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Visite de la Génopole d'Evry

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Génopole d'Evry

Intervention de Valérie Pécresse à l'occasion de la visite de la Génopole d'Evry.

Discours - 1ère publication : 11.09.2007 - Mise à jour : 20.11.0007
Valérie Pécresse

Mesdames et Messieurs,

Je suis très heureuse et très honorée d'être ici avec vous pour célébrer l'éclatante réussite de Génopole : les deux nouveaux laboratoires que nous allons inaugurer dans quelques instants marquent une nouvelle étape de son développement et témoignent, s'il en était encore besoin, de l'ampleur de son succès.

Car Génopole, c'est aujourd'hui un centre de recherche et d'enseignement de premier plan qui s'illustre aussi bien en génétique qu'en génomique et post-génomique.
C'est également un des principaux lieux de création de jeunes entreprises innovantes en France.
C'est enfin le point de repère de toute la communauté française des biotechnologies.

En effet, en accueillant des sociétés déjà existantes, en recherchant l'implantation d'industries satellites ou des grands groupes pharmaceutiques, en créant une centre de bioproduction ou bien encore en jouant un rôle décisif dans la création et le développement du pôle de compétitivité Medicen, Génopole s'est tout simplement imposé comme la référence française en matière de biotechnologies.

Mesdames et Messieurs, cette réussite est d'abord la vôtre : car pour arriver à un tel niveau d'excellence, il a fallu réunir bien des talents et leur donner les moyens d'avancer ensemble.

Permettez-moi donc avant toute chose de saluer le travail remarquable de tous ceux qui ont fait et qui font encore le succès de Génopole :

Le travail de ses équipes, menées par leur Président, Thierry Mandon, et leur Directeur général, Pierre Tambourin ;
Le soutien sans faille apporté, outre par l'Etat, par les élus du Conseil régional d'Ile-de-France, du Conseil Général de l'Essonne, de la Communauté d'Agglomération Evry Centre Essonne et de la Ville d'Evry ;
L'implication totale de ces deux partenaires sans lesquels rien n'aurait été possible, l'Université d'Evry Val d'Essonne et l'Association Française contre les Myopathies.

A chacun d'entre vous, j'adresse mes félicitations et à travers moi, c'est la communauté nationale qui vous remercie.

Car Mesdames et Messieurs, l'œuvre que vous accomplissez ici est d'utilité publique.

En faisant progresser d'un même pas la recherche et ses applications, y compris industrielles, vous faites non seulement renaître l'espoir chez les malades, mais vous vous donnez les moyens de transformer au plus vite ces espoirs en réalité tangible, pour eux comme pour leurs familles.

Tous vos travaux, y compris les plus abstraits, les plus complexes ou les plus théoriques sont ainsi orientés vers un seul but : soigner, soigner au plus vite et peut-être même guérir ainsi des patients qui souffrent et qui placent en vous toutes leurs espérances.

Une telle cause valait bien que l'on mette de côté tous les clivages qui parfois embarrassent même les actions les plus décidées. C'est ce que vous avez fait, en réunissant dans une même structure toutes les forces, celles du public comme celles du privé, celles des universités comme celles des associations, celles des chercheurs comme celle des industriels. Vous avez mis en commun votre énergie, votre talent et votre volonté et vous pouvez être fiers du résultat.

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Vous pouvez ainsi être fiers des recherches qui sont menées ici, et notamment celles qui occupent les équipes dont nous inaugurons aujourd'hui les nouveaux laboratoires : l'Institut des cellules souches pour le traitement et l'étude des maladies monogéniques (I-STEM) et le laboratoire « Structure et activité des biomolécules normales et pathologiques ».

Fiers de l'objet de leurs recherches tout d'abord.

Car ce sont les travaux de l'I-STEM qui permettront de découvrir et de mettre au point des traitements pour ces pathologies graves que sont les maladies neurodégénératives comme la maladie de Huntington, les cardiomyopathies comme la maladie de Duchenne, les maladies neuromusculaires comme la maladie de Steiner ou encore les génodermatoses comme la maladie de Clouston.

Toutes ces pathologies sont rares. Leur nom n'est pas familier à l'immense majorité des Français. Les mentionner ne déclenche pas de mouvement immédiat de sympathie. Les malades et leurs familles se heurtent ainsi non pas à l'indifférence, mais bien, et c'est peut-être plus difficile encore à accepter, à l'ignorance.

C'est pourquoi je veux saluer les efforts conjoints de l'INSERM et de l'AFM qui, en s'associant pour créer l'I-STEM, ont redonné l'espoir aux patients et à leur entourage qui se sentaient parfois abandonnés. Ils leur ont ainsi montré qu'ils pouvaient compter sur la recherche publique pour leur apporter l'attention, l'aide et je dirais même la considération à laquelle ils ont droit.

