que jamais la profondeur de la tradition française d'excellence universitaire, qui se nourrit de huit siècles d'histoire toujours continuée ; et c'est à cette tradition que je veux en appeler aujourd'hui, pour que nous donnions ensemble aux universités françaises les moyens de briller encore et toujours dans le siècle qui commence.

Car c'est bien de cela qu'il s'agit désormais : de faire vivre, dans un monde nouveau et en constante transformation, l'héritage d'excellence académique français.

C'est pourquoi j'ai proposé dès l'été au Parlement d'adopter une loi refondant les universités sur le socle de l'autonomie : et cette loi, nous l'avons faite pour vous, pour nos étudiants et pour notre recherche.

Nous l'avons faite pour vous offrir des conditions de travail comparables à celles de vos collègues étrangers.

Nous l'avons faite pour garantir à nos étudiants des perspectives d'avenir semblables à celles dont bénéficient leurs camarades dans tous les grands pays.

Nous l'avons faite pour donner à toute la communauté universitaire la liberté dont elle a besoin pour exercer pleinement les responsabilités auxquelles elle aspire.

Nous l'avons faite, tout simplement, pour écrire une nouvelle page de l'histoire commune de la France et de son Université, une page qui s'ouvre désormais sur un mot essentiel : celui d'autonomie

* * *

L'autonomie, c'est-à-dire le principe même de la refondation des universités et de leur renouveau.

Car l'autonomie, c'est d'abord la liberté de définir un véritable projet d'établissement, qui réunira toute la communauté universitaire autour d'ambitions communes, connues de tous et partagées par chacun.

C'est la liberté de moduler les charges d'enseignement et de recherche des personnels enseignants, pour permettre à ceux qui veulent consacrer plus de temps à l'enseignement ou à la recherche de le faire. Cette souplesse est nécessaire, par exemple pour aider les jeunes chercheurs les plus prometteurs à avancer plus vite dans leurs travaux ou les enseignants les plus confirmés à accompagner au mieux les étudiants.

C'est la liberté de recruter plus vite et plus facilement les meilleurs enseignants-chercheurs, y compris à l'étranger, et de faire revenir en France ceux qui s'en étaient éloignés, faute de conditions de travail dignes de ce nom.

C'est la liberté de proposer à des étudiants plus avancés d'aider leurs camarades à faire leurs recherches documentaires ou d'assurer des heures de soutien, en étant rémunérés pour cela.

C'est la liberté de définir une politique de primes cohérente avec le projet de l'établissement, afin de récompenser le mérite et l'engagement de toutes les catégories de personnels y compris les personnels techniques et administratifs.

Car c'est bien cela, l'autonomie : la liberté de viser l'excellence en toute chose. Et de l'atteindre !

J'en veux pour preuve ce qui se passe ici, à Lyon, où trois établissements expérimentent d'ores et déjà le budget global de la recherche et où d'autres encore ont obtenu, à leur demande, la gestion de leur masse salariale : vous avez ainsi ouvert la voie qui mène à l'autonomie, et vous l'avez fait brillamment.

Je vous remercie d'avoir été pionniers, je vous félicite d'avoir anticipé en précurseurs les nouvelles compétences que la loi vient aujourd'hui vous donner.

* * *

Mais à mes yeux, Mesdames et Messieurs, l'autonomie, ce n'est pas la solitude ou l'isolement, fût-il splendide, ce n'est pas non plus la rivalité débridée entre des établissements qui n'auraient plus rien à voir les uns avec les autres.

L'autonomie, pour moi, va de pair avec le regroupement de nos forces universitaires et de recherche. Je suis heureuse que ce soit aussi votre ambition, notre ambition commune, celle de faire de Lyon un pôle universitaire majeur, une métropole du savoir et de l'intelligence.

Pour y arriver, vous avez uni vos compétences, vous avez mis en commun vos spécificités et vos atouts respectifs, vous vous êtes ouverts au monde économique et aux territoires qui vous entourent et vous soutiennent.

Et les résultats sont là : en quelques années à peine, vous avez été choisis pour accueillir et mettre en place, successivement, cinq pôles de compétitivité, deux réseaux thématiques de recherches avancées, trois réseaux thématiques de recherches en santé, un institut Carnot et enfin un pôle de recherche et d'enseignement supérieur.

Ce mouvement est tout simplement remarquable et même, permettez-moi de le dire, exemplaire.

Voilà l'image même de ce que je souhaite pour l'ensemble du monde universitaire : des universités refondées, dynamiques et mobilisées, qui n'hésitent pas à s'allier aux grandes écoles, et aussi aux organismes de recherche, pour constituer ces pôles de recherche et d'enseignement supérieur majeurs dont nous manquons encore trop souvent.


