Étudier en Europe et dans le monde

Ouverture des rencontres de la Recherche et de l'Innovation de Campus France

Rencontres de la Recherche et de l'Innovation de Campus France © Olivier Sochard

Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation, s'est exprimée lundi 3 juillet, en ouverture des rencontres de la Recherche et de l’Innovation de Campus France, à la Cité des sciences et de l’industrie.

Discours - 3.07.2017

Seul le prononcé fait foi 


Je suis très heureuse de m'exprimer devant vous aujourd'hui, car vous êtes tous très impliqués pour attirer les étudiants et les chercheurs talentueux en France, impliqués pour faire rayonner l'enseignement supérieur, la recherche et l'innovation de notre pays, et je veux saluer votre travail, votre détermination, votre créativité. 

Et il en faut : nombreux sont ceux qui ont l'impression que la France n'est pas là où elle voudrait et là où elle pourrait être en matière d'internationalisation, d'influence et d'attractivité. Or nous devons et nous pouvons atteindre ces objectifs. L'internationalisation, la mondialisation est un fait, c'est une formidable chance pour tous de découvrir d'autres cultures, d'autres horizons. Nous avons sur ce sujet de nombreux atouts et une expérience considérable : 

  • Les étudiants étrangers font le choix de la France : en 2015, on compte 309 642 étudiants de nationalité étrangère, soit 12% du nombre total d'étudiants en France.
  • Les étudiants Français sont aussi très appréciés. Je peux vous garantir que les entreprises de la Si Valley adorent nos jeunes ingénieurs. 
  • La recherche française est très attractive : faut-il rappeler que plus de 30% des chercheurs recrutés au C.N.R.S. sont étrangers ? Faut-il rappeler que les universités et tous les organismes développent des laboratoires partout dans le monde, du M.I.T. à Singapour en passant par Dakar ?

Nous sommes donc des acteurs déterminés de la mondialisation de l'E.S.R.I.. Avec nos forces et bien entendu nos faiblesses. Mais n'oublions jamais que nous devons porter avec enthousiasme le flambeau du partage de la connaissance, de la libre circulation des idées et des hommes. 

Laissez-moi maintenant revenir sur le récent appel "Make our Planet Great Again" lancé par le Président de la République qui illustre parfaitement mes propos liminaires. Nous avons reçu des milliers de message : la France scientifique, universitaire et innovante est attractive. Et la France comme projet de société ouverte à la circulation des hommes et des femmes et des idées est attractive parce que la science, le goût pour la recherche de la connaissance et la recherche de solutions nouvelles est au cœur même de ce projet. Certains dans leurs messages nous font part de la fierté que leur inspire la France, d'autres proposent des projets très précis, tous en tout cas attestent que c'est un pays dans lequel ils souhaiteraient vivre, travailler librement et s'épanouir. 

Ce succès, plus de 3000 réponses en cours d'analyse, est au-delà de nos attentes – et ce résultat permet d'ailleurs de se débarrasser d'un certain pessimisme et de doute sur nous même, pour ceux qui doutaient !

Je sais que les postes et Campus France ont contribué à ce succès et je veux les remercier, et les encourager à continuer de diffuser cet appel dans le monde entier – et pas seulement aux Etats-Unis. C'est en effet un appel ouvert à tous les talents et toutes les motivations, qu'ils viennent des pays aux systèmes de recherche avancés ou de pays aux systèmes de recherche et universitaire moins bien organisés. L'excellence et la solidarité peuvent être recherchées en même temps. 

Le programme d'accueil initial, qui sera opéré par le C.N.R.S., ne suffira pas à répondre à toutes les demandes. Mais nos partenaires européens, au premier rang desquels l'Allemagne, souhaitent d'ores et déjà s'y joindre. D'autres candidatures peuvent être faites et vous pouvez mobiliser les uns et les autres vos réseaux. C'est aussi une occasion pour vous de faire connaître vos projets et vos ambitions dans le domaine.

C'est un mouvement qui est lancé et dans lequel les établissements peuvent s'inscrire : nous ferons en sorte que la majorité des personnes qui veulent sérieusement venir en France puissent connaître les modalités d'accueil et les atouts des établissements, et que les établissements puissent connaître les candidatures. J'accorde une grande importance en particulier aux candidats pour des doctorats, nous y travaillons, et aux propositions de séjours courts d'échanges scientifiques. Même lorsqu'il n'y a pas de tout de suite de financements possibles, il faut qu'un lien soit établi pour ne pas laisser perdre ces bonnes volontés et cette occasion de renforcer notre influence. Je sais que certains établissements prennent aussi des initiatives individuelles et je ne peux que les encourager.

Le premier blocage à l'accélération de l'internationalisation est pour moi le manque de confiance : tout le monde comprend bien que l'on est rarement attirant, séduisant ou convaincant si l'on ne sait pas quoi mettre en valeur... Cette confiance nous devons la retrouver car nous sommes une grande nation de recherche et d'innovation et notre système d'enseignement supérieur forme les meilleurs esprits.

Ceci étant posé nous ne devons pas non plus sous-estimer l'ampleur de la tâche. Pour y faire face, je veux que nous ayons une approche pragmatique, qui mette en avant les projets, que nous sachions saisir toutes les opportunités mêmes aux endroits les moins attendus. Il y a un grand désir de France, vous le savez mieux que moi, auquel nous ne savons pas toujours répondre. C'est parfois une question de moyens, c'est souvent une question de regard et d'attitude.

