'Il faut mettre fin aux stages photocopies-café'

Tribune de Geneviève Fioraso parue dans le J.D.D. le 23 février 2014
Étudiants qui bavardent© Prisme/Pierre Jayet

Geneviève Fioraso, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, soutient une proposition de loi visant à mieux encadrer la pratique du stage en entreprise.

Dans les médias - 24.02.2014
Geneviève Fioraso

"Depuis mercredi, l'Assemblée nationale examine une proposition de loi présentée par la députée socialiste Chaynesse Khirouni (Meurthe-et-Moselle), visant à mieux encadrer la pratique du stage en entreprise. L'enjeu n'est sûrement pas de réduire le nombre des stages. L'an dernier, on comptait 1,2 million de stagiaires en France, soit deux fois plus qu'en 2006. En sept ans, trois lois et six décrets ont été passés, des décrets qui contredisent la loi. Il est donc urgent d'y mettre de l'ordre.

Le premier objectif est de protéger les stagiaires des abus – certes minoritaires – existants, comme ces entreprises qui utilisent jusqu'à 80% de stagiaires. Il faut une seule loi avec des décrets qui se rattachent à un seul code, celui de l'éducation. Aujourd'hui, on se réfère aux codes du travail et de l'éducation, ce qui entretient la confusion entre contrat de travail et stages. Or ces derniers sont un élément de la formation, ils ne doivent pas se substituer à un C.D.D.. Il faut mettre fin aux stages "photocopies-café" dans les entreprises et les organismes publics. Par ailleurs, le stage doit intervenir plus tôt dans le cursus universitaire, au niveau de la licence. Plus le stage arrive tôt dans le parcours, meilleure est l'intégration dans la vie active.

Le texte instaurera un quota maximal de stagiaires en fonction de l'effectif des entreprises et de leur degré d'innovation.

Pierre Gattaz, le président du MEDEF, se trompe en disant que cette loi va "stresser" les entreprises : la loi arrive en pleine négociation sur le pacte de responsabilité, un jour il souffle le chaud, un jour il souffle le froid, ce n'est pas constructif. On a un taux de chômage de 24% chez les jeunes, c'est beaucoup trop haut, il faut donner des signes positifs à la jeunesse, de l'enthousiasme ; cette loi s'inscrit dans ce contexte. Il faut dialoguer avec les entreprises, surtout les P.M.E. et les T.P.E.. Cette loi sur les stages est là pour leur faciliter la vie et non pour les "stresser". Je ne stigmatise pas les entreprises, je ne cherche pas à les décourager à accueillir des stagiaires.

D'autre part, il faut rendre les conventions de stage obligatoires. La convention devra être signée par un enseignant ; du côté de l'entreprise il y aura un tuteur, et le jeune signera également. Il faut rétablir un triangle vertueux. Ainsi, il y aura des droits et des devoirs pour chacun. Ce n'est pas de la paperasse, c'est du dialogue. Le sujet est trop important puisqu'il touche 1,2 million de jeunes qui ont leur premier contact avec le monde du travail.

Rétablir une éthique du stage va contribuer à améliorer l'image du monde du travail. Si on veut que le pays passe les 1% de croissance et recommence à créer de l'emploi, il faut être constructif et inclure la jeunesse dans ce mouvement."

Publication : 24.02.2014

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