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Intervention de Valérie Pécresse à la 34è conférence générale de l'UNESCO

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34è conférence générale de l'UNESCO

Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche, a participé à une table ronde sur le thème « Science et technologie au service du développement » lors de la 34eme conférence générale de l'UNESCO, vendredi 26 octobre 2007 à Paris.

Discours - 1ère publication : 29.10.2007 - Mise à jour : 31.10.0007
Valérie Pécresse

34è conférence générale de l'UNESCOIntervention de Valérie Pécresse
Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche

34ème Conférence générale de l'UNESCO
« Les Sciences et la technologie au service du développement durable
et le rôle de l'UNESCO »
Vendredi 26 octobre 2007

 

Monsieur le Directeur général,
Mesdames et messieurs les ministres,
Mesdames, Messieurs,

Au lendemain de la fin des travaux du « Grenelle de l'environnement », acte politique majeur du gouvernement auquel j'appartiens, qui marque un tournant dans la prise de conscience nationale en faveur du développement durable, permettez-moi tout d'abord de vous dire combien je suis honorée de m'exprimer après le Directeur général, et de le faire dans cette enceinte de l'Unesco qui a un rôle irremplaçable à jouer dans la mobilisation des sciences et de la technologie au service du développement durable de notre planète.

Un rôle fidèle au génie visionnaire des pères fondateurs de l'Organisation qui avaient, dès l'Acte constitutif du 16 novembre 1945, proclamé que la science était un des moyens de maintenir la paix et la sécurité dans le monde. Au début du XXIème siècle, ces principes sont d'ailleurs plus que jamais d'actualité face aux défis du développement durable. L'accès aux ressources rares, le mode de croissance du Sud et du Nord, les catastrophes naturelles ou les effets irréversibles du changement climatique sont en effet autant de sources potentielles de conflits pour les générations d'aujourd'hui et plus encore pour celles de demain. Mais, dans le même temps, l'ampleur de ces menaces pour l'humanité nous conduit à coopérer dans le domaine scientifique et technologique.

Car en la matière, la première des actions, c'est de comprendre. Et cela c'est le rôle des sciences, de toutes les sciences : à la fois des sciences de la terre et des sciences sociales, et bien souvent de la combinaison des deux. C'est aussi le rôle de l'éducation à la science et des programmes que nous lançons dans le monde entier pour intéresser notre jeunesse aux défis scientifiques du 21ème siècle.

Au nom du Gouvernement français, je ne peux que me féliciter de constater combien l'Unesco a su s'engager dans cette bataille de la connaissance, en particulier au travers de plusieurs programmes majeurs. Je pense notamment :

aux travaux de la commission océanographique intergouvernementale, qui met en place le système d'alerte aux tsunamis dans l'Océan indien, au programme « l'homme et la biosphère » et ses 500 réserves naturelles, au programme intergouvernemental de géoscience, instrument précieux dans la prévention des catastrophes naturelles, et enfin, au programme hydrologique intergouvernemental auquel est désormais associé le programme mondial stratégique d'évaluation des ressources en eau.
Ces actions sortent, à mes yeux, renforcées, de l'audit des programmes de l'UNESCO publié au printemps dernier. Et je peux vous assurer que la France continuera à leur apporter son entier soutien. Vous savez en effet que, comme l'a confirmé hier le Président de la République, Nicolas Sarkozy, à l'issue du « Grenelle de l'environnement », la France fait du développement durable l'une des priorités essentielles de sa politique nationale de recherche et d'innovation.

***

Nous sommes ici entre ministres de la recherche, de la science et de la technologie, permettez-moi de vous dire le fond de ma pensée : aujourd'hui, dans beaucoup de nos pays et particulièrement en France, la recherche scientifique et technologique a perdu une partie de la confiance de l'opinion. Sans doute parce qu'elle n'a pas suffisamment démontré toute l'utilité qui est la sienne pour l'ensemble de la société ! Or, le défi du développement durable rappelle à quel point la formidable aventure du progrès des connaissances et des technologies est aussi, tout simplement, celle du progrès de l'humanité.

Mais encore faut-il que la contribution de la recherche scientifique soit lisible pour l'opinion. De ce point de vue, le cas du Groupement international d'études du climat, le GIEC, est une grande réussite. Il démontre aux citoyens de la planète tout l'intérêt de la méthode scientifique pour mesurer et comprendre des phénomènes qui affectent ou affecteront leurs vies quotidiennes.

Comprendre pour prévoir, prévoir pour agir.

Telle pourrait être en quelque sorte la devise du GIEC, qui ouvre la voie aux solutions qui permettront de préserver les grands équilibres du monde. Tel est le sens du prix Nobel de la paix qui vient de lui être décerné et qui doit nous inciter à prolonger cette démarche au-delà la question du changement climatique

***

Aussi, permettez-moi de saisir l'occasion de cette table ronde sur « les défis des sciences et des technologies face au développement durable » pour rappeler la nécessité de mettre en place l'équivalent du GIEC en matière de biodiversité.

En effet, l'atteinte à la biodiversité est la négation même du développement durable. Non seulement ce phénomène diminue les chances et les possibilités de vie des générations futures mais le recul de la biodiversité animale et végétale produit d'ores et déjà des effets perceptibles sur les activités humaines, en particulier dans les pays du Sud.

La société mondiale a besoin d'un mécanisme international d'expertise en matière de biodiversité. Cela nous le savons depuis les travaux de la conférence réunie ici même à l'Unesco en janvier 2005. Et, pour suivre personnellement les résultats des consultations régionales menées cette année, je ne peux que vous dire combien je suis convaincue de l'urgence de créer l'IMoSEB* , un mécanisme rassemblant l'expertise scientifique mondiale en matière de biodiversité. Comme l'a rappelé l'ancien Vice-président des Etats-Unis, hier au Palais de l'Elysée, lors de la conclusion du « Grenelle de l'environnement, il me semble juste de suivre ce proverbe africain : « si tu veux aller vite, pars seul ; si tu veux aller loin, pars avec d'autres ».

Rassembler la communauté scientifique mondiale, c'est justement l'objectif premier de ce mécanisme IMoSEB. Il ne s'agit pas, rappelons-le, de créer de nouvelles contraintes, mais avant tout de faire entendre à l'ensemble de la société la voix de la science et de son expertise indiscutable sur les menaces actuelles et futures qui pèsent sur la biodiversité. Il ne s'agit pas de préjuger des actions à engager mais de confronter l'ensemble des recherches, des théories et des opinions scientifiques existantes.

Je sais que le projet de création de l'IMoSEB* a pu nourrir certaines interrogations voire certaines inquiétudes, mais aujourd'hui l'exemple du fonctionnement du GIEC nous démontre que tout le monde aurait à y gagner. Je voudrais donc former ici solennellement le voeu que la conférence de Bonn sur la biodiversité soit l'occasion pour l'humanité de franchir une étape décisive vers la naissance de cette nouvelle instance mondiale. Vous pourrez en tous cas compter sur la France pour continuer à y travailler activement et à faire de cette question une des priorités de sa présidence de l'Union européenne au deuxième semestre 2008.
Je crois aussi, Monsieur le Directeur général, que l'Unesco doit continuer de jouer un rôle essentiel dans cette démarche, qui vise à préserver une diversité, qui est la richesse même de l'ensemble des habitants de la planète.

Je vous remercie.
 

 


* International Mechanism of Scientific Expertise on Biodiversity

1ère publication : 29.10.2007 - Mise à jour : 31.10.0007

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