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Lancement du Comité de pilotage de la stratégie nationale de recherche et d'innovation

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Diffractométrie de rayons X, pour la caractérisation des minéraux© CNRS Photothèque / Kaksonen

A l'heure où tous les acteurs politiques mondiaux se réunissent pour une même cause, pour juguler la crise financière et limiter ses conséquences sur l'économie réelle, nous devons plus que jamais investir massivement dans la recherche et l'enseignement supérieur.

Discours - 1ère publication : 13.10.2008 - Mise à jour : 31.07.2012
Valérie Pécresse

Mesdames et messieurs,

A l'heure où tous les acteurs politiques mondiaux se réunissent pour une même cause, pour juguler la crise financière et limiter ses conséquences sur l'économie réelle, nous devons plus que jamais investir massivement dans la recherche et l'enseignement supérieur.

En effet, c'est avec la formation des jeunes, avec la capacité d'innovation de nos entreprises, avec l'engagement inconditionnel de la recherche que nous ferons la croissance et les emplois de demain.

C'est le choix qu'a fait le Japon pour sortir de la crise financière des années 90. En quinze ans, il a triplé ses dépenses fiscales pour soutenir la recherche privée. Dans le même temps, il a triplé les budgets alloués à la recherche sur projets. Il a aussi engagé une réforme en profondeur de son système d'enseignement supérieur et de recherche. Le résultat a été extraordinaire : un seul chiffre : la part de dépenses de recherche et développement dans le produit intérieur brut (le fameux ratio « DIRD sur PIB ») a augmenté de près de 25% en dix ans, passant de 2,7% à 3,3%.

 

Ce choix, le gouvernement français l'a fait aussi, en faisant de l'enseignement supérieur et de la recherche LA priorité du budget tri-annuel 2009-2011. Et cet engagement budgétaire, qui se traduit par une augmentation de 6,5% des moyens budgétaires et fiscaux de mon ministère, sera accompagné des réformes devenues aujourd'hui nécessaires. Car la compétition est aujourd'hui internationale et nous devons mettre résolument la politique publique au service de l'économie, au service de l'emploi, au service de la qualité de vie.

C'est dans cet esprit que le crédit d'impôt recherche a été triplé, et surtout simplifié, faisant ainsi d'une mesure d'optimisation fiscale une véritable arme pour renforcer l'innovation et éviter les délocalisations des grands centres de recherche privés. Et les témoignages des entreprises sont particulièrement encourageants, depuis Thalès, cher Denis RANQUE, qui a renoncé à certaines délocalisations jusqu'à Microsoft qui a choisi la France pour établir un de ces nouveaux centres de recherche.

Mesdames et messieurs, ce ministère est au cœur de la politique publique globale, qui construit la France et l'Europe de demain. Avec ses deux piliers, l'enseignement supérieur et la recherche, il est la clé de l'avenir, formant les jeunes à des métiers utiles et pérennes, et développant les connaissances et les technologies nécessaires au bien-être de nos concitoyens et au développement de notre économie.

Déjà, la réforme de l'université de l'année dernière répond de cette logique : une université ouverte sur le monde de l'entreprise, dont une des missions fondatrices est l'insertion professionnelle des étudiants. Une université dynamique, qui s'insère dans des pôles régionaux qui regroupent formation supérieure de qualité, excellence scientifique et  industries de pointe. C'est tout l'objet de l'opération campus pour laquelle nous consacrerons 5 milliards d'euro. Ces campus ouverts sur le monde économique, où les start-up côtoient les centres de recherche des grands groupes et les laboratoires de recherche d'excellence.

Déjà, cette dynamique se crée, à Grenoble avec le réseau thématique de recherche avancée « Nanosciences aux limites de la naoélectronique » et le pôle de compétitivité « Minalogic », ou encore à Saclay avec le pôle de compétitivité « System@tic » et les deux réseaux thématiques de recherche avancée « Digiteo » et « Triangle de la physique ».

 

Ainsi, au cœur du triangle de la connaissance qui lie la formation, la recherche et l'innovation, l'université doit être forte, autonome, et capable de se hisser au meilleur rang mondial. Pour cela, elle doit pouvoir proposer des carrières attractives, aussi bien aux jeunes qui hésitent à s'engager dans des carrières de recherche, qu'à ceux qui sont partis à l'étranger, ou encore aux étrangers eux-mêmes qui pourraient décider de faire une partie de leur carrière en France.

C'est tout l'objet du plan carrière que je mets en œuvre aujourd'hui. Depuis le doctorat, avec la création d'un contrat doctoral unique dont les conditions de rémunérations doivent être plus attractives, et un diplôme mieux reconnu, aussi bien dans les milieux académiques que dans l'administration ou dans les entreprises. Depuis les salaires des jeunes professionnels des universités, et jusqu'aux chaires d'excellence que pourront mettre en place les universités autonomes dès le premier janvier prochain au profit des jeunes enseignants-chercheurs.