Les grandes orientations que je porterai pour accélérer l'internationalisation, passent d'abord par le fait de reprendre bien notre place en Europe et pour l'Europe, en faisant de la relation avec l'Allemagne notre priorité. Ensuite cela passe par un engagement sans hésitation pour la francophonie. Enfin, partout dans le monde je souhaite que nous conjuguions excellence et solidarité en mettant en place une articulation plus forte entre la diplomatie scientifique, universitaire et économique.  

Parmi les thématiques prioritaires déjà identifiées je peux citer : 

  • la réponse aux changements climatiques globaux, incluant les aspects économiques, sociologiques, anthropologiques, et la transition énergétique, 
  • la révolution numérique, les big data et les data science, 
  • ou encore la lutte anti-microbienne. 

Ces priorités concerneront la formation comme la recherche et l'innovation. 

Pour servir l'internationalisation des établissements, nous commencerons par la levée des freins en donnant plus d'autonomie aux établissements, pour leur permettre d'être plus compétitifs, de pouvoir recruter activement et attirer les talents, qu'ils soient chercheurs ou étudiants. Le système d'incitation et de contractualisation doit aussi mieux y concourir en comportant un chapitre europe et international. Le rôle de l'Etat et de ses opérateurs, au premier rang desquels Campus France, est en effet d'accompagner les établissements dans leur déploiement. Lorsqu'un établissement réussit à l'étranger, c'est la France qui réussit. Vous êtes les porteurs d'une partie de l'intérêt général : l'Etat est là pour vous accompagner, ouvrir les portes, fixer les caps, pas pour faire à votre place. 

Les projets d'ouverture de sites à l'étranger, de développement de partenariats ciblés, par exemple dans une "grappe" d'établissements étrangers sur une spécialité qui fait la force d'un établissement font partie des pistes à explorer affiner et renforcer les stratégies internationales. Celles-ci doivent combiner formation, recherche, innovation et concourir à la projection des territoires français. Car l'ensemble des établissements concourent à la projection internationale de la France : les établissements de recherche intensive, les établissements qui font des choix de spécialisation excellente assumée, ceux qui valorisent leurs modèles de formation ou encore la force de leur écosystème local. Nous devons, j'en suis convaincue, savoir expérimenter et nous projeter vers le monde pour diffuser et trouver les compétences et les talents partout. 

Pour cela, je veux en particulier que les projets d'accords structurants entre établissements ne soient pas ralentis pour des mauvaises raisons procédurales. Je proposerai aux autres ministères concernés que nous lancions un travail afin de lever les obstacles administratifs aux mobilités entrantes et sortantes, pour rendre le système plus agile et l'accueil meilleur. Des moyens seront mobilisés, et un travail de fond sera aussi conduit avec les collectivités, qui jouent un rôle de premier plan que ce soit pour l'accueil ou pour le soutien aux mobilités.

Enfin l'offre de formation dans les premiers cycles est appelée à vite évoluer vers plus de professionnalisation des parcours. Il s'agit de centrer les formations sur les compétences aussi bien que sur les connaissances, de fluidifier les parcours et d'exploiter tout ce qu'offre techniquement le système des crédits et les unités d'enseignement par bloc de connaissance et de compétence, de renforcer l'apprentissage des langues. Ce sera un atout supplémentaire pour attirer les étudiants étrangers car les besoins et la demande sont forts. Mais cela sera aussi un atout pour la démocratisation de la mobilité internationale des étudiants français, et d'abord la mobilité européenne. Le Président s'est engagé à ce qu'à la fin du quinquennat quelques 200 000 jeunes partent en Europe, contre 60 000 aujourd'hui et nous mettrons tout en œuvre en ce sens. 

L'innovation pédagogique au service des compétences nécessaires à notre jeunesse aujourd'hui et demain dans un monde de plus en plus mouvant, sera aussi au cœur du travail que la France mène en vue de la conférence du processus de Bologne que nous accueillerons à Paris en mai 2018. C'est un rendez-vous européen mais aussi international majeur, car l'enjeu ce n'est pas le processus de Bologne en lui-même dans ce qu'il a de technique. L'enjeu c'est la mobilité des étudiants à travers toute l'Europe et ce qu'elle signifie politiquement et socialement. L'enjeu, c'est de relancer l'Europe et d'ouvrir notre jeunesse au monde et cela passera nécessairement par l'enseignement supérieur. C'est une invitation aux Etats participant au processus et à leurs établissements mais aussi auprès de tous les pays en dehors du processus qui voudraient joindre ce mouvement que je vous encourage fortement à diffuser, pour que la conférence de Paris 2018 tienne ses promesses pour notre jeunesse.

Que vous soyez en permanence en poste, ou que vous vous déplaciez ponctuellement, que vous soyez en charge d'un établissement ou d'un programme particulier, je vous invite donc à porter à nos partenaires étrangers le message suivant : l'enseignement supérieur, la recherche et l'innovation en France franchissent une nouvelle étape et prennent une nouvelle vitesse. Vous serez tous et chacun d'entre vous les acteurs de cette transformation et l'Etat vous accompagnera dans son nouveau rôle de facilitateur, c'est un engagement que je prends devant vous aujourd'hui

Je vous adresse tous mes remerciements pour le travail accompli et pour celui à venir et vous souhaite de riches échanges dans les prochains jours.

Publication : 3.07.2017

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