Je veux le dire directement, je souhaite que d'ici un an, notre pays puisse s'organiser en une quinzaine de pôles comme celui-ci, qui viendront structurer en profondeur notre enseignement supérieur et notre recherche.

Ces alliances vont démultiplier les effets positifs de l'autonomie, elles poursuivent les mêmes buts de qualité de formation et de recherche, et surtout elles garantissent qu'ils seront atteints.

Nous en avons besoin, pour donner à l'Université française la visibilité internationale dont nul ne plus se passer désormais dans une compétition mondiale de l'intelligence. Nous en avons besoin pour créer des écoles doctorales communes pluridisciplinaires, qui partageront une même signature scientifique et qui positionnent nos universités dans tous les grands classements internationaux.

Nous en avons besoin pour mutualiser le recrutement des enseignants chercheurs et éviter les risques du localisme.

Nous en avons besoin, pour mettre en commun nos structures de valorisation de la recherche et mieux diffuser ainsi les découvertes et les savoirs les plus récents, qui demain feront la force et la vitalité économique de notre pays. Il y a urgence en la matière ; il faut, dans ce secteur si crucial pour notre économie, que les organismes, écoles universités sortent d'une logique du chacun pour soi.

Nous en avons besoin, pour construire au sein d'une même région ou d'un même territoire une offre de formation cohérente et bien pensée, en lien avec les collectivités locales et les acteurs économiques, et proposer ainsi à nos étudiants les perspectives d'avenir et d'emploi auxquels ils aspirent ; mais aussi pour leur offrir des conditions de vie et de travail dignes de ce nom, grâce à la mutualisation des services qui leur sont offerts.

Oui, avec les PRES, nous pourrons tirer tout le parti de l'autonomie, nous pourrons faire converger toutes nos forces vers le même but, en construisant les alliances entre universités, grandes écoles et organismes de recherche qui sont la condition première de notre rayonnement.

Avec ces alliances, nous allons enfin offrir à nos étudiants toutes les passerelles dont ils ont besoin pour construire leur parcours.

C'est ainsi que nos ingénieurs pourront s'engager dans un doctorat et découvrir le monde de la recherche, comme les y invitait il y a quelques jours à peine notre nouveau prix Nobel de physique Albert FERT. C'est essentiel, si nous voulons que demain les progrès de la recherche puissent irriguer toute notre économie et stimuler ainsi la croissance.

C'est ainsi que les étudiants des filières courtes qui en ont l'envie et les capacités pourront prolonger leurs études, y compris en rejoignant une grande école pour y compléter leur formation. A mes yeux, il n'est pas de plus belle garantie de l'égalité des chances.

Alors, la réussite ne sera plus le privilège de quelques-uns, mais un bien commun, partagé par tous et bénéficiant à tous. Les forces des différentes filières et des différents établissements s'additionneront et se compléteront.

Dans ce contexte, Messieurs les Président d'Universités, si vous souhaitiez profiter du cadre de ce PRES et du passage à l'autonomie pour rapprocher plus encore les trois universités lyonnaises, comme l'envisagent déjà les universités strasbourgeoises et aix-marseillaises, sachez que vous pourriez compter sur mon entier soutien.

Et de même, Monsieur le Président, si votre PRES envisageait de s'étendre au-delà des frontières de notre pays, dans le cadre d'une coopération transfrontalière comme cela va se faire en Alsace, vous me trouveriez là aussi à vos côtés ! Car nous devons aussi construire à l'avenir l'espace européen de formation et de recherche.

* * *

Pour relever tous les défis de la société mondiale de la connaissance, je sais que les universités pourront compter sur tous ces partenaires privilégies qui soutiennent déjà leur développement.

Je pense aux collectivités territoriales, et nous en avons un très bel exemple ici, avec l'engagement à vos côtés du grand Lyon, du département du Rhône et de la région Rhône-Alpes, qui ont uni leurs ambitions et leurs moyens aux vôtres pour donner à la recherche et à la formation lyonnaise le rayonnement qui est aujourd'hui le sien. Je salue l'initiative du contrat commun entre la région, le Grand Lyon et le PRES. Je souhaite que ce travail de concertation s'amplifie pour que les efforts de l'Etat et des collectivités convergent le plus efficacement possible vers nos établissements d'enseignement supérieur pour qu'ils puissent mener la meilleure politique de formation et de recherche.

Mais je pense aussi aux entreprises, qui tissent dès à présent des liens avec les universités, via les pôles de compétitivité bien sûr, mais aussi via les fondations, comme celle qu'a créée avant l'heure l'université Lyon 1. J'encouragerai personnellement, à travers toute la France, de telles démarches partenariales. C'est par le dialogue entre entreprises et universités que nous créerons les conditions d'une insertion professionnelle réussie de nos étudiants et d'une valorisation efficace de nos travaux de recherche.