Parce que nous devons prendre résolument la voie de l'excellence. Déjà, la recherche est un milieu extrêmement compétitif, où les acteurs sont perpétuellement en concurrence. Pourtant, notre organisation nationale ne savait pas reconnaître suffisamment l'excellence de certains, et leur donner les avantages qu'ils méritent.

 

Avec la création de l'Agence nationale pour la recherche il y a trois ans, c'est une première étape qui a été franchie. Les laboratoires les plus méritants peuvent maintenant soumettre des projets au financement de cette agence et voir la concrétisation sonnante et trébuchante de leur excellence. Je souhaite d'ailleurs que l'Agence nationale de la recherche soit encore plus tournée vers l'excellence, faisant ainsi de son programme « blanc », c'est-à-dire non thématique, le programme phare de son action. Déjà, en 2009, nous augmenterons de 25% la part du programme blanc dans le budget de l'Agence, passant ainsi de 28% à 35%. Et nous devrons aller au-delà.

Car l'excellence est une fin en soi de la recherche. C'est à partir de l'excellence que nous attirerons les meilleurs chercheurs internationaux. C'est avec l'excellence que nous formerons les meilleurs d'une génération et que nous les intéresserons à la recherche et à l'innovation.

La France ne doit pas rougir de ses résultats en ce domaine : avec le prix Nobel de physiologie et de médecine cette année, décerné à Françoise BARRE-SINOUSSI et Luc MONTAGNIER pour leur découverte du virus du Sida, avec le prix Nobel de physique l'année dernière décerné à Albert FERT pour ses travaux sur la magnétorésistance géante, et avec le prix Türing de Joseph SIFAKIS pour ses travaux sur la validation des logiciels.

 

Mesdames et messieurs, bien entendu, l'excellence n'est pas la seule finalité de la recherche. Celle-ci doit aussi, et je le disais précédemment, éclairer et améliorer la vie de tous nos concitoyens. Mais pour cela, nous devons clairement définir notre vision et notre stratégie. Car si les gouvernements précédents ont su répondre à l'urgence, faisant de certaines thématiques comme le sida, Alzheimer ou le développement durable des priorités nationales de recherche, ils l'ont fait par focus successifs et non en formulant une véritable stratégie scientifique d'ensemble pour notre pays. C'est tout l'objet qui nous réunit aujourd'hui, et c'est le fil qui conduira vos travaux tout au long des prochains mois.

Car si la recherche académique est un point fort de notre pays, les bénéfices pour notre société se font encore souvent attendre. J'en veux pour preuve le nombre de brevets déposés en France, trois fois inférieur qu'en Allemagne. Ou encore dans le domaine des nanotechnologies où, pour un nombre équivalent de publications scientifiques, la Corée du Sud dépose dix fois plus de brevets que nous !

Je vois deux raisons à ce décalage : un manque de concertation entre la recherche publique et les besoins de la société et une absence de vision globale de l'effort national de recherche. Car aujourd'hui, les acteurs économiques n'ont pas de vision claire de notre système de recherche. Avec la multiplication des guichets d'aide à l'innovation en région, avec le saupoudrage des compétences en propriété intellectuelle dans les différents établissements et les différentes régions, avec la propriété multiple des brevets, c'est un véritable casse-tête pour qui voudrait travailler avec nos organismes de recherche et nos universités.

Je le rappelle, sur nos 1 200 unités mixtes de recherche communes entre universités et organismes, près de 400 ont plus de quatre tutelles... Et c'est là où se fait souvent la la meilleure recherche.

 

C'est pourquoi j'ai lancé le principe du mandataire unique pour les unités mixtes de recherche : tous les crédits seront délégués à l'hébergeur, à savoir dans la majorité des cas, l'université, pour assurer la gestion au quotidien des laboratoires. Ce principe devra aussi être étendu aux brevets qui aujourd'hui, appartiennent à tous les partenaires de l'unité mixte, bloquant ainsi toute gestion dynamique et intelligente de la propriété intellectuelle du système public de recherche.

Je souhaite aussi que soient rassemblées sous un même toit les structures éparses de valorisation dans les pôles régionaux, à l'image de ce qui se fait aujourd'hui en Bretagne ou dans la région lyonnaise. Pour que cette activité devienne vraiment professionnelle et que nos laboratoires puissent valoriser pleinement leurs découvertes et les défendre, si nécessaire, devant les tribunaux internationaux.

Dans le même esprit de simplification et de mise en cohérence de notre système de recherche, j'ai décidé de créer de véritables instituts au sein du CNRS et de l'INSERM, dotés d'une vision prospective et stratégique ainsi que de véritables capacités de gestion.

C'est donc un double mouvement que j'ai initié : l'autonomie et la responsabilité pour les universités qui ont vocation à unir leurs forces, y compris avec les grandes écoles, au cœur des dynamiques régionales de l'emploi et de l'économie, et l'organisation nationale pour la coordination des équipes de recherche.

 

Cette coordination, elle devra être éclairée. Par les scientifiques eux-mêmes, bien sûrs, mais aussi par tous les acteurs de la société dont l'avenir dépend grandement des chercheurs et de leurs travaux. Car la recherche est un continuum qui va de la recherche la plus fondamentale à l'innovation.