Car les maladies rares ne font l'objet que de peu de recherches dans l'industrie pharmaceutique. Cette dernière hésite en effet à financer des travaux qui ne concerneront, s'ils aboutissent, que peu de malades.

Et dans cette situation comme dans beaucoup d'autres, rien ne serait possible sans la recherche publique : sa vocation est aussi de prendre en charge l'étude des sujets laissés de côté par les autres acteurs du monde scientifique, et de le faire parce qu'il s'agit bien au final de soulager des hommes et des femmes qui souffrent.

C'est ce même objectif qui anime les équipes du laboratoire « Structure et activité des biomolécules normales et pathologiques » lorsqu'elles étudient la structure atomique et le fonctionnement de molécules du squelette de la cellule.

Car les anomalies de squelette sont impliquées dans des affections invalidantes comme le cancer, certaines maladies neurologiques génétiques ou acquises comme la maladie d'Alzheimer, la paraplégie spastique ou la schizophrénie, ainsi que certaines maladies du développement, comme les dyskinésies ou le syndrome de Bardet-Biedl.

Grâce à vos efforts pour développer des médicaments capables s'agir avec un minimum d'effets indésirables sur ces affections, vous allez aider à mieux vivre les patients qui souffrent des ces pathologies. C'est pour cela également que vous mettez les compétences et l'expertise de votre laboratoire au service de deux questions d'intérêt majeur pour la santé publique : les anomalies génétiques et le Sida.


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Vous pouvez en être fiers, comme vous pouvez être fiers des voies nouvelles qu'ouvrent vos recherches.

Je pense ainsi aux travaux de Patrick CURMI, qui dirige le laboratoire « Structure et activité des biomolécules normales et pathologiques », et qui est également coordonnateur scientifique du projet européen « Nano4Drugs », dont l'objectif est d'utiliser des diamants nanométriques pour transporter des protéines thérapeutiques au cœur des cellules. Il suffit au demeurant d'énoncer cet objectif pour prendre conscience de la profondeur des innovations que suppose une telle démarche.

Mais le laboratoire que vous dirigez est aussi au premier rang des laboratoires européens travaillant sur le cytosquelette microtubulaire. Ici encore, vos travaux se situent en pointe et je suis heureuse d'y voir l'exemple même du bénéfice que peuvent tirer les meilleures équipes des financements mixtes de projets de recherche lorsqu'elles se livrent à des travaux d'excellence particulièrement innovants. Votre laboratoire reçoit en effet des financements de l'ARC, l'AFM, l'ANR, l'ANRS, l'INCA et la Commission européenne. Mais par-dessus tout, il bénéficie de l'environnement biotechnologique exceptionnel et du soutien de Génopole.

Permettez-moi en effet de le rappeler : ce laboratoire, qui associe l'INSERM et l'université d'Evry Val d'Essonne, est issu d'une action thématique incitative de Génopole, autrement dit et pour utiliser l'acronyme désormais consacré, d'une ATIGE. Ces actions ont pour but d'attirer sur le site d'Evry de futurs leaders qui souhaitent développer leur propre activité de recherche.

Je ne peux donc que me réjouir de voir les résultats de l'autonomie lorsqu'elle est mise au service d'un programme d'excellence et du recrutement des meilleures équipes. Voilà l'esprit même que nous allons insuffler aux universités grâce à la nouvelle loi votée à l'été, voilà l'exemple de ces succès scientifiques et ces innovations remarquables qui deviennent d'autant plus faciles qu'ils sont servis par une véritable liberté d'action.

Cette capacité à se situer en permanence à l'avant-garde du progrès scientifique se retrouve bien évidemment aussi dans les recherches menées au sein de l'I-STEM. Ces recherches se développent en effet autour des cellules souches embryonnaires pour mettre au point des thérapies substitutives ou régénératrices et autorisent les plus grands espoirs. De même, le deuxième objectif des travaux de l'I-STEM est aussi remarquable que prometteur : en réalisant des modèles cellulaires des maladies monogéniques grâce à l'établissement des lignées cellulaires portant la mutation associée à chacune de ces pathologies, ses équipes peuvent espérer mieux comprendre les mécanismes de chacune et donc trouver de nouvelles cibles thérapeutiques.

Vous faites ainsi œuvre de pionniers et vos travaux sont reconnus dans le monde entier.

Je veux à ce titre saluer le directeur de l'I-STEM, Marc PECHANSKI, et son équipe, qui ont mené à bien la première tentative de thérapie cellulaire de la maladie de Huntington par transplantation in situ de cellules neuronales fœtales. Ce fut le premier traitement de cette maladie à avoir apporté un bénéfice durable. Cette avancée remarquable, reconnue comme telle par toute la presse scientifique, est aussi un immense espoir.