* * *

Vous pourrez compter enfin sur le premier de vos partenaires, sur celui qui accompagne les universités depuis leur naissance et qui aujourd'hui comme hier s'apprête à leur donner les moyens de construire leur avenir : l'État.

Je veux lever toutes les craintes exprimées à ce sujet, en vous annonçant dès maintenant que l'intégralité de vos crédits 2007 vous sera versée pour finir l'année.

D'ores et déjà des moyens nouveaux sont là, consacrés d'abord aux jeunes chercheurs, avec la revalorisation des allocations de recherche des doctorants et la création de 1 000 monitorats supplémentaires.

Des moyens nouveaux sont aussi destinés aux étudiants les moins favorisés, à travers une augmentation de 2.5% des bourses. Je souhaite aller plus loin, et c'est pourquoi j'ai proposé pour la rentrée 2008 une réforme de grande ampleur du financement des études. Nous allons y consacrer 100 M€ supplémentaires.

Car au moment même où nous refondons notre système d'enseignement supérieur et de recherche, nous nous devons de donner de nouvelles bases à l'idéal républicain de solidarité et d'égalité des chances qui nous réunit tous.

Pour réussir cette refondation, Mesdames et Messieurs, vous aurez aussi en 2008 les moyens financiers et humains qu'appelle l'autonomie.

La Nation s'apprête en effet à faire un effort sans précédent pour son enseignement supérieur et sa recherche, en leur consacrant dès l'année prochaine 1,8 milliard d'euros supplémentaires. Les engagements pris par le Président de la République seront donc tenus : vous pouvez compter sur 9 milliards d'euros de plus en 5 ans !

Voilà de quoi nourrir le renouveau des universités, avec une dotation globale de fonctionnement des universités en hausse de 85 millions.

Dès maintenant, vous allez pouvoir renforcer l'encadrement de vos établissements avec la transformation de 700 emplois de catégorie C et B en catégorie A. Quant aux enseignants-chercheurs, ils bénéficieront d'un plan de revalorisation des carrières, qui représentera une large part des 19 millions d'euros consacrés aux personnels de l'enseignement supérieur.

Vous allez pouvoir engager, autour de vos priorités pédagogiques et de recherche, une nouvelle politique immobilière : au niveau national, nous y consacrerons 329 millions d'euros supplémentaires, soit près d'1 milliard au total, qui permettront non seulement d'honorer les engagements du passé, mais aussi de préparer l'avenir.

Vous allez pouvoir vous appuyer sur des fondations d'autant plus attractives qu'elles s'appuieront sur 25 millions d'exonérations fiscales.

L'autonomie, ce n'est donc ni un trompe-l'œil, ni un cache-misère, c'est au contraire le point de départ d'une renaissance, d'une refondation des universités, et celles-ci trouveront à leur côté l'État, plus mobilisé que jamais au service de ses étudiants, de ses enseignants et de ses chercheurs.

* * *

Avec l'autonomie, c'est donc une nouvelle époque qui commence, et de nouveaux chantiers qui s'ouvrent ; et grâce à l'autonomie, nous aurons les outils pour les mener à bien.

Ainsi en matière de campus : il est grand temps de donner aux universités françaises les locaux modernes dont elles ont besoin et de mettre aux normes de la recherche du XXIe siècle des bâtiments, des salles et des laboratoires qui ne sont pas même toujours dignes du XXe !

Mais je pense aussi à ce qui sera ma priorité absolue de l'année 2008, à un chantier qui me tient particulièrement à cœur : la réussite en licence. Mon objectif est simple : en finir avec un échec massif, et cette exigence sera la pierre de touche du succès de la refondation de l'université française.

Car au fond, l'essentiel se joue là : si nous sommes capables de faire de la licence un véritable passeport pour l'emploi, en rénovant nos formations pour que la transmission des savoirs résonne avec les attentes du monde professionnel, alors nous aurons tenu notre pari et changé durablement le visage des universités.

Je sais que cet objectif, nous allons l'atteindre ensemble, grâce aux universités et aux écoles qui, comme celles de Lyon, s'efforcent depuis des années déjà de réussir la refondation qui s'engage partout aujourd'hui.

C'est en effet de cela dont nous notre société a besoin pour relever dès aujourd'hui les défis de l'avenir : d'universités en accord avec leur époque, et même, si possible, en avance sur elle ; et au vu de toute son histoire, y compris la plus récente, je sais que je peux compter sur l'Université de Lyon pour cela.

Je vous remercie.
 

 

1ère publication : 16.10.2007 - Mise à jour : 18.10.0007

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