C'est pour cela que j'ai voulu le groupe que vous composez ce soir. Avec une majorité de chercheurs, représentant tous les grands domaines de la science, des mathématiques aux sciences humaines en passant par la physique, les sciences de la vie et les sciences de la terre. Avec des représentants de la société civile dans sa globalité, messieurs les parlementaires, avec des acteurs de l'économie, messieurs les dirigeants d'entreprises, représentant tous les secteurs, des technologies spatiales aux biotechnologies en passant par la chimie et l'informatique.

Mais chacun d'entre vous a aussi une expertise particulière, tirée de son histoire personnelle ou des sujets de ses travaux. C'est en particulier votre cas, messieurs les économistes, et le vôtre, madame la Présidente (Danièle HERVIEU-LEGER) qui avez accepté de présider ce groupe, et je vous en remercie vivement.

De l'alchimie qui ne manquera pas de s'opérer au cours de vos différentes réunions, je suis sûre qu'il sortira un peu plus de compréhension de chacun et une envie de travailler plus ensemble. De cette alchimie, je voudrais aussi que vous soyez des ambassadeurs, dans vos communautés scientifiques, dans vos circonscriptions et auprès de vos collègues.

 

Vos travaux, je vous propose de les axer autour de quatre familles de défis auxquels la recherche publique est confrontée :

Les défis de la connaissance, bien sûr, en mathématiques ou en sciences humaines par exemple, avec pour but de repousser les frontières du savoir, et de rendre possibles les progrès des générations à venir.

Mais nous comptons aussi sur les chercheurs pour affronter les défis nouveaux qui s'offrent aux sociétés du XXIème siècle, qui permettront d'améliorer la qualité de la vie de nos concitoyens et de toute l'humanité, tels le vieillissement de la population, la crise énergétique l'alimentation ou la sécurité.

La recherche doit aussi renforcer la compétitivité de notre économie : sans appui de la recherche publique à quelques technologies-clé, comme les biotechnologies ou les nanotechnologies, sans réflexion d'ensemble sur les marchés particulièrement porteurs, les entreprises françaises ne seront pas suffisamment armées pour affronter la concurrence mondiale où seule l'innovation leur permettra de s'imposer.

Enfin, l'organisation de la recherche et de l'innovation en France est un défi à part entière. Car si les grands principes sont maintenant établis, comme le fait de mettre la recherche au cœur des universités ou de vouloir coordonner au niveau national les travaux des chercheurs par discipline, il reste encore de multiples questions à éclaircir.

Par exemple comment rapprocher encore recherche publique et industrie ? Comment s'assurer que les chercheurs de différentes disciplines continuent leurs collaborations fructueuse, les interfaces étant souvent les lieux des découvertes les plus novatrices ? Comment définir les feuilles de route des grandes infrastructures de recherche ? Ou comment articuler politique nationale, politiques régionales et politique européenne ?

Car les enjeux sont aujourd'hui mondiaux, et la réponse doit être aussi européenne. C'est pourquoi je dois proposer, à mes homologues de l'Union, d'ici décembre, et dans le cadre du processus de Ljubljana sur la redéfinition de l'espace européen de la recherche, une « Vision 2020 ». Nous y parlerons mobilité des chercheurs, programmation conjointe de nos recherches, régime juridique des très grandes infrastructures de recherche, brevet communautaire et coopérations internationales.

D'ores et déjà, j'ai obtenu l'accord des 27 pour lancer un premier processus de programmation conjointe de recherche sur Alzheimer, avec un appel à projets franco-germano-britannique auquel devraient se joindre plusieurs autres Etats-membres. Alors que seulement 15% des budgets de recherche des Etats-membres sont aujourd'hui coordonnés, c'est donc une première avancée importante pour l'Europe de la recherche, sous l'influence de la présidence française.

 

Mesdames et messieurs, vous l'aurez compris, vos travaux sont d'une importance majeure pour l'avenir de notre recherche, et donc pour l'avenir de notre pays. Vous allez tout d'abord proposer une organisation de la réflexion, en définissant des défis et la composition des groupes de travail qui se réuniront de novembre à février prochain pour y répondre. Vous suivrez ensuite ces travaux et me donnerez votre avis sur le fruit de cette grande réflexion nationale qui se traduira, en mars 2009, par une véritable stratégie nationale de recherche et d'innovation que je présenterai en Conseil des ministres.

Cette stratégie sera notre document cadre pour les années à venir, aussi bien en termes de priorités budgétaires qu'en termes d'organisation et de réformes à mener. La réflexion devra bien sûr être renouvelée, d'ici quatre ans, je pense, mais d'ici là, c'est vous qui êtes le conseil du gouvernement pour faire de la recherche une réponse durable aux difficultés économiques que nous traversons, un vecteur de création d'emplois, mais aussi un espoir de meilleure qualité de vie pour tous nos concitoyens.

Je vous remercie

1ère publication : 13.10.2008 - Mise à jour : 31.07.2012
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