Parité et lutte contre les discriminations

Ouverture de la conférence inaugurale du programme EGERA à Sciences-Po

Intervention G.Fioraso conférence inaugurale Egera© M.E.S.R.

Geneviève Fioraso a tenu à s'associer à l'ouverture de la conférence inaugurale du programme EGERA (Effective Gender Equality in Research and the Academia) qui s'est tenue jeudi 20 mars 2014 à Sciences-Po.

Discours - 20.03.2014
Geneviève Fioraso

Mon agenda ne me permet malheureusement pas d’être avec vous, à Sciences Po, aujourd’hui. Je regrette sincèrement de ne pouvoir lancer avec vous la conférence inaugurale du programme EGERA.

Ce programme "Effective Gender Equality in Research and the Academia" est une excellente initiative, soutenue par le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche et financée en partie par la Commission européenne au titre du 7ème P.C.R.D., à hauteur de 2,2 millions d’euros pour un budget total de 3,3 millions d’euros.

Ce projet est aussi le fruit d’un partenariat réussi de Sciences Po Paris avec 8 universités et organismes de recherche de 7 pays de l'Union européenne et de la Turquie.

Je soutiens avec force cette initiative. Dans la nouvelle nomenclature des masters, simplifiée, j’ai d’ailleurs tenu à confirmer un master sur l’étude des genres.

Car les chiffres en matière d’orientation et de parcours professionnels sont accablants et ils ne progressent pas : 28% des titulaires d’un diplôme d’ingénieur sont des femmes, 30% de filles sont inscrites en classes préparatoires scientifiques contre 74% en prépas littéraires et 54% en économie et commerce, 1 fille sur 21 étudiants est reçue à l’Ecole Normale Supérieure en physique chimie et 1 sur 28 en maths-physique-informatique.

A ce rythme, il faudrait attendre 2080 pour atteindre la parité entre chercheurs et chercheuses au C.N.R.S. en sciences dures et 2075 pour les écoles d’ingénieur.

A cette discrimination dans l’orientation initiale s’ajoute celle du plafond de verre dans la vie professionnelle. Et l’enseignement supérieur et la recherche n’échappent pas à ce phénomène. Plus on monte dans la hiérarchie académique, plus la parité souffre : à peine plus de 15% de femmes professeurs d’universités,  seulement 13% de femmes à la présidence des universités. En 111 ans, le Prix Nobel n’a été attribué qu’à trois scientifiques françaises : Marie Curie, Irène Joliot-Curie et Françoise Barré-Sinoussi. Aucune jeune mathématicienne n’a bénéficié à ce jour d’une des 11 médailles Fields françaises.

Et il n’y a eu que trois femmes médailles d’or du CNRS sur les 59 attribuées !

Quels sont donc ces verrous si puissants que notre politique publique, de qualité, pour la petite enfance et l’éducation, nos valeurs républicaines d’égalité n’arrivent pas à les lever ? C’est que le phénomène a des racines profondes, qui se construisent dès l’enfance, à l’école, dans le cercle familial et, plus largement, dans l’environnement social et culturel. Le plafond de verre dans le déroulement des carrières féminines, parfois amplifié par l’auto-censure des femmes elles-mêmes, trouve aussi son origine dans des préjugés tenaces et anciens.

Einstein affirmait qu’"il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé !". C’est pourtant le pari engagé par le gouvernement, dans chacune de ses décisions. Dans la loi sur l’enseignement supérieur et la recherche, j’ai pris treize mesures pour stimuler et rétablir la parité : dans les jurys, dans les conseils d’administration des universités et établissements, dans les conseils stratégiques nationaux... le vivier existe bel et bien, il suffit de le solliciter !

J’ai également co-signé, avec Najat Vallaud-Belkacem, les 3 conférences des universités, des écoles d’ingénieurs et des grandes écoles, une charte pour l’égalité homme-femme.

La parité est aussi un enjeu économique.

En période de forte mutation il faut, plus que jamais, stimuler la créativité, l’agilité, l’innovation qui naît de la rencontre des cultures, à commencer par la mixité. Toutes les études démontrent d’ailleurs que la parité est un facteur positif pour la productivité.

Alors que le numérique, par exemple, s’appuie sur de nouveaux usages, comment imaginer  que les solutions et services proposés ne soient conçus, imaginés, mis en place que par la moitié masculine de l'humanité ?

Convaincre les filles qu’elles sont à la hauteur pour s’engager dans des carrières encore majoritairement occupées par des hommes, susciter des vocations par l’exemplarité, intégrer dans toutes nos décisions la légitimité et l’exigence de la parité : ce sont les conditions pour ne pas priver notre pays de la moitié de ses talents !

Merci à Sciences Po de contribuer à cette mobilisation générale en faveur de la parité dans tous les champs disciplinaires et les métiers correspondants. C’est un enjeu à la fois républicain et de compétitivité pour notre pays.

Publication : 20.03.2014

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Delphine CHENEVIER

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