Aujourd'hui, en poursuivant vos recherches avec des cellules dérivées de cellules souches embryonnaires, je sais que vous travaillez à relever un nouveau challenge, dont nous pouvons attendre beaucoup. Je pense notamment à l'étude de lignées de cellules souches embryonnaires porteuses de la mutation à l'origine de la maladie. Cela permettra de mieux comprendre sa physiopathologie et d'identifier de nouvelles molécules d'intérêt thérapeutique.

Les travaux de Michel PUCÉAT et de son équipe, en élucidant les étapes nécessaires pour qu'une cellule souche embryonnaire devienne une cellule cardiaque, permettront en outre de faire avancer les stratégies de médecine régénératrice des pathologies du myocarde.

Dans ce domaine également, l'étude des défauts fonctionnels et l'identification de biomarqueurs effectuée à partir de lignées dérivées de cellules souches embryonnaires mutées font espérer de grandes avancées : car ici encore, c'est en approfondissant nos connaissances portant sur les mécanismes physiopathologiques de ces maladies que nous pourrons identifier de nouvelles cibles thérapeutiques et permettre ainsi leur criblage à haut débit. Vous tirerez ainsi, je n'en doute pas, le plus grand profit des technologies exceptionnelles dont dispose ce nouveau laboratoire.

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Car vous pouvez également être fiers de vous apprêter à relever de véritables défis technologiques.

Je pense notamment à ce défi, crucial pour les recherches de l'I-STEM, que constitue l'amélioration des conditions de culture des cellules d'origine humaine, sans laquelle il sera impossible d'obtenir en grande quantité des cellules à des stades homogènes et aux étapes de différenciation souhaités. C'est à cette condition seulement que vous pourrez utiliser ces cultures pour le criblage à haut débit de collections de composés chimiques et arriver ainsi à découvrir de nouveaux médicaments.

Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi enfin de le rappeler alors que le Royaume-Uni vient d'autoriser la production à des fins thérapeutiques de cellules embryonnaires obtenues à partir d'embryon chimère homme-animal, vous aurez aussi à relever des défis éthiques considérables.

Vous le savez, pour avoir été présidente du groupe d'études « Applications des biotechnologies en génétique et problèmes éthiques » à l'Assemblée nationale et rapporteur pour avis de la loi bioéthique du 6 août 2004, je suis particulièrement sensible aux enjeux éthiques des biotechnologies.

Ces dernières font naître d'immenses espérances et témoignent des infinies possibilités de l'intelligence humaine. Mais l'intelligence n'est pas seulement scientifique, elle peut et doit aussi être morale.

Nous nous devons de mesurer les conséquences possibles de chacune de nos actions, y compris lorsqu'elles sont inspirées par le souci de découvrir et de mieux connaître. Afin de s'en assurer, il est légitime que les élus de la nation donnent un cadre aux recherches portant sur le vivant. C'est là le meilleur moyen d'agir avec précaution et de conjurer ainsi les peurs les plus fondées, mais aussi les plus irrationnelles.

C'est pourquoi je crois nécessaire que l'Agence de Biomédecine se saisisse dés maintenant des questions éthiques que suscite la décision britannique, questions qui ne se posent pas aujourd'hui à notre pays dans son cadre législatif actuel, mais qui pourraient émerger dans le cadre de la révision prévue en 2009 de la loi sur la bioéthique.

Et je me félicite de la confirmation par ma collègue Roselyne Bachelot, ministre de la santé et des sports, de la tenue, d'ici à 2009, d'Etats généraux de la bioéthique, qui permettront d'éclairer les enjeux de la révision de cette loi. Une démarche précieuse pour que riment législation et mûre réflexion.

A ce titre, je suis heureuse que l'I-STEM ait été le premier laboratoire à avoir obtenu, comme le prévoyait la loi bioéthique, l'autorisation de travailler sur ces cellules souches embryonnaires humaines.

Vos recherches seront donc aussi l'occasion de montrer que les biotechnologies sont porteuses de progrès lorsqu'elles respectent les valeurs essentielles de l'humanité et sont mises à son service.

Car vous tous qui travaillez ici, au sein du Génopole, vous travaillez également à redonner aux Français confiance dans la recherche et dans la science. Vous démontrez ainsi qu'au-delà des peurs et des craintes, quelquefois légitimes, la connaissance est avant tout synonyme d'espoir et de progrès.

Pour cela aussi, vous méritez toute notre admiration.

De cela aussi et peut-être même surtout, vous pouvez être fiers.

Je vous remercie.

1ère publication : 11.09.2007 - Mise à jour : 20.11.0